{"id":91895,"date":"2017-01-14T01:18:40","date_gmt":"2017-01-14T00:18:40","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=91895"},"modified":"2017-01-15T13:23:45","modified_gmt":"2017-01-15T12:23:45","slug":"essai-critique-sur-le-commun-a-partir-de-louvrage-de-pierre-dardot-et-christian-laval-commun-essai-sur-la-revolution-du-xxie-siecle-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/01\/14\/essai-critique-sur-le-commun-a-partir-de-louvrage-de-pierre-dardot-et-christian-laval-commun-essai-sur-la-revolution-du-xxie-siecle-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"Essai critique sur le \u201cCommun\u201d \u00e0 partir de l\u2019ouvrage de Pierre Dardot et Christian Laval \u00ab\u00a0Commun. Essai sur la R\u00e9volution du XXIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab Il est surtout temps de produire des vues nouvelles sur l\u2019au-del\u00e0 du capitalisme, de penser les conditions et les formes possibles de l\u2019agir commun, de d\u00e9gager des principes qui peuvent orienter les luttes, de lier des pratiques dispers\u00e9es \u00e0 la forme que pourrait prendre une nouvelle institution g\u00e9n\u00e9rale des soci\u00e9t\u00e9s \u00bb<a href=\"#_ftn1\" name=\"_ftnref1\">[1]<\/a>.<\/p>\n<p><!--more-->Pierre Dardot et Christian Laval proposent en conclusion de leur somme critique des diff\u00e9rentes conceptions du <em>commun <\/em>:<\/p>\n<p>\u00ab Si en effet le commun est un principe, il n\u2019est pas un principe comme les autres, il est un <strong>principe politique<\/strong>, mieux encore, il est <strong>le<\/strong> principe politique.<\/p>\n<p>Par \u201cpolitique\u201d, nous entendons cette activit\u00e9 de d\u00e9lib\u00e9ration par laquelle les hommes s\u2019efforcent de d\u00e9terminer ensemble le juste, ainsi que la d\u00e9cision et l\u2019action qui proc\u00e8dent de cette activit\u00e9 collective \u00bb<a href=\"#_ftn2\" name=\"_ftnref2\">[2]<\/a>.<\/p>\n<p>Ils commencent leur analyse en d\u00e9non\u00e7ant la <em>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/em> comme le pivot du syst\u00e8me capitaliste :<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019institution de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e individuelle, donnant ma\u00eetrise et jouissance exclusive de la chose, selon l\u2019antique figure romaine du <strong>dominium<\/strong>, est la pi\u00e8ce d\u00e9cisive de l\u2019\u00e9difice \u00bb<a href=\"#_ftn3\" name=\"_ftnref3\">[3]<\/a>.<\/p>\n<p>Pourquoi choisissent-ils de faire d\u00e9river la <em>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/em> du <em>dominium <\/em>? Cela s\u2019entend si l\u2019on veut marquer que le <em>dominium<\/em> et la <em>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/em> sont des droits absolus. Marx lui-m\u00eame appelle le <em>dominium<\/em> \u201cpropri\u00e9t\u00e9 <em>priv\u00e9e<\/em> patriarcale\u201d. L\u2019analogie para\u00eet fond\u00e9e.<\/p>\n<p>Nous envisagerons la conception de la <em>propri\u00e9t\u00e9<\/em> selon Aristote, \u00e0 laquelle se r\u00e9f\u00e8rent Pierre Dardot et Christian Laval, et celle qui fut propos\u00e9e par la \u201cR\u00e9volution fran\u00e7aise\u201d. Puis nous discuterons le point de vue de Marx, et celui de la tradition qui s\u2019inspire de Proudhon. Enfin, nous reprendrons la question dans le cadre de la r\u00e9volution num\u00e9rique.