{"id":91847,"date":"2017-01-10T17:04:32","date_gmt":"2017-01-10T16:04:32","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=91847"},"modified":"2017-01-10T17:32:11","modified_gmt":"2017-01-10T16:32:11","slug":"que-faire-dune-dette-abyssale-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/01\/10\/que-faire-dune-dette-abyssale-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<b>QUE FAIRE D\u2019UNE DETTE ABYSSALE  ?<\/b> par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Tels ces ph\u00e9nom\u00e8nes inexorables et d\u00e9rangeants que l\u2019on affecte de ne pas voir, pour ne pas y faire face, la dette mondiale continue de cro\u00eetre. En 2014, elle pesait 286% du PIB mondial, selon Mc Kinsey qui l\u2019avait sept ans auparavant chiffr\u00e9e \u00e0 269%. Selon l\u2019Institute of Internationale Finance, elle repr\u00e9sente d\u00e9sormais 325% de ce m\u00eame PIB&#8230; Les dettes publique et priv\u00e9e sont cumul\u00e9es, car les distinguer n\u2019a pas de sens \u00e0 ce stade du constat\u00a0: toutes deux sont des anticipations sur la richesse future et progressent plus vite que la croissance, il y a un ind\u00e9niable vice de construction.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Deux \u00e9v\u00e8nements vont empirer la situation. Le gouvernement chinois a tent\u00e9 de maitriser la d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration de la croissance de l\u2019\u00e9conomie &#8211; cons\u00e9quence de la diminution des exportations &#8211; en pratiquant une politique de relance par le cr\u00e9dit afin de r\u00e9\u00e9quilibrer son mod\u00e8le de d\u00e9veloppement en faveur de son march\u00e9 int\u00e9rieur. Selon l\u2019Acad\u00e9mie chinoise des sciences sociales, la dette globale atteignait 22.960 milliards d\u2019euros\u00a0fin 2015, soit 249% du PIB. La dette des particuliers repr\u00e9sentait plus de 40% du PIB chinois, contre 28% cinq ans auparavant et pourrait au rythme actuel rapidement atteindre 70%, selon le cabinet GaveKal-Dragonomics.<\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, Donald Trump pr\u00e9voit de simultan\u00e9ment r\u00e9duire les recettes de l\u2019\u00c9tat &#8211; en baissant massivement les imp\u00f4ts des entreprises et des plus fortun\u00e9s &#8211; et d\u2019augmenter les d\u00e9penses budg\u00e9taires en lan\u00e7ant un gigantesque programme d\u2019investissement dans les infrastructures dont il n\u2019a pas pr\u00e9cis\u00e9 le financement. Mais, \u00e0 elle seule, la r\u00e9forme fiscale amputerait les recettes du budget f\u00e9d\u00e9ral de 6.200\u00a0milliards de dollars sur la prochaine d\u00e9cennie, a calcul\u00e9 le Tax Policy Center, faisant sur la m\u00eame p\u00e9riode s\u2019envoler de 36% la dette publique qui atteindrait 7.200 milliards de dollars, int\u00e9r\u00eats compris. Un effet qui n\u2019aura plus rien \u00e0 voir avec la com\u00e9die annuelle du d\u00e9plafonnement de la dette, \u00e0 condition toutefois que les membres r\u00e9publicains du Congr\u00e8s, d\u2019habitude si sourcilleux \u00e0 ce sujet, mangent leur chapeau \u00e0 l\u2019\u00e8re Trump&#8230;<\/p>\n<p>La dette enfle sans que cela soit frein\u00e9, l\u2019Europe \u00e9tant riv\u00e9e \u00e0 une politique destin\u00e9e \u00e0 stopper sa progression qui ne fonctionne pas. L\u2019endettement de la zone euro n\u2019\u00e9tait que de 85% du PIB en 2015, selon Eutelsat, mais de fortes disparit\u00e9s ont conduit la Commission\u00a0\u00e0 relever, \u00e0 l\u2019automne dernier, que la dette de nombreux pays membres &#8211; parmi lesquels la Belgique, l\u2019Irlande, l\u2019Espagne, la France, l\u2019Italie et le Portugal &#8211; risquait de d\u00e9raper dans les dix prochaines ann\u00e9es. Paradoxe, la dette europ\u00e9enne est mieux contenue que l\u2019am\u00e9ricaine ou la japonaise, mais elle se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre le maillon le plus faible de la cha\u00eene.