{"id":90487,"date":"2016-11-07T20:16:35","date_gmt":"2016-11-07T19:16:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=90487"},"modified":"2016-11-07T23:27:05","modified_gmt":"2016-11-07T22:27:05","slug":"chine-vous-reprendrez-bien-un-peu-de-confucianisme-par-dd-dh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/11\/07\/chine-vous-reprendrez-bien-un-peu-de-confucianisme-par-dd-dh\/","title":{"rendered":"CHINE &#8211; Vous reprendrez bien un peu de confucianisme ? par DD &#038; DH"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>A quoi peut bien tenir le fait que l&rsquo;enseignement de Confucius, tel qu&rsquo;il est rapport\u00e9 par ses disciples dans le \u00ab\u00a0<u>Lun yu<\/u>\u00a0\u00bb puis d\u00e9velopp\u00e9 par un de ses continuateurs, Mencius, et enrichi des apports du \u00ab\u00a0<u>Da Xue<\/u>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<u>La Grande Etude<\/u>\u00ab\u00a0) et du \u00ab\u00a0<u>Zhong Yong<\/u>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<u>De la r\u00e9gulation<\/u>\u00ab\u00a0), a travers\u00e9 les mill\u00e9naires sans perdre son statut de r\u00e9f\u00e9rence au point d&rsquo;\u00eatre r\u00e9guli\u00e8rement r\u00e9activ\u00e9 et d&rsquo;avoir fait une entr\u00e9e triomphale dans le XXIe si\u00e8cle ?<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>La r\u00e9ponse est sans doute qu&rsquo;on ne peut d\u00e9coller sa pens\u00e9e des aspects constitutifs les plus fondamentaux de la civilisation chinoise jusqu&rsquo;\u00e0 ce jour : le poids de l&rsquo;organisation de type familial dans l&rsquo;ensemble des rapports humains, le respect des anciens et des exemples du pass\u00e9 et le culte des anc\u00eatres. Ce qui fait que les Chinois ont pu et peuvent encore \u00eatre confuc\u00e9ens sans le savoir.<\/p>\n<p>Cette position inoxydable est d&rsquo;autant plus \u00e9trange que Confucius, de son vivant, quand il voulut, parce qu&rsquo;il \u00ab\u00a0n&rsquo;\u00e9tait pas proph\u00e8te en son pays\u00a0\u00bb, colporter ses r\u00e9flexions hors de sa principaut\u00e9 de Lu et faire \u00e9cole \u00e0 travers le chaos d&rsquo;une Chine morcel\u00e9e de plus en plus belliqueuse, essuya plus de rebuffades et fit plus de \u00ab\u00a0bides\u00a0\u00bb qu&rsquo;il ne rencontra de marques d&rsquo;honneur et de princes attentifs \u00e0 ses pr\u00e9ceptes. Sa gloire et son assomption au firmament des grands sages sont donc totalement posthumes. La Chine lui doit sans doute l&rsquo;extraordinaire stabilit\u00e9 de son organisation interne (qui n&rsquo;exclut nullement les soubresauts, les remous et les sautes de vent de sa surface) car cette pens\u00e9e a aliment\u00e9, \u00e0 petit bruit mais contin\u00fbment, les sources o\u00f9 peut \u00eatre puis\u00e9e la bonne et n\u00e9cessairement intemporelle mani\u00e8re de r\u00e9aliser en soi et dans les autres (par l&rsquo;enseignement) le meilleur de l&rsquo;humain. Sa force vient aussi, et c&rsquo;est tr\u00e8s \u00ab\u00a0chinois\u00a0\u00bb, de son apparente faiblesse : Confucius n&rsquo;a rien \u00e9crit, ce qu&rsquo;on appelle la pens\u00e9e de Confucius proprement dite se limite \u00e0 des bribes d&rsquo;\u00e9changes verbaux, un succinct verbatim compil\u00e9 par ses disciples. Aux yeux de lecteurs occidentaux, cet opus menu (le <u>Lun yu<\/u>) fait de fragments \u00e9pars et d\u00e9cousus n&rsquo;a gu\u00e8re de consistance philosophique. On se tait par politesse et pour ne pas passer pour un b\u00e9otien, mais on n&rsquo;en pense