{"id":89292,"date":"2016-09-24T12:43:52","date_gmt":"2016-09-24T10:43:52","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=89292"},"modified":"2016-09-24T12:43:52","modified_gmt":"2016-09-24T10:43:52","slug":"chine-lhistoire-un-materiau-recyclable-ad-libitum-i-par-dd-dh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/09\/24\/chine-lhistoire-un-materiau-recyclable-ad-libitum-i-par-dd-dh\/","title":{"rendered":"CHINE &#8211; L\u2019Histoire : un mat\u00e9riau recyclable ad libitum (I), par DD &#038; DH"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>On a vu pr\u00e9c\u00e9demment \u00e0 quel point l&rsquo;\u00e9criture id\u00e9ographique chinoise \u00e9tait un facteur de coh\u00e9sion et, \u00e0 proprement parler, d&rsquo;identit\u00e9 du monde chinois (et, au del\u00e0, de l&rsquo;ensemble du monde sinis\u00e9). <!--more-->Elle n&rsquo;est pas seulement le v\u00e9hicule toujours d&rsquo;actualit\u00e9 de pens\u00e9es tr\u00e8s anciennes qui ont travers\u00e9 plus de deux mill\u00e9naires, elle est en elle-m\u00eame une forme d&rsquo; \u00ab\u00a0id\u00e9ologie\u00a0\u00bb dans la mesure o\u00f9 elle donne \u00e0 voir, au sens litt\u00e9ral du mot, \u00e0 travers les repr\u00e9sentations graphiques qu&rsquo;elle a forg\u00e9es, le fonds invariant de la conception qu&rsquo;a la Chine de sa fa\u00e7on d&rsquo;\u00eatre au monde et de s&rsquo;y adapter. <\/p>\n<p>Un autre aspect de cette inscription dans la dur\u00e9e, facteur lui aussi de forte coh\u00e9sion socioculturelle, est le poids de l&rsquo;histoire longue dans le v\u00e9cu des Chinois : loin d&rsquo;\u00eatre cantonn\u00e9e entre les mains de sp\u00e9cialistes et d&rsquo;intellectuels, l&rsquo;histoire de la Chine, souvent par\u00e9e, il est vrai, des atours de la l\u00e9gende, est une trame bien vivante dont l&rsquo;actualit\u00e9 politique, la litt\u00e9rature, le th\u00e9\u00e2tre et les dictons populaires ont de tout temps pris l&rsquo;habitude de revisiter r\u00e9guli\u00e8rement les motifs pour les rebroder sans cesse. <\/p>\n<p>Les allusions constantes au pass\u00e9 lointain, les r\u00e9f\u00e9rences omnipr\u00e9sentes \u00e0 des personnages illustres \u00e9mergeant de temps imm\u00e9moriaux, si elles sont, pour nous, autant de pierres d&rsquo;achoppement dans notre acc\u00e8s aux divers \u00e9crits chinois (dont toute traduction n\u00e9cessite un volume consid\u00e9rable et indigeste de notes !), font les d\u00e9lices d&rsquo;un public chinois. <\/p>\n<p>On sait \u00e0 quel point les maximes de Confucius ainsi que les po\u00e8mes les plus connus des dynasties Tang et Song sont encore aujourd&rsquo;hui le principal d\u00e9nominateur commun \u00e0 tous les Chinois, sans besoin de longues \u00e9tudes au lyc\u00e9e, d\u00e8s qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9s dans une famille chinoise et ont fait leur scolarit\u00e9 primaire en Chine : \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une petite musique famili\u00e8re, ces phrases apprises par c\u0153ur sur le mode des comptines (il existe, inspir\u00e9 de Mencius, un \u00ab\u00a0Classique des maximes en trois caract\u00e8res\u00a0\u00bb Sanzi Jing \u00e0 l&rsquo;usage des petits), toujours pas, \u00e0 l&rsquo;heure qu&rsquo;il est, menac\u00e9es de ringardise, servent encore de boussole en mati\u00e8re de morale et d&rsquo;\u00e9motion artistique. <\/p>\n<p>La pratique du regard permanent \u00ab\u00a0dans le