{"id":90800,"date":"2016-11-19T10:09:01","date_gmt":"2016-11-19T09:09:01","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=90800"},"modified":"2016-11-21T20:26:28","modified_gmt":"2016-11-21T19:26:28","slug":"frederic-lordon-et-limperium-chapitre-v-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/11\/19\/frederic-lordon-et-limperium-chapitre-v-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon et l\u2019<em>Imperium<\/em>. Chapitre 5, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Un essai invit\u00e9 en huit chapitres.<\/p><\/blockquote>\n<h4>V &#8211; la Raison et le Tiers<\/h4>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon semble ignorer jusqu\u2019ici que lorsqu\u2019un syst\u00e8me \u00e9volue dans une direction donn\u00e9e sous l\u2019emprise d\u2019une passion particuli\u00e8re, il \u00e9chappe progressivement \u00e0 l\u2019emprise du Tiers, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019emprise de <em>l\u2019antagonisme<\/em> qui le retenait \u00e0 son contraire. <!--more-->Cependant il pr\u00e9cise bien : <em>\u00ab Ce qu\u2019est plus pr\u00e9cis\u00e9ment ce rapport en quoi consiste l\u2019essence d\u2019un corps, Spinoza ne le dit pas \u2013\u00a0\u00e0 part qu\u2019il est un rapport de corr\u00e9lation de mouvement et de repos\u00a0\u00bb. <\/em>Or, cette corr\u00e9lation n\u2019est pas la corr\u00e9lation qui relie les \u00e9l\u00e9ments qui se diff\u00e9rencient l\u2019un de l\u2019autre puisque le <em>mouvement<\/em> et le <em>repos<\/em> sont des <em>contraires<\/em> qui s\u2019excluent l\u2019un l\u2019autre et ne sont pas donn\u00e9s simultan\u00e9ment comme <em>compl\u00e9mentaires<\/em> (comme <em>l\u2019Est et l\u2019Ouest<\/em> par exemple). Que veut dire alors la <em>corr\u00e9lation<\/em> entre des contraires\u00a0? Veut-on dire seulement la <em>relation des contraires<\/em> mais qui ne serait plus leur exclusion r\u00e9ciproque\u00a0? Mais alors que serait-ce sinon leur <em>relativisation<\/em> <em>r\u00e9ciproque<\/em>, qui engendre le <em>meson<\/em>, le <em>juste milieu<\/em>, le Tiers\u00a0? On tentera ici de montrer que la th\u00e9orie ne peut faire l\u2019impasse du Tiers.<\/p>\n<p>Nous avons pr\u00e9c\u00e9demment introduit le Tiers, comme le c\u0153ur invisible de tout syst\u00e8me, et de toute Histoire, le <em>conatus<\/em> de <em>l\u2019esprit<\/em>, mais nous avons ainsi anticip\u00e9 le propos de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, car il nous dit \u00e0 pr\u00e9sent\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Le probl\u00e8me des polarisations antinomiques trop violemment radicalis\u00e9es est qu\u2019elles n\u2019ont pour elles qu\u2019une apparence de logique &#8211; et le plus souvent pour r\u00e9alit\u00e9 une logique d\u00e9ficiente. Ainsi le contraire de \u201ctout est A\u201d n\u2019est pas \u201crien n\u2019est A\u201d mais \u201ctout n\u2019est pas A\u201d. Et le contraire de \u201cl\u2019homme n\u2019est qu\u2019un loup pour l\u2019homme\u201d n\u2019est pas \u201cl\u2019homme n\u2019est qu\u2019un dieu pour l\u2019homme\u201d, mais \u201cl\u2019homme n\u2019est pas qu\u2019un loup &#8211; ni, par cons\u00e9quent, qu\u2019un dieu\u201d. Homo homini lupus et deus, c\u2019est la logique de Spinoza, et c\u2019est la vraie logique &#8211; une si petite chose aux si grands effets\u00a0: toute une r\u00e9vision anthropologique, et politique, dans une simple conjonction de coordination\u2026\u00a0<\/em>\u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p>En effet\u00a0! Mais le contraire de <em>l\u2019homo lupus<\/em> est bien <em>l\u2019homo deus<\/em> sauf \u00e0 sacrifier le contenu de la proposition \u00e0 une abstraction, et faire \u00e9tat de la logique math\u00e9matique pour laquelle les contraires et les contradictoires se confondent. Mais pour les sciences humaines, c\u2019est la valeur, ou dit autrement le contenu, qui est l\u2019essentiel, et non pas la forme de leurs rapports.