<\/p>\n<p>Comment se d\u00e9barrasser d\u2019une dette qui devient de plus en plus insoutenable, quand elle ne l\u2019est pas d\u00e9j\u00e0\u00a0? Le d\u00e9bat \u00e0 ce sujet est peu avanc\u00e9 en Europe, l\u00e0 o\u00f9 il a le m\u00e9rite d\u2019exister, et o\u00f9 la question est pourtant l\u2019objet d\u2019affrontements en Gr\u00e8ce comme si cela ne concernait qu\u2019elle seule. Les esprits ne voient pas si loin, obnubil\u00e9s par l\u2019euro qui symbolise dor\u00e9navant la politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Pourtant, seule l\u2019intervention de la BCE tient le Portugal &#8211; le cas le plus flagrant d\u2019insoutenabilit\u00e9 de la dette apr\u00e8s la Gr\u00e8ce &#8211; le nez hors de l\u2019eau. Entre le gouvernement socialiste minoritaire et ses alli\u00e9s communiste et d\u2019extr\u00eame-gauche qui le soutiennent, le d\u00e9bat publiquement engag\u00e9 est appel\u00e9 \u00e0 se d\u00e9velopper cette ann\u00e9e, mais il reste portugais.<\/p>\n<p>Pourtant, la politique des autorit\u00e9s europ\u00e9ennes ne tient pas la route, et c\u2019est le FMI qui l\u2019a d\u00e9voil\u00e9 en excipant l\u2019irr\u00e9alisme des exc\u00e9dents budg\u00e9taires requis du gouvernement grec (1). Le Fonds avait auparavant reconnu que son estimation du \u00ab\u00a0multiplicateur budg\u00e9taire\u00a0\u00bb \u00e9tait erron\u00e9e. Un tel constat d\u2019irr\u00e9alisme pourrait sans difficult\u00e9s \u00eatre \u00e9largi \u00e0 d\u2019autres pays, comme l\u2019Italie, d\u2019autant que la p\u00e9riode est durablement marqu\u00e9e par de faibles taux de croissance et d\u2019inflation qui n\u2019aident pas au d\u00e9sendettement.<\/p>\n<p>Ne pouvant se r\u00e9soudre \u00e0 entrer dans le vif d\u2019une restructuration &#8211; dans le but de timidement assouplir leurs exigences pour s\u2019en tenir \u00e0 ce solde de tout compte &#8211; les autorit\u00e9s politiques ont <i>reprofil\u00e9<\/i> la dette grecque en diminuant ses taux et en allongeant ses d\u00e9lais de remboursement. Mais la diminution de la charge qui en a r\u00e9sult\u00e9 ne rend toujours pas la dette soutenable, des limites au reprofilage vite trouv\u00e9es \u00e9tant impos\u00e9es du fait que les capitaux pr\u00eat\u00e9s ont \u00e9t\u00e9 dans une large mesure eux-m\u00eames emprunt\u00e9s sur <i>les march\u00e9s<\/i> (2).<\/p>\n<p>Une fois la r\u00e9f\u00e9rence aux hasardeux \u00ab\u00a0effet multiplicateur\u00a0\u00bb (3) et au <i>reprofilage <\/i>\u00e9cart\u00e9s, la restructuration ordonn\u00e9e ainsi que la mon\u00e9tisation restent seules en lice. Selon une variante de cette derni\u00e8re option, les banques centrales pourraient acheter la dette dont elles garderaient les titres \u00e0 leur bilan, les \u00e9changeant ensuite contre des titres de dette perp\u00e9tuelle sans int\u00e9r\u00eat, \u00e9vitant ainsi d\u2019avoir \u00e0 constater des pertes.