pas moins : ce ne sont l\u00e0 que vagues banalit\u00e9s o\u00f9 l&rsquo;on enfonce des portes ouvertes et, au plus, un petit manuel du parfait scout en qu\u00eate de B.A. ! Voil\u00e0 bien un de ces \u00ab\u00a0<em>\u00e9carts<\/em>\u00a0\u00bb dont parle F. Jullien et un exemple frappant du fait que nous n&rsquo;activons pas les m\u00eames \u00ab\u00a0<em>ressources<\/em>\u00a0\u00bb (voir \u00ab\u00a0<u>Il n&rsquo;y a pas<\/u> <u>d&rsquo;identit\u00e9 culturelle<\/u>\u00a0\u00bb. Ed. de l&rsquo;Herne. oct. 2016). L\u00e0 o\u00f9, faute d&rsquo;avoir donn\u00e9 \u00e0 la morale un statut philosophique de premier plan, nous voyons p\u00e9jorativement un moralisateur un peu scrogneugneu, les Chinois, dont la pr\u00e9occupation principale est le \u00ab\u00a0vivre harmonieusement\u00a0\u00bb, trouvent une nourriture qui ne s&rsquo;\u00e9puise pas. Confucius \u00ab\u00a0<em>a b\u00e2ti une morale sur les seuls besoins de l&rsquo;homme et de<\/em> <em>la soci\u00e9t\u00e9<\/em>\u00a0\u00bb nous dit Etiemble. En l&rsquo;absence de Dieu cr\u00e9ateur et ultime justicier, sans le surplomb d&rsquo;une m\u00e9taphysique qui n&rsquo;est qu&rsquo;un encombrement inutile, \u00ab\u00a0<em>faire bien l&rsquo;homme<\/em>\u00a0\u00bb et pr\u00e9server l&rsquo;harmonie avec les autres hommes est tout ce \u00e0 quoi se borne, s&rsquo;il est fait correctement, notre \u00ab\u00a0<em>m\u00e9tier<\/em>\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00eatre humain. C&rsquo;est, on le voit, de Montaigne que nous rapproche la fr\u00e9quentation de Confucius. Ses \u00ab\u00a0<u>Essais<\/u>\u00a0\u00bb n&rsquo;\u00e9taient rien d&rsquo;autre en effet que ses exp\u00e9riences, tentatives et t\u00e2tonnements, car la t\u00e2che n&rsquo;est pas si facile qu&rsquo;il y para\u00eet, dans une direction que Confucius n&rsquo;aurait pas d\u00e9savou\u00e9e : \u00ab\u00a0<em>Persuad\u00e9 que le travail de perfectionnement intime, qui fait l&rsquo;homme de qualit\u00e9, porte en soi sa r\u00e9compense : la paix du c\u0153ur et de l&rsquo;esprit ; persuad\u00e9 d&rsquo;autre part que le bonheur de chacun se diffuse dans le groupe et en assure la coh\u00e9sion, qu&rsquo;a-t-il besoin de chercher \u00e0 la morale caution divine ou surhumaine ? Nulle obligation descendue d&rsquo;un empyr\u00e9e ; nulle sanction non plus ; celui qui a conscience de vouloir passionn\u00e9ment la v\u00e9rit\u00e9, la justice, et qui, de ce fait, nourrit en soi une joie dont nulle circonstance, nul tyran ne sauraient le priver, il a fait tout ce qu&rsquo;il peut exiger de soi-m\u00eame et de l&rsquo;homme<\/em>.\u00a0\u00bb (Etiemble \u00ab\u00a0<u>Confucius<\/u>\u00a0\u00bb Ed Folio Essais 1995).<\/p>\n<p>Que la scl\u00e9rose ait, progressivement au fil des si\u00e8cles, ankylos\u00e9 la pens\u00e9e confuc\u00e9enne devenue id\u00e9ologie d&rsquo;Etat \u00e0 partir des Song, que les r\u00e9p\u00e9titions \u00e2nonn\u00e9es \u00e0 perte de vue d&rsquo;un cat\u00e9chisme empoussi\u00e9r\u00e9 aient momifi\u00e9 l&rsquo;aspect vivant de la doctrine est ind\u00e9niable et cela explique le ressentiment qui s&rsquo;est fait jour dans la part la plus jeune et la plus progressiste de la population (\u00e9tudiants et intellectuels) lors des manifestations de mai 1919 contre le confucianisme, accus\u00e9 d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 le frein \u00e0 la modernisation de la Chine et le responsable d&rsquo;une arri\u00e9ration dont on prenait tout juste conscience avec les