{"id":90852,"date":"2016-11-22T12:00:28","date_gmt":"2016-11-22T11:00:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=90852"},"modified":"2016-11-21T20:46:18","modified_gmt":"2016-11-21T19:46:18","slug":"frederic-lordon-et-limperium-chapitre-8-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/11\/22\/frederic-lordon-et-limperium-chapitre-8-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon et l\u2019<em>Imperium<\/em>. Chapitre 8, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Un essai invit\u00e9 en huit chapitres.<\/p><\/blockquote>\n<h4 class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>VIII &#8211; Id\u00e9e et Affectivit\u00e9<\/b><\/span><\/h4>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Comment peut-on esp\u00e9rer que la raison l\u2019emporte sur les passions\u00a0? Spinoza r\u00e9pond\u00a0: parce que l\u2019id\u00e9e l\u2019emporte sur l\u2019affect. On pourrait pr\u00e9ciser, parce que la connaissance de la connaissance (que Spinoza appelle la connaissance du troisi\u00e8me genre) consume toute joie en sa r\u00e9alisation. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Mais que faut-il donc entendre de ces propositions apparemment contradictoires de Spinoza\u00a0?<\/span><!--more--><\/p>\n<p class=\"p6\"><span class=\"s1\">\u201c<i>Dieu s\u2019aime lui-m\u00eame d\u2019un Amour intellectuel infini.<\/i>\u201d (<i>\u00c9th<\/i>.\u00a0V, Prop. \u00a0XXXV) contradictoire avec l\u2019id\u00e9e que\u00a0: \u201c<i>L\u2019Amour est une Joie qu\u2019accompagne l\u2019id\u00e9e d\u2019une cause ext\u00e9rieure.<\/i>\u201d (<i>\u00c9th.<\/i> III, D\u00e9f. VI).<\/span><\/p>\n<p class=\"p6\"><span class=\"s1\">Ou encore\u00a0: \u201c<i>Dieu est absolument infini <\/i>(par la D\u00e9fin. 6 p.\u00a01), <i>c\u2019est-\u00e0-dire <\/i>(par la D\u00e9fin.\u00a06 p.\u00a02), <i>la nature de Dieu<\/i> <i>jouit d\u2019une infinie perfection, et ce <\/i>(par la Prop.\u00a03 p.\u00a02)<i> accompagn\u00e9 de l\u2019id\u00e9e de lui-m\u00eame,<\/i>\u201d (<i>\u00c9th<\/i>. V Prop. XXXV, D\u00e9m.), <\/span><\/p>\n<p class=\"p6\"><span class=\"s1\">contradictoire de\u00a0: \u201c<i>Dieu est exempt de passions, et nul affect de Joie ou de Tristesse ne l\u2019affecte.<\/i>\u201d (<i>\u00c9th<\/i>.\u00a0V, Prop.\u00a0XVII)<\/span><span class=\"s1\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Ces contradictions se r\u00e9solvent si l\u2019on imagine que l\u2019affect de la joie qui accompagne la raison se d\u00e9livre de son opacit\u00e9 dans la clart\u00e9 de la forme que lui donne son id\u00e9e, comme lorsque l\u2019\u00e9motion d\u2019une d\u00e9couverte se dissipe au fur et \u00e0 mesure que celle-ci appara\u00eet de fa\u00e7on plus objective<\/span><span class=\"s1\">. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Mais si <i>l\u2019id\u00e9e<\/i> peut \u00eatre dite la <i>forme<\/i> que <i>l\u2019affectivit\u00e9<\/i> se donne, il faut dire comment l\u2019affectivit\u00e9 se donne telle ou telle id\u00e9e. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Cette ad\u00e9quation re\u00e7oit une explication lorsque l\u2019on accepte que les <i>contraires<\/i> et la <i>contradiction<\/i> ainsi que la <i>diff\u00e9rence<\/i> ne soient plus remis\u00e9s dans la boite\u00a0noire construite \u00e0 partir des param\u00e8tres de <i>l\u2019accident<\/i>, de la <i>contingence<\/i> et de <i>l\u2019ignorance<\/i>, et qu\u2019en aucune fa\u00e7on l\u2019actualisation de l\u2019un des contraires ou de l\u2019autre puisse atteindre une identit\u00e9 absolue et d\u00e9finitive puisque elle ne peut \u00e9puiser <i>l\u2019antagonisme<\/i> dont elle proc\u00e8de, ce qui signifie que <i>l\u2019actualisation<\/i> d\u2019un des contraires <i>n\u2019annihile<\/i> pas son contraire mais le <i>potentialise\u00a0<\/i>: si <i>l\u2019homme<\/i> s\u2019actualise <i>loup,<\/i> il ne perd pas la possibilit\u00e9 de s\u2019actualiser <i>dieu<\/i>.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Voil\u00e0 qui oblige \u00e0 faire intervenir une nouvelle cat\u00e9gorie\u00a0:\u00a0\u201c<i>l\u2019actualisation-potentialisation<\/i>\u201d.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Si <i>l\u2019antagonisme<\/i> lui-m\u00eame, le Tiers donc, est l\u2019affectivit\u00e9, on comprend aussit\u00f4t que toute affectivit\u00e9 disparaisse au fur et \u00e0 mesure qu\u2019elle se transforme en mati\u00e8re ou \u00e9nergie, l\u2019une \u00e9tant actualis\u00e9e lorsque l\u2019autre est potentialis\u00e9e (le <i>principe d\u2019\u00e9quivalence<\/i>), autrement dit qu\u2019au cours de l\u2019actualisation, l\u2019affect disparaisse (comme lorsque la vengeance assouvit la col\u00e8re) tandis que la potentialisation antagoniste tend \u00e0 n\u2019\u00eatre qu\u2019une \u201cconscience \u00e9l\u00e9mentaire\u201d<\/span><span class=\"s1\">. O\u00f9 <i>l\u2019antagonisme<\/i> d\u00e9cro\u00eet au b\u00e9n\u00e9fice de <i>l\u2019actualisation-potentialisation<\/i>, l\u2019affectivit\u00e9 diminue mais elle augmente lorsque l\u2019<i>antagonisme<\/i> s\u2019accro\u00eet. Ce pourquoi Lupasco r\u00e9pondait \u00e0 Spinoza\u00a0: \u00ab<i>l\u2019amour est l\u2019affectivit\u00e9 d\u2019un concept pur<\/i>\u00bb<\/span><span class=\"s1\">. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Que la <i>potentialisation<\/i> soit la forme objective sous laquelle se repr\u00e9sente <i>l\u2019id\u00e9e<\/i>, est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 aussit\u00f4t que dans une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 la relativisation des actualisations-potentialisations se manifeste dans le <i>concept<\/i> qui tient ensemble leurs perspectives respectives comme ses horizons objectifs. Le concept est une forme <i>(<\/i>l\u2019ambivalence dit Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon<i>) <\/i>pour une substance affective lorsque cessant d\u2019\u00eatre en soi contradictoire, <i>l\u2019antagonisme<\/i> devient la conjonction de deux <i>non-contradictions antagonistes<\/i><\/span><span class=\"s1\">.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Il est possible d\u2019appr\u00e9hender la nature de l\u2019affectivit\u00e9 d\u2019une autre mani\u00e8re, du fait qu\u2019elle se r\u00e9v\u00e8le en diff\u00e9rents affects en fonction de leur r\u00f4le signal\u00e9tique des activit\u00e9s du vivant. Les affects produits au cours de l\u2019\u00e9volution peuvent \u00eatre reproduits par des syst\u00e8mes m\u00e9moris\u00e9s et peuvent \u00eatre p\u00e9rennis\u00e9s comme <i>valeurs<\/i> par l\u2019entendement.