{"id":89337,"date":"2016-09-26T21:53:57","date_gmt":"2016-09-26T19:53:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=89337"},"modified":"2016-09-26T21:53:57","modified_gmt":"2016-09-26T19:53:57","slug":"chine-lhistoire-un-materiau-recyclable-ad-libitum-ii-par-dd-dh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/09\/26\/chine-lhistoire-un-materiau-recyclable-ad-libitum-ii-par-dd-dh\/","title":{"rendered":"CHINE &#8211;  L&rsquo;Histoire : un mat\u00e9riau recyclable ad libitum (II), par DD &#038; DH"},"content":{"rendered":"<blockquote>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Billet invit\u00e9.<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Avant de rouvrir le rideau sur la \u00ab\u00a0lutte de lignes\u00a0\u00bb, amorc\u00e9e par la directive des \u00ab\u00a0Dix premiers points\u00a0\u00bb, qui coupe en deux le Parti Communiste Chinois \u00e0 partir de 1963, il serait bon de rappeler que tout cela se d\u00e9roule sur fond de rupture plus large au sein du bloc communiste mondial : d\u00e8s l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1960 les Sovi\u00e9tiques, rompant unilat\u00e9ralement le trait\u00e9 d&rsquo;amiti\u00e9 et de coop\u00e9ration conclu avec la Chine, rembarquent le mat\u00e9riel des gros complexes d&rsquo;industrie lourde en chantier qu&rsquo;ils s&rsquo;\u00e9taient engag\u00e9s \u00e0 \u00e9quiper et rapatrient leurs experts. <!--more--><\/p>\n<p>Le contentieux entre les deux \u00ab\u00a0empires\u00a0\u00bb (qui se sont de tout temps m\u00e9fi\u00e9 l&rsquo;un de l&rsquo;autre) date de plus loin : Mao n&rsquo;a pas approuv\u00e9 le rapport Khrouchtchev en 1957 ni l&rsquo;entrevue de Camp David en 1959 qui, l&rsquo;un comme l&rsquo;autre, le poussent \u00e0 penser que l&rsquo;URSS a trahi la cause r\u00e9volutionnaire en \u00ab\u00a0r\u00e9visant\u00a0\u00bb les fondements du marxisme-l\u00e9ninisme et en adoptant une politique conciliatrice avec les imp\u00e9rialistes. La tension est telle qu&rsquo;elle provoque m\u00eame quelques incidents frontaliers au Xinjiang et sur le fleuve Ili. Or la faille qui vient de se creuser \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale a sa \u00ab\u00a0r\u00e9plique\u00a0\u00bb au sein du PCC. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"> Le coup d&rsquo;envoi de l&rsquo;affrontement est sans nul doute l&rsquo;appel lanc\u00e9 par Mao en septembre 1962 :\u00a0\u00ab\u00a0<i>N&rsquo;oubliez jamais la lutte des classes<\/i> !\u00a0\u00bb qui sonne comme une reprise en main de la situation dont nous avons vu qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait nettement assouplie depuis son relatif effacement suite \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec du Grand Bond. En effet, au c\u0153ur m\u00eame du Bureau Politique, de nombreux \u00ab\u00a0mod\u00e9r\u00e9s\u00a0\u00bb r\u00eavent d&rsquo;un atterrissage en douceur et d&rsquo;un socialisme plus conciliateur : Chen Boda entreprend de rogner peu \u00e0 peu la part de \u00ab\u00a0communisme\u00a0\u00bb int\u00e9gral des Communes Populaires, Deng Xiaoping caresse l&rsquo;id\u00e9e que tous les chats peuvent bien \u00eatre gris s&rsquo;ils attrapent des souris, Liu Shaoqi voudrait panser les plaies et pr\u00e9sider une Chine apais\u00e9e en bons termes avec tout le monde. Lors