r\u00e9troviseur\u00a0\u00bb vient de loin et du plus embl\u00e9matique des ma\u00eetres : Confucius ne connaissait meilleur exemple de vertu politique agissante \u00e0 offrir \u00e0 ses disciples que celui des deux grands empereurs mythiques de l&rsquo;Age d&rsquo;or, Yao et Shun et il d\u00e9plorait le tarissement \u00e0 son \u00e9poque de la source de leur ligne de conduite. La vie politique chinoise est rest\u00e9e truff\u00e9e de ces signaux venus du pass\u00e9 et leur d\u00e9cryptage est une gymnastique mentale \u00e0 laquelle tous les observateurs se doivent d&rsquo;\u00eatre rompus ! Telle citation, telle r\u00e9f\u00e9rence au pass\u00e9 dont le choix ne saurait bien entendu \u00eatre fruit du hasard laisse en effet pr\u00e9sager dans un discours quelles sont les lignes de force en jeu, les chemins de traverse envisag\u00e9s ou les limogeages en cours&#8230; <\/p>\n<p>Le d\u00e9tour par l&rsquo;Histoire et les personnages des si\u00e8cles enfuis \u00e0 qui on fait \u00ab\u00a0porter le chapeau\u00a0\u00bb est aussi, en politique surtout, mais plus largement dans toute forme de vie sociale, une mani\u00e8re tr\u00e8s chinoise de \u00ab\u00a0dire sans dire\u00a0\u00bb et d&rsquo;en rester, par l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance propre au souci de la face, au mode d\u00e9tourn\u00e9 de l&rsquo;allusion.<\/p>\n<p>Sans remonter trop loin dans le temps, un bref parcours (\u00e0 grandes gambades) de la p\u00e9riode qui a suivi l&rsquo;av\u00e8nement de la RPC peut nous permettre d&rsquo;illustrer assez abondamment ce proc\u00e9d\u00e9 r\u00e9current de l&rsquo;irruption du fait historique ou l\u00e9gendaire dans la situation pr\u00e9sente ou, \u00e0 l&rsquo;envers, de la projection d&rsquo;une situation neuve dans le contexte d&rsquo;un pass\u00e9 bien connu. On pourrait dire, en sch\u00e9matisant un peu, que, de la \u00ab\u00a0Lib\u00e9ration\u00a0\u00bb (jiefang) en 1949 aux pr\u00e9misses de la R\u00e9volution Culturelle vers 1964, en \u00ab\u00a0fond sonore\u00a0\u00bb du marxisme d&rsquo;importation, un confucianisme vague et diffus, \u00ab\u00a0survivance de l&rsquo;ancienne soci\u00e9t\u00e9\u00a0\u00bb(comme l&rsquo;en accusera plus tard Mao qui appellera \u00e0 l&rsquo;\u00e9radiquer), impr\u00e8gne toujours, \u00e0 la mani\u00e8re de l&rsquo;air ambiant respir\u00e9 pendant des mill\u00e9naires, les mentalit\u00e9s chinoises en g\u00e9n\u00e9ral y compris celles des dirigeants du Parti Communiste. Un ouvrage comme celui du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, Liu Shaoqi, intitul\u00e9 \u00ab\u00a0Pour \u00eatre un bon communiste\u00a0\u00bb, manuel de perfectionnement individuel \u00e0 l&rsquo;usage des cadres du Parti r\u00e9dig\u00e9 pendant la p\u00e9riode de Yanan (1937-1945), se situe, comme son titre le laisse pr\u00e9juger, dans le droit fil des enseignements du sage exhortant \u00e0 la vertu. <\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/lushan-2.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/lushan-2.jpg\" alt=\"lushan-2\" width=\"700\" height=\"445\" class=\"alignleft size-full wp-image-89295\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/lushan-2.jpg 804w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/lushan-2-300x191.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/lushan-2-768x488.