{"id":90010,"date":"2016-10-22T11:12:53","date_gmt":"2016-10-22T09:12:53","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=90010"},"modified":"2016-10-22T11:13:27","modified_gmt":"2016-10-22T09:13:27","slug":"frederic-lordon-marx-et-spinoza-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/10\/22\/frederic-lordon-marx-et-spinoza-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, Marx et Spinoza, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dans son essai sur Marx et Spinoza (<em>Capitalisme et servitude<\/em>), Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon part du principe que <em>tout \u00eatre tend vers sa perfection<\/em>, et que cet essor (<em>conatus<\/em>) est dou\u00e9 d\u2019<em>affects\u00a0joyeux<\/em> qui se transforment en <em>affects tristes<\/em> lorsqu\u2019il est r\u00e9duit \u00e0 l\u2019impuissance. Cette alternative est exploit\u00e9e, constate-t-il, par ceux dont le <em>conatus<\/em> <em>particulier<\/em> est le plus fort. Mais puisque la <em>raison<\/em> forme des id\u00e9es ad\u00e9quates qui s\u2019accompagnent d\u2019affects joyeux, la multitude <em>peut<\/em> choisir la <em>raison<\/em> pour se lib\u00e9rer du <em>pouvoir<\/em> des minorit\u00e9s qui entendent faire pr\u00e9valoir leurs passions pr\u00e9datrices.<\/p>\n<p><!--more-->\u00ab<em>\u00a0L\u2019exploitation passionnelle prend fin quand les hommes savent diriger leurs d\u00e9sirs communs &#8211; et former entreprise, mais entreprise communiste &#8211; vers des objets qui ne sont plus mati\u00e8re \u00e0 captures unilat\u00e9rales, c\u2019est-\u00e0-dire quand ils comprennent que le vrai bien est celui dont il faut souhaiter que les autres le poss\u00e8dent en m\u00eame temps que soi. Ainsi, par exemple, de la raison que tous doivent vouloir \u00eatre le plus nombreux possible \u00e0 poss\u00e9der puisque \u201cles hommes, en tant qu\u2019ils vivent sous la conduite de la raison, sont supr\u00eamement utiles aux hommes\u201d (Eth. IV, 37 premi\u00e8re d\u00e9monstration)\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><em>. <\/em><\/p>\n<p>Il serait donc possible que la d\u00e9mocratie l\u2019emporte sur l\u2019exploitation capitaliste.<\/p>\n<p>Je voudrais dans cet article discuter de trois points\u00a0: 1) La r\u00e9duction de l\u2019affectivit\u00e9 \u00e0 deux valeurs sert le capitalisme mais ne rend pas compte de l\u2019\u00e9conomie humaine. 2) Il me semble que pour Marx la <em>capture<\/em> <em>d\u2019autorat <\/em>se traduit par <em>l\u2019ali\u00e9nation<\/em> <em>de la<\/em> <em>qualit\u00e9 <\/em>du travail et la <em>privatisation<\/em> de la propri\u00e9t\u00e9. 3) <em>La puissance de la multitude<\/em> ne me semble pas de m\u00eame nature que<em> le pouvoir.<\/em><\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>1) Le \u201cbinarisme affectif\u201d \u00e0 deux ou quatre valeurs.<\/p>\n<p>Quand on parle de l\u2019affectivit\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, il faut distinguer celle du Soi qui se rapporte au Moi, le Soi-m\u00eame, <em>l\u2019ips\u00e9it\u00e9<\/em>, du Soi qui se rapporte \u00e0 l\u2019autre, le Soi-Autre, le Tiers, le sentiment d\u2019\u00eatre humain qui na\u00eet partout et spontan\u00e9ment d\u00e8s que se constitue entre les individus une relation intersubjective de <em>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em><a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Les affects qui ont une valeur de r\u00e9f\u00e9rence pour l\u2019\u201chomme social\u201d, ses \u00e9motions spirituelles comme l\u2019amour ou l\u2019amiti\u00e9, les sentiments de responsabilit\u00e9 ou de justice sont cr\u00e9\u00e9s \u00e0 partir de la relation et de la participation d\u2019autrui. Et puisque l\u2019affectivit\u00e9 a pour caract\u00e8re essentiel d\u2019\u00eatre <em>absolue<\/em>, et qu\u2019elle est n\u00e9cessairement singuli\u00e8re et incommunicable d\u2019un \u00eatre \u00e0 l\u2019autre, il n\u2019y a de sentiment qui puisse \u00eatre une r\u00e9f\u00e9rence ontologique universelle que produit par l\u2019ensemble de la communaut\u00e9 (la <em>multitude<\/em>), et seulement lorsque tous participent \u00e0 sa gen\u00e8se de fa\u00e7on \u00e9gale.<\/p>\n<p>Nous ne d\u00e9taillerons pas ici pourquoi le <em>principe de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em> s\u2019impose plut\u00f4t que le <em>principe de diff\u00e9rence<\/em> ou le <em>principe d\u2019identit\u00e9\u00a0<\/em>: disons seulement que le principe d\u2019identit\u00e9 ne cr\u00e9e rien de nouveau par rapport aux affectivit\u00e9s biologiques sinon d\u2019accumuler leurs effets, et que le principe de diff\u00e9rence ne permet pas aux affectivit\u00e9s diff\u00e9renci\u00e9es de se concilier les unes avec les autres. C\u2019est de la <em>relativisation<\/em> de <em>l\u2019identit\u00e9<\/em> par <em>la diff\u00e9rence<\/em> et r\u00e9ciproquement \u2013\u00a0de leur interaction donc\u00a0\u2013 que surgit un sentiment, le <em>Soi<\/em> qui se r\u00e9v\u00e8le une affectivit\u00e9 pure, neutre si l\u2019on peut dire, et qui, lorsqu\u2019elle est redoubl\u00e9e dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 se transforme en une <em>conscience de soi<\/em>, <em>un sentir qui se sent lui-m\u00eame,<\/em> comme dit Aristote qui reconna\u00eet l\u00e0 \u00ab\u00a0<em>ce qui est \u00e0 proprement parler <\/em>\u201c<em>penser<\/em>\u201d\u00a0\u00bb. \u00catre conscient est une \u00e9nergie qui manifeste aussit\u00f4t sa puissance comme une libert\u00e9 souveraine, par la <em>parole<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\"><strong>[3]<\/strong><\/a><\/em>.