du Dixi\u00e8me Plenum toutefois un accord de fa\u00e7ade semble s&rsquo;\u00e9tablir sur la n\u00e9cessit\u00e9 de mettre en chantier un \u00ab\u00a0<i>travail d&rsquo;\u00e9ducation socialiste<\/i>\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du pays pour extirper les \u00ab\u00a0<i>tendances spontan\u00e9es au capitalisme<\/i>\u00a0\u00bb toujours pr\u00eates \u00e0 repousser comme autant de mauvaises herbes mena\u00e7ant d&rsquo;\u00e9touffer les bonnes semences de la R\u00e9volution. La mise en \u0153uvre de ce programme \u00e0 travers diff\u00e9rentes \u00ab\u00a0exp\u00e9riences\u00a0\u00bb en zones rurales en 1963-64 va r\u00e9v\u00e9ler les profondes divergences que l&rsquo;unanimit\u00e9 de fa\u00e7ade a masqu\u00e9es. A l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1964, une pol\u00e9mique s&rsquo;enfle et court comme un feu de brousse. Elle prend une tournure plus philosophique que vraiment politique : deux \u00ab\u00a0th\u00e9or\u00e8mes\u00a0\u00bb s&rsquo;affrontent qui rouvrent la faille mal colmat\u00e9e. Le premier s&rsquo;\u00e9nonce \u00ab\u00a0<b><i>Un se divise en deux<\/i><\/b>\u00ab\u00a0, c&rsquo;est celui d\u00e9fendu par Mao et ses partisans. On y reconna\u00eet son postulat favori, estampill\u00e9 \u00ab\u00a0pur <\/span><span class=\"s2\">Yi Jing<\/span><span class=\"s1\">\u00ab\u00a0, qui veut que tout ce qui vit s&rsquo;alimente de contradictions et qu&rsquo;il y a toujours profit \u00e0 les laisser pleinement jouer tant qu&rsquo;on ne se trouve pas entre ennemis irr\u00e9conciliables. Le second, \u00ab\u00a0<b><i>Deux fusionnent en un<\/i><\/b>\u00ab\u00a0, est la devise du camp d&rsquo;en face, plus famili\u00e8rement \u00ab\u00a0Pas trop de vagues !\u00a0\u00bb : la solution pour un d\u00e9veloppement continu et harmonieux est dans la recherche de positions d&rsquo;\u00e9quilibre successives et de conciliation par compromis au gr\u00e9 des situations, proc\u00e9dure o\u00f9 l&rsquo;on retrouve sans trop d&rsquo;\u00e9tonnement les pr\u00e9ceptes confuc\u00e9ens de la \u00ab\u00a0<i>r\u00e9gulation\u00a0\u00bb<\/i> (traduction que donne F. Jullien du \u00ab\u00a0<\/span><span class=\"s2\">Zhong Yong<\/span><span class=\"s1\">\u00ab\u00a0, l&rsquo;un des \u00ab\u00a0<\/span><span class=\"s2\">Quatre Grands Livres<\/span><span class=\"s1\">\u00ab\u00a0) et que Deng Xiaoping appliquera quand il reviendra au pouvoir en 1978. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"> Constatant les succ\u00e8s mitig\u00e9s du \u00ab\u00a0Mouvement d&rsquo;\u00e9ducation socialiste\u00a0\u00bb et les efforts d\u00e9ploy\u00e9s par ses adversaires pour en \u00e9dulcorer les effets, Mao passe \u00e0 l&rsquo;offensive avec l&rsquo;intention avou\u00e9e de dynamiter ces \u00ab\u00a0<i>grands fiefs encore gouvern\u00e9s par les Morts<\/i>\u00ab\u00a0, v\u00e9ritables camps retranch\u00e9s de l&rsquo;id\u00e9ologie bourgeoise que sont encore \u00e0 ses yeux l&rsquo;\u00e9ducation et la culture. Ces bastions de la superstructure sont tenus par Zhou Yang, pr\u00e9sident de l&rsquo;Union des \u00e9crivains et vice-ministre de la Culture (l&rsquo;instigateur du symposium sur Confucius en 1962, cf 1\u00e8re partie), Peng Zhen, maire de P\u00e9kin, flanqu\u00e9 de son vice maire, Wu Han, \u00e9galement rencontr\u00e9 dans notre 1\u00e8re partie comme auteur d&rsquo;une pi\u00e8ce de th\u00e9\u00e2tre exaltant la figure de l&rsquo;int\u00e8gre Hai Rui destitu\u00e9 par un souverain despotique et injuste. Toutes ces sommit\u00e9s acad\u00e9miques (et bien d&rsquo;autres) s&rsquo;appr\u00eatent \u00e0 devenir les figures \u00e0 abattre dans le stand de jeu de massacre qu&rsquo;on ne va pas tarder \u00e0 appeler la\u00a0\u00bb Grande R\u00e9volution Culturelle Prol\u00e9tarienne\u00a0\u00bb.