<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Chapitre 1<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Aristote<\/strong><\/p>\n<p>On sait que le <em>dominium<\/em> renvoie \u00e0 <em>domus<\/em>, la maison, et que celle-ci conduit \u00e0 <em>dominus <\/em>: le <em>ma\u00eetre de la maison<\/em>, autrement dit \u00e0 la souverainet\u00e9. Mais en quoi consiste cette souverainet\u00e9 ? De dire la loi. Le ma\u00eetre se situe \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur de l\u2019emprise de la loi puisqu\u2019il est toujours en situation de pouvoir la modifier ou de s\u2019en exempter. Soit ! Mais tient-il son pouvoir de lui-m\u00eame ? \u00ab <em>Ornanda enim est dignitas domo, non ex domo tota quaerenda, nec domo dominus, sed domino domus honestanda est <\/em>\u00bb, r\u00e9pondait Cic\u00e9ron, (<em>De officiis<\/em> I, 139 :<\/p>\n<p><em>Il faut en effet que la dignit\u00e9 soit orn\u00e9e par la maison, mais on ne doit pas esp\u00e9rer tirer sa dignit\u00e9 tout enti\u00e8re de la maison, et le propri\u00e9taire ne doit pas \u00eatre honor\u00e9 par la maison mais la maison par son propri\u00e9taire<\/em>). Et que signifie maison ? La premi\u00e8re institution sociale de l\u2019humanit\u00e9 issue de la relation exogamique entre deux familles biologiques. C\u2019est la valeur produite par cette communaut\u00e9 que doit exprimer le <em>dominus<\/em>. Il n\u2019y a pas l\u00e0 signe d\u2019une privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 qui serait une expropriation du <em>commun<\/em>, mais son contraire : le <em>dominus<\/em> est le garant du <em>commun<\/em>.<\/p>\n<p>Le <em>dominus<\/em> est dans l\u2019Antiquit\u00e9 le <em>ma\u00eetre<\/em> ou le <em>seigneur<\/em>, mais il r\u00e9pond d\u2019obligations sociales. Le <em>pater familias<\/em> ou l\u2019<em>empereur<\/em> ne pouvait ali\u00e9ner le domaine sur lequel il exer\u00e7ait son droit pourtant souverain. Il est vrai que les citoyens romains faisaient un usage immod\u00e9r\u00e9 de leur pouvoir, et abusaient de la propri\u00e9t\u00e9 familiale quand cela leur paraissait n\u00e9cessaire pour se procurer du num\u00e9raire afin de payer les individus priv\u00e9s de droits, les prostitu\u00e9es et les mercenaires par exemple, et l\u2019empereur de m\u00eame ! Mais si abus il y avait vis-\u00e0-vis des obligations sociales qu\u2019imposait le <em>dominium<\/em>, ce n\u2019\u00e9tait pas un droit mais un d\u00e9lit ! L\u2019abus \u00e0 Rome consistait \u00e0 retirer de la propri\u00e9t\u00e9 communautaire un bien et \u00e0 l\u2019ali\u00e9ner dans le commerce et l\u2019\u00e9change, le contraire donc de <em>l\u2019abusus bourgeois<\/em> qui consiste \u00e0 s\u00e9parer un bien du domaine de l\u2019\u00e9change et le destiner \u00e0 une consommation hors du march\u00e9<a href=\"#_ftn4\" name=\"_ftnref4\">[4]<\/a>.<\/p>\n<p>Que veulent donc dire Pierre Dardot et Christian Laval par <em>commun <\/em>? Ils r\u00e9pondent en faisant r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Aristote :<\/p>\n<p>\u00ab L\u2019institution du commun (<strong>koin\u00f4n<\/strong>) est l\u2019effet d\u2019une \u201cmise en commun\u201d qui suppose toujours une r\u00e9ciprocit\u00e9 entre ceux qui prennent part \u00e0 une activit\u00e9 ou partagent un mode d\u2019existence. Ce qui est vrai d\u2019une petite communaut\u00e9 d\u2019amis visant une fin commune l\u2019est \u00e9galement, \u00e0 une autre \u00e9chelle, de la cit\u00e9 qui est orient\u00e9e vers le \u201cbien souverain\u201d. Il n\u2019est pas lieu ici d\u2019entrer plus avant dans l\u2019analyse de la conception aristot\u00e9licienne de l\u2019activit\u00e9 de \u201cmise en commun\u201d. Il suffira de dire ici qu\u2019elle est v\u00e9ritablement matricielle pour notre propre \u00e9laboration du commun : elle fait de la pratique de mise en commun la condition m\u00eame de tout commun, dans ses dimensions affectives et normatives. Sa principale limite, qu\u2019il ne saurait \u00eatre question de m\u00e9conna\u00eetre, est de pr\u00e9coniser la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e des biens sous la condition que ce qui est poss\u00e9d\u00e9 privativement rel\u00e8ve de l\u2019usage commun car, si la distinction entre la <strong>propri\u00e9t\u00e9<\/strong> et l\u2019<strong>usage<\/strong> est th\u00e9oriquement f\u00e9conde, comme nous aurons l\u2019occasion de nous en convaincre tout au long de l\u2019ouvrage, la r\u00e9alit\u00e9 de l\u2019usage commun des biens priv\u00e9s est remise \u00e0 la seule \u201cvertu\u201d qui r\u00e9sulte de la l\u00e9gislation et de l\u2019\u00e9ducation \u00bb<a href=\"#_ftn5\" name=\"_ftnref5\">[5]<\/a>.