<\/p>\n<p>Nous situons le Tiers comme la conscience n\u00e9e de la r\u00e9ciprocit\u00e9, et comme la source d\u2019une parole qui a n\u00e9cessairement le m\u00eame sens pour tous les participants \u00e0 sa gen\u00e8se. Le sens du <em>nom<\/em> par exemple est imm\u00e9diatement per\u00e7u par tous les partenaires d\u2019une relation d\u2019alliance inaugurale au sein de laquelle il est prononc\u00e9 pour d\u00e9signer l\u2019\u00eatre commun de tous. Le nom de <em>l\u2019Homme<\/em> s\u2019impose donc comme celui de l\u2019<em>\u00eatre parlant<\/em>, et se substitue au <em>sujet biologique<\/em>. D\u2019o\u00f9 la contradiction entre l\u2019un et l\u2019autre car o\u00f9 dispara\u00eet la r\u00e9ciprocit\u00e9 le biologique revient en force.<\/p>\n<p>Que le principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 soit oubli\u00e9 ou \u00e9cart\u00e9, et nous retrouvons soit le principe d\u2019identit\u00e9 qui associe les hommes en phalange ou faisceau et qui les fait marcher au pas de l\u2019oie, soit le principe de diff\u00e9rence qui pulv\u00e9rise la soci\u00e9t\u00e9 en autant d\u2019individus dont la libert\u00e9 se limite au pouvoir de domination des uns sur les autres que leurs forces respectives autorisent. Le Tiers est le <em>sujet humain <\/em>de la <em>multitude<\/em> lorsque la <em>multitude<\/em> est organis\u00e9e par la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>Il nous faut alors distinguer l\u2019affectivit\u00e9 du sujet qui se d\u00e9finit comme soi-m\u00eame, le Moi, et le sujet qui se d\u00e9finit comme le Tiers en chacun de nous, le sentiment d\u2019Humanit\u00e9 commun \u00e0 tous les partenaires de la r\u00e9ciprocit\u00e9. Nous appellerons <em>joie<\/em> et <em>tristesse<\/em> l\u2019affectivit\u00e9 du Tiers, <em>peine<\/em> et <em>plaisir<\/em> celle du Moi.<\/p>\n<p>La <em>peine<\/em> est le contraire du <em>plaisir<\/em> comme la <em>tristesse<\/em> est le contraire de la <em>joie<\/em>. Il est donc possible de donner le m\u00eame statut \u00e0 la <em>peine<\/em> et \u00e0 la <em>tristesse<\/em> et \u00e0 la <em>joie<\/em> et au <em>plaisir<\/em> en se fiant \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de leurs rapports. Cette analogie est exploit\u00e9e par le syst\u00e8me capitaliste car celui-ci pose la question du <em>pouvoir<\/em> dans une \u00e9conomie \u00e0 <em>deux<\/em> valeurs. Il confond la <em>joie<\/em> et la <em>tristesse,<\/em> qui sont les affects de <em>l\u2019Humanit\u00e9,<\/em> avec les affects du <em>plaisir<\/em> et de la <em>peine,<\/em> d\u00e9pendants de fonctions biologiques, afin de les r\u00e9duire \u00e0 des <em>rapports de force.<\/em>\u00a0L\u2019art du pouvoir capitaliste est d\u2019habiller le <em>plaisir<\/em> de l\u2019apparence de la <em>joie<\/em> et la <em>peine<\/em> de celle de la <em>tristesse<\/em>.<\/p>\n<p>Ainsi, dans la mesure o\u00f9 la critique consent au <em>binarisme affectif<\/em> et se tient dans le champ \u00e0 <em>deux<\/em> valeurs d\u00e9fini par le <em>capitalisme<\/em>, le <em>conatus<\/em> de la <em>multitude<\/em> ne peut plus \u00eatre s\u00e9par\u00e9 du <em>pouvoir <\/em>du Moi de chacun, fut-il devenu par <em>similitude<\/em> celui de la <em>multitude<\/em>.<\/p>\n<p>Mais si le Moi s\u2019efface au b\u00e9n\u00e9fice de ce que nous appelons le Tiers entre les uns et les autres, ce n\u2019est plus le <em>d\u00e9sir<\/em> <em>de<\/em> l\u2019individu qui est en jeu mais <em>l\u2019amour<\/em> <em>entre<\/em> les individus, qui est bien plus exigeant que le d\u00e9sir lui-m\u00eame. Et le Tiers se manifeste au-del\u00e0 de toute <em>crainte<\/em> ou <em>envie <\/em>puisque disparaissent les crit\u00e8res de <em>possession<\/em> et de <em>pouvoir<\/em> qui leur sont sous-jacents. Le Tiers se donne avec la <em>joie<\/em>, tandis que le <em>d\u00e9faut d\u2019amour<\/em> est <em>tristesse, <\/em>que l\u2019on ne doit plus confondre avec la <em>peine<\/em>.<\/p>\n<p>Mais quelle qu\u2019elle soit, l\u2019affectivit\u00e9 se manifeste sous forme de deux affects antagonistes, ici la <em>joie<\/em> et la <em>tristesse<\/em>, l\u00e0 le <em>plaisir<\/em> et la <em>peine<\/em>. On \u00e9vitera cependant de r\u00e9duire l\u2019\u00e9conomie de l\u2019affectivit\u00e9 \u00e0 deux valeurs car pour peu que l\u2019on tienne compte du Tiers, c\u2019est \u00e0 quatre valeurs que l\u2019on doit faire appel\u00a0: la <em>peine<\/em> et le <em>plaisir<\/em> s\u00fbrement, mais aussi la <em>joie<\/em> et la <em>tristesse<\/em> puisque ces deux couples d\u2019affects ne jouent pas le m\u00eame r\u00f4le.<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon propose une image trigonom\u00e9trique fort suggestive de l\u2019alignement des <em>conatus<\/em> des salari\u00e9s sur le <em>conatus-ma\u00eetre<\/em> du patronat lors de la <em>capture<\/em> du <em>conatus<\/em> des uns par l\u2019autre. Il imagine de repr\u00e9senter celui-ci par un vecteur d1 et celui-l\u00e0 par un vecteur d2 formant un angle a \u00ef\u20ac\u00a0: l\u2019enr\u00f4lement d\u2019un <em>conatus<\/em> salari\u00e9 peut \u00eatre exprim\u00e9 par le produit scalaire de ces deux vecteurs associ\u00e9s. La mesure de l\u2019angle\u00a0a \u00ef\u20ac\u00a0est celle de la libert\u00e9 du salari\u00e9 vis-\u00e0-vis du patron. Lorsque leurs d\u00e9sirs sont orthogonaux <em>cosinus\u00a0<\/em>a\u00ef\u20ac\u00a0 est \u00e9gal \u00e0 0. Lorsque l\u2019angle\u00a0a \u00ef\u20ac\u00a0est nul <em>cosinus\u00a0<\/em>a \u00ef\u20ac\u00a0est \u00e9gal \u00e0 1 et les deux <em>conatus<\/em> sont align\u00e9s. L\u2019alignement du d\u00e9sir du salari\u00e9 sur le d\u00e9sir patronal est repr\u00e9sent\u00e9 par le <em>cosinus<\/em> de l\u2019angle\u00a0a. Et le <em>sinus<\/em> de l\u2019angle\u00a0a\u00ef\u20ac\u00a0 mesure la libert\u00e9 du salari\u00e9 vis-\u00e0-vis du patron. Lorsque les deux <em>conatus<\/em> sont orthogonaux et que leur angle est un angle droit, le <em>conatus<\/em> des salari\u00e9s ne laisse aucune possibilit\u00e9 de capture au d\u00e9sir-ma\u00eetre du patronat. Lorsque l\u2019angle est nul, l\u2019alignement est parfait : le d\u00e9sir enr\u00f4l\u00e9 vit enti\u00e8rement pour le d\u00e9sir-ma\u00eetre<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>La question est de savoir ce qui permet l\u2019orthogonalit\u00e9 des deux <em>conatus,<\/em> et la r\u00e9alisation de l\u2019angle a \u00e0 son maximum.