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Il est tout \u00e0 fait frappant de constater la f\u00e9condit\u00e9 id\u00e9ologique de cette p\u00e9riode de confinement \u00e0 Yanan (au nord du Shaanxi) au terme de la Longue Marche, en particulier chez Mao qui y revisite la doxa marxiste telle qu&rsquo;il la trouve dans les ouvrages de Marx et de L\u00e9nine en la \u00ab\u00a0rhabillant\u00a0\u00bb de formulations 100% chinoises puis\u00e9es dans le grand r\u00e9servoir confuc\u00e9o-taoiste. Encore plus enrichissante est sa f\u00e9condation de la dialectique h\u00e9g\u00e9lienne par l&rsquo;apport sp\u00e9cifiquement chinois des notions de yin \/ yang et des subtilit\u00e9s du Yi Jing (Livre des Mutations) telle qu&rsquo;elle appara\u00eet dans ses grands textes de Yanan sur la permanence des contradictions vou\u00e9es \u00e0 s&#8217;embo\u00eeter et s&rsquo;engendrer sans r\u00e9solution d\u00e9finitive ni \u00ab\u00a0fin de l&rsquo;Histoire\u00a0\u00bb, m\u00eame au sein du peuple sous la \u00ab\u00a0dictature du prol\u00e9tariat\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Au passage, arr\u00eatons-nous un instant sur le mot qui exprime l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab\u00a0contradiction\u00a0\u00bb en chinois car il illustre \u00e0 sa mani\u00e8re \u00e0 quel point l&rsquo;Histoire infuse le langage contemporain le plus courant. En chinois nous avons affaire \u00e0 un bin\u00f4me \u00ab\u00a0mao dun\u00a0\u00bb dont les deux composants signifient respectivement \u00ab\u00a0lance\u00a0\u00bb (mao) et \u00ab\u00a0bouclier\u00a0\u00bb (dun). Ce concept \u00ab\u00a0lance bouclier\u00a0\u00bb, d&rsquo;un concret qui nous d\u00e9route, renvoie \u00e0 une fable de Han Fei (IIIe s. avant notre \u00e8re) dans laquelle deux camelots sur le m\u00eame march\u00e9 d\u00e9bitent leurs boniments \u00e0 une foule de badauds. L&rsquo;un vend des lances et vante sa marchandise qui transperce \u00e0 coup s\u00fbr n&rsquo;importe quel bouclier. L&rsquo;autre vend justement des boucliers et fait l&rsquo;article en certifiant qu&rsquo;aucune lance au monde ne peut les transpercer. On devine l&rsquo;impasse quand un badaud malicieux leur demande ce qui se passe si on utilise en m\u00eame temps la lance de l&rsquo;un et le bouclier de l&rsquo;autre&#8230; <\/p>\n<p>Revenons, apr\u00e8s notre petite balade sur un march\u00e9 du r\u00e8gne du premier Empereur, \u00e0 cette relecture d&rsquo;Hegel et Marx pour reconna\u00eetre que c&rsquo;est \u00e0 juste titre que son originalit\u00e9 philosophique la fit baptiser \u00ab\u00a0pens\u00e9e-Mao-Zedong\u00a0\u00bb. De l\u00e0 \u00e0 dire qu&rsquo;elle gu\u00e9rissait les malades, redressait les bossus et faisait pousser les tomates, comme cela se proclama parfois dans les d\u00e9lires de la R\u00e9volution Culturelle, il y a un pas qu&rsquo;\u00e9videmment nous ne franchirons pas !<\/p>\n<p>D\u00e9cid\u00e9ment nous nous \u00e9loignons toujours de nos moutons et il nous faut \u00e0 nouveau les rassembler : retour donc en RPC post-Lib\u00e9ration, par exemple en 1956, quand Mao s&rsquo;inqui\u00e8te de constater un \u00e9tat d&rsquo;esprit timor\u00e9 chez les intellectuels et lance un grand mouvement d&rsquo;\u00e9mulation les poussant \u00e0 s&rsquo;exprimer (son objectif plus ou moins avou\u00e9 est de faire ainsi appara\u00eetre des contradictions sous-jacentes et de purger l&rsquo;\u00e9ventuel abc\u00e8s en le crevant). C&rsquo;est chez Zhuangzi (IVe s. avant notre \u00e8re) qu&rsquo;il s&rsquo;en va piocher son \u00ab\u00a0Que cent fleurs s&rsquo;\u00e9panouissent, que cent \u00e9coles rivalisent !