premiers v\u00e9ritables \u00e9chos du reste du monde. On lui attribua toutes les tares de la derni\u00e8re p\u00e9riode de la dynastie Qing \u00e0 bout de souffle et on lui mit sur le dos la faillite du syst\u00e8me des concours mandarinaux : \u00ab\u00a0<em>s&rsquo;il arrivait encore \u00e0 des hommes \u00e9minents de r\u00e9ussir aux concours, ce n&rsquo;\u00e9tait point parce que le syst\u00e8me produisait de grands hommes, c&rsquo;\u00e9tait plut\u00f4t q<\/em>u&rsquo;il arrivait \u00e0 de grands hommes de r\u00e9ussir aux examens.\u00a0\u00bb (cit\u00e9 par Etiemble. ibid.). La mise en cause du vieux ma\u00eetre est virulente et sans appel sous la plume de Chen Duxiu, fondateur de la revue progressiste \u00ab\u00a0<u>La Nouvelle Jeunesse<\/u>\u00a0\u00bb : <em>\u00ab\u00a0Nous devons prendre conscience que le confucianisme est incompatible avec la construction d&rsquo;un nouvel Etat et d&rsquo;une nouvelle soci\u00e9t\u00e9. Pas de construction sans destruction radicale, il faut en \u00eatre convaincu, sinon nous n&rsquo;irons nulle part<\/em>.\u00a0\u00bb Cette lev\u00e9e de boucliers en faveur du reniement de la vieillerie confuc\u00e9enne (le th\u00e8me sera repris plus tard par Mao) va avoir le m\u00e9rite d&rsquo;obliger les intellectuels de l&rsquo;\u00e9poque \u00e0 revisiter de fond en comble les racines de leur culture et \u00e0 s&rsquo;ouvrir \u00e0 une discipline totalement nouvelle : le comparatisme.<\/p>\n<p>Loin d&rsquo;abonder dans le sens d&rsquo;une d\u00e9molition de la culture autochtone, de grands penseurs vont r\u00e9\u00e9valuer \u00e0 la hausse la culture chinoise \u00e0 travers une mise en perspective des principales cultures existantes (occidentale, indienne et chinoise) car c&rsquo;est aussi l&rsquo;\u00e9poque (d\u00e9but des ann\u00e9es 20) o\u00f9 l&rsquo;on d\u00e9couvre en Chine que certains penseurs occidentaux de premier plan se font du confucianisme une id\u00e9e nettement plus positive (pour n&rsquo;en citer que quelques exemples : John Dewey et Bertrand Russell qui donnent des conf\u00e9rences \u00e0 P\u00e9kin ou Max Weber qui publie \u00ab\u00a0<u>Confucianisme et tao\u00efsme<\/u>\u00a0\u00bb). Nous ne citerons (pour ne pas alourdir notre propos) que l&rsquo;un de ces intellectuels chinois soucieux de soupeser impartialement le pour et le contre des apports du confucianisme au lendemain du 4 mai 1919 : Liang Shuming (1893-1988). Dans un ouvrage comparatiste intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<u>Les cultures d&rsquo;Orient et d&rsquo;Occident et leurs philosophies<\/u>\u00a0\u00bb (1920. Trad. fran\u00e7aise Ed. PUF Coll. de l&rsquo;Institut Marcel Granet. 2000), Liang Shuming \u00e9value les ressources propres aux trois grands foyers de civilisation et leur \u00e9volution dans le temps (Gr\u00e8ce, Inde, Chine). Dans son dernier chapitre intitul\u00e9 \u00ab\u00a0<u>La culture de<\/u> <u>l&rsquo;humanit\u00e9 future et notre attitude face \u00e0 cet avenir<\/u>\u00a0\u00bb, il brosse un tableau qui nous semble bien avec le recul d&rsquo;un si\u00e8cle un peu trop confiant, mais il ne doute pas que \u00ab\u00a0<em>la culture mondiale de l&rsquo;avenir sera une renaissance de la culture chinoise, comme il y a eu la Renaissance de<\/em> la <em>culture grecque \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque moderne<\/em>\u00a0\u00bb. Il a la conviction que, par sa nature conciliante, non crisp\u00e9e sur des croyances religieuses, confiante dans le perfectionnement