{"id":90036,"date":"2016-10-23T19:29:21","date_gmt":"2016-10-23T17:29:21","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=90036"},"modified":"2016-10-23T19:29:21","modified_gmt":"2016-10-23T17:29:21","slug":"la-fin-de-la-rue-par-timiota","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/10\/23\/la-fin-de-la-rue-par-timiota\/","title":{"rendered":"La fin de la rue ? par Timiota"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Alors que la capitalisme nous invite \u00e0 m\u00e9diter sur des conglom\u00e9rats certes tr\u00e8s concrets mais peu accessible au quidam, ou encore sur des r\u00e9alit\u00e9s assez abstraites du quotidien, comme la signification de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, le \u00ab\u00a0lieu commun\u00a0\u00bb au sens propre qu&rsquo;est la rue nous aide \u00e0 former des regards diff\u00e9rents : Les m\u00e9tamorphoses de la rue forment un continuum int\u00e9ressant et un filon qui peut r\u00e9v\u00e9ler les mutations en puissance si on en suit la trace.<\/p>\n<p><!--more-->La rue a d&rsquo;abord comme logique aux temps recul\u00e9s d&rsquo;\u00eatre le lieu commun d&rsquo;un ensemble d&rsquo;habitation dans un esprit de protection commune, derri\u00e8re des palissades ou des murs de pierres.<\/p>\n<p>Chez les antiques, on trouve des plans ordonn\u00e9es autour des temples, mais ce sont les Latins qui pousseront au plus haut la logique \u00ab\u00a0monumentale\u00a0\u00bb de leurs pr\u00e9d\u00e9cesseurs grecs et autres, avec les grands axes que sont le Decumanus et le Cardo. Mais hors de ces axes qui r\u00e9pondent aux besoins latins \u00ab\u00a0de stabilit\u00e9 spatiale\u00a0\u00bb (je pense aux Lares et aux P\u00e9nates&#8230;), pas de grand principe de planning local, un bric \u00e0 brac d&rsquo;innovations venus des Grecs ou des \u00c9trusques (cuniculum), et dans la rue des activit\u00e9s en tout genre (relire Ast\u00e9rix, <em>les Lauriers de C\u00e9sar<\/em> de m\u00e9moire).<\/p>\n<p>Le moyen-\u00e2ge revient \u00e0 la rue \u00ab\u00a0telle quelle\u00a0\u00bb : il n&rsquo;a aucune pens\u00e9e pour la perspective, malgr\u00e9 les cath\u00e9drales gothiques :\u00a0il s&rsquo;agit de faire une sacr\u00e9e maison de Dieu, qui en impose comme telle, mais pas du tout de la rendre \u00ab\u00a0belle dans l&rsquo;axe de la grande avenue\u00a0\u00bb. Les quartiers autours de la cath\u00e9drale sont grouillants et minimalement fonctionnels, sans plus. C&rsquo;est que la \u00ab\u00a0stabilit\u00e9 spatiale\u00a0\u00bb n&rsquo;est plus la question dans l&rsquo;occident chr\u00e9tien, pour lequel le point supr\u00eame de r\u00e9f\u00e9rence est spirituel\/religieux, c&rsquo;est l&rsquo;Europe des abbayes qui structure le moyen-\u00e2ge.<\/p>\n<p>Suivant Richard Sennett (<em>La conscience de l&rsquo;oeil<\/em>, Ed. Verdier), la rue n&rsquo;est re-pens\u00e9e comme perspective \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la ville qu&rsquo;en fin du XVI\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 Rome, quand le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sixte_V\" target=\"_blank\" data-saferedirecturl=\"https:\/\/www.google.com\/url?q=https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Sixte_V&amp;source=gmail&amp;ust=1477301342053000&amp;usg=AFQjCNEQe6RCJ15M7XWT8NmgfO8i0hEJFQ\">pape Sixt V<\/a> retrace des grands axes (via del Popolo&#8230;). C&rsquo;est autre chose que le Decumanus et le Cardo du plan romain, qui n&rsquo;avaient pas comme but propre la perspective de toute la ville, mais au fond son inscription dans du \u00ab\u00a0tellurique\u00a0\u00bb. Les voies romaines droites, en tranch\u00e9es dans le tuf en Ombrie ou Latium (Norchia, &#8230;) parlent plut\u00f4t pour moi d&rsquo;une perception spatiale (\u00ab\u00a0Thales m&rsquo;a tuer\u00a0\u00bb) que d&rsquo;un besoin esth\u00e9tique, que le pape Sixt met en avant.<\/p>\n<p>La rue change donc de statut, et la vie qu&rsquo;on y m\u00e8ne \u00e9volue peu \u00e0 peu.