<\/p>\n<p>Eh bien, ce qui permet de d\u00e9finir cette orthogonalit\u00e9 est le Tiers. Le Tiers n\u2019est pas seulement le d\u00e9sir du salari\u00e9\u00a0! C\u2019est le sentiment d\u2019humanit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9 par la libert\u00e9 de chacun lorsqu\u2019elle est engendr\u00e9e par la libert\u00e9 commune, et qui s\u2019oppose donc \u00e0 la libert\u00e9 unilat\u00e9rale de chacun qui s\u2019oppose \u00e0 celle de l\u2019autre, y compris quand il s\u2019agit de celle du salari\u00e9 et celle du patron. D\u00e8s lors, la dignit\u00e9 du salari\u00e9 n\u2019est pas r\u00e9ductible \u00e0 l\u2019int\u00e9r\u00eat du plus faible qui lutte contre l\u2019int\u00e9r\u00eat du plus fort, mais \u00e0 celle de l\u2019Humanit\u00e9 qui lutte contre son ali\u00e9nation.<\/p>\n<p>Affirmer que la <em>multitude<\/em> a pour <em>conatus<\/em> la raison est un postulat qui fait l\u2019impasse sur le fait qu\u2019elle doit \u00eatre organis\u00e9e par la r\u00e9ciprocit\u00e9<em>. <\/em>Un postulat qui peut \u00eatre un acte de foi salutaire, mais qui ne dispose d\u2019aucune sup\u00e9riorit\u00e9 sur tout autre acte de foi comme celui dans la souverainet\u00e9 de l\u2019individu qui n\u2019a de compte \u00e0 rendre \u00e0 personne ni de responsabilit\u00e9 vis-\u00e0-vis d\u2019autrui et de l\u2019avenir du monde, ou de l\u2019individu pour qui l\u2019avenir appartient \u00e0 la coalition des plus forts.<\/p>\n<p>En r\u00e9alit\u00e9, Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon oppose le <em>conatus<\/em> qui se manifeste dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 au <em>conatus<\/em> qui l\u2019ignore ou la nie\u00a0: ce dernier conduit au <em>pouvoir<\/em> de <em>domination,<\/em> tandis que le premier conduit \u00e0 la <em>puissance<\/em> qui se multiplie, ce qu\u2019il appelle <em>l\u2019empuissantisation<\/em> dont l\u2019effectivit\u00e9 est la <em>libert\u00e9 commune<\/em>. Mais sans la distinction de la matrice de l\u2019un et de la matrice de l\u2019autre, l\u2019incertitude laisse au hasard le soin de d\u00e9cider de l\u2019avenir humain.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>2) La \u201ccapture\u201d de la \u201cqualit\u00e9 du travail\u201d condition pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019exploitation de la force de travail.<\/p>\n<p>Lorsque Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon dit en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Spinoza que <em>\u00ab ce n\u2019est pas tant la valeur, pr\u00e9existante et objectivement \u00e9tablie, qui attire \u00e0 elle le d\u00e9sir que le d\u00e9sir qui, investissant des objets, les constituent en valeur \u00bb<\/em><a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a><em>,<\/em> il entend mettre en \u00e9vidence qu\u2019il n\u2019y a pas de <em>contenu substantiel<\/em> de la valeur, mais seulement des <em>investissements du d\u00e9sir<\/em>. Il d\u00e9nonce la valeur telle qu\u2019elle est d\u00e9finie dans le syst\u00e8me capitaliste (comme <em>valeur d\u2019\u00e9change<\/em>) \u00e0 partir du <em>temps social abstrait n\u00e9cessaire \u00e0 sa production<\/em>.<\/p>\n<p>Au d\u00e9part, c\u2019est la <em>faim<\/em> qui meut le prol\u00e9tariat. La <em>faim<\/em>, certes, n\u2019est pas une mesure substantive de la valeur\u00a0; la valeur n\u2019est qu\u2019un rapport entre la faim et la sati\u00e9t\u00e9, plus proche de la d\u00e9finition de la <em>chreia<\/em> d\u2019Aristote (le <em>besoin d\u2019autrui<\/em>) que de la <em>valeur d\u2019\u00e9change<\/em> de la <em>force de travail <\/em>d\u00e9cid\u00e9e par le capitaliste (le <em>salaire<\/em>). Et lorsque Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon dit <em>\u00ab\u00a0il n\u2019y a pas de valeur substantielle qui puisse faire objectivement norme et fournir des ancrages incontestables aux arguments des disputes distributives, il n\u2019y a que les victoires temporaires de certaines puissances imposant avec succ\u00e8s leurs affirmations valorisatrices\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>, il pense \u00e0 toute situation et pas seulement aux comp\u00e9titions de la soci\u00e9t\u00e9 de consommation d\u2019aujourd\u2019hui. On peut se souvenir qu\u2019au XIXe si\u00e8cle, le <em>d\u00e9sir<\/em> des ouvriers \u00e9tait r\u00e9duit \u00e0 la <em>n\u00e9cessit\u00e9.<\/em> Et le <em>besoin<\/em> n\u2019\u00e9tait pas celui du <em>loisir<\/em> mais de la <em>survie<\/em>. Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon peut donc dire qu\u2019en toutes circonstances \u00ab\u00a0<em>Vaut ce que le plus puissant a d\u00e9clar\u00e9 valoir\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Si avant Marx les victoires \u00e9taient distribu\u00e9es de fa\u00e7on syst\u00e9matique pour les uns, les d\u00e9faites pour les autres, on conviendra cependant que la th\u00e9orie marxiste offrit l\u2019alternative et permit que le <em>besoin<\/em> puisse \u00eatre d\u00e9fini autrement que par la seule n\u00e9cessit\u00e9, mais aussi par la raison. A contrario, lorsque la d\u00e9faite du salariat dans son rapport de force avec le patronat fut d\u2019une ampleur telle que la violence de la d\u00e9tresse l\u2019aveugla, la raison ne put soutenir la th\u00e9orie, et c\u2019est l\u2019affect d\u2019une folie meurtri\u00e8re qui s\u2019empara des victimes pour en faire \u00e0 leur tour des bourreaux.