toujours possible des \u00eatres humains, c&rsquo;est la culture chinoise qui, ayant assimil\u00e9 ce que la culture occidentale a apport\u00e9 au monde dans les domaines des sciences et de la technologie mais aussi dans celui du droit et des libert\u00e9s individuelles, sera en mesure de \u00ab\u00a0r\u00e9parer\u00a0\u00bb les d\u00e9g\u00e2ts caus\u00e9s par la perversit\u00e9 du capitalisme dont l&rsquo;Occident, par sa fascination pour le profit, a laiss\u00e9 prolif\u00e9rer les tumeurs malignes que sont la d\u00e9t\u00e9rioration de l&rsquo;humain et les ravages dans l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me. Analysant les m\u00e9faits et absurdit\u00e9s du capitalisme, o\u00f9 les ph\u00e9nom\u00e8nes de surproduction peuvent plonger la part laborieuse de la population dans la d\u00e9tresse et la p\u00e9nurie absolues, il s&rsquo;indigne : \u00ab\u00a0<em>Cette aberration ne saurait \u00eatre prolong\u00e9e : elle est la perte de notre identit\u00e9 d&rsquo;hommes, et il faut donc bien que les hommes cherchent \u00e0 r\u00e9former les choses, simplement pour retrouver la raison.<\/em>\u00a0\u00bb Pour Liang Shuming, \u00ab\u00a0<em>retrouver la raison<\/em>\u00a0\u00bb dans le domaine \u00e9conomique, c&rsquo;est se tourner vers le socialisme. Et \u00ab\u00a0<em>retrouver<\/em> <em>la raison<\/em>\u00a0\u00bb dans la mani\u00e8re de vivre ensemble et de prot\u00e9ger la totalit\u00e9 du vivant, c&rsquo;est revigorer, pour assurer le bonheur futur de l&rsquo;humanit\u00e9 le message, jamais perdu mais affadi voire d\u00e9voy\u00e9, de Confucius.<\/p>\n<p>On sait que Mao prit Confucius en grippe mais il se borna \u00e0 semoncer Liang Shuming et \u00e0 le cataloguer \u00ab\u00a0r\u00e9actionnaire\u00a0\u00bb. Malgr\u00e9 cette \u00e9tiquette dangereuse \u00e0 porter, Liang, membre de la Conf\u00e9rence consultative politique du peuple chinois, traversa sans trop d&rsquo;encombres, \u00e0 la condition de se taire, tout le r\u00e8gne de Mao, y compris la R\u00e9volution Culturelle ! Pourquoi Mao, qui \u00e9tait p\u00e9tri de confucianisme, eut tant \u00e0 c\u0153ur d&rsquo;\u00e9teindre jusqu&rsquo;au souvenir du vieux sage ? Il ne faut peut-\u00eatre pas chercher trop loin : Confucius \u00e9tait r\u00e9v\u00e9r\u00e9 en tant que \u00ab\u00a0Grand Instituteur\u00a0\u00bb de la Chine. Mao voulait absolument se parer du m\u00eame titre. Deux \u00ab\u00a0Grands Instituteurs de la Chine\u00a0\u00bb, c&rsquo;\u00e9tait un de trop !<\/p>\n<p>Nous l&rsquo;avons d\u00e9j\u00e0 dit, la r\u00e9habilitation de Confucius fut un des signes, au d\u00e9but des ann\u00e9es 80, d&rsquo;une \u00ab\u00a0d\u00e9mao\u00efsation\u00a0\u00bb qui ne dit jamais son nom. C&rsquo;est en 1998 que fut cr\u00e9\u00e9e dans les environs de P\u00e9kin une \u00e9cole tr\u00e8s anachronique puisqu&rsquo;elle scolarise des enfants de la maternelle \u00e0 la fin du secondaire, tous pensionnaires, dans une rigoureuse observance des pr\u00e9ceptes confuc\u00e9ens. M\u00eame si elle sacrifie un peu \u00e0 la modernit\u00e9 en incluant l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;anglais, des math\u00e9matiques et de l&rsquo;informatique, sa p\u00e9dagogie, surgie du pass\u00e9, s&rsquo;appuie prioritairement sur la m\u00e9morisation par c\u0153ur d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge de l&rsquo;ensemble du corpus confuc\u00e9en, la pratique des arts martiaux et la ma\u00eetrise du luth antique. Cet enseignement va de pair avec