<\/p>\n<p>Se contenterait-on de dire <em>loup<\/em> et <em>dieu<\/em> pour dire la n\u00e9gation\u00a0de l\u2019un ou l\u2019autre ? Ce serait \u00e9trange. Ne doit-on pas dire que la n\u00e9gation (\u201c<em>l\u2019homme n\u2019est pas qu\u2019un loup<\/em>\u201d) autorise l\u2019\u00e9ventualit\u00e9 qu\u2019il soit <em>dieu et loup,<\/em> c\u2019est-\u00e0-dire <em>en soi contradictoire\u00a0<\/em>? Mais alors, c\u2019est <em>l\u2019antagonisme<\/em> lui-m\u00eame qui pr\u00e9vaut sur chacune de ses polarit\u00e9s antagonistes<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>. Quelle est donc l\u2019explicitation de cette conjonction contradictoire de Spinoza cach\u00e9e sous le terme <em>d\u2019ambivalence, <\/em>qui renvoie \u00e0 ce que Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon appelle la \u201c<em>corr\u00e9lation des contraires\u201d ?<\/em><\/p>\n<p>Si l\u2019on ram\u00e8ne la <em>contradiction<\/em> \u00e0 la seule <em>contrari\u00e9t\u00e9<\/em> des contraires en excluant le Tiers (ce qui est en soi contradictoire), alors <em>l\u2019ambivalence<\/em> associe des <em>actualisations<\/em> contraires, ce qui est possible si elles sont trait\u00e9es comme des <em>attributs<\/em> d\u2019un sujet, comme le propose Aristote, et non plus comme <em>substance<\/em><a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>, ce qui est en opposition avec leur d\u00e9finition selon Spinoza. Pour ramener l\u2019affectivit\u00e9 \u00e0 l\u2019absolu de la substance, il faudrait dire que l\u2019homme est <em>dieu<\/em> avec ses semblables et qu\u2019il est <em>loup<\/em> avec ses dissemblables, ou encore que si la <em>joie<\/em> traduit son rapport avec ses proches, la <em>haine<\/em> traduit son rapport avec les \u00e9trangers. La conscience collective rencontrerait donc une limite avec la qualit\u00e9 de la passion qui en serait le motif, limite \u00e0 partir de laquelle la conscience pourrait se r\u00e9fl\u00e9chir pour \u00eatre conscience de soi (<em>l\u2019amour propre<\/em>) et conscience de ce qui est \u00e0 rejeter dans les t\u00e9n\u00e8bres (la <em>haine de l\u2019autre<\/em>). Mais voil\u00e0 qui l\u2019emp\u00eacherait de se d\u00e9finir comme <em>libre<\/em> vis-\u00e0-vis de ces d\u00e9terminations. Dans ce cas, l\u2019occasion de faire place au Tiers\u00a0inclus est manqu\u00e9e, manqu\u00e9e \u00e9galement l\u2019occasion de faire de l\u2019affectivit\u00e9 ce qui est en soi contradictoire, et celle de concevoir la r\u00e9ciprocit\u00e9 comme la matrice de la conscience commune, l\u2019Esprit, et de son affect\u00a0: le sentiment de <em>libert\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p>Si Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon rappelle\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il est vrai qu\u2019un homme est amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9sirer que d\u2019autres d\u00e9sirent ce que lui-m\u00eame d\u00e9sire, car ce d\u00e9sir des autres lui offre le miroir, et la confirmation, du sien m\u00eame. Pourquoi d\u00e9sirer que les autres d\u00e9sirent conform\u00e9ment \u00e0 soi\u00a0? Pour y trouver un surplus de certitude quant \u00e0 la qualit\u00e9 de son propre objet de d\u00e9sir, et par l\u00e0 d\u00e9sirer soi-m\u00eame d\u2019autant plus r\u00e9solument. (\u2026) <\/em><\/p>\n<p>En citant Spinoza\u00a0<em>: \u201cCelui qui ne s\u2019efforce que par affectivit\u00e9 de faire en sorte que les autres aiment ce qu\u2019il aime et vivent selon sa propre constitution, n\u2019agit que par impulsion et se rend odieux par l\u00e0 m\u00eame\u201d<\/em>\u00a0\u00bb<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Il op\u00e8re ensuite un tournant d\u00e9cisif dans l\u2019expos\u00e9 des motifs du <em>politique<\/em> lorsqu\u2019il ajoute que <em>l\u2019amour-haine<\/em> n\u2019est pas la seule r\u00e9ponse qui explique le politique, puisque\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Il n\u2019est qu\u2019un seul objet qui se puisse d\u00e9sirer en permettant sans aucune r\u00e9serve de d\u00e9sirer que d\u2019autres le d\u00e9sirent avec soi, c\u2019est la raison. Non seulement le d\u00e9sir des autres n\u2019enl\u00e8ve rien au sien propre &#8211; la raison est un bien non-rival\u00a0: qu\u2019un individu en jouisse n\u2019\u00e9carte aucun autre de sa jouissance -, mais au contraire y ajoute\u00a0! car rien n\u2019est plus utile \u00e0 un homme conduit par la raison qu\u2019un semblable <\/em>(<em>\u00c9th<\/em>., IV, 18, scolie),<em> et plus nombreux nous