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"> Le 10 novembre 1965, un article publi\u00e9 dans le \u00ab\u00a0<\/span><span class=\"s2\">Wenhuibao<\/span><span class=\"s1\">\u00a0\u00bb de Shanghai est une critique acerbe de la pi\u00e8ce de Wu Han \u00ab\u00a0<\/span><span class=\"s2\">La destitution de Hai Rui<\/span><span class=\"s1\">\u00a0\u00bb (qui date de 1961). Il est sign\u00e9 par Yao Wenyuan, un jeune journaliste appel\u00e9 \u00e0 un grand avenir dans la R\u00e9volution Culturelle jusqu&rsquo;\u00e0 son baisser de rideau d\u00e9finitif en 1976 puisqu&rsquo;il sera alors au nombre des \u00ab\u00a0Quatre\u00a0\u00bb de la fameuse \u00ab\u00a0Bande\u00a0\u00bb. Est nomm\u00e9 au d\u00e9but de l&rsquo;ann\u00e9e 1966 un \u00ab\u00a0Groupe des cinq\u00a0\u00bb charg\u00e9 tr\u00e8s officiellement d&rsquo;animer cette \u00ab\u00a0R\u00e9volution Culturelle\u00a0\u00bb et de d\u00e9manteler les fiefs infect\u00e9s par une id\u00e9ologie v\u00e9n\u00e9neuse. Une fois de plus, Mao roule ses adversaires dans la farine en se livrant \u00e0 ce sport o\u00f9 il excelle : attiser ses ch\u00e8res contradictions en les portant \u00e0 l&rsquo;incandescence et amener ses adversaires \u00e0 se d\u00e9voiler sous leur vrai jour. Jugez plut\u00f4t : c&rsquo;est Peng Zhen qui est nomm\u00e9 \u00e0 la t\u00eate de ce \u00ab\u00a0Groupe des cinq\u00a0\u00bb et Liu Shaoqi lui-m\u00eame est convi\u00e9 \u00e0 jouer un r\u00f4le majeur dans l&rsquo;application des d\u00e9cisions prises ! Apr\u00e8s ce coup d&rsquo;envoi, les \u00e9v\u00e9nements se succ\u00e8dent tr\u00e8s vite : le 16 mai 66, une circulaire du Comit\u00e9 Central appelle \u00e0 d\u00e9busquer tr\u00e8s vite les \u00ab\u00a0<i>individus du type Khrouchtchev infiltr\u00e9s jusque dans les rangs du Parti<\/i>\u00a0\u00bb et \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9, apr\u00e8s avoir nag\u00e9 dans le Yangzi, Mao affiche son propre \u00ab\u00a0<i>dazibao<\/i>\u00a0\u00bb (affiche en grands caract\u00e8res) au si\u00e8ge du Comit\u00e9 Central : \u00ab\u00a0<i>Bombardez les \u00e9tats-majors<\/i> !\u00a0\u00bb<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"> <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Propagande.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-89338\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Propagande.jpg\" alt=\"propagande\" width=\"700\" height=\"1150\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Propagande.jpg 661w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Propagande-183x300.jpg 183w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Propagande-623x1024.jpg 623w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a>Ne pouvant (et ne voulant) entrer ici dans les d\u00e9tails du tumultueux d\u00e9roulement de la GRCP, nous nous contenterons de nous en tenir plus