une discipline des plus strictes et une \u00e9ducation visant au perp\u00e9tuel perfectionnement intellectuel, spirituel et moral de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve. Cette \u00e9cole priv\u00e9e, payante et \u00ab\u00a0sponsoris\u00e9e\u00a0\u00bb par de riches m\u00e9c\u00e8nes, a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9e \u00e0 l&rsquo;initiative du fils d&rsquo;un immense \u00e9crivain, Lao She, mort dans des circonstances tragiques non \u00e9lucid\u00e9es pendant la R\u00e9volution Culturelle. Convaincu que la perte des rep\u00e8res traditionnels est un des plus grands maux de la Chine contemporaine et peut-\u00eatre sa maladie la plus mortelle, il a voulu qu&rsquo;existe, un peu \u00e0 la mani\u00e8re de nos s\u00e9minaires, ce conservatoire des valeurs mandarinales. Les parents d&rsquo;un pr\u00e9cieux parce qu&rsquo;unique \u00ab\u00a0petit empereur\u00a0\u00bb ne se bousculent pas par milliers pour y inscrire leur \u00ab\u00a0tr\u00e9sor\u00a0\u00bb, mais l&rsquo;\u00e9cole survit et forme bravement des cohortes de jeunes confuc\u00e9ens. Elle s&rsquo;appelle l&rsquo;\u00e9cole Shengtao, du nom de l&rsquo;\u00e9crivain Ye Shengtao (1894-1988, exact contemporain de Liang Shuming ) qui fut ministre de l&rsquo;Education et se fit, \u00e0 la fin de sa vie, l&rsquo;ap\u00f4tre d&rsquo;une reviviscence des \u00e9tudes confuc\u00e9ennes. L&rsquo;ostracisme d\u00e9cr\u00e9t\u00e9 par un Mao jaloux ne fut vraiment qu&rsquo;une courte parenth\u00e8se.<\/p>\n<p>Quant \u00e0 ce qui se joue aujourd&rsquo;hui en Chine quand on parle de \u00ab\u00a0re-confucianisation\u00a0\u00bb, il ne s&rsquo;agit peut-\u00eatre pas, comme nous avons ici trop tendance \u00e0 le croire pour nous en gausser, que d&rsquo;un badigeonnage h\u00e2tif destin\u00e9 \u00e0 masquer les l\u00e9zardes d&rsquo;un pouvoir \u00e0 bout de souffle et de rustines pour colmater les br\u00e8ches d&rsquo;une Grande Muraille \u00e9branl\u00e9e par le d\u00e9vorant pouvoir du fric.<\/p>\n<p>Nous en proposons une autre lecture qui nous semble au moins plausible : la Chine a d\u00e9sormais assimil\u00e9 la science et les technologies occidentales (cf. le plus grand radiot\u00e9lescope au monde inaugur\u00e9 en septembre dernier), cela lui a permis d&rsquo;acc\u00e9der en un temps record au rang de deuxi\u00e8me grande puissance mondiale tout en r\u00e9duisant au minimum la \u00ab\u00a0casse humaine\u00a0\u00bb in\u00e9vitable dans un tel d\u00e9collage. Il est bien \u00e9vident qu&rsquo;elle envisage d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 la derni\u00e8re marche du podium et d&rsquo;endosser le leadership mondial. Il nous semble qu&rsquo;elle se donne l&rsquo;objectif d&rsquo;y parvenir \u00e0 sa mani\u00e8re propre en assumant \u00ab\u00a0\u00e0 la chinoise\u00a0\u00bb les responsabilit\u00e9s que cette place impose. Sa feuille de route est en toutes lettres chez Liang Shuming : maintenant que la Chine n&rsquo;est plus \u00e0 la tra\u00eene, que les m\u0153urs sont sans boussole de quelque c\u00f4t\u00e9 du monde qu&rsquo;on se tourne, que le bien commun humain est une notion qu&rsquo;on a partout \u00e9gar\u00e9e et que le saccage mortel de notre environnement ne fait plus de doute pour personne, l&rsquo;heure d&rsquo;un \u00ab\u00a0socialisme confuc\u00e9en\u00a0\u00bb plan\u00e9taire a sonn\u00e9 ! Ce n&rsquo;est que maintenant, dans ce contexte, que la pens\u00e9e chinoise, celle de Confucius adoss\u00e9e au Tao, peut donner toute sa mesure \u00e0 l&rsquo;\u00e9clairage du monde parce qu&rsquo;elle remet les choses \u00e0 leur vraie place en rappelant la fondamentale unit\u00e9 du vivant dans l&rsquo;harmonie du Ciel\/Terre, la n\u00e9cessit\u00e9 de valeurs communes qui permettent une vie personnelle et sociale digne d&rsquo;humains responsables et l&rsquo;id\u00e9e qu&rsquo;il faudra y consacrer des efforts consid\u00e9rables (une nouvelle Grande Muraille \u00e0 \u00e9difier !).