sommes \u00e0 jouir de la raison plus nous en jouissons chacun intens\u00e9ment\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Autrement dit, la raison est seule \u00e0 \u00e9chapper \u00e0 <em>l\u2019actualisation des contraires<\/em>, la divergence et la convergence, l\u2019identit\u00e9 et la diff\u00e9rence<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>Ce renversement de perspective est consid\u00e9rable car il faut imaginer une structure <em>triadique<\/em> et non plus <em>dyadique<\/em> pour rendre compte du rapport des affects entre eux, puisque c\u2019est d\u00e9sormais entre la raison et les passions, entre la raison et ce que l\u2019on a convenu d\u2019appeler <em>l\u2019ambivalence<\/em> (<em>convenance<\/em>&#8211;<em>disconvenance<\/em>), entre le <em>loup<\/em> et <em>dieu<\/em> que se joue l\u2019avenir de la soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Eh bien, on arrive \u00e0 ce point o\u00f9 <em>le Tiers <\/em>se situe <em>entre<\/em> les contraires, et qu\u2019il a un nom\u00a0: la <em>raison\u00a0<\/em>!<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>En un d\u00e9doublement d\u00e9monstratif rarissime dans l\u2019Ethique, Spinoza tient ensemble les deux termes de cette ambivalence de la politique selon la passion ou selon la raison. Comment un homme peut-il \u00eatre conduit \u00e0 vouloir que les autres hommes poursuivent le m\u00eame bien que lui, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 d\u00e9sirer pour autrui ce que lui-m\u00eame d\u00e9sire, \u00e0 d\u00e9sirer qu\u2019autrui jouisse de ce dont lui-m\u00eame jouit, et, partant, \u00e0 pr\u00e9munir la vie collective des d\u00e9chirements antagonistes, demande en substance \u00c9th., <\/em>IV, 37\u00a0<em>? Or, il y a deux r\u00e9ponses possibles \u00e0 cette question &#8211; et deux d\u00e9monstrations pour le m\u00eame th\u00e9or\u00e8me. L\u2019une examine la possibilit\u00e9 de cette conjonction des d\u00e9sirs dans le r\u00e9gime des affects passifs. Il est vrai qu\u2019un homme est amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9sirer que d\u2019autres d\u00e9sirent ce que lui-m\u00eame d\u00e9sire, car ce d\u00e9sir des autres lui offre le miroir, et la confirmation, du sien m\u00eame\u2026\u00a0\u00bb<\/em> <a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette premi\u00e8re d\u00e9monstration si longuement expos\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent est \u00e0 nouveau illustr\u00e9e en se r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 Spinoza.<\/p>\n<p>Mais allons imm\u00e9diatement \u00e0 la deuxi\u00e8me voie\u00a0: La raison n\u2019est pas soumise \u00e0 la comp\u00e9tition et \u00e0 la rivalit\u00e9 source de la bivalence des affects passionnels\u00a0: <em>\u00ab Il n\u2019existe qu\u2019un seul objet qui se puisse d\u00e9sirer en permettant sans aucune r\u00e9serve de d\u00e9sirer que d\u2019autres le d\u00e9sirent avec soi, c\u2019est la raison \u00bb<\/em><a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>Comment comprendre le passage de la figure dyadique \u00e0 cette figure triadique\u00a0? Selon Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, la raison se fraye un chemin dans le d\u00e9dale des passions parce qu\u2019elle se d\u00e9ploie selon son <em>conatus<\/em> (<em>l\u2019empuissantisation<\/em>). Cependant, ni <em>l\u2019ambivalence<\/em> des passions ni la <em>relation triadique<\/em> des passions et de la raison ne d\u00e9voile leur structure logique. Or, c\u2019est de sa prise en compte que la raison peut esp\u00e9rer ma\u00eetriser la gen\u00e8se des affects, qu\u2019ils soient ceux des passions ou le sien propre.