<\/p>\n<p>La mon\u00e9tisation de la dette a ses fervents partisans, Adair Turner en a pris la t\u00eate et une longueur d\u2019avance en s\u2019appuyant sur le cas du Japon, dont la dette diminue en raison des achats annuels de 80 milliards de yens de la Banque du Japon qui repr\u00e9sentent le double des \u00e9missions gouvernementales de nouveaux titres dans la m\u00eame p\u00e9riode. Mais l\u2019on ne voit pas ce m\u00e9canisme adopt\u00e9 aux \u00c9tats-Unis et en Europe. Il a l\u2019avantage &#8211; au prix d\u2019une nouvelle incursion dans les territoires inconnus, faisant suite aux taux n\u00e9gatifs &#8211; d\u2019escamoter purement et simplement la dette, afin que les affaires puissent ensuite reprendre comme si de rien n\u2019\u00e9tait, permettant en particulier la relance de la machine qui la produit. Nous sommes d\u00e9sormais habitu\u00e9s \u00e0 de telles propositions iconoclastes, comme l\u2019a \u00e9t\u00e9 celle de <i>l\u2019Helicopter Money<\/i> qui fait l\u2019impasse sur la distribution in\u00e9gale de la richesse tout en pr\u00e9tendant y rem\u00e9dier le temps d\u2019une relance, mais d\u00e9cid\u00e9ment la monnaie est mise \u00e0 toutes les sauces, surtout quand les solutions alternatives sortent du cadre capitaliste.<\/p>\n<p>Derni\u00e8re option, l\u2019effacement partiel de la dette europ\u00e9enne publique se heurte \u00e0 sa large d\u00e9tention par la BCE et les banques centrales nationales de l\u2019Eurosyst\u00e8me, imposant de revenir sur son pr\u00e9c\u00e9dent transfert du priv\u00e9 vers le public. En application du sch\u00e9ma du FMI selon lequel un tribunal international serait amen\u00e9 \u00e0 arbitrer toute restructuration, prot\u00e9geant ceux qui doivent l\u2019\u00eatre pour charger des pertes les autres. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 enfouie dans un tiroir, l\u2019en ressortir permettrait de poursuivre la d\u00e9marche l\u00e0 o\u00f9 elle avait \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9e.<\/p>\n<p>La restructuration ordonn\u00e9e de la dette publique n\u00e9cessite de distinguer les cr\u00e9anciers afin de diff\u00e9rencier leur sort, et c\u2019est pour cette raison que passer devant des juges s\u2019impose afin que leurs jugements deviennent indiscutables, la dette pouvant \u00eatre jug\u00e9e ill\u00e9gitime. L\u2019endettement r\u00e9pond \u00e0 des emplois tr\u00e8s diff\u00e9rents, finan\u00e7ant aussi bien les investissements que les d\u00e9ficits budg\u00e9taires. Pays par pays, elle peut \u00eatre ventil\u00e9e selon diff\u00e9rentes approches, selon son usage mais aussi ses d\u00e9tenteurs. C\u2019est au terme d\u2019une telle analyse que les principes et les modalit\u00e9s de la restructuration d\u2019une dette donn\u00e9e pourraient \u00eatre adopt\u00e9s par une instance internationale sp\u00e9cialis\u00e9e.<\/p>\n<p>Elle n\u2019aurait pas comme unique objet de soulager les finances des \u00c9tats d\u2019une charge qui va s\u2019accroissant. Elle conforterait aussi la soutenabilit\u00e9 de la dette souveraine r\u00e9siduelle et la renforcerait dans son r\u00f4le de collat\u00e9ral, ou bien lorsque sa d\u00e9tention conforte les fonds propres des \u00e9tablissements financiers. La dette n\u2019est donc pas en soi une calamit\u00e9, tout est question de proportion et de r\u00e9partition, comme pour la richesse !