<\/p>\n<p>Pour aller dans le sens de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, on peut souligner que Marx insiste sur le fait que le capitaliste \u00e9carte a priori toute \u00e9valuation de la <em>qualit\u00e9<\/em> du travail. Entendons par <em>qualit\u00e9<\/em> le fait que le travail de l\u2019homme libre est une <em>\u0153uvre<\/em> et non un <em>labeur<\/em><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>, car ce que le patronat ach\u00e8te n\u2019est pas un ouvrage mais une <em>force de travail<\/em> qu\u2019il va, lui, <em>mettre en \u0153uvre<\/em>. Autrement dit, le syst\u00e8me capitaliste commence par d\u00e9capiter le travail de sa <em>qualit\u00e9<\/em> pour le r\u00e9duire \u00e0 une <em>quantit\u00e9<\/em> de force de travail dont le fonctionnement \u201c\u00e0 vide\u201d peut s\u2019accumuler en termes quantitatifs et mesurables.<\/p>\n<p>Une fois qu\u2019il a obtenu, par la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9<\/em>, que le salari\u00e9 n\u2019ait plus la possibilit\u00e9 d\u2019exercer son activit\u00e9 en fonction de sa finalit\u00e9 propre, qu\u2019il soit <em>priv\u00e9 d\u2019autorat,<\/em> comme dit Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, le patronat r\u00e9duit autant qu\u2019il le peut le prix de revient de la force de travail afin d\u2019augmenter la marge de son profit. Sur cette exploitation est construite la mis\u00e8re du prol\u00e9tariat. Mais doit-on arr\u00eater la d\u00e9nonciation de cette exploitation \u00e0 cette violence cynique, et oublier l\u2019ali\u00e9nation forc\u00e9e du travail qui en est le pacte inaugural\u00a0?<\/p>\n<p>Pourquoi Marx aurait-il dit dans le Manifeste communiste\u00a0: \u00ab <em>Ce qui caract\u00e9rise le communisme ce n\u2019est pas l\u2019abolition de toute esp\u00e8ce de propri\u00e9t\u00e9, mais l\u2019abolition de la propri\u00e9t\u00e9 bourgeoise.\u00a0Or, la propri\u00e9t\u00e9 bourgeoise moderne, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e est l\u2019expression ultime, l\u2019expression la plus parfaite du mode de production et d\u2019appropriation fond\u00e9 sur des antagonismes de classes, sur l\u2019exploitation des uns par les autres. En ce sens les communistes peuvent r\u00e9sumer leur th\u00e9orie par cette seule formule : abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a>\u00a0?<\/p>\n<p>Marx fonde la <em>possibilit\u00e9 de l\u2019exploitation capitaliste<\/em> sur la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9,<\/em> qui est bien un rapport de force entre ce qu\u2019on pourrait dire le <em>conatus<\/em> du plus fort et le <em>conatus<\/em> du plus faible.<\/p>\n<p>Il semble que Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon redise l\u2019analyse de Marx plus qu\u2019il ne la contredise lorsqu\u2019il conclut\u00a0: \u00ab <em>Et contrairement \u00e0 ce qu\u2019on pourrait croire, la perspective de la capture n\u2019aide pas tant \u00e0 remettre en selle la th\u00e9orie marxienne de la plus-value qu\u2019elle ne sugg\u00e8re, non d\u2019abandonner, mais de red\u00e9finir l\u2019id\u00e9e d\u2019exploitation. La chose a tout du paradoxe au premier abord puisque l\u2019exploitation au sens marxien du terme est pr\u00e9cis\u00e9ment d\u00e9finie comme la captation de la plus-value par le capital, c\u2019est-\u00e0-dire par la privation des salari\u00e9s d\u2019une part de la valeur qu\u2019ils ont produite. Ce n\u2019est pourtant pas la d\u00e9possession en elle-m\u00eame de cette part de valeur qui fait l\u2019exploitation mais son appropriation privative par le capitaliste. <\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a><\/p>\n<p>La th\u00e9orie substantielle de la valeur d\u2019\u00e9change est \u00e0 porter au passif du capitalisme qui ne peut capturer la plus-value, c\u2019est-\u00e0-dire s\u00e9parer de la valeur une quantit\u00e9 de force de travail (qu\u2019il mesure en valeur d\u2019\u00e9change pour pouvoir l\u2019accumuler), qu\u2019\u00e0 la condition de <em>privatiser la propri\u00e9t\u00e9<\/em>, sans quoi nul ne pourrait s\u2019emparer de la force de travail du salari\u00e9 comme d\u2019une marchandise et la dissocier du produit que l\u2019actualisation de celle-ci permet de r\u00e9aliser.<\/p>\n<p>\u00ab <em>Si exploitation il y a, elle est donc davantage du ressort d\u2019une th\u00e9orie politique de la capture que d\u2019une th\u00e9orie de la valeur, et le co\u00fbt par cons\u00e9quent de renoncer \u00e0 la th\u00e9orie marxienne de la valeur objective est moins grand qu\u2019il n\u2019y paraissait puisque cette th\u00e9orie ne faisait accepter ses impasses que d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue tout expr\u00e8s pour soutenir un concept d\u2019exploitation qui peut \u00eatre soutenu autrement.<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a> \u201cSoutenir ce concept\u201d consiste en fait \u00e0 le d\u00e9noncer puisque pour Marx, et il ne cesse de le pr\u00e9ciser, l\u2019<em>exploitati<\/em><em>on<\/em> requiert au pr\u00e9alable la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9<\/em> et l\u2019<em>ali\u00e9nation de la qualit\u00e9<\/em> <em>du travail,<\/em> ce qui n\u2019est pas autre chose que la <em>capture d\u2019autorat<\/em>.<\/p>\n<p>C\u2019est donc de se contenter de reporter la critique du capitalisme industriel du XIXe si\u00e8cle, <em>l\u2019exploitation brutale de la force de travail<\/em>, sur le capitalisme de notre temps qui doit \u00eatre d\u00e9nonc\u00e9 comme un appauvrissement du concept de l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme. \u00ab\u00a0<em>La capture par le d\u00e9sir-ma\u00eetre, activation \u00e0 son service des puissances d\u2019agir enr\u00f4l\u00e9es, est donc d\u00e9possession d\u2019\u0153uvre, d\u00e9possession non seulement du produit mon\u00e9taire des \u0153uvres quand la plus-value est capt\u00e9e par le capital, mais plus largement car la capture est le propre de tous les patronats, d\u00e9possession d\u2019autorat\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 qui n\u2019invalide donc pas l\u2019analyse de l\u2019exploitation \u00e0 mort du salari\u00e9 toujours en vigueur dans les zones p\u00e9riph\u00e9riques du syst\u00e8me capitaliste\u00a0: \u201c <em>Que le