<\/p>\n<p>Comment peut-on imaginer le rapport des passions et de la raison\u00a0? Par une curieuse dissym\u00e9trie, r\u00e9pond Spinoza\u00a0: les passions sont sup\u00e9rieures en nombre et en force (du moins en l\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent de l\u2019humanit\u00e9), mais la raison, par contre, jouit de la supr\u00e9matie sur le temps long, et devient la promesse de l\u2019humanit\u00e9 future\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Quel degr\u00e9 r\u00e9el de raison peut-on pr\u00eater \u00e0 la conduite des hommes\u00a0? Faible, r\u00e9pond cat\u00e9goriquement Spinoza. Modifiable certes, comme tout le reste, c\u2019est bien pourquoi d\u2019ailleurs il leur propose une \u00c9thique, moins d\u2019ailleurs pour leur en indiquer une voie toute trac\u00e9e que pour leur en faire conna\u00eetre la direction g\u00e9n\u00e9rale. Et son point om\u00e9ga\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn9\" name=\"_ftnref9\">[9]<\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p>D\u00e9sormais, la comp\u00e9tition s\u2019exerce entre les passions qui sont rapport\u00e9es \u00e0 des causes externes, et la raison qui est le <em>propre de l\u2019homme\u00a0<\/em>:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Par d\u00e9finition, modes finis, toujours nous serons \u00e0 quelque degr\u00e9 sous l\u2019effet des causes externes, c\u2019est-\u00e0-dire, dans cette mesure m\u00eame, en proie aux affects passifs. Il n\u2019y a \u00e0 tirer de cet \u00e9tat de fait aucun sentiment de d\u00e9mission\u00a0: ne pas pouvoir atteindre le terme absolu ne contredit pas de faire utilement du chemin dans sa direction, qui est celle de l\u2019empuissantisation\u00a0\u00bb<\/em><a href=\"#_ftn10\" name=\"_ftnref10\">[10]<\/a><em>.<\/em><\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e <em>d\u2019empuissantisation<\/em> doit alors \u00eatre explicit\u00e9e. <em>Ici il faut citer longuement,<\/em> dit Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon :<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0\u201cSi les hommes vivaient sous la conduite de la raison, chacun (par le Corol. de la Prop. 35) jouirait de son droit sans nuire \u00e0 autrui. Mais comme ils sont soumis aux affects (par le Corol. de la Prop. 4) qui d\u00e9passent de loin la puissance, c\u2019est-\u00e0-dire la vertu de l\u2019homme (par la Prop. 6), ils sont tir\u00e9s en divers sens (par la Prop. 33), ils sont contraires les uns aux autres (par la Prop. 34), alors qu\u2019ils ont besoin d\u2019une aide r\u00e9ciproque (par le Scol. de la Prop. 35). Aussi, pour que les hommes puissent vivre dans la concorde et se porter une aide mutuelle, il est n\u00e9cessaire qu\u2019ils renoncent \u00e0 leurs droits naturels et se donnent r\u00e9ciproquement l\u2019assurance qu\u2019ils n\u2019accompliront rien qui puisse \u00eatre un dommage pour l\u2019autre. Par la Proposition 7 de cette Partie et la Prop 9 de la Partie III, on voit avec \u00e9vidence comment il est possible que les hommes, n\u00e9cessairement soumis aux affects (par le Cor. de la Prop.\u00a04) inconstants et divers (par la Prop. 33) puissent se donner cette assurance r\u00e9ciproque et avoir confiance les uns dans les autres\u00a0\u00bb (\u00c9th. <\/em>IV, 37, Scolie 2)<a href=\"#_ftn11\" name=\"_ftnref11\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019action de la raison sur les passions conduit \u00e0 leur <em>relativisation<\/em> \u201c<em>il est n\u00e9cessaire qu\u2019ils renoncent \u00e0 leurs droits naturels\u201d<\/em>. N\u00e9anmoins cette action demeurerait suspendue au d\u00e9sir propre de chacun si elle n\u2019\u00e9tait prise en charge, accumul\u00e9e, \u201c<em>empuissantis\u00e9e<\/em>\u201d par la Soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon pr\u00e9cise cependant en citant Spinoza\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0\u201cc\u2019est gr\u00e2ce au fait qu\u2019un affect ne peut \u00eatre r\u00e9prim\u00e9 que par un affect plus fort que l\u2019affect \u00e0 r\u00e9primer et qui lui est contraire, que chacun s\u2019abstient de causer un dommage par crainte d\u2019un dommage plus grand. C\u2019est par cette loi qu\u2019une Soci\u00e9t\u00e9 pourra se constituer pourvu qu\u2019elle revendique pour elle-m\u00eame le droit que poss\u00e8de chacun de se venger, et de juger du bien et du mal, ayant ainsi le pouvoir de prescrire un principe commun d\u2019existence, de promulguer des lois et de les d\u00e9fendre non pas par la Raison, incapable de r\u00e9primer les affects (par le Scol. de la Prop. 17), mais par des menaces de sanctions. Cette Soci\u00e9t\u00e9 constitu\u00e9e par des lois et par le pouvoir qu\u2019elle a de se conserver, est d\u00e9sign\u00e9e par le terme de Cit\u00e9, et l\u2019on appelle Citoyens ceux qui sont sous la protection de son droit<\/em> \u201d <em>(\u00c9th. <\/em>IV, 37, Scolie 2)\u00a0\u00bb.