<\/p>\n<p>Si Aristote approuve la propri\u00e9t\u00e9 individuelle, c\u2019est dans la mesure o\u00f9 elle est ordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019usage commun de ceux qui sont unis entre eux par l\u2019amiti\u00e9 (<em>philia<\/em>), comme l\u2019ont soulign\u00e9 Pierre Dardot et Christian Laval. Mais on doit se souvenir que la <em>philia<\/em> est elle-m\u00eame engendr\u00e9e par la r\u00e9ciprocit\u00e9, et respecter cette s\u00e9rie de causes et d\u2019effets : r\u00e9ciprocit\u00e9 \u2013&gt; amiti\u00e9 \u2013&gt; propri\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re \u2013&gt; g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9. D\u00e8s lors, le propos d\u2019Aristote ne para\u00eet pas pouvoir se r\u00e9duire \u00e0 une concession \u00e0 la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 sous r\u00e9serve d\u2019un comportement vertueux. Aristote se demande si la propri\u00e9t\u00e9 doit \u00eatre commune, au sens platonicien c\u2019est-\u00e0-dire collective, ou s\u2019il convient d\u2019accorder \u00e0 l\u2019individu une responsabilit\u00e9 directe sur la propri\u00e9t\u00e9. Rien n\u2019indique qu\u2019il veuille soustraire la propri\u00e9t\u00e9 individuelle \u00e0 la fonction sociale que la communaut\u00e9 attribue \u00e0 toute propri\u00e9t\u00e9, bref qu\u2019il entende par \u201cpropri\u00e9t\u00e9 individuelle\u201d la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e capitaliste, la propri\u00e9t\u00e9 <em>privatrice<\/em> du droit d\u2019autrui. Ce serait l\u00e0 une \u00e9trange conclusion car Aristote la d\u00e9nonce par ailleurs dans l\u2019accaparement du profit, dans les \u00e9changes lib\u00e9r\u00e9s de toute r\u00e9ciprocit\u00e9 et la sp\u00e9culation, et la condamne m\u00eame comme inhumaine ! Il plaide, par contre, en faveur de la <em>responsabilit\u00e9<\/em> et de la <em>g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9<\/em> des uns vis-\u00e0-vis des autres : lorsque les propri\u00e9taires ont besoin les uns des autres, ils peuvent compter sur leur g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9, ce qui n\u2019exclut pas une d\u00e9lib\u00e9ration pour satisfaire des objectifs communs, mais plus fondamentalement en appelle \u00e0 la <em>responsabilit\u00e9<\/em> de chacun<a href=\"#_ftn6\" name=\"_ftnref6\">[6]<\/a>.<\/p>\n<p>D\u2019o\u00f9 vient cette obligation de responsabilit\u00e9 ? Pierre Dardot et Christian Laval se r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 Aristote et aussi \u00e0 Marx :<\/p>\n<p>\u00ab La conception de l\u2019agir commun que nous voulons \u00e9laborer \u00e0 partir d\u2019Aristote est absolument irr\u00e9ductible aux discours les plus courants qui font usage de l\u2019adjectif \u201ccommun\u201d.<\/p>\n<p>(\u2026) D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, et conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019une des vues les plus profondes de Marx (dans sa \u00ab VIe Th\u00e8se sur Feuerbach \u00bb), on posera ici que <strong>ce sont les pratiques qui font des hommes ce qu\u2019ils sont<\/strong>. Et c\u2019est \u00e0 partir de leurs pratiques que l\u2019on peut rendre compte du mouvement m\u00eame des soci\u00e9t\u00e9s pour autant que, comme Marx l\u2019a soulign\u00e9, la soci\u00e9t\u00e9 est le \u201cproduit de l\u2019action r\u00e9ciproque des hommes\u201d. (Karl Marx, Lettre \u00e0 Annenkov, 28 d\u00e9cembre 1846, Correspondance, tome I, Novembre 1835-d\u00e9cembre 1848, \u00c9ditions sociales, Paris,1964, p. 448).