patron capitaliste capte une partie de valeur est un fait tellement \u00e9vident qu\u2019il serait absurde de le contester, mais le manque d\u2019une r\u00e9f\u00e9rence substantielle objective \u00e0 quoi raccrocher la mesure de la plus-value oblige \u00e0 d\u00e9tacher l\u2019id\u00e9e d\u2019exploitation du calcul de valeur, et \u00e0 la red\u00e9finir autrement\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn13\" name=\"_ftnref13\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019est pourtant seulement aujourd\u2019hui que l\u2019affect que le capital mobilise \u00e0 son profit n\u2019est plus celui de la survie (la <em>faim<\/em>) mais celui de la vie enti\u00e8re (le <em>d\u00e9sir<\/em>), et qu\u2019alors \u00ab\u00a0<em>Expressions de la nature profond\u00e9ment affirmative du<\/em> <em>conatus<\/em>, <em>les demandes sont des efforts de puissance dont les conflits seront r\u00e9gl\u00e9s, comme toute rencontre antagoniste dans le monde, par la loi \u00e9l\u00e9mentaire de la puissance la plus forte&#8230;.<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn14\" name=\"_ftnref14\">[14]<\/a>. L<em>\u2019\u00e9pithumog\u00e9nie<\/em> <em>n\u00e9olib\u00e9rale<\/em> r\u00e9v\u00e8le plut\u00f4t qu\u2019elle n\u2019infirme l\u2019exploitation de la <em>force de travail<\/em> comme <em>forme primitive<\/em> de <em>l\u2019exploitation capitaliste.<\/em><\/p>\n<p>Pourquoi Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon peut-il dire aujourd\u2019hui \u00ab <em>Or, la capture des \u00e9nergies conatives enr\u00f4l\u00e9es sur le d\u00e9sir-ma\u00eetre ne peut se faire que sous d\u00e9termination passionnelle. Et c\u2019est cela qu\u2019exploite le \u201cpatron g\u00e9n\u00e9ral\u201d\u00a0: de la puissance et des passions, de la puissance bien dirig\u00e9e par des passions <\/em>\u00bb?<a href=\"#_ftn15\" name=\"_ftnref15\">[15]<\/a>. C\u2019est parce que le capitalisme du XIXe si\u00e8cle est mort dans la \u201cgrande crise de 1929\u201d. S\u2019il a ressuscit\u00e9, c\u2019est qu\u2019il a compris que la surexploitation le conduisait \u00e0 la surproduction et \u00e0 l\u2019insolvabilit\u00e9 du prol\u00e9tariat, ce qui tarissait son profit, et qu\u2019il \u00e9tait donc n\u00e9cessaire de modifier cette contradiction absolue en une contradiction relative\u00a0: la croissance du pouvoir d\u2019achat du prol\u00e9tariat devait assurer la p\u00e9rennisation de la production sous condition d\u2019un diff\u00e9rentiel qui assure au capital sa marge de profit. \u00c0 partir de l\u2019int\u00e9gration de la <em>qualit\u00e9<\/em> dans la d\u00e9finition de la <em>valeur d\u2019\u00e9change,<\/em> et du <em>loisir<\/em> dans les motivations du travail qui permirent de surpasser la crise, c\u2019est au <em>d\u00e9sir<\/em> que le capitalisme fut forc\u00e9 de diriger son attention et pas seulement \u00e0 la <em>n\u00e9cessit\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>La redistribution d\u2019une partie du b\u00e9n\u00e9fice au prol\u00e9tariat fut suivie de l\u2019int\u00e9gration \u00e0 la dynamique de l\u2019entreprise de <em>l\u2019inventivit\u00e9<\/em> du salariat (la <em>qualit\u00e9<\/em> du travail) parce qu\u2019elle pouvait amplifier la production par la demande et la consommation\u00a0: voil\u00e0 qui implique la substitution des affects du plaisir et du d\u00e9sir \u00e0 ceux de la peine et de la faim, c\u2019est-\u00e0-dire, comme le pr\u00e9cise Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, que les affects du d\u00e9sir deviennent l\u2019enjeu de la comp\u00e9tition pour le pouvoir<a href=\"#_ftn16\" name=\"_ftnref16\">[16]<\/a>. Mais nous avons chang\u00e9 d\u2019\u00e9poque et de d\u00e9finition du syst\u00e8me capitaliste.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Mais en quoi consiste exactement cette extension de la complexion passionnelle du salariat requise par le projet n\u00e9olib\u00e9ral d\u2019alignement int\u00e9gral\u00a0? N\u00e9cessairement en enrichissement en affects joyeux, mais plus pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0? En la production d\u2019affects joyeux intrins\u00e8ques. Le premier enrichissement \u2013 celui qui avait donn\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9pithum\u00e8 capitaliste sa configuration fordienne \u2013 avait consist\u00e9 \u00e0 ajouter aux affects tristes de l\u2019aiguillon de la faim, les affects joyeux de l\u2019acc\u00e8s \u00e9largi \u00e0 la marchandise consommable, et compl\u00e9t\u00e9 le d\u00e9sir d\u2019\u00e9viter un mal (le d\u00e9p\u00e9rissement mat\u00e9riel) par le d\u00e9sir de poursuivre des biens (mais sous la seule forme des biens mat\u00e9riels \u00e0 entasser). Nul doute que cette premi\u00e8re adjonction a beaucoup fait pour d\u00e9terminer les salari\u00e9s \u00e0 l\u2019alignement sur le d\u00e9sir-ma\u00eetre du capital. Mais insuffisamment, a cependant jug\u00e9 l\u2019entreprise n\u00e9olib\u00e9rale. Qui prend d\u00e9sormais elle-m\u00eame le travail \u00e9pithumog\u00e9nique en main. Et voil\u00e0 son ajout strat\u00e9gique\u00a0: l\u2019aiguillon de la faim \u00e9tait un affect salarial intrins\u00e8que, mais c\u2019\u00e9tait un affect triste\u00a0; la joie consum\u00e9riste est bien un affect joyeux, mais il est extrins\u00e8que\u00a0; l\u2019\u00e9pithumog\u00e9nie n\u00e9olib\u00e9rale entreprend alors de produire des affects joyeux intrins\u00e8ques. C\u2019est-\u00e0-dire intransitifs et non pas rendus \u00e0 des objets ext\u00e9rieurs \u00e0 l\u2019activit\u00e9 du travail salari\u00e9 (comme les biens de consommation). C\u2019est donc l\u2019activit\u00e9 elle-m\u00eame qu\u2019il faut reconstruire objectivement et imaginairement comme source de joie imm\u00e9diate. Le d\u00e9sir de l\u2019engagement salarial ne doit plus \u00eatre seulement le d\u00e9sir m\u00e9diat des biens que le salaire permettra par ailleurs d\u2019acqu\u00e9rir, mais le d\u00e9sir