strictement \u00e0 notre sujet : l&rsquo;utilisation des pr\u00e9c\u00e9dents historiques et litt\u00e9raires qui nourrissent les d\u00e9bats et servent de fonds r\u00e9f\u00e9rentiel commun. On ne peut les retrouver qu&rsquo;en enjambant le gros de la tourmente exalt\u00e9e et meurtri\u00e8re (1966-1971). Rien \u00e0 se mettre sous la dent pendant ces cinq ann\u00e9es-l\u00e0, et pour cause : la seule et unique r\u00e9f\u00e9rence admise et impos\u00e9e pendant tout ce temps a \u00e9t\u00e9 le \u00ab\u00a0<\/span><span class=\"s2\">Petit Livre Rouge<\/span><span class=\"s1\">\u00ab\u00a0! Ce n&rsquo;est qu&rsquo;en 1973 que les joutes id\u00e9ologiques peuvent reprendre \u00ab\u00a0\u00e0 la chinoise\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire par le truchement d&rsquo;\u00e9crits anciens. En 1973, deux ans apr\u00e8s la mort accidentelle (?) de Lin Biao en fuite hors de Chine pour avoir foment\u00e9 un complot, on assiste \u00e0 une nouvelle mobilisation des masses sur le mot d&rsquo;ordre : \u00ab\u00a0<i>Pi Lin, pi Kong<\/i>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0Critiquons Lin Biao, critiquons Kong Fuzi\u00a0\u00bb). Confucius revient donc sur le tapis, sa mise en cause est un grand classique, mais son appariement avec l&rsquo;ambitieux mar\u00e9chal Lin Biao n&rsquo;est pas \u00e9vident \u00e0 premi\u00e8re vue. Sans doute une interrogation r\u00e9trospective sur les d\u00e9bordements du culte de la personnalit\u00e9 auxquels la Chine vient de se livrer impose-t-elle une r\u00e9vision et un responsable. Auteur du recueil des pens\u00e9es du Grand Timonier compil\u00e9es dans le \u00ab\u00a0<\/span><span class=\"s2\">Petit Livre Rouge<\/span><span class=\"s1\">\u00ab\u00a0, Lin Biao est une cible expiatoire d&rsquo;autant plus commode qu&rsquo;il est mort et qu&rsquo;on ne se privera pas de l&rsquo;accuser alternativement (voire conjointement) de d\u00e9rives gauchistes ou droiti\u00e8res ! N&rsquo;est-il pas coupable d&rsquo;avoir, \u00e0 la mani\u00e8re de Confucius, voulu endoctriner le peuple en lui bourrant le cr\u00e2ne d&rsquo;un cat\u00e9chisme \u00ab\u00a0rouge\u00a0\u00bb pour mieux se faufiler jusqu&rsquo;au sommet du pouvoir (il \u00e9tait le dauphin d\u00e9sign\u00e9 de Mao). Confucius reste au centre des d\u00e9bats du IX\u00e8me Congr\u00e8s du PCC en septembre 1973 puisqu&rsquo;il y est d\u00e9cid\u00e9 de relancer le mouvement de critique en vue d&rsquo;\u00e9radiquer tout ce que le confucianisme v\u00e9hicule de n\u00e9gatif, comme l&rsquo;\u00e9litisme, la soumission et le pi\u00e9tinement dans le pass\u00e9 entretenu par un fatras de \u00ab\u00a0vieilleries\u00a0\u00bb dont il reste encore bien des racines \u00e0 couper. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"> De plus en plus ouvertement, le r\u00e9gime de Mao s&rsquo;inspire d\u00e9sormais des ennemis jur\u00e9s des confuc\u00e9ens : les l\u00e9gistes. Ces disciples de Shang Yang (IV\u00e8me si\u00e8cle avant notre \u00e8re) ont \u00e9t\u00e9 les artisans de la victoire de Qin Shi Huangdi, le premier empereur unificateur de la Chine (221-210) et les inspirateurs du grand autodaf\u00e9 des livres et de l&rsquo;ex\u00e9cution des lettr\u00e9s (en 212). Le l\u00e9gisme ne pr\u00f4ne pas \u00e0 proprement parler un \u00e9tat o\u00f9 r\u00e8gnent