<\/p>\n<p>(\u2026) Mais ni la sociologie ni le socialisme, en d\u00e9pit de remarquables aper\u00e7us souvent tomb\u00e9s dans l\u2019oubli, n\u2019ont su tirer toutes les implications politiques de l\u2019intuition selon laquelle l\u2019activit\u00e9 humaine est toujours co-activit\u00e9 et co-obligation, co-op\u00e9ration et r\u00e9ciprocit\u00e9 \u00bb<a href=\"#_ftn7\" name=\"_ftnref7\">[7]<\/a>.<\/p>\n<p>On en d\u00e9duit donc que ce sont bien les pratiques de r\u00e9ciprocit\u00e9 qui engendrent le sentiment de responsabilit\u00e9, comme celui de l\u2019amiti\u00e9. Mais alors quelles pratiques ?<\/p>\n<p>Aristote fonde la cit\u00e9 sur la r\u00e9ciprocit\u00e9 des actions et des paroles lors de la <em>d\u00e9lib\u00e9ration<\/em> (<em>bouleusis<\/em>) des hommes dou\u00e9s de la conscience \u00e9thique (<em>phronesis<\/em>) lorsqu\u2019ils entendent construire le bonheur (<em>eudaimonia<\/em>) d\u00e8s lors que la r\u00e9ciprocit\u00e9 a fond\u00e9 leur sentiment \u00e9thique. Ce qui signifie non pas la mise en commun des biens sous forme de propri\u00e9t\u00e9 collective, comme le proposait Platon, mais comme le rappellent Dardot et Laval la <em>gen\u00e8se du commun<\/em> \u00e0 partir de <em>relations r\u00e9ciproques<\/em> pr\u00e9cises : la <em>metadosis<\/em>, le <em>partage<\/em>. Le <em>partage<\/em> est une structure de r\u00e9ciprocit\u00e9 interm\u00e9diaire entre le face-\u00e0-face collectif (la <em>communion<\/em> de la maisonn\u00e9e) et la <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=17\">structure ternaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/a> (le <em>march\u00e9<\/em>) : du moment en effet que les activit\u00e9s productrices se diff\u00e9rencient (et de plus en plus, non seulement parce que les familles qui se r\u00e9unissent se sp\u00e9cialisent les unes dans l\u2019\u00e9levage, les autres dans la culture de la vigne ou de l\u2019olive\u2026, mais parce que au sein de la cit\u00e9 la division du travail multiplie les statuts de production (m\u00e9decin, architecte&#8230;), chacun doit faire face \u00e0 tous mais re\u00e7oit des uns et redonne aux autres. Le partage est donc d\u00e9j\u00e0 <em>ternaire<\/em> et produit non plus le sentiment de fraternit\u00e9 entre pairs mais le sentiment de responsabilit\u00e9 des uns pour les autres ainsi que le sentiment de justice. C\u2019est bien \u00e0 partir de cette <em>structure ternaire<\/em> qu\u2019Aristote fonde la dignit\u00e9 du citoyen. C\u2019est, pr\u00e9cise-t-il, \u00e0 partir de la gen\u00e8se du sentiment de justice que l\u2019on peut d\u00e9couvrir que la matrice de toutes les valeurs \u00e9thiques est la r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n<p>Sa d\u00e9monstration est limpide. Elle fait appel \u00e0 deux observations : la premi\u00e8re est que le produit d\u2019une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 simple (le face-\u00e0-face, par exemple) est un Tiers commun, <em>l\u2019amiti\u00e9<\/em>, incommensurable (\u201cinappropriable\u201d diraient Dardot et Laval) parce qu\u2019on ne peut en prendre la mesure pour en faire une norme. La seconde, que ce Tiers est toujours le <em>juste milieu<\/em> entre deux contre-valeurs oppos\u00e9es, le <em>juste milieu<\/em> entre les <em>contraires<\/em>, pr\u00e9cise-t-il. Ce n\u2019est pas pour autant que l\u2019on puisse le mesurer car les contraires eux-m\u00eames ne peuvent l\u2019\u00eatre : ainsi, par exemple, le courage entre la couardise et la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 demeure hors de toute \u00e9valuation possible puisque ni la couardise ni la t\u00e9m\u00e9rit\u00e9 ne peuvent servir d\u2019\u00e9talon. C\u2019est