intrins\u00e8que de l\u2019activit\u00e9 pour elle-m\u00eame. Ainsi l\u2019\u00e9pithumog\u00e9nie n\u00e9olib\u00e9rale se donne-t-elle pour t\u00e2che sp\u00e9cifique de produire \u00e0 grande \u00e9chelle des d\u00e9sirs qui n\u2019existaient pas jusqu\u2019alors, ou bien dans des enclaves minoritaires du capitalisme, d\u00e9sirs du travail heureux ou, pour emprunter directement \u00e0 son propre lexique, d\u00e9sirs de \u201cl\u2019\u00e9panouissement\u201d et de la \u201cr\u00e9alisation de soi\u201d, dans et par le travail \u00bb<\/em><a href=\"#_ftn17\" name=\"_ftnref17\">[17]<\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p>L\u2019objectif premier de l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 modifi\u00e9\u00a0: la <em>capture<\/em> des conditions d\u2019existence de l\u2019humanit\u00e9, m\u00eame si cette <em>capture<\/em> passe par la confiscation des <em>affects<\/em> de la <em>multitude<\/em> et pas seulement par celle de ses <em>moyens de production<\/em>. Mais\u2026<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Passer d\u2019une \u00e9conomie de la plus-value \u00e0 une politique de la capture demande alors de pr\u00e9ciser la nature de ce qui est capt\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn18\" name=\"_ftnref18\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p>Du temps de Marx, la <em>capture<\/em> \u00e9tait la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9<\/em> dont les <em>enclosures<\/em> sont l\u2019exemple paradigmatique, c\u2019est-\u00e0-dire la privatisation des moyens de production. Mais aujourd\u2019hui\u00a0?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Or, la r\u00e9ponse d\u2019inspiration spinoziste \u00e0 cette question est imm\u00e9diate\u00a0: de la puissance d\u2019agir\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn19\" name=\"_ftnref19\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon pr\u00e9cise que le couple <em>plaisir-peine<\/em> est dynamis\u00e9 par le patronat sous une forme dialectique\u00a0: il s\u2019agit d\u2019utiliser la <em>peine<\/em> comme ressort d\u2019une relance du <em>plaisir. <\/em>D\u2019o\u00f9 vient en r\u00e9alit\u00e9 que le <em>plaisir<\/em> soit dans le <em>d\u00e9sir<\/em> de l\u2019\u00e9chelon sup\u00e9rieur\u00a0? Du fait que la suppression de la <em>peine<\/em> se transforme en <em>plaisir<\/em>, ce pourquoi le retour \u00e0 l\u2019\u00e9quilibre ant\u00e9rieur le fait dispara\u00eetre aussit\u00f4t, et que la <em>peine<\/em> est n\u00e9cessaire pour en reproduire l\u2019occasion.<\/p>\n<p>L\u2019articulation du d\u00e9sir \u00e0 l\u2019\u00e9chelon sup\u00e9rieur est assur\u00e9e par la crainte permanente de l\u2019\u00e9chelon inf\u00e9rieur. Et ce ressort est institutionnalis\u00e9 sous le nom de <em>hi\u00e9rarchie, <\/em>le <em>contre-ma\u00eetre<\/em> exer\u00e7ant ses pr\u00e9rogatives de patron d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 avec d\u2019autant plus de violence sur le <em>domin\u00e9<\/em> qu\u2019il craint des repr\u00e9sailles de son sup\u00e9rieur, mais aussi qu\u2019il d\u00e9sire conforter sa position ou m\u00eame acc\u00e9der \u00e0 un \u00e9chelon plus \u00e9lev\u00e9<a href=\"#_ftn20\" name=\"_ftnref20\">[20]<\/a>. Le choix d\u2019exercer le <em>pouvoir<\/em> (pouvoir de domination des uns sur les autres) ou de s\u2019en lib\u00e9rer n\u2019appartient pas \u00e0 une classe mais \u00e0 la disposition de tout le monde, comme le rappelle Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La vue spinoziste ajoutera que la servitude passionnelle est la condition de tous, et qu\u2019en r\u00e9server l\u2019imputation \u00e0 certains en dit au moins autant sur celui qui impute que sur celui qui est imput\u00e9\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn21\" name=\"_ftnref21\">[21]<\/a>.<\/p>\n<p>Ce qui ne veut pas dire que tous les domin\u00e9s soient de futurs dominants\u2026<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>3) Le pouvoir de domination et la puissance de la libert\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Dans la th\u00e9orie de Spinoza, auquel se r\u00e9f\u00e8re Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, actions ou interactions sont causes et effets, tout est d\u00e9termin\u00e9, et l\u2019\u201cillusion de la libert\u00e9\u201d est due \u00e0 l\u2019inconnaissance de la plupart des causes qui nous d\u00e9terminent. D\u00e8s lors, observe Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, un syst\u00e8me aujourd\u2019hui bien \u00e9tabli peut se d\u00e9faire par le hasard d\u2019une cause qu\u2019il n\u2019avait pu soumettre pour l\u2019avoir ignor\u00e9e\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Or, les passions qui travaillent \u00e0 maintenir des individus sous des rapports institutionnels peuvent aussi, parfois, se reconfigurer pour travailler \u00e0 d\u00e9truire ces rapports. Conform\u00e9ment au principe causal, elles ne se reconfigurent pas d\u2019elles-m\u00eames, mais toujours sous l\u2019effet d\u2019une affection ant\u00e9c\u00e9dente, souvent ce geste de trop que le pouvoir institutionnel n\u2019a pas su retenir et qui va causer sa perte en remettant la multitude en mouvement\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn22\" name=\"_ftnref22\">[22]<\/a>.<\/p>\n<p>Par exemple\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Comme les matelots du cuirass\u00e9 Potemkine basculent dans la mutinerie, indign\u00e9s par la peine de mort r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 ceux qui ont eu pour seul tort de protester contre la viande avari\u00e9e, une mise \u00e0 pied abusive d\u00e9clenche un soul\u00e8vement usinier, ou le plan social de trop finit par mettre les cadres dans la rue<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn23\" name=\"_ftnref23\">[23]<\/a>.