<\/p>\n<p>Les Chinois sont appel\u00e9s \u00e0 ouvrir la marche au reste du monde demain ou apr\u00e8s-demain&#8230; Les dirigeants d&rsquo;aujourd&rsquo;hui r\u00eavent que, de ce guidage, soient charg\u00e9s des hommes (et femmes) \u00e9duqu\u00e9s, conscients de leurs responsabilit\u00e9s et fortifi\u00e9s par des valeurs ancestrales. Que redire \u00e0 cela ? Nous leur proposons m\u00eame une devise, le moment venu : \u00ab\u00a0In Confucius we trust !\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/confucius-nankin.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/confucius-nankin.jpg\" alt=\"confucius-nankin\" width=\"700\" height=\"677\" class=\"alignleft size-full wp-image-90503\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/confucius-nankin.jpg 831w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/confucius-nankin-300x290.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/confucius-nankin-768x743.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/classe-\u00e0-pe\u00cc\u0081kin.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/classe-\u00e0-pe\u00cc\u0081kin.jpg\" alt=\"classe-a-pekin\" width=\"700\" height=\"463\" class=\"alignleft size-full wp-image-90504\" \/><\/a><\/p>\n<p>Bibliographie<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Les cultures d\u2019Orient et d\u2019Occident et leurs philosophies\u00a0\u00bb Liang Shuming . Pr\u00e9face de L\u00e9on Vandermeersch &#8211; PUF, Paris, 2000 .- ISBN 9782130509783<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;identit\u00e9 culturelle\u00a0\u00bb, Fran\u00e7ois Jullien, Ed. de l&rsquo;Herne, Paris, 2016 .- coll. Les Carnets de l\u2019Herne &#8211; ISBN 9782851 978295<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>A quoi peut bien tenir le fait que l&rsquo;enseignement de Confucius, tel qu&rsquo;il est rapport\u00e9 par ses disciples dans le \u00ab\u00a0<u>Lun yu<\/u>\u00a0\u00bb puis d\u00e9velopp\u00e9 par un de ses continuateurs, Mencius, et enrichi des apports du \u00ab\u00a0<u>Da Xue<\/u>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<u>La Grande Etude<\/u>\u00ab\u00a0) et du \u00ab\u00a0<u>Zhong Yong<\/u>\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<u>De la r\u00e9gulation<\/u>\u00ab\u00a0), a travers\u00e9 les mill\u00e9naires sans perdre [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4489],"tags":[3071],"class_list":["post-90487","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chine","tag-confucianisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90487","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=90487"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90487\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":90506,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90487\/revisions\/90506"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90487"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=90487"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90487"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}