{"id":90344,"date":"2016-11-01T13:20:27","date_gmt":"2016-11-01T11:20:27","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=90344"},"modified":"2016-11-02T10:26:32","modified_gmt":"2016-11-02T08:26:32","slug":"allez-voir-le-film-de-ken-loach-i-daniel-blake-par-jacques-seignan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/11\/01\/allez-voir-le-film-de-ken-loach-i-daniel-blake-par-jacques-seignan\/","title":{"rendered":"Allez voir le film de Ken Loach\u00a0: \u00ab\u00a0I, Daniel Blake\u00a0\u00bb\u00a0! par Jacques Seignan"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Un grand film et un manifeste. Ken Loach ne voulait plus faire de films. La semaine derni\u00e8re, passait sur Arte \u00ab\u00a0Sweet Sixteen\u00a0\u00bb (2002) et chaque fois nous voyons avec le m\u00eame plaisir et la m\u00eame admiration ces films pleins d\u2019humanit\u00e9 et souvent pleins d\u2019espoir (\u00ab\u00a0La part des anges\u00a0\u00bb, 2012). Ce film est diff\u00e9rent\u00a0: on en ressort secou\u00e9.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/EcKQeeIY3ok\" width=\"700\" height=\"394\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n<p><!--more-->C\u2019est \u00e0 la fois une \u0153uvre qui par une certaine perfection formelle (sc\u00e9nario de Paul Laverty, montage, direction d\u2019acteurs&#8230;) permet de penser, de susciter gr\u00e2ce aux affects une r\u00e9flexion sur notre soci\u00e9t\u00e9 et qui constitue un manifeste\u00a0: que faites-vous\u00a0dans cet effondrement ? Encore une fois on doit se demander comment en est-on arriv\u00e9 l\u00e0\u00a0? Comment acceptons-nous\u00a0cette oppression ? On peut \u00e9voquer Zola qui au travers de ses \u0153uvres offre \u00e9galement ces interrogations \u00e0 ses lecteurs du XIXe si\u00e8cle. C\u2019est une sorte d\u2019illustration synth\u00e9tisant, sur un cas et sur le terrain, plusieurs analyses faites par des penseurs diff\u00e9rents mais qui toutes convergent vers une m\u00eame conclusion sur l\u2019\u00e9tat des lieux en ce d\u00e9but terrifiant du XXIe si\u00e8cle. Citons les livres de Paul Jorion sur le capitalisme, sa crise, son agonie, son abjection dans sa derni\u00e8re \u00e9volution, le capitalisme financier qui ob\u00e8re la <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/tag\/le-dernier-qui-sen-va-eteint-la-lumiere\/\">survie\u00a0de l\u2019esp\u00e8ce humaine<\/a> ; le livre de David Graeber sur \u00ab\u00a0l\u2019\u00e8re de la bureaucratisation totale\u00a0\u00bb li\u00e9e \u00e0 la \u00ab\u00a0loi d\u2019airain du lib\u00e9ralisme\u00a0\u00bb (1)\u00a0; le livre de Alain Supiot sur \u00ab\u00a0La Gouvernance par les nombres\u00a0\u00bb (2). Ces aspects abjects du syst\u00e8me qui impr\u00e8gnent tous les domaines de nos vies et nous \u00e9crasent tous sont les forces destructrices de l\u2019ultralib\u00e9ralisme. Dans ce film, des sc\u00e8nes sont comme des illustrations de la formule de Spinoza cit\u00e9 par Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon\u00a0(3) : dans le rapport de l\u2019homme \u00e0 l\u2019homme, \u00ab\u00a0l\u2019homme est un dieu aussi bien qu\u2019un loup\u00a0\u00bb. Le film commence dans l\u2019\u00e9quivalent anglais de P\u00f4le emploi o\u00f9 interviennent la bureaucrate implacable et l\u2019employ\u00e9e g\u00e9n\u00e9reuse qui cherche \u00e0 donner un peu d\u2019aide (mais qui se fait imm\u00e9diatement rappeler \u00e0 l\u2019ordre).<\/p>\n<p>Les lecteurs du blog de Paul Jorion et de ses livres, ses amis, et au-del\u00e0, les progressistes, les gens de gauche, les humanistes \u00e9pris de libert\u00e9, de solidarit\u00e9, de fraternit\u00e9, partagent tous des valeurs essentielles. Mais une subtile ligne de fracture est en train de nous s\u00e9parer\u00a0: ceux qui pensent que l\u2019on peut parler d\u2019un n\u00e9ofascisme \u2013 fascisme en col blanc [Paul Jorion], n\u00e9of\u00e9odalisme [Alain Supiot et Paul Jorion], projet totalitaire au sens premier&#8230; \u2013 mis en \u0153uvre par les ultralib\u00e9raux, et ceux qui continuent de penser que ces termes ne sont pas pertinents et donc exag\u00e9r\u00e9s. Les strat\u00e9gies qui d\u00e9coulent de ces deux appr\u00e9ciations divergentes sont \u00e9videmment diff\u00e9rentes.<\/p>\n<p>Selon moi Ken Loach nous d\u00e9livre avec ce film un message qui appuie la premi\u00e8re th\u00e8se : l\u2019ultralib\u00e9ralisme est un avatar du fascisme. F\u00e9roce et sans merci.<\/p>\n<p>======================<\/p>\n<p>(1) \u2013 David GRAEBER, \u00ab\u00a0Bureaucratie\u00a0\u00bb, Les Liens qui Lib\u00e8rent, 2015. Il commence son livre par un exemple de la stupidit\u00e9 structurelle, qui est aussi une violence structurelle, \u00e0 laquelle sa m\u00e8re est confront\u00e9e suite \u00e0 une demande d\u2019aide apr\u00e8s plusieurs infarctus. Une histoire proche de celle du film.<\/p>\n<p>(2) \u2013 Alain SUPIOT, \u00ab\u00a0La gouvernance par les nombres\u00a0\u00bb, Fayard, 2015. Il cite Hayek (le Mirage de la justice sociale), p. 414, \u00ab\u00a0une Grande Soci\u00e9t\u00e9 n\u2019a que faire de la solidarit\u00e9 au sens propre du mot, c\u2019est-\u00e0-dire de l\u2019union de tous sur des buts communs\u00a0; elles sont m\u00eame incompatibles\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Cette incompatibilit\u00e9, commente A.S., est de fait, r\u00e9elle si l\u2019on poursuit le projet du March\u00e9 total. Visant \u00e0 la liquidit\u00e9 du \u2018capital humain\u2019 un tel projet exige la liquidation de toutes les formes de \u2018coalition\u2019 humaine qui sont le propre de la solidarit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(3) \u2013 Fr\u00e9d\u00e9ric LORDON, \u00ab\u00a0Imperium\u00a0\u00bb, La Fabrique \u00e9ditions, 2015. Lire p. 80. Il cite encore Spinoza, page suivante\u00a0: \u00ab les hommes ne peuvent gu\u00e8re se maintenir en vie ou cultiver leur \u00e2me sans le secours les uns des autres\u00a0\u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Un grand film et un manifeste. Ken Loach ne voulait plus faire de films. La semaine derni\u00e8re, passait sur Arte \u00ab\u00a0Sweet Sixteen\u00a0\u00bb (2002) et chaque fois nous voyons avec le m\u00eame plaisir et la m\u00eame admiration ces films pleins d\u2019humanit\u00e9 et souvent pleins d\u2019espoir (\u00ab\u00a0La part des anges\u00a0\u00bb, 2012). 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