<\/p>\n<p>Le sort du Potemkine, r\u00e9gl\u00e9 dans un sens inverse de celui qu\u2019aurait pu esp\u00e9rer la <em>multitude<\/em>, montre combien il est dangereux de s\u2019en remettre au hasard. En d\u00e9pit du risque, Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon esp\u00e8re que le <em>conatus<\/em> de la <em>multitude<\/em> aujourd\u2019hui organis\u00e9 pour satisfaire l\u2019actionnariat capitaliste puisse se r\u00e9organiser \u00e0 ses d\u00e9pens\u00a0: la <em>tristesse,<\/em> aujourd\u2019hui compens\u00e9e par la joie factice du plaisir de la consommation, peut tout d\u2019un coup se transformer en <em>indignation<\/em> si la supercherie de la compensation est d\u00e9couverte \u00e0 l\u2019occasion d\u2019un \u00e9v\u00e9nement futile mais qui n\u2019en serait pas moins r\u00e9v\u00e9lateur aux yeux du plus grand nombre. C\u2019est compter avec l\u2019id\u00e9e que la <em>tristesse<\/em> puisse \u00eatre un ressort de la r\u00e9organisation.<\/p>\n<p>Mais dans une soci\u00e9t\u00e9 o\u00f9 la r\u00e9ciprocit\u00e9 est syst\u00e9matiquement rompue, d\u00e9voy\u00e9e ou r\u00e9cup\u00e9r\u00e9e \u00e0 des fins contraires, personne n\u2019a plus d\u2019axe auquel se r\u00e9f\u00e9rer. La <em>multitude<\/em> est seulement \u00e9quilibr\u00e9e selon un rapport de force que les capitalistes veillent soigneusement \u00e0 pr\u00e9server en leur faveur et \u00e0 pr\u00e9munir de toute remise en cause. Si les domin\u00e9s refusent le plaisir que leur d\u00e9livre le capitalisme, ils sont vou\u00e9s \u00e0 la <em>tristesse<\/em><a href=\"#_ftn24\" name=\"_ftnref24\">[24]<\/a> dont la somatisation exigerait le suicide s\u2019ils n\u2019acceptaient la <em>peine<\/em>.<\/p>\n<p>Il nous serait plus facile de dire cela si l\u2019on d\u00e9finissait comme \u201cplaisir\u201d la \u201cjoie postiche\u201d qui accompagne le leurre de la consommation artificielle que le capitalisme substitue \u00e0 la joie\u00a0vraie, celle du Tiers, du sentiment d\u2019humanit\u00e9 en chacun d\u2019entre nous, \u00e0 laquelle on r\u00e9serverait le terme \u201cjoie\u201d. D\u00e8s lors, on pourrait dire que, priv\u00e9s de la joie, et dans la mesure o\u00f9 ils s\u2019indignent de la supercherie que leur impose le capitalisme sous couvert du plaisir, les hommes devant le vide d\u2019\u00eatre qui les conduirait au suicide se rattrapent \u00e0 la peine\u00a0gr\u00e2ce \u00e0 laquelle ils peuvent se sentir exister malgr\u00e9 tout. C\u2019est ce que l\u2019on appelle la <em>r\u00e9signation<\/em>. Il est plus facile pour tenir debout d\u2019accepter son sort, que de subir la <em>naus\u00e9e<\/em> de la <em>d\u00e9sillusion<\/em>. Les hommes requi\u00e8rent le malheur comme d\u00e9fense ultime face au n\u00e9ant. Le capitalisme peut donc compter sur la <em>tristesse<\/em> comme un alli\u00e9 en cas de besoin.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi il para\u00eet n\u00e9cessaire d\u2019envisager le devenir post-capitaliste sur la possibilit\u00e9 ou l\u2019impossibilit\u00e9 du Tiers plut\u00f4t que de s\u2019en remettre \u00e0 l\u2019impr\u00e9vu de la conjoncture.<\/p>\n<p>Il existe une autre raison pour laquelle il n\u2019est pas \u00e9vident que la <em>tristesse<\/em> soit un motif de r\u00e9volte et une promesse de r\u00e9volution. Les <em>domin\u00e9s<\/em> ont plusieurs strat\u00e9gies\u00a0: l\u2019une est la <em>r\u00e9signation,<\/em> on vient de le dire, mais une autre\u00a0est la <em>reconstitution<\/em> entre eux des relations de r\u00e9ciprocit\u00e9, comme par exemple chez les <em>mineurs<\/em> de Potosi (la <em>montagne d\u2019argent<\/em> de Bolivie)\u00a0: enferm\u00e9s \u00e0 vie dans les souterrains de la mine, les esclaves s\u2019organisaient \u201c\u00e0 l\u2019abri de la lumi\u00e8re\u201d en recr\u00e9ant leur humanit\u00e9 avec une autre \u00e9conomie, une autre politique et une autre religion. Les esclaves d\u2019Am\u00e9rique, et les parias des bidonvilles cr\u00e9ent aussi par leurs relations de r\u00e9ciprocit\u00e9 entre eux des valeurs qui leur appartiennent, et qui sont inali\u00e9nables. Pourquoi les Am\u00e9ricains d\u2019origine, les Noirs d\u2019Am\u00e9rique, les Esclaves africains ou asiatiques, les Roms europ\u00e9ens, les Parias des banlieues renonceraient-ils \u00e0 leurs valeurs pour s\u2019int\u00e9grer au prol\u00e9tariat du syst\u00e8me capitaliste en pleine dissolution\u00a0? On ne voit pas non plus comment ils pourraient concilier leur syst\u00e8me de r\u00e9ciprocit\u00e9 avec celui de la bourgeoisie, qui, repli\u00e9 dans le cadre familial ou la religion, ne produit plus que des justifications morales pour leur <em>pouvoir<\/em>. Cependant, de tels syst\u00e8mes ne sont pas une solution d\u2019avenir car ils se fondent sur des contextes particuliers et s\u2019expriment dans des imaginaires <em>tristes<\/em> issus de <em>l\u2019exclusion<\/em>.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, c\u2019est \u00e0 la contradiction de la raison dont l\u2019affect est la <em>joie<\/em> et des passions particuli\u00e8res dont l\u2019affect n\u2019est que <em>plaisir<\/em> que nous avons essentiellement affaire, ou, dit dans les termes de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, \u00e0 la <em>relation orthogonale<\/em> entre la <em>libert\u00e9<\/em> de la <em>multitude<\/em> organis\u00e9e par le principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 \u2013\u00a0qui peut se dire l\u2019<em>empuissantisation\u00a0<\/em>\u2013 et le <em>pouvoir<\/em> promu par les <em>pr\u00e9dations unilat\u00e9rales<\/em> capitalistes.