les lois, mais un pouvoir fort garanti par un syst\u00e8me despotique fond\u00e9 sur un jeu de r\u00e9compenses (rares)\/punitions (fr\u00e9quentes et impitoyables) : une main de fer dans un gant de toile \u00e9meri ! L&#8217;empire l\u00e9giste, fond\u00e9 sur le d\u00e9veloppement de l&rsquo;agriculture, accro\u00eet aussi les \u00e9changes par l&rsquo;unification de la monnaie et celle des poids et mesures ainsi que par la cr\u00e9ation d&rsquo;un r\u00e9seau de routes standardis\u00e9. Il s&rsquo;est trouv\u00e9 contraint de pratiquer une \u00e9conomie de temps de guerre (avant d&rsquo;unifier la Chine il a fallu \u00e0 Qin \u00e9liminer toutes les principaut\u00e9s rivales) et le r\u00e9sultat a \u00e9t\u00e9 un saut qualitatif tr\u00e8s important dans la ma\u00eetrise de la m\u00e9tallurgie, l&rsquo;efficacit\u00e9 des armes (l&rsquo;arbal\u00e8te), la rationalisation du maillage du territoire, l&rsquo;organisation du travail (en bonne partie corv\u00e9e et travail forc\u00e9 de travailleurs d\u00e9port\u00e9s), l&rsquo;hydrographie (les premiers barrages)&#8230;etc. Mao a les m\u00eames ambitions pour la Chine et il ne cache pas son admiration pour le personnage du premier Empereur. Nous laissons chacun jouer au petit jeu de ressemblances ! <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"> Or, quel heureux hasard !, c&rsquo;est opportun\u00e9ment en 1974 qu&rsquo;un paysan des environs de Xi&rsquo;an (au Shaanxi) d\u00e9couvre en b\u00eachant une t\u00eate d&rsquo;argile enfouie dans le sol. Il s&rsquo;agit bien s\u00fbr de la premi\u00e8re trouvaille de l&rsquo;arm\u00e9e de 8000 soldats de terre cuite que Qin Shi Huangdi a fait placer aux avant-postes de son tumulus et qui r\u00e9v\u00e8le au monde entier le haut degr\u00e9 des capacit\u00e9s d&rsquo;organisation et des op\u00e9rations tr\u00e8s rationalis\u00e9es mises en \u0153uvre \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque pour sa r\u00e9alisation. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"> Parall\u00e8lement un ouvrage se r\u00e9pand dans les librairies et fait l&rsquo;objet de commentaires dans les revues du PCC : il s&rsquo;agit de la \u00ab\u00a0<\/span><span class=\"s2\">Dispute sur le sel et<\/span> <span class=\"s2\">le fer<\/span><span class=\"s1\">\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<\/span><span class=\"s2\"><i>Yantie lun<\/i><\/span><span class=\"s1\">\u00ab\u00a0), le verbatim d&rsquo;une controverse bien r\u00e9elle qui s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e en 81 avant notre \u00e8re \u00e0 la cour des Han, six ans apr\u00e8s la mort de l&rsquo;Empereur Wudi, entre le Grand Secr\u00e9taire Sang Hongyang (le jeune empereur qui n&rsquo;a que treize ans ne prend pas la parole, pas plus que le R\u00e9gent pourtant pr\u00e9sent lui aussi) et une soixantaine de lettr\u00e9s confuc\u00e9ens venus de tout l&#8217;empire pour porter la contestation \u00e0 propos de mesures adopt\u00e9es par le r\u00e8gne qui vient de s&rsquo;achever. En effet, l&#8217;empereur Wudi, s&rsquo;inspirant des m\u00e9thodes autoritaires et centralisatrices de Qin Shi Huangdi, a non seulement d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 le monopole de la frappe de la monnaie par l&rsquo;Etat (avec un succ\u00e8s assez relatif), mais