la matrice de la justice (la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 ternaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/em>) qui offre cette opportunit\u00e9. \u00c0 partir de la justice, on parvient \u00e0 la <em>mesure rationnelle<\/em> car si l\u2019exc\u00e8s s\u2019oppose bien au d\u00e9faut, de fa\u00e7on arbitraire, le <em>juste milieu<\/em> n\u2019est pas arbitraire : il est <em>l\u2019\u00e9galit\u00e9<\/em>, et l\u2019\u00e9galit\u00e9 peut \u00eatre mesur\u00e9e. Or, le sentiment individuel du tiers interm\u00e9diaire entre deux protagonistes d\u2019une relation de <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 ternaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/em>, qui re\u00e7oit de l\u2019un et qui donne \u00e0 l\u2019autre et redonne au premier de ce qu\u2019il re\u00e7oit du second, est le si\u00e8ge du sentiment de justice ou plus exactement d\u2019un sentiment de responsabilit\u00e9 qui se transforme en sentiment de <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=50\">justice<\/a>.<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 partir du <em>partage<\/em> donc que les hommes sont appel\u00e9s \u00e0 vivre ensemble pour \u00e9prouver un sentiment d\u2019amiti\u00e9 fraternelle mais aussi de responsabilit\u00e9 et de justice, qui ont pour cons\u00e9quence l\u2019attribution \u00e0 l\u2019individu de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production n\u00e9cessaires \u00e0 son \u0153uvre. Aristote ne con\u00e7oit pas la propri\u00e9t\u00e9 comme propri\u00e9t\u00e9 <em>privatrice<\/em> mais comme le propre de chacun vis-\u00e0-vis d\u2019autrui, le propre \u00e9tant ici la valeur \u00e9thique, c\u2019est-\u00e0-dire la conscience qui \u00e9merge sp\u00e9cifiquement des <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=13\">structures de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/a>.<\/p>\n<p>Aristote encha\u00eene : les citoyens d\u00e9cident de reproduire la r\u00e9ciprocit\u00e9 dans leurs projets, le plus essentiel \u00e9tant de d\u00e9velopper ce qui leur appara\u00eet d\u00e9sormais comme leur propre, leur propri\u00e9t\u00e9 commune, la conscience \u00e9thique sans \u00eatre assujetti \u00e0 aucune loi de nature comme l\u2019\u00e9taient les membres d\u2019une communaut\u00e9 r\u00e9gie par la <em>filiation<\/em> et l\u2019<em>alliance<\/em>. Les hommes ne vivent pas seulement ensemble, mais ils pensent ensemble : le <em>sunaisthanestai<\/em> (litt\u00e9ralement <em>ressentir ensemble,<\/em> que Aristote explicite lui-m\u00eame comme <em>mettre en commun paroles et pens\u00e9es<\/em> (<em>koin\u00f4nein logon kai dianoias<\/em>). C\u2019est \u00e0 ce stade que Pierre Dardot et Christian Laval situent leur conception du <em>commun<\/em> qui n\u2019est pas seulement de mettre en commun des forces productives pour une consommation partag\u00e9e mais la proc\u00e9dure de fondation de la cit\u00e9 : la d\u00e9mocratie. Le <em>commun<\/em> est au fond synonyme de d\u00e9lib\u00e9ration, et celle-ci de d\u00e9mocratie politique.<\/p>\n<p>Le <em>commun,<\/em> dans la communaut\u00e9 de la maisonn\u00e9e, l\u2019<em>oikos<\/em> , avons-nous dit, se confond avec la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 binaire collective<\/em> o\u00f9 tout le monde travaille pour tout le monde&#8230; Il doit s\u2019entendre d\u00e9sormais au niveau de la d\u00e9lib\u00e9ration (<em>bouleusis<\/em>) : tout le monde met en commun ses r\u00e9flexions pour d\u00e9finir les objectifs essentiels de la cit\u00e9. Mais les th\u00e9oriciens du <em>commun<\/em> n\u2019\u00e9voquent pas la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 ternaire<\/em>, celle qui engendre non pas la confiance, la cordialit\u00e9, la fraternit\u00e9, la solidarit\u00e9, mais