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Le binarisme affectif se d\u00e9ploie d\u00e9s lors au cours de l\u2019\u00e9volution comme une inflorescence d\u2019affectivit\u00e9s m\u00e9moris\u00e9es car la polarit\u00e9 de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9isation construit des formes de plus en plus complexes qui n\u2019ont pas le m\u00eame rapport avec la mort les unes que les autres. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Les organisations vivantes modulent donc \u00e0 leur fa\u00e7on plaisir et douleur, joie et tristesse. La complexit\u00e9 des syst\u00e8mes distribue la qualit\u00e9 du plaisir et de la douleur, de la joie et de la tristesse en sensations particuli\u00e8res\u00a0: le go\u00fbt, l\u2019odorat, le tact, la vue, l\u2019ou\u00efe pour les plus simples, l\u2019envie, la peur, plus complexes. La col\u00e8re, la mansu\u00e9tude ou la douceur, l\u2019amiti\u00e9 et l\u2019inimiti\u00e9, la vaillance, l\u2019assurance, la honte et l\u2019effronterie, la piti\u00e9, l\u2019indignation, le courage<\/span><span class=\"s1\">\u2026 plus complexes encore parce qu\u2019elles font n\u00e9cessairement intervenir le rapport \u00e0 autrui. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Ces affects, s\u00e9lectionn\u00e9s par l\u2019\u00e9volution, gardent l\u2019acquis sur lequel la gen\u00e8se de l\u2019esprit peut compter pour se d\u00e9ployer plus avant. M\u00e9moire et imagination font alors de la douleur et du plaisir des \u201cmotifs signal\u00e9tiques\u201d qui servent de fronti\u00e8res au del\u00e0 desquelles le Tiers serait compromis. Ainsi les syst\u00e8mes de valeur les plus pr\u00e9gnants, les m\u00e9moires sp\u00e9cifiques, autorisent-ils \u00e0 la conscience une certaine <i>\u00e9conomie de l\u2019affectivit\u00e9<\/i>. C\u2019est sur la base de cette <i>\u00e9conomie<\/i> que l\u2019on peut expliquer les comportement collectifs. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Mais quel qu\u2019il soit, l\u2019affect est toujours Un. Il n\u2019est pas possible de le d\u00e9composer en parties\u00a0; il n\u2019est pas possible non plus de le mat\u00e9rialiser sous quelque forme que ce soit. On n\u2019imagine pas un biologiste essayant de mettre un affect dans une \u00e9prouvette ou lui donnant une forme vivante. On n\u2019imagine pas non plus un physicien essayant de soutenir la th\u00e8se que l\u2019affectivit\u00e9 est constitu\u00e9e de corpuscules \u00e9l\u00e9mentaires ou encore d\u2019une onde ou d\u2019une force. Bref, il n\u2019y a pas de scientifique connu qui soutiendrait que l\u2019affectivit\u00e9 est mati\u00e8re ou \u00e9nergie, ce qui signifie encore une fois qu\u2019elle se trouve \u00eatre hors du temps et de l\u2019espace (hors de l\u2019\u00e9tendue et du mouvement), bien que pour \u00eatre elle ait besoin de consumer \u00e0 la fois mati\u00e8re et \u00e9nergie, de sorte qu\u2019elle est partout et toujours. Et donc elle est, et m\u00eame elle est ce qui est le plus essentiel pour notre conscience, car sans sentir nous ne conna\u00eetrions rien, et ne nous percevrions pas nous-m\u00eame. La philosophie est ferme \u00e0 ce sujet depuis Aristote (sentir que l\u2019on sent est \u00e0 proprement penser) jusqu\u2019\u00e0 nos jours en passant par Descartes (je puis douter de tout mais non de sentir que je doute). <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Mais enfin, elle se produit naturellement aussi <i>entre<\/i> deux \u00eatres quand ils sont en relation r\u00e9ciproque\u00a0!