<\/p>\n<p>Selon l\u2019\u00e9conomiste autrichien Markus Schuller, le capital mondial repr\u00e9sentait 512.000 milliards de dollars en 2015, dont un peu plus d\u2019un tiers constitu\u00e9 de cr\u00e9ances publiques et priv\u00e9es. C\u2019est sept fois le PIB mondial, estim\u00e9 \u00e0 74.000 milliards de dollars. De telles donn\u00e9es permettent d\u2019appr\u00e9hender le montant de la cure d\u2019amaigrissement du syst\u00e8me financier qui r\u00e9sulterait d\u2019une op\u00e9ration de restructuration effa\u00e7ant une part des cr\u00e9ances publiques.<\/p>\n<p>La perspective d\u2019une telle op\u00e9ration semble lointaine, mais des \u00e9tapes interm\u00e9diaires pourraient \u00eatre envisag\u00e9es. Ce qui a d\u2019ailleurs d\u00e9but\u00e9, d\u2019une certaine mani\u00e8re\u00a0: un groupe de travail du FMI \u00e9tudie actuellement la possibilit\u00e9 d\u2019ins\u00e9rer des clauses d\u2019action collective dans l\u2019\u00e9norme stock existant de titres de la dette qui en sont d\u00e9pourvus. L\u2019objectif est d\u2019emp\u00eacher que dans l\u2019avenir des hedge-funds fassent obstacle \u00e0 toute restructuration, n\u2019\u00e9tant pas juridiquement li\u00e9s par de telles clauses qui imposent \u00e0 tous les cr\u00e9anciers d\u2019accepter une restructuration si une majorit\u00e9 qualifi\u00e9e d\u2019entre eux en a d\u00e9cid\u00e9 ainsi. Cela a derni\u00e8rement \u00e9t\u00e9 le cas avec la dette argentine.<\/p>\n<p>Convenons-en, une telle solution ne pourra intervenir que lorsque le poids de la dette sera devenu si lourd que plus rien d\u2019autre ne sera envisageable. Ce moment est-il si lointain ? Une conf\u00e9rence internationale extraordinaire sur le mode de celle qui s\u2019est tenue \u00e0 Bretton Woods en 1944 sur les questions mon\u00e9taires pourrait en \u00eatre l\u2019occasion. Pour faire bonne mesure et tout mettre \u00e0 plat, elle r\u00e9formerait \u00e9galement le syst\u00e8me mon\u00e9taire international.<\/p>\n<p>Une question m\u00e9rite cependant d\u2019\u00eatre pos\u00e9e : le capitalisme dispose-t-il en lui-m\u00eame du ressort n\u00e9cessaire pour proc\u00e9der \u00e0 une telle refondation\u00a0? Apr\u00e8s un d\u00e9part en fanfare, il n\u2019en a jusqu\u2019\u00e0 maintenant pas donn\u00e9 le signal, ce qui peut laisser pr\u00e9sager d\u2019un avenir chaotique&#8230;<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;&#8212;<br \/>\n<i>(1) Si l\u2019on prend le cas du Japon, son d\u00e9ficit budg\u00e9taire primaire de 6\u00a0% du PIB en 2014 devrait \u00eatre transform\u00e9 d\u2019ici 2020 en un exc\u00e9dent de 5,6\u00a0%, puis maintenu \u00e0 ce niveau, si le gouvernement veut en 2030 ramener sa dette nette au seuil de 80\u00a0% du PIB. Adair Turner a effectu\u00e9 ce calcul dans le cadre d\u2019une d\u00e9monstration par l\u2019absurde, un tel objectif condamnant le pays \u00e0 une profonde r\u00e9cession permanente&#8230;<\/i><\/p>\n<p>(2) Ce m\u00e9canisme permet aux banques cr\u00e9ditrices de gagner de l\u2019argent sur les cr\u00e9dits accord\u00e9s \u00e0 la Gr\u00e8ce pour combattre les effets de leurs propres turpitudes&#8230;<\/p>\n<p>(3) Arnaud Montebourg, candidat aux primaires de la gauche fran\u00e7aise, se r\u00e9fugie magistralement derri\u00e8re lui pour se d\u00e9fendre de tout d\u00e9rapage des finances publiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Tels ces ph\u00e9nom\u00e8nes inexorables et d\u00e9rangeants que l\u2019on affecte de ne pas voir, pour ne pas y faire face, la dette mondiale continue de cro\u00eetre. 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