\u00a0\u00bb. L&rsquo;intitul\u00e9 est po\u00e9tique et prestigieux, mais sous le pinceau du tao\u00efste Zhuangzi il \u00e9tait plein d&rsquo;une ironie mordante envers les diverses \u00ab\u00a0succursales\u00a0\u00bb du confucianisme qu&rsquo;il avait vu se multiplier. De m\u00e9chantes langues (?) pr\u00e9tendront que cet intitul\u00e9 choisi par le matois Mao n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une ruse pour endormir la m\u00e9fiance des intellectuels appel\u00e9s ainsi \u00e0 \u00ab\u00a0sortir des clous\u00a0\u00bb et se faire prendre en flagrant d\u00e9lit de d\u00e9viation \u00ab\u00a0droiti\u00e8re\u00a0\u00bb et durement sanctionner. <\/p>\n<p>Un peu plus tard, les directives du Grand Bond (1958) et la plupart de ses slogans, exaltant l&rsquo;esprit d&rsquo;initiative et l&rsquo;audace quasi guerri\u00e8re n\u00e9cessaires au branle-bas g\u00e9n\u00e9ral de l&rsquo;\u00e9conomie et de l&rsquo;id\u00e9ologie, puisent \u00e0 toutes les sources historiques et litt\u00e9raires illustrant le triomphe conjoint de la strat\u00e9gie et du courage : ainsi, pour n&rsquo;en donner qu&rsquo;un exemple, on baptise \u00ab\u00a0r\u00e9unions Zhuge Liang\u00a0\u00bb (Zhuge Liang hui) les assembl\u00e9es d&rsquo;un genre nouveau o\u00f9 cadres et simples travailleurs assis \u00e0 une m\u00eame table unissent leurs exp\u00e9riences et p\u00e8sent du m\u00eame poids sur les d\u00e9cisions. Le patronage adopt\u00e9 en la circonstance, celui de Zhuge Liang, parle d&#8217;embl\u00e9e \u00e0 tous les Chinois, c&rsquo;est celui d&rsquo;un des personnages historico-mythiques les plus universellement aim\u00e9s en Chine, alliant ruse et courage au service de son prince sans jamais faillir au fil des p\u00e9rip\u00e9ties du grand roman connu de tous (surtout gr\u00e2ce aux conteurs, tradition tr\u00e8s vivace) \u00ab\u00a0Les Trois Royaumes\u00a0\u00bb, r\u00e9cit fleuve haut en couleurs \u00e9crit au XIVe s. pour relater les affrontements de trois princes rivaux dans une Chine \u00e9clat\u00e9e entre 220 et 280.<\/p>\n<p>C&rsquo;est bien \u00e9videmment aussi pour galvaniser les \u00e9nergies sollicit\u00e9es par le Grand Bond (1958) qu&rsquo;est popularis\u00e9 au m\u00eame moment, \u00e0 travers toute la Chine, le c\u00e9l\u00e8bre Yu Gong, le \u00ab\u00a0vieux fou qui voulait d\u00e9placer les montagnes\u00a0\u00bb que Mao avait actualis\u00e9 en une vibrante parabole dans un texte de Yanan (en 1945). Donn\u00e9e comme datant des Xia (vers 2000 avant notre \u00e8re), mais vraisemblablement bien post\u00e9rieure (vers le Ve s. avant notre \u00e8re, voire plus tardivement), la l\u00e9gende nous raconte que Yu Gong, s&rsquo;\u00e9tant mis en t\u00eate de d\u00e9placer deux montagnes qui obstruaient son horizon, r\u00e9pondit au Ciel qui raillait sa pr\u00e9somption, que lui, Yu Gong, n&rsquo;y arriverait peut-\u00eatre pas, mais que les g\u00e9n\u00e9rations qui viendraient apr\u00e8s lui, \u00e0 force de patience et de courage, le feraient. Emu par cette confiance na\u00efve et t\u00eatue, le Ciel envoya pour l&rsquo;aider deux g\u00e9nies qui s&rsquo;attel\u00e8rent \u00e0 la t\u00e2che. Mao reprend cet apologue au service de la \u00ab\u00a0ligne de masse\u00a0\u00bb qu&rsquo;il pr\u00e9conise contre les tenants de la ligne plus orthodoxe de d\u00e9veloppement par les infrastructures lourdes \u00e0 la sovi\u00e9tique : \u00ab\u00a0Notre Ciel, \u00e0 nous, n&rsquo;est autre que la masse du peuple chinois. Si elle se dresse tout enti\u00e8re pour enlever avec nous ces deux montagnes, comment pourrions-nous ne pas les aplanir ?