<\/p>\n<p><em>L\u2019esp\u00e9rance<\/em> dans le <em>hasard<\/em> qui recomposerait les donn\u00e9es du syst\u00e8me, et la <em>foi<\/em> en la sup\u00e9riorit\u00e9 de la raison \u00e9thique sur la raison utilitaire naissent spontan\u00e9ment de la <em>communion<\/em> des victimes, c\u2019est-\u00e0-dire de la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 de face \u00e0 face g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e\u00a0<\/em>; mais il est clair que la soci\u00e9t\u00e9, qui n\u2019entend pas recourir \u00e0 l\u2019id\u00e9alisme ni tol\u00e9rer la r\u00e9surgence d\u2019imaginaires religieux d\u00e9pass\u00e9s, voudrait plus que jamais faire appel \u00e0 la raison. Il lui faut alors exiger qu\u2019elle soit capable de reconna\u00eetre les structures sociales instruites par le principe de r\u00e9ciprocit\u00e9, et toutes les structures sociales qui l\u2019autorisent \u00e0 s\u2019assurer de la gen\u00e8se de l\u2019\u00c9thique.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, <em>Capitalisme, d\u00e9sir et servitude<\/em>. <em>Marx et Spinoza, <\/em><em>Paris,<\/em> La fabrique, 2009, pp.\u00a0195-196.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Cf.<\/em> Dominique Temple, <em><a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocite&amp;id_rubrique=2\">Th\u00e9orie de la r\u00e9ciprocit\u00e9\u00a0<\/a><\/em>sur <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/\">http:\/\/dominique.temple.free.fr\/<\/a><\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Cf.<\/em> Dominique Temple, \u201c<a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocite_2&amp;id_article=201\">Le principe du contradictoire et l\u2019affectivit\u00e9<\/a>\u201d (1998).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Ibid<\/em>. pp.\u00a054-55.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p. 149.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p. 150.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p. 150<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Distinction partout reconnue\u00a0: labor\/opus\u00a0; ponia\/ergon\u00a0; arbeiten\/werken\u00a0; travail\/\u0153uvre.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> Karl Marx, <em>\u00c5\u2019uvres<\/em>, \u00e9conomie, I, la Pl\u00e9iade, <em>Le manifeste communiste<\/em> (II, prol\u00e9taires et communistes), p.\u00a0175.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon<em>, op. cit., <\/em>pp.\u00a0152-153.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>Ibid.<\/em> p.\u00a0153<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Ibid.<\/em> p.\u00a0154.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref13\" name=\"_ftn13\">[13]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0156.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref14\" name=\"_ftn14\">[14]<\/a> <em>Ibid.<\/em> p.\u00a0151.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref15\" name=\"_ftn15\">[15]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0156.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref16\" name=\"_ftn16\">[16]<\/a><em> \u00ab\u00a0Dans le pire des cas comme celui qui suit le d\u00e9sir d\u2019\u00e9viter le mal du d\u00e9p\u00e9rissement mat\u00e9riel, la puissance d\u2019agir n\u2019est apport\u00e9e que dans un environnement d\u2019affects tristes. Dans le meilleur, l\u2019\u00e9pithumog\u00e9nie sp\u00e9cifique d\u2019entreprise (au sens capitaliste du terme cette fois) colin\u00e9arise les conatus salari\u00e9s par des affects de joie mais en rivant les puissances d\u2019agir \u00e0 la division du d\u00e9sir, c\u2019est-\u00e0-dire en bornant leur effectuation \u00e0 des domaines extr\u00eamement restreints\u00a0<\/em>\u00bb. <em>Ibid.<\/em> pp.\u00a0153-154.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref17\" name=\"_ftn17\">[17]<\/a> <em>Ibid.<\/em> p.\u00a076.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref18\" name=\"_ftn18\">[18]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0153.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref19\" name=\"_ftn19\">[19]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0153.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref20\" name=\"_ftn20\">[20]<\/a> Ce m\u00e9canisme n\u2019est pas une invention du syst\u00e8me capitaliste\u00a0! La Bo\u00e9tie nous a rappel\u00e9 qu\u2019il est utilis\u00e9 dans tous les syst\u00e8mes de <em>pouvoir<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref21\" name=\"_ftn21\">[21]<\/a> Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon<em>, op. cit<\/em>. p.\u00a0140.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref22\" name=\"_ftn22\">[22]<\/a> <em>Ibid. <\/em>p.\u00a0177.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref23\" name=\"_ftn23\">[23]<\/a> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0178.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref24\" name=\"_ftn24\">[24]<\/a> C\u2019est peut-\u00eatre ce que veut signifier le terme \u201catterr\u00e9\u201d.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dans son essai sur Marx et Spinoza (<em>Capitalisme et servitude<\/em>), Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon part du principe que <em>tout \u00eatre tend vers sa perfection<\/em>, et que cet essor (<em>conatus<\/em>) est dou\u00e9 d\u2019<em>affects\u00a0joyeux<\/em> qui se transforment en <em>affects tristes<\/em> lorsqu\u2019il est r\u00e9duit \u00e0 l\u2019impuissance. Cette alternative est exploit\u00e9e, constate-t-il, par ceux dont le <em>conatus<\/em> <em>particulier<\/em> est [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,20],"tags":[71,45,5092],"class_list":["post-90010","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-philosophie","tag-frederic-lordon","tag-karl-marx","tag-spinoza"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90010","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=90010"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90010\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":90022,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90010\/revisions\/90022"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90010"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=90010"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90010"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}