{"id":92100,"date":"2017-01-19T18:13:35","date_gmt":"2017-01-19T17:13:35","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=92100"},"modified":"2017-01-19T18:13:35","modified_gmt":"2017-01-19T17:13:35","slug":"le-sauna-dans-les-hivers-glaciaux-par-jacques-seignan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/01\/19\/le-sauna-dans-les-hivers-glaciaux-par-jacques-seignan\/","title":{"rendered":"Le sauna dans les hivers glaciaux, par Jacques Seignan"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Quand nos anc\u00eatres directs ont conquis la Terre \u00e0 partir de l\u2019Afrique, ils sont all\u00e9s partout et par cons\u00e9quent vers des endroits aux climats tr\u00e8s diff\u00e9rents et forc\u00e9ment plus froids. <!--more-->Dans les contr\u00e9es septentrionales, moins ensoleill\u00e9es, leur peau, prot\u00e9g\u00e9e par des v\u00eatements chauds car elle ne pouvait plus \u00eatre \u00e0 l\u2019air libre, <a href=\"http:\/\/acces.ens-lyon.fr\/evolution\/evolution\/accompagnement-pedagogique\/accompagnement-au-lycee\/terminale-2012\/un-regard-sur-levolution-de-lhomme\/evolution-dans-la-lignee-humaine\/quelques-aspects-genetiques-de-levolution-des-populations-humaines-homo-sapiens-sapiens\/Histoire%20evolutive%20de%20la%20pigmentation%20de%20la%20peau%20humaine\/les-facteurs-de-selection-dans-levolution-de-la-pigmentation-de-la-peau\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">s\u2019est adapt\u00e9e par la diminution du taux de m\u00e9lanine<\/a>\u00a0pour mieux absorber les UV n\u00e9cessaires \u00e0 la synth\u00e8se de la vitamine D. Leurs peaux s\u2019\u00e9claircirent, les belles couleurs noires disparurent ; pour certains cette d\u00e9pigmentation adaptative aboutit \u00e0 des peaux laiteuses, avec des yeux clairs et des cheveux blonds. Ces descendants \u00e0 la peau blanche cherchent peut-\u00eatre, sans le savoir, chaque \u00e9t\u00e9, \u00e0 force de coups de soleils, \u00e0 retrouver le souvenir esth\u00e9tique et protecteur des peaux plus fonc\u00e9es. On pourrait imaginer que chez les peuples des pays aux hivers glaciaux (des Sib\u00e9riens aux Am\u00e9rindiens en passant par les Nordiques) une certaine nostalgie d\u2019avoir la peau nue et lib\u00e9r\u00e9e de lourds v\u00eatements, leur a fait inventer l\u2019\u00e9tuve, le sauna et autres syst\u00e8mes analogues (1). Le sauna originel est constitu\u00e9 d\u2019une petite cabane en rondins avec un foyer ouvert contenant des pierres chauff\u00e9es \u00e0 haute temp\u00e9rature ; l\u2019eau jet\u00e9e sur ces pierres produit, avec des sifflements, de la vapeur s\u00e8che entre 90 \u00b0C et 100 \u00b0C. Bien d\u2019autres cultures ont invent\u00e9 des bains chauds (les thermes romains, bains turcs, hongrois, japonais ou le hammam arabe) et continuent de les pratiquer. C\u2019est \u00e0 la fois une recherche de plaisir, de d\u00e9tente et d\u2019hygi\u00e8ne. On sait qu\u2019au Moyen-\u00e2ge les bains publics \u00e9taient tr\u00e8s pris\u00e9s, ensuite ils disparurent pour des raisons qui ont \u00e9t\u00e9 finement analys\u00e9es (2). Dans les bains chauds de ce type, la vapeur est \u00e0 plus basse temp\u00e9rature que celle des saunas car elle est satur\u00e9e en humidit\u00e9 (3). Par ailleurs, les hammams arabes (et autres bains chauds), sont plut\u00f4t des loisirs