l\u2019<a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=69\">individuation du sujet<\/a>, la responsabilit\u00e9, l\u2019esprit d\u2019initiative. La structure sociale du march\u00e9 qui fait intervenir la production individuelle, l\u2019\u00e9change de r\u00e9ciprocit\u00e9 et la consommation individuelle, \u00e9chappe \u00e0 la d\u00e9finition du <em>commun<\/em>. Elle n\u2019en est pas moins une structure fondamentale et des plus n\u00e9cessaires puisqu\u2019elle est la matrice des sentiments sans lesquels il est difficile de construire une cit\u00e9 : la responsabilit\u00e9 et la justice.<\/p>\n<p>Ici on voit poindre l\u2019id\u00e9e que le <em>commun<\/em> ne suffit pas \u00e0 \u00e9puiser le sens de la r\u00e9ciprocit\u00e9. Qu\u2019adviendrait-il si l\u2019on faisait l\u2019impasse sur l\u2019individuation et les droits du sujet (les droits de l\u2019homme), sur la propri\u00e9t\u00e9 et du m\u00eame coup sur le march\u00e9, pour ne se fier qu\u2019au <em>commun<\/em> pour assurer production et distribution ? La <em>relation r\u00e9ciproque<\/em> est en r\u00e9alit\u00e9, d\u00e8s l\u2019origine, double : la matrice de la <em>philia<\/em>, l\u2019<em>alliance<\/em> ou le <em>commun<\/em>, et la matrice de l\u2019<em>individuation<\/em> et de la <em>responsabilit\u00e9<\/em> qui trouve son origine dans la <em>filiation<\/em>. En effet, si la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 binaire<\/em> (l\u2019alliance) cr\u00e9e un sentiment indivis (l\u2019amiti\u00e9), la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9 ternaire<\/em> (la filiation) cr\u00e9e un sentiment de chacun (en tant qu\u2019interm\u00e9diaire entre deux autres) qui n\u2019a pas d\u2019autre vis-\u00e0-vis que lui-m\u00eame pour se reconna\u00eetre comme tel : cette contrainte int\u00e9riorise le sentiment n\u00e9 de la r\u00e9ciprocit\u00e9 dans le sujet individuel (<em>l\u2019individuation<\/em>), mais elle lui intime l\u2019obligation de respecter sa matrice sous peine de dispara\u00eetre. On appelle cette comp\u00e9tence <em>responsabilit\u00e9<\/em>. Il serait imprudent de ne pas dissocier le sens du mot <em>individu<\/em> lorsqu\u2019il provient de <em>l\u2019individuation<\/em> d\u2019une structure de r\u00e9ciprocit\u00e9 ternaire, et lorsqu\u2019il provient de <em>l\u2019individualisation<\/em> en tant que forme ultime de l\u2019\u00e9volution biologique.<\/p>\n<p>L\u2019individu est d\u00e9sormais cens\u00e9 revendiquer la propri\u00e9t\u00e9 des moyens qui lui sont n\u00e9cessaires pour exercer la responsabilit\u00e9 qui lui incombe vis-\u00e0-vis d\u2019autrui. Mais la propri\u00e9t\u00e9 ne lui est reconnue comme personnelle par la communaut\u00e9 que dans la mesure o\u00f9 elle remplit sa fonction sociale : c\u2019est \u00e0 mon avis ce que veut dire Aristote lorsqu\u2019il d\u00e9clare que sa pr\u00e9f\u00e9rence va \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 individuelle, et qu\u2019il juge que tout citoyen est responsable de la consommation de tous, c\u2019est-\u00e0-dire du besoin d\u2019autrui. Ainsi, le postulat de Garrett Hardin selon lequel la libert\u00e9 d\u2019exploitation d\u2019un <em>commun<\/em> conduit \u00e0 la ruine de tous parce que les int\u00e9r\u00eats priv\u00e9s se le d\u00e9chirent ne vaut que lorsque la libert\u00e9 est entendue comme libert\u00e9 individuelle hors r\u00e9ciprocit\u00e9, et non lorsqu\u2019elle est con\u00e7ue comme individu\u00e9e, et donc comme responsabilit\u00e9 vis-\u00e0-vis d\u2019autrui dans la r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n<p>Si nous avons bien compris le point de vue de Pierre Dardot et Christian Laval, le <em>commun<\/em> doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme la relation collective qui permet d\u2019instituer des r\u00e8gles de vie qui am\u00e9liorent