<a href=\"#_ftn12\" name=\"_ftnref12\">[12]<\/a><\/p>\n<p>\u00c0 suivre&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon<em>, Imperium, op. cit., <\/em>p.\u00a0241-242.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> Il est possible que par \u00ab\u00a0<em>Ainsi le contraire de \u201ctout est A\u201d n\u2019est pas \u201crien n\u2019est A\u201d mais \u201ctout n\u2019est pas A\u201d\u00bb <\/em>Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon ait voulu dire\u00a0:<em> \u00ab\u00a0Ainsi la proposition contradictoire de \u201ctout est A\u201d n\u2019est pas \u201crien n\u2019est A\u201d mais \u201ctout n\u2019est pas A\u201d\u00bb\u2026 <\/em>Le fait de dire \u201c<em>l\u2019homme n\u2019est pas<\/em>\u201d engendre alors seulement le <em>contradictoire<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire permet qu\u2019il soit le contraire, mais aussi \u00e0 tout interm\u00e9diaire entre les contraires, et notamment \u00e0 <em>ce qui est en soi contradictoire, l\u2019antagonisme lui-m\u00eame,<\/em> que l\u2019on peut signifier par la conjonction de <em>dieu et loup<\/em> sachant qu\u2019il n\u2019est d\u00e9sormais ni l\u2019un ni l\u2019autre (<em>ni dieu ni loup<\/em>). Dire <em>ni dieu ni loup,<\/em> comme Aristote, ouvre la possibilit\u00e9 de ce qui est <em>contradictoire<\/em> entre <em>loup<\/em> et <em>dieu<\/em>, qui se r\u00e9serve d\u2019\u00eatre <em>ou dieu ou loup<\/em>, c\u2019est-\u00e0-dire la <em>puissance<\/em>. Dire <em>dieu et loup<\/em> fait droit \u00e0 <em>ce qui est en soi contradictoire<\/em> qui ne se r\u00e9duit pas \u00e0 la <em>puissance<\/em> aristot\u00e9licienne car la chose est pr\u00e9sum\u00e9e en acte.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> En tant qu\u2019expressions de son essence.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 281.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 281.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Spinoza attribue les contraires \u00e0 la contingence qui marque l\u2019impuissance des corps qui n\u2019ont pas la chance d\u2019\u00eatre dou\u00e9s de raison.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 280-281.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0281.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\">[9]<\/a> <em>Ibid., <\/em>p. 282.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref10\" name=\"_ftn10\">[10]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p.\u00a0282.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref11\" name=\"_ftn11\">[11]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> p.\u00a0283.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref12\" name=\"_ftn12\">[12]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 284.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Un essai invit\u00e9 en huit chapitres.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h4>V &#8211; la Raison et le Tiers<\/h4>\n<p>Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon semble ignorer jusqu\u2019ici que lorsqu\u2019un syst\u00e8me \u00e9volue dans une direction donn\u00e9e sous l\u2019emprise d\u2019une passion particuli\u00e8re, il \u00e9chappe progressivement \u00e0 l\u2019emprise du Tiers, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 l\u2019emprise de <em>l\u2019antagonisme<\/em> qui le retenait \u00e0 son contraire. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[20,3621],"tags":[71,5092],"class_list":["post-90800","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philosophie","category-science-politique-2","tag-frederic-lordon","tag-spinoza"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90800","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=90800"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90800\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":90845,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90800\/revisions\/90845"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90800"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=90800"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90800"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}