aussi nationalis\u00e9 en 119 les secteurs d&rsquo;activit\u00e9 les plus indispensables et rentables que sont le sel et le fer (auxquels s&rsquo;ajoutent les alcools). Sang Hongyang, conseiller de l&#8217;empereur Wudi dans le droit fil du l\u00e9gisme, a personnellement mis en place un syst\u00e8me rationnel de r\u00e9gulation des approvisionnements en \u00e9galisant les prix des denr\u00e9es par leur circulation, contr\u00f4l\u00e9e par l&rsquo;Etat, entre r\u00e9gions o\u00f9 elles sont abondantes et \u00e0 bas prix et les r\u00e9gions o\u00f9 leur raret\u00e9 les rend ch\u00e8res. Il encourage le commerce et m\u00eame, ne tarissant pas d&rsquo;\u00e9loges sur la diversit\u00e9 des produits venus de l&rsquo;\u00e9tranger, se montre un partisan enthousiaste des relations internationales ! C&rsquo;est contre tous ces d\u00e9voiements r\u00e9v\u00e9lant un gouvernement indigne de ce nom que les lettr\u00e9s confuc\u00e9ens sont venus se plaindre : en gros, le commerce et les profits qu&rsquo;il g\u00e9n\u00e8re sont des activit\u00e9s corruptrices (les in\u00e9vitables pots de vin) et r\u00e9pr\u00e9hensibles (non conformes au respect des rites) auxquelles un empire qui se respecte ne devrait pas pr\u00eater la main ! On devine ais\u00e9ment, dans ce mouvement de critique en train de se mettre en place 2054 ans apr\u00e8s, que les lettr\u00e9s confuc\u00e9ens aigris et pleurnichards sont dans le mauvais camp, mais la louange implicite de Sang Hongyang laisse perplexe et l&rsquo;incitation aux achats de denr\u00e9es \u00e9trang\u00e8res de luxe a de quoi surprendre un peu&#8230; sauf si l&rsquo;on se souvient que la Chine Populaire occupe \u00e0 l&rsquo;ONU depuis octobre 1971 le si\u00e8ge qui \u00e9tait celui de Ta\u00efwan depuis 1950 et que la \u00ab\u00a0diplomatie du ping-pong\u00a0\u00bb mise en \u0153uvre sans bruit par Kissinger et Zhou Enlai a abouti \u00e0 la visite de Nixon \u00e0 P\u00e9kin en 1972. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"> Une derni\u00e8re pol\u00e9mique du genre qui nous int\u00e9resse ici va clore la p\u00e9riode de la GRCP. Elle a lieu en 1975 et se d\u00e9veloppe autour de la question d&rsquo;\u00e9ventuelles r\u00e9visions de verdicts ayant frapp\u00e9 des \u00ab\u00a0r\u00e9visionnistes\u00a0\u00bb, en particulier celui qui a condamn\u00e9 \u00e0 la r\u00e9clusion \u00e0 vie l&rsquo;ancien pr\u00e9sident Liu Shaoqi, mort en prison en 1969. Le \u00ab\u00a0probl\u00e8me des verdicts\u00a0\u00bb ne sera jamais \u00e9voqu\u00e9 directement du vivant de Mao, mais l&rsquo;affaire sera d\u00e9battue \u00e0 travers le subterfuge habituel : une nouvelle controverse (en fait r\u00e9surgence d&rsquo;un ancien d\u00e9bat du d\u00e9but du si\u00e8cle) na\u00eet qui prend pour objet le roman classique du XIVe s. \u00ab\u00a0<\/span><span class=\"s2\">Au bord de l&rsquo;eau<\/span><span class=\"s1\">\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<\/span><span class=\"s2\">Shui hu zhuan<\/span><span class=\"s1\">\u00ab\u00a0) tout au long duquel nous vivons au quotidien en plein XIIe s., sous les Song, avec une bande de 108 brigands, bandits d&rsquo;honneur mais aussi hommes de sac et de corde, qui ont pris le maquis contre l&#8217;empereur et se sont r\u00e9fugi\u00e9s dans les Monts Liang au nord du Fleuve Jaune. Apr\u00e8s