les conditions d\u2019existence de tous. Aucun sentiment cr\u00e9\u00e9 par la r\u00e9ciprocit\u00e9 ne pourrait fonder la cit\u00e9 sans la raison \u00e9thique qui permet de limiter l\u2019imaginaire ou la d\u00e9mesure du pouvoir de chacun. Et cette raison (la <em>phronesis<\/em>) contraint \u00e0 pourvoir aux besoins des uns et des autres puisqu\u2019elle interdit la subordination des uns aux autres, et donc leur privation des ressources \u00e9conomiques n\u00e9cessaires. Il n\u2019y a pas de d\u00e9lib\u00e9ration politique qui puisse faire l\u2019impasse sur la r\u00e9ciprocit\u00e9 \u00e9conomique, de politique sans \u00e9conomie. Et, selon Aristote toujours, la d\u00e9lib\u00e9ration qui fonde la cit\u00e9 porte sur le <em>juste<\/em>.<\/p>\n<p>Aristote, cependant, ne suspend pas la r\u00e9ciprocit\u00e9 \u00e0 la vertu, mais la vertu \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9. Nous avons insist\u00e9 sur le fait que la <em>parit\u00e9<\/em> des citoyens \u00e9tait scell\u00e9e par la <em>philia<\/em>, qui proc\u00e9dait elle-m\u00eame d\u2019une r\u00e9ciprocit\u00e9 inaugurale de toute vie sociale, le <em>commun<\/em> de la <em>parent\u00e9<\/em>. La libert\u00e9 du citoyen s\u2019obtient par la capacit\u00e9 de faire face \u00e0 autrui, que d\u00e9finit l\u2019expression <em>anti<\/em>, le face-\u00e0-face de la r\u00e9ciprocit\u00e9, d\u2019o\u00f9 \u00e9merge la valeur d\u2019humanit\u00e9 qui fonde la dignit\u00e9 de chacun, tandis que ceux qui en sont priv\u00e9s demeurent \u00e0 l\u2019\u00e9tat sauvage ou primitif : les esclaves. La <em>d\u00e9lib\u00e9ration<\/em> (<em>bouleusis<\/em>) est une affaire entre citoyens qui exclut donc les statuts inf\u00e9rieurs (commer\u00e7ants et artisans, qui peuvent pratiquer entre eux des relations de r\u00e9ciprocit\u00e9 mais qui ne participent pas \u00e0 la fondation de la cit\u00e9 sur ses bases naturelles de fa\u00e7on originaire : la <em>metadosis<\/em> entre parents). Soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9mocratique, donc, mais d\u2019aristocrates<a href=\"#_ftn8\" name=\"_ftnref8\">[8]<\/a>. Et l\u2019on est ainsi conduit au d\u00e9bat entre les citoyens qui fondent l\u2019\u00c9tat, au r\u00f4le de la transmission des valeurs acquises telles que l\u2019amiti\u00e9, la responsabilit\u00e9, la confiance, par l\u2019enseignement et l\u2019\u00e9ducation, mais sans oublier la d\u00e9finition du citoyen \u00e0 partir de l\u2019entraide r\u00e9ciproque qui caract\u00e9rise la <em>koinonia<\/em>, la communaut\u00e9 de l\u2019<em>oikos<\/em>, la maisonn\u00e9e, o\u00f9 tout est commun et qu\u2019Aristote reconna\u00eet comme la structure de r\u00e9ciprocit\u00e9 originelle.<\/p>\n<p>=============================<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref1\" name=\"_ftn1\">[1]<\/a> Pierre Dardot et Christian Laval, <em>Commun. Essai sur la r\u00e9volution au XXIe si\u00e8cle<\/em>. Paris, La D\u00e9couverte, 2014, p. 15-16<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref2\" name=\"_ftn2\">[2]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 579 (ce sont Pierre Dardot et Christian Laval qui soulignent).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref3\" name=\"_ftn3\">[3]<\/a> <em>Ibid., <\/em>p. 18.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref4\" name=\"_ftn4\">[4]<\/a> On a l\u2019habitude de rechercher dans l\u2019Antiquit\u00e9 l\u2019origine des cat\u00e9gories juridiques modernes, mais sans doute est-ce une erreur que d\u2019appliquer aux cat\u00e9gories de l\u2019Antiquit\u00e9 les conceptions du XXe si\u00e8cle. Les unes appartiennent \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de libre-\u00e9change, les autres \u00e0 l\u2019\u00e9conomie de r\u00e9ciprocit\u00e9. Jacques-Henri Michel d\u00e9nonce cette erreur et soutient, en s\u2019appuyant notamment sur Cic\u00e9ron, que l\u2019\u00e9conomie romaine \u00e9tait fond\u00e9e sur la <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=notions&amp;id_mot=28\">r\u00e9ciprocit\u00e9 positive<\/a>. <em>Cf.