\u00a0\u00bb Apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9chec cuisant du Grand Bond qui, faute d&rsquo;aplanir les montagnes, a fait des millions de morts de faim et apr\u00e8s la tr\u00e8s timide autocritique de Mao suite \u00e0 la Conf\u00e9rence du 8\u00e8me Plenum du PCC aux Monts Lushan en juillet 1959 o\u00f9 Peng Dehuai (responsable des affaires militaires) ose le critiquer et, pour cela, sera limog\u00e9 (remplac\u00e9 par Lin Biao, l&rsquo;instigateur du \u00ab\u00a0Petit Livre Rouge\u00a0\u00bb calqu\u00e9 sur le mod\u00e8le \u00ab\u00a0Le Ma\u00eetre a dit&#8230;\u00a0\u00bb des Analectes de Confucius), les adversaires de la \u00ab\u00a0ligne de masse\u00a0\u00bb mao\u00efste reprennent du poil de la b\u00eate. Comment s&rsquo;y prennent-ils pour porter leurs attaques ? En faisant un d\u00e9tour par l&rsquo;Histoire bien s\u00fbr !<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/mao-lushan.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/mao-lushan.jpg\" alt=\"mao-lushan\" width=\"700\" height=\"1035\" class=\"alignleft size-full wp-image-89296\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/mao-lushan.jpg 1215w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/mao-lushan-203x300.jpg 203w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/mao-lushan-768x1135.jpg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/mao-lushan-693x1024.jpg 693w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Il y a justement, parmi les haut plac\u00e9s du Parti puisque vice maire de P\u00e9kin, un historien et \u00e9crivain, Wu Han, sp\u00e9cialiste de la dynastie Ming. D\u00e8s juin 1959 (\u00e0 la veille donc du Plenum de Lushan), un conte de sa main, sign\u00e9 d&rsquo;un pseudonyme, circule \u00e0 P\u00e9kin : il s&rsquo;intitule \u00ab\u00a0Hai Rui semonce l&#8217;empereur\u00a0\u00bb. Le nomm\u00e9 Hai Rui fut un mandarin r\u00e9put\u00e9 pour sa droiture et son int\u00e9grit\u00e9 injustement \u00e9cart\u00e9 du pouvoir par l&#8217;empereur Ming Jiajing en 1569. L&rsquo;allusion est transparente et le d\u00e9cryptage \u00e9vident : Peng Dehuai est ce mandarin vertueux digne au plus haut point de son honorifique fonction. En 1961, quand ce conte devient une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre sous le titre \u00ab\u00a0La destitution de Hai Rui\u00a0\u00bb, tout est encore plus limpide (pour ceux qui ne comprendraient pas vite) puisque Peng Dehuai a effectivement entretemps \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 de toutes ses fonctions ! A travers les personnages de sa pi\u00e8ce, Wu Han, d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, encense la sagesse toute confuc\u00e9enne de ce grand fonctionnaire incorruptible soucieux avant tout de pr\u00e9server l&rsquo;harmonie de l&#8217;empire en rendant de justes verdicts en son \u00e2me et conscience et, de l&rsquo;autre, donne \u00e0 lire en filigrane que certains empereurs ne sachant pas reconna\u00eetre les m\u00e9rites de leurs subordonn\u00e9s ne sont peut-\u00eatre pas dignes du mandat c\u00e9leste qu&rsquo;ils s&rsquo;arrogent. <\/p>\n<p>En