<b> <\/b>Le Tiers inclus entre les contraires (<i>dieu<\/i> et <i>loup<\/i>) est donc susceptible de se m\u00e9tamorphoser en l\u2019actualisation soit du <i>loup<\/i> soit du <i>dieu,<\/i> mais il peut aussi se d\u00e9passer lui-m\u00eame en une conscience de sa propre \u201cambivalence\u201d (<i>l\u2019Homme<\/i>). C\u2019est dans l\u2019espace de la r\u00e9ciprocit\u00e9 que le Soi peut se d\u00e9tacher du Moi et prendre une configuration d\u2019un Soi commun, et de surcro\u00eet r\u00e9fl\u00e9chi sur lui-m\u00eame, c\u2019est-\u00e0-dire conscient de lui-m\u00eame et donc universel. Ce pourquoi nous avons le bonheur d\u2019\u00eatre \u00e0 m\u00eame de d\u00e9couvrir un secret de l\u2019univers qu\u2019aucun autre \u00eatre au monde peut-\u00eatre n\u2019est \u00e0 m\u00eame d\u2019appr\u00e9cier autant que nous, les hommes. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Ce qui appara\u00eet comme une donn\u00e9e m\u00e9morielle tr\u00e8s primitive, et de ce fait stable dans tous les organismes vivants, est que l\u2019affectivit\u00e9 se traduit sous forme <i>d\u2019angoisse<\/i> qui peut atteindre l\u2019intol\u00e9rable lorsque <i>l\u2019antagonisme<\/i> est paralys\u00e9 par une actualisation homog\u00e9n\u00e9isante de deuxi\u00e8me ordre<\/span><span class=\"s1\">. Et, sym\u00e9triquement l\u2019actualisation d\u2019une diff\u00e9renciation exclusive du Tiers engendre <i>l\u2019ennui<\/i> jusqu\u2019\u00e0 la naus\u00e9e qui peut devenir \u00e9galement intol\u00e9rable<\/span><span class=\"s1\">. Au terme de toute actualisation qui d\u00e9nature le Tiers, le vide <i>d\u2019affect de la libert\u00e9<\/i> est subi sur le mode du <i>manque \u00e0 \u00eatre<\/i>, et conduit \u00e0 la <i>tristesse<\/i>. Si l\u2019antagonisme est immobilis\u00e9 sans pouvoir se d\u00e9ployer, ou s\u2019il est dissip\u00e9 par une actualisation de diff\u00e9renciation, l\u2019affect du Tiers n\u2019est donc plus la <i>joie<\/i> mais la <i>tristesse. <\/i>Mais qu\u2019aussit\u00f4t se l\u00e8ve l\u2019obstruction non-contradictoire au <i>devenir contradictoriel<\/i> du Tiers par le relais d\u2019une actualisation oppos\u00e9e (l\u2019actualisation de la diversit\u00e9 pour l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 et de l\u2019homog\u00e9n\u00e9it\u00e9 pour la diversit\u00e9), l\u2019affectivit\u00e9 se traduit par une certain <i>plaisir<\/i> comme nous l\u2019avons d\u00e9j\u00e0 dit. L\u2019opposition entre la joie qui caract\u00e9rise le Tiers et la tristesse qui caract\u00e9rise ses deux <i>impuissantisations<\/i> pour suivre la terminologie de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon explique aussi le binarisme affectif. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">La relation <i>plaisir-peine<\/i> (celle-ci comprenant l\u2019angoisse et la naus\u00e9e) est donc analogue \u00e0 la relation <i>joie-tristesse<\/i> mais <i>l\u2019angoisse<\/i> (et le <i>plaisir<\/i> li\u00e9 \u00e0 sa disparition) comme la <i>naus\u00e9e<\/i> (et le <i>plaisir<\/i> li\u00e9 \u00e0 sa disparition) doivent tous deux \u00eatre relativis\u00e9s pour que la <i>joie<\/i> du Tiers l\u2019emporte sur sa d\u00e9tresse, la <i>tristesse<\/i>. Ici, l\u2019on doit rendre justice aux analyses de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon. Que la <i>contrainte<\/i> vienne figer <i>l\u2019imperium<\/i> de la multitude, celui-ci tend naturellement \u00e0 s\u2019exiler dans une attitude compensatoire, ou encore, \u00e0 exiger le retour \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 fondatrice, de fa\u00e7on empirique (jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent) ou (aujourd\u2019hui pourquoi pas\u00a0?) de fa\u00e7on rationnelle. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Pourquoi rationnelle\u00a0? Parce que l\u2019on peut d\u00e9sormais d\u00e9finir quelles sont les structures sociales qui engendrent les affects, ce qui permet de pr\u00e9venir que <i>l\u2019absolu<\/i> qui caract\u00e9rise chacun d\u2019eux pour lui-m\u00eame entre en contradiction avec celui des autres, comme c\u2019est le cas lorsque l\u2019amiti\u00e9 d\u00e9fie la justice, ou l\u2019\u00e9galit\u00e9 la libert\u00e9 ou encore la responsabilit\u00e9 la solidarit\u00e9, etc. Lorsque la relation \u00e0 autrui est \u00e9quilibr\u00e9e <i>entre la diff\u00e9rence et l\u2019identit\u00e9, la convergence et la divergence, la convenance et la disconvenance<\/i>, <i>l\u2019antagonisme<\/i> peut se redoubler lui-m\u00eame, et se r\u00e9v\u00e9ler la matrice de l\u2019affectivit\u00e9 commune\u00a0: le <i>respect<\/i> qui, dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillance, se change en la <i>philia<\/i>.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Comment le Tiers peut-il se d\u00e9passer dans un devenir en lui-m\u00eame contradictoire\u00a0? Nous le savons, c\u2019est la troisi\u00e8me opportunit\u00e9 qui lui est donn\u00e9e par la nature\u00a0: la <i>puissance<\/i> de la <i>puissance<\/i>, <i>l\u2019empuissantisation lordonienne<\/i> se d\u00e9ploie gr\u00e2ce \u00e0 la <i>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/i><\/span><span class=\"s1\">. Cette r\u00e9ciprocit\u00e9 nourrit le sentiment d\u2019une conscience souveraine, c\u2019est-\u00e0-dire dou\u00e9e de la plus grande libert\u00e9 qui n\u2019est pas simplement la joie de la d\u00e9couverte mais la lumi\u00e8re intellectuelle sur ce qu\u2019elle est, <i>l\u2019eudaimonia<\/i>, le d\u00e9mon du bien, que l\u2019on traduit parfois par le <i>bonheur<\/i>.<\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Si l\u2019affectivit\u00e9 est ce que nous avons dit, la seule fa\u00e7on dont elle puisse en donner raison est de s\u2019exprimer par elle-m\u00eame dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 en se nommant elle-m\u00eame ou en donnant sens \u00e0 ce qui constitue son horizon, ce qu\u2019elle fait alors de fa\u00e7on manifeste par la <i>parole<\/i>. Ainsi la Parole est-elle le devenir <i>contradictoriel<\/i> du Tiers. Au sein de chacune de ses constitutions historiques, l\u2019expression des m\u00eames valeurs fondamentales nourrit un d\u00e9bat interne permanent entre deux actualisations de la Parole, politique et religieuse, l\u2019une polaris\u00e9e par l\u2019opposition corr\u00e9lative, l\u2019autre par l\u2019unit\u00e9 de la contradiction, ce qui explique la turbulence de leur d\u00e9veloppement. Chacune des <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=56\"><span class=\"s4\"><i>deux paroles<\/i><\/span><\/a> pr\u00e9tend en effet aveuglement \u00e0 la supr\u00e9matie sur l\u2019autre en raison du caract\u00e8re non-contradictoire de la logique de son actualisation, et seule la r\u00e9appropriation du Tiers peut remettre en cause sa pr\u00e9tention au <i>pouvoir<\/i>. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">On reconna\u00eetra \u00e0 <i>l\u2019imperium, <\/i>la puissance de la r\u00e9ciprocit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e,<i> <\/i>la facult\u00e9 d\u2019engendrer <i>l\u2019\u00c9tat<\/i> que Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon appelle <i>l\u2019\u00c9tat g\u00e9n\u00e9ral<\/i>, qui, affranchissant la libert\u00e9 de chacun de ses limites individuelles, ne peut se rabaisser au <i>pouvoir de domination <\/i>d\u2019un imaginaire ou d\u2019une id\u00e9ologie sur le capital symbolique de la soci\u00e9t\u00e9. <i>\u201cOn pourrait donc dire que, d\u00e9signant le fait fondamental de l\u2019autoaffection de la multitude, l\u2019imperium est la structure \u00e9l\u00e9mentaire \u201cdu pouvoir\u201d, puisque tout pouvoir, quelle qu\u2019en soit l\u2019esp\u00e8ce, en proc\u00e8de. Et que l\u2019imperium prend plus particuli\u00e8rement le nom d\u2019\u00c9tat g\u00e9n\u00e9ral en tant qu\u2019on y voit la matrice de tous les pouvoirs politiques, quelle qu\u2019en soit la forme. L\u2019\u00c9tat g\u00e9n\u00e9ral est la structure \u00e9l\u00e9mentaire de la politique<\/i> \u00bb<\/span><span class=\"s1\">. <\/span><\/p>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">En r\u00e9alit\u00e9 le substantif <i>pouvoir<\/i> a deux acceptions\u00a0: la domination, le <i>pouvoir sur autrui,<\/i> et la <i>puissance. <\/i>Le <i>pouvoir<\/i> qui est li\u00e9 aux actualisations non-contradictoires de la conscience <i>entrave<\/i> la libert\u00e9 d\u2019autrui. Dans le monde occidental, cette domination s\u2019est concr\u00e9tis\u00e9e par la <i>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9<\/i>. C\u2019est ainsi que s\u2019est interpos\u00e9e entre les privil\u00e8ges des nantis et la gen\u00e8se de l\u2019humanit\u00e9 la violence du <i>pouvoir nu<\/i>. La <i>puissance <\/i>ne conna\u00eet pas cette <i>capture<\/i> puisqu\u2019elle est <i>contribution<\/i> \u00e0 la libert\u00e9<i> <\/i>de tous.<\/span><\/p>\n<p class=\"p7\"><span class=\"s1\"><b>Bibliographie<\/b><\/span><\/p>\n<ul>\n<li class=\"li10\"><span class=\"s1\">Aristote, <i>La Politique.<\/i><\/span><\/li>\n<li class=\"li10\"><span class=\"s1\">Aubenque, Pierre \u201cAmiti\u00e9 et communaut\u00e9 chez Aristote\u201d, dans <i>Probl\u00e8mes aristot\u00e9liciens<\/i> <i>2 Philosophie pratique<\/i>, Paris, \u00e9d. Vrin, 2011.<\/span><\/li>\n<li class=\"li10\"><span class=\"s1\">Bartomeu Meli\u00e0 et Dominique Temple, <i>El don, la venganza y otras formas de econom\u00eda guaran\u00ed<\/i>, Centro de Estudios Paraguayos \u201cAntonio Guasch\u201d, Asunci\u00f3n, 2004, 258\u00a0p.<\/span><\/li>\n<li class=\"li10\"><span class=\"s1\">Fern\u00e1ndes Florestan, <i>A fun\u00e7\u00e3o social da guerra no sociedade tupinamb\u00e1<\/i>, Biblioteca Pioneira de Ciencias Sociais, S\u00e3o Paulo, Brazil, 1970.