urbains (comme le furent les thermes romains), install\u00e9s dans de vastes b\u00e2timents. Les ruines grandioses des thermes de Caracalla \u00e0 Rome en portent le t\u00e9moignage impressionnant. Les saunas sont plut\u00f4t \u00e0 la campagne et pr\u00e9vus pour peu de monde \u00e0 la fois, sur un mode rustique. Les Finlandais \u00e0 qui l\u2019on doit le mot finnois de \u00ab sauna \u00bb ont amen\u00e9 cette coutume \u00e0 une forme \u00e9labor\u00e9e d\u2019art de vivre, de marqueur culturel export\u00e9e dans le monde entier.<\/p>\n<p>D\u00e9couvrir le sauna en plein hiver, en Finlande, est une exp\u00e9rience inoubliable. Par une courte journ\u00e9e hivernale \u00e0 la campagne, le soleil brille dans un ciel bleu p\u00e2le, l\u2019air sec est glacial, et partout s\u2019\u00e9tale un \u00e9pais manteau de neige d\u2019un blanc \u00e9blouissant, seulement perc\u00e9 par des troncs de bouleaux, d\u2019\u00e9pic\u00e9as ou des rocs granitiques. Une fois la peau chauff\u00e9e dans le sauna \u00e0 la limite du supportable, il est extr\u00eamement agr\u00e9able de sortir. Au printemps ou en automne, il est d\u00e9licieux de se baigner dans un lac dont l\u2019eau est \u00e0 moins de 10\u00b0C. En hiver, on reste tranquillement dehors \u2013 il peut faire -10\u00b0C ou bien moins \u2013, on se sent parfaitement bien, sans aucune sensation de froid. Si la neige est poudreuse on peut s\u2019y rouler, comme des enfants dans du sable. Au-dessus des corps s\u2019\u00e9l\u00e8vent des colonnes de vapeur dans l\u2019air si intens\u00e9ment froid. Une grande convivialit\u00e9 s\u2019\u00e9tablit alors que tous sont comme au premier jour de leur vie, sans rien pour les prot\u00e9ger. Et puis la nature reprend ses droits : les membres se refroidissent (et tout ce qui d\u00e9passe tel le bout du nez\u2026), inutile de r\u00e9sister, il est temps de revenir au chaud dans le sauna, comme dans un ventre maternel. Quelques p\u00e9riodes altern\u00e9es, froid vif et chaleur intense, en mangeant des saucisses et buvant de la bi\u00e8re. Pratiquement comme sur une plage tropicale, c\u2019est un h\u00e9donisme nordique.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 une rare occasion d\u2019\u00eatre simplement nu dans la nature comme le sont, quasiment, un Pygm\u00e9e, un Bororo ou un Papou \u2013 comme nos anc\u00eatres les chasseurs-cueilleurs avant la grande migration vers le nord \u2013, ailleurs que dans un camp ou une plage r\u00e9serv\u00e9e aux nudistes, endroits si format\u00e9s, si peu naturels (faire ses courses \u00e0 poil dans la sup\u00e9rette d\u2019un village \u00ab naturiste \u00bb frise le ridicule&#8230;) Se baigner nu \u00e9tait pendant des mill\u00e9naires simplement normal, agr\u00e9able, un plaisir animal et noble, mais c\u2019\u00e9tait avant qu\u2019une chape de pudibonderie p\u00e9nible et plut\u00f4t absurde, n\u2019ait \u00e9t\u00e9 impos\u00e9e par ces religions aux origines patriarcale et misogyne, les trois monoth\u00e9ismes cr\u00e9\u00e9s au Proche-Orient. Et leur pudibonderie d\u00e9g\u00e9n\u00e8re trop souvent dans un puritanisme oppressif et odieux. Pomp\u00e9i et Mohenjo-Daro sont bien loin&#8230;<\/p>\n<p>La nudit\u00e9 est naturellement n\u00e9cessaire au sauna comme dans d\u2019autres activit\u00e9s plaisantes \u2013 en