novembre 1962, autre signe de ce grand \u00ab\u00a0revival\u00a0\u00bb confuc\u00e9en, se tient, \u00e0 l&rsquo;initiative de Zhou Yang, un intellectuel pass\u00e9 \u00e0 travers les \u00ab\u00a0cent fleurs\u00a0\u00bb, dans la ville natale de Confucius un symposium consacr\u00e9 \u00e0 une sorte de r\u00e9\u00e9valuation de son \u0153uvre, initiative totalement in\u00e9dite et m\u00eame improbable depuis 1949. La m\u00eame ann\u00e9e voit la r\u00e9\u00e9dition de \u00ab\u00a0Pour \u00eatre une bon communiste\u00a0\u00bb de Liu Shaoqi (cf supra) et la r\u00e9habilitation d&rsquo;un assez grand nombre des \u00ab\u00a0droitiers\u00a0\u00bb que le \u00ab\u00a0Mouvement des cent fleurs\u00a0\u00bb avait jug\u00e9s \u00ab\u00a0herbes v\u00e9n\u00e9neuses\u00a0\u00bb et condamn\u00e9s aux travaux forc\u00e9s.<\/p>\n<p>Est-ce \u00e0 dire que la parenth\u00e8se du \u00ab\u00a0vieux fou\u00a0\u00bb qui d\u00e9place les montagnes et affame son peuple au nom de ses lubies s&rsquo;est referm\u00e9e ? Non, car apr\u00e8s l&rsquo;entracte, Mao, derri\u00e8re le rideau, pr\u00e9pare la suite de la pi\u00e8ce. Le texte th\u00e9orique \u00a0\u00bb Les dix premiers points\u00a0\u00bb publi\u00e9 en 1963 laisse pr\u00e9voir non seulement qu&rsquo;il y aura d&rsquo;autres points \u00e0 venir, mais surtout que Mao, qui a toujours proclam\u00e9 que \u00ab\u00a0la pratique est le seul crit\u00e8re de v\u00e9rit\u00e9\u00a0\u00bb, est en coulisses bien d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 les mettre en \u0153uvre. Or, malgr\u00e9 la m\u00e9thode que Mao recommande, intitul\u00e9e d&rsquo;une expression emprunt\u00e9e \u00e0 Mencius \u00ab\u00a0Pluie fine et douce brise\u00a0\u00bb, le contenu des \u00ab\u00a0dix points\u00a0\u00bb est du genre \u00ab\u00a0lutte des classes au poste de commandement\u00a0\u00bb et augure de la poigne. Tous les personnages sont en place pour l&rsquo;acte suivant, on n&rsquo;attend plus que les trois coups&#8230;<\/p>\n<p>(\u00e0 suivre&#8230;)<\/p>\n<p>===========<br \/>\nFilmographie<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les trois royaumes\u00a0\u00bb film de John Woo, sorti en 2009 (pour faire la connaissance de Zhuge Liang)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comment Yu Gong d\u00e9pla\u00e7a les montagnes\u00a0\u00bb 12 courts m\u00e9trages sortis en 1976. Films documentaires o\u00f9 Joris Ivens et Marceline Loridan montrent la Chine des ann\u00e9es 70.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>On a vu pr\u00e9c\u00e9demment \u00e0 quel point l&rsquo;\u00e9criture id\u00e9ographique chinoise \u00e9tait un facteur de coh\u00e9sion et, \u00e0 proprement parler, d&rsquo;identit\u00e9 du monde chinois (et, au del\u00e0, de l&rsquo;ensemble du monde sinis\u00e9). <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4489],"tags":[],"class_list":["post-89292","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89292","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=89292"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89292\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":89297,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89292\/revisions\/89297"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=89292"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=89292"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=89292"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}