nombre de brillants combats remport\u00e9s, l\u00e0 encore, par l&rsquo;alliance de la ruse et du courage (et dont Mao s&rsquo;inspira), le chef de cette bande de fr\u00e8res jur\u00e9s, un certain Song Jiang, d\u00e9cide, sans trop avoir consult\u00e9 tout le monde dans sa troupe, de faire amende honorable en se rendant \u00e0 l&rsquo;Empereur Song en 1121. Comme ironise Etiemble dans l&rsquo;avant-propos qu&rsquo;il donne \u00e0 la traduction du roman par Jacques Dars dans la collection <\/span><span class=\"s2\">La Pl\u00e9iade<\/span><span class=\"s1\"> : \u00ab\u00a0<i>Comble d&rsquo;horreur, Song Jiang s&rsquo;avoue disciple de Confucius et de Mencius et s&rsquo;en remet \u00e0 la magnanimit\u00e9 de l&#8217;empereur Huizong, ce d\u00e9bauch\u00e9 qui dispose d&rsquo;une favorite, pensez donc !\u00a0\u00bb<\/i><\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"><i> <\/i>C&rsquo;est \u00e9videmment l&rsquo;insigne sottise de la fraction gauchiste du PCC (qu&rsquo;on n&rsquo;appelle pas encore \u00ab\u00a0Bande des Quatre\u00a0\u00bb en 1975) que fustige Etiemble : ces r\u00e9volutionnaires mod\u00e8les n&rsquo;ont-ils pas d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 urbi et orbi que Song Jiang, le \u00ab\u00a0<i>capitulard<\/i>\u00ab\u00a0, le ren\u00e9gat qui a trahi les siens et la juste cause de la r\u00e9bellion devra porter l&rsquo;\u00e9tiquette \u00ab\u00a0<i>r\u00e9visionniste<\/i>\u00a0\u00bb pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles devant le grand tribunal de l&rsquo;Histoire ? Toute ressemblance avec Liu Shaoqi&#8230;<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\"> FIN. Non pas de l&rsquo;Histoire \u00e9videmment (Mao avait raison au moins sur ce point, les contradictions d&rsquo;aujourd&rsquo;hui sont autres, mais elles n&rsquo;ont pas cess\u00e9 et l\u2019Histoire continue), mais de notre parcours qui, soulignons-le encore, n\u2019a pr\u00e9tendu \u00e0 rien d&rsquo;autre qu&rsquo;\u00e0 proposer une piste de lecture l\u00e9g\u00e8re et un peu d\u00e9cal\u00e9e d\u2019une grande page de l\u2019histoire du XXe s.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Billet invit\u00e9.<\/span><\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Avant de rouvrir le rideau sur la \u00ab\u00a0lutte de lignes\u00a0\u00bb, amorc\u00e9e par la directive des \u00ab\u00a0Dix premiers points\u00a0\u00bb, qui coupe en deux le Parti Communiste Chinois \u00e0 partir de 1963, il serait bon de rappeler que tout cela se d\u00e9roule sur fond de rupture plus large au [&hellip;]<\/span><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4489],"tags":[182,2994],"class_list":["post-89337","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chine","tag-mao","tag-maoisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89337","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=89337"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89337\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":89340,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/89337\/revisions\/89340"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=89337"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=89337"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=89337"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}