<\/em> Jacques-Henri Michel, <em>Gratuit\u00e9 en droit romain. \u00c9tudes d\u2019histoire et d\u2019ethnologie juridique<\/em>. Universit\u00e9 Libre de Bruxelles, Belgique, 1962, pp. 499-529.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref5\" name=\"_ftn5\">[5]<\/a> Pierre Dardot et Christian Laval, <em>Commun. Essai sur la r\u00e9volution au XXIe si\u00e8cle<\/em>, <em>op. cit.,<\/em> p. 23-24.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref6\" name=\"_ftn6\">[6]<\/a> Dans le livre II, paragraphe 5 de <em>Les politiques<\/em>, Aristote pr\u00e9cise : \u00ab <em>Je lui pr\u00e9f\u00e8re de beaucoup <\/em>(\u00e0 la collectivisation des biens, propos\u00e9e par Platon)<em> le syst\u00e8me actuel, compl\u00e9t\u00e9 par les m\u0153urs publiques et appuy\u00e9 sur de bonnes lois. Il r\u00e9unit les avantages des deux autres, je veux dire de la communaut\u00e9 et de la possession exclusive<\/em> \u00bb. Ce qui est \u00e9cart\u00e9, c\u2019est \u00e0 la fois la <em>collectivisation<\/em> et la <em>privatisation<\/em> (la propri\u00e9t\u00e9 exclusive). Aristote poursuit : \u00ab <em>Alors la propri\u00e9t\u00e9 devient commune, en quelque sorte, tout en restant particuli\u00e8re ; les exploitations \u00e9tant toutes s\u00e9par\u00e9es ne donneront pas naissance \u00e0 des querelles ; elles prosp\u00e8reront davantage, parce que chacun s\u2019y attachera comme \u00e0 un int\u00e9r\u00eat personnel et la vertu des citoyens en r\u00e8glera l\u2019emploi, selon le proverbe \u201centre amis tout est commun<\/em>\u201d\u00bb. Aristote, <em>Les Politiques.<\/em> Trad. Pierre Pellegrin, Flammarion, 1993, p. 150-155.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref7\" name=\"_ftn7\">[7]<\/a> Pierre Dardot et Christian Laval, <em>Commun, op. cit.,<\/em> p. 24 et p. 50.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref8\" name=\"_ftn8\">[8]<\/a> Et cette proc\u00e9dure est peut-\u00eatre tr\u00e8s commune : les soci\u00e9t\u00e9s andines font la m\u00eame distinction entre ceux qu\u2019ils appellent les <em>originaires<\/em> et les autres, les <em>originaires<\/em> b\u00e9n\u00e9ficiant de priorit\u00e9 dans la distribution des charges politiques de la communaut\u00e9 sinon l\u2019exclusivit\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref9\" name=\"_ftn9\"><\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab Il est surtout temps de produire des vues nouvelles sur l\u2019au-del\u00e0 du capitalisme, de penser les conditions et les formes possibles de l\u2019agir commun, de d\u00e9gager des principes qui peuvent orienter les luttes, de lier des pratiques dispers\u00e9es \u00e0 la forme que pourrait prendre une nouvelle institution g\u00e9n\u00e9rale des soci\u00e9t\u00e9s \u00bb<a href=\"#_ftn1\" [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1],"tags":[4834,4715,5003],"class_list":["post-91895","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","tag-christian-laval","tag-commun","tag-pierre-dardot"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91895","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=91895"}],"version-history":[{"count":7,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91895\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":91933,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/91895\/revisions\/91933"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=91895"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=91895"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=91895"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}