<\/p>\n<p>Au XVIIIe si\u00e8cle, l&rsquo;afflux rural (pas encore l&rsquo;exode) est un ph\u00e9nom\u00e8ne de fond, avec la croissance d\u00e9mographique globale et encore plus celle des villes. Quel \u00ab\u00a0code de conduite\u00a0\u00bb adopter dans une rue o\u00f9 celui qu&rsquo;on croise est de plus en plus souvent un inconnu ? Richard Sennett, dans \u00ab\u00a0les Tyrannies de l&rsquo;intimit\u00e9\u00a0\u00bb sugg\u00e8re que l&rsquo;afflux d&rsquo;\u00e9trangers dans les villes cr\u00e9e un mode d&rsquo;interaction favoris\u00e9 par ailleurs par les bourgeois, fait de respect silencieux. Mais qui du coup est un \u00ab\u00a0non-code\u00a0\u00bb : si on ne fait presque rien, quel est le code ? (le code vestimentaire s&rsquo;estompe aussi en parall\u00e8le \u00e0 cette \u00e9poque).<\/p>\n<p>Cette question du \u00ab\u00a0code\u00a0\u00bb dans une rue qui n&rsquo;est plus un lieu d&rsquo;activit\u00e9 de plain-pied mais un lieu de passage sur un long trajet quotidien parmi des inconnus reste aujourd&rsquo;hui d&rsquo;actualit\u00e9 dans un autre contexte, celui de nos \u00ab\u00a0cit\u00e9s difficiles\u00a0\u00bb qui formatent les enfants qui y grandissent en les d\u00e9viant du code \u00ab\u00a0standard\u00a0\u00bb des autres lieux.<\/p>\n<p>Pour revenir au XVIIIe\/XIX\u00e8me si\u00e8cle, le respect silencieux est aussi ce qui s&rsquo;impose dans les th\u00e9\u00e2tres, au nom de la sup\u00e9riorit\u00e9 esth\u00e9tique de l&rsquo;artiste (ce qui aurait fait rigoler les spectateurs de Shakespeare 200 ans plus t\u00f4t). Au XIXe si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0, en terrasse au caf\u00e9, on ne peut apostropher son voisin que pour une assez bonne raison, la r\u00e8gle est de ne pas importuner, et c&rsquo;est encore ainsi aujourd&rsquo;hui (heureusement qu&rsquo;il reste le PMU dirait Guy Konopnicki). L&rsquo;absence de code clair favorisera, suivant Sennett, l&rsquo;\u00e9mergence des \u00ab\u00a0n\u00e9vroses\u00a0\u00bb : angoisse du jugement des autres, notamment pour les femmes (3 jupons au lieu de 5\u00a0 = demi-mondaine ou pas ?).<\/p>\n<p>Et les activit\u00e9s l\u00e0-dedans\u00a0 ? Les activit\u00e9s qui \u00e9taient visibles dans l&rsquo;\u00e9choppe de rue elle-m\u00eame se replient dans les cours, arri\u00e8res-cours (cas particuliers : les \u00ab\u00a0pollueurs\u00a0\u00bb : tanneurs, bouchers, qui sont \u00e9loign\u00e9s collectivement pour raison sanitaires&#8230;). Et au XVIIIe d\u00e9j\u00e0 les activit\u00e9s vont dans des ateliers-usines. Ainsi la rue n&rsquo;est plus un lieu de l&rsquo;agir visible (sinon commun), mais un lieu de \u00ab\u00a0t\u00e9l\u00e9ologie\u00a0\u00bb commune, l&rsquo;espace o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;ins\u00e8re juste pour viser un autre lieu. Quel autre lieu ? Un lieu \u00ab\u00a0transparent\u00a0\u00bb o\u00f9 le \u00ab\u00a0faire\u00a0\u00bb serait enfin clair ? Pas vraiment : La tour de verre, au XX\u00e8me si\u00e8cle est la r\u00e9alisation d&rsquo;un lieu transparent o\u00f9 l&rsquo;on ne voit pas ce qui se fait.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que la capitalisme nous invite \u00e0 m\u00e9diter sur des conglom\u00e9rats certes tr\u00e8s concrets mais peu accessible au quidam, ou encore sur des r\u00e9alit\u00e9s assez abstraites du quotidien, comme la signification de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, le \u00ab\u00a0lieu commun\u00a0\u00bb au sens propre qu&rsquo;est la rue nous aide \u00e0 former des regards diff\u00e9rents : Les [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[2966],"class_list":["post-90036","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sociologie","tag-richard-sennett"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90036","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=90036"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90036\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":90038,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90036\/revisions\/90038"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90036"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=90036"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90036"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}