<\/span><\/li>\n<li class=\"li11\"><span class=\"s8\">Lupasco St\u00e9phane, <\/span><span class=\"s1\"><i>L&rsquo;\u00e9nergie et la mati\u00e8re vivante<\/i>, Paris, Julliard, 1962\u00a0; 2<\/span><span class=\"s3\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\">\u00a0\u00e9dition\u00a0: Julliard, 1974\u00a0; 3<\/span><span class=\"s3\"><sup>e<\/sup><\/span><span class=\"s1\"> \u00e9dition\u00a0: Le Rocher, coll. \u201cL&rsquo;esprit et la mati\u00e8re\u201d, Monaco, 1986.<\/span><\/li>\n<li class=\"li10\"><span class=\"s1\">Ric\u0153ur Paul, <i>Soi-m\u00eame comme un autre<\/i>. Paris, \u00e9d. du Seuil, 1990.<\/span><\/li>\n<li class=\"li10\"><span class=\"s1\">Sahlins Marshall, <i>Age de pierre \u00e2ge d\u2019abondance, l\u2019\u00e9conomie des soci\u00e9t\u00e9s primitive. <\/i>Paris, Gallimard, 1978.<\/span><\/li>\n<li class=\"li10\"><span class=\"s1\">Spinoza, <i>\u00c9thique<\/i>. Pr\u00e9sent\u00e9 et traduit par Bernard Pautrat, Paris, \u00e9d. du Seuil (1988) 2010.<\/span><\/li>\n<li class=\"li10\"><span class=\"s1\">Temple Dominique, \u201cLa r\u00e9ciprocit\u00e9 de vengeance. Commentaire critique de quelques th\u00e9ories de la vengeance\u201d, publi\u00e9 dans <i>Teor\u00eda de la reciprocidad<\/i>, La\u00a0Paz, \u00e9d.\u00a0Padep-gtz, 2003.<\/span><\/li>\n<li class=\"li10\"><span class=\"s1\"> (1998) \u201cLa Th\u00e9orie de Lupasco et trois de ses applications\u201d, Publi\u00e9 dans\u00a0: <i>Teoria de la Reciprocidad. <\/i>Tomme II,<i> <\/i>p.\u00a037-56, PADEP-GTZ, La\u00a0Paz, Bolivia, 2003. <\/span><\/li>\n<li class=\"li10\"><span class=\"s1\">(1998) \u201cLe principe d&rsquo;antagonisme de St\u00e9phane Lupasco\u201d, publi\u00e9 dans <i>St\u00e9phane Lupasco, L\u2019homme et l\u2019\u0153uvre,<\/i> CIRET, \u00e9d. du Rocher (coll. Transdisciplinarit\u00e9), Monaco, 1999.<\/span><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Un essai invit\u00e9 en huit chapitres.<\/p>\n<\/blockquote>\n<h4 class=\"p1\"><span class=\"s1\"><b>VIII &#8211; Id\u00e9e et Affectivit\u00e9<\/b><\/span><\/h4>\n<p class=\"p3\"><span class=\"s1\">Comment peut-on esp\u00e9rer que la raison l\u2019emporte sur les passions\u00a0? Spinoza r\u00e9pond\u00a0: parce que l\u2019id\u00e9e l\u2019emporte sur l\u2019affect. On pourrait pr\u00e9ciser, parce que la connaissance de la connaissance (que Spinoza appelle la connaissance du troisi\u00e8me genre) consume toute joie en [&hellip;]<\/span><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[20,3621],"tags":[71,5092],"class_list":["post-90852","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-philosophie","category-science-politique-2","tag-frederic-lordon","tag-spinoza"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90852","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=90852"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90852\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":90853,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/90852\/revisions\/90853"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=90852"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=90852"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=90852"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}