Gr\u00e8ce antique le sport se pratiquait nu ainsi que l\u2019\u00e9tymologie de \u00ab gymnaste \u00bb l\u2019atteste. Elle nous rappelle que nous ne devrions jamais \u00eatre r\u00e9duits \u00e0 ces objets satellis\u00e9s autour de nos corps : habits et parures, montre et bijoux, voiture, t\u00e9l\u00e9phone et smartphone, livres et disques, portefeuille, tout cet immense bric-\u00e0-brac achet\u00e9, consomm\u00e9 et accumul\u00e9 \u2013 et prochainement connect\u00e9 \u2013, dont il nous est si p\u00e9nible de nous passer \u2013 ou du moins sommes-nous fortement incit\u00e9s \u00e0 le croire. Les choses que nous croyons poss\u00e9der et qui nous poss\u00e8dent, nos \u00ab appartenances \u00bb (4). Le Capitalisme, c\u2019est aussi la marchandisation sans limites avec logiquement pour id\u00e9aux, le consum\u00e9risme et l\u2019accumulation. Georges P\u00e9rec \u00e9crivit des pages d\u00e9finitives dans son roman \u00ab Les Choses \u00bb. Un humain nu (5), c\u2019est un corps sexu\u00e9, dot\u00e9 de capacit\u00e9s inn\u00e9es et acquises, model\u00e9 par des apprentissages, renforc\u00e9 et marqu\u00e9 par la vie, avec parfois des traces volontaires sur la peau (tatouages, scarifications \u2026) ou involontaires (cicatrices, amputations) et de jour en jour inexorablement limit\u00e9 par son \u00e2ge et sa sant\u00e9 ; et ce corps, c\u2019est aussi un cerveau \u2013 l\u2019organe le plus vorace en \u00e9nergie \u2013 avec tant d\u2019autres apprentissages intimement li\u00e9s \u00e0 ceux de tout son corps, des savoirs, des exp\u00e9riences, des gestes ma\u00eetris\u00e9s, des r\u00eaves, des souvenirs, une ou plusieurs langues parl\u00e9es, des liens, des plis et des affects ; tout \u00e7a dans un peu de chair, de sang et d\u2019os qui disent notre v\u00e9rit\u00e9\u2026 nue.<\/p>\n<p>Dans le roman fondateur de la litt\u00e9rature finnoise, Alexis Kivi [1834-1872] narre l\u2019\u00e9pisode de l\u2019incendie de la ferme construite par sept fr\u00e8res (6). Le feu a commenc\u00e9 dans le sauna lors de la nuit de No\u00ebl et en y \u00e9chappant ils laissent pratiquement tout sauf leurs chemises, un cheval et quelques fusils. Alors pour survivre au froid glacial et affronter les loups, les fr\u00e8res doivent accomplir l\u2019exploit de courir presque nus, jusqu\u2019\u00e0 une ferme \u00e9loign\u00e9e, \u00e0 travers les champs enneig\u00e9s. Ils ont tout perdu et ils vont tout reconstruire car ils ont sauv\u00e9 l\u2019essentiel, leurs corps, leurs vies : \u00ab Le rude combat de la vie \u00bb conclut l\u2019auteur. Quittons ce roman et revenons au quotidien, au sauna. Cette belle invention, empirique et efficace, venue de peuples inspir\u00e9s par le chamanisme, illustre un savoir-vivre : sortir nu \u00e0 l\u2019air libre, se confronter \u00e0 un ext\u00e9rieur hostile, et cependant s\u2019y sentir, pour un instant, confortable ; comment vivre en harmonie avec un environnement exigeant, dans une nature s\u00e9v\u00e8re. Un trappeur solitaire peut certes construire son propre sauna mais \u00e0 l\u2019origine (comme il a \u00e9t\u00e9 dit) c\u2019est un plaisir partag\u00e9 dans de petites communaut\u00e9s solidaires. Il faut se rappeler que ces communaut\u00e9s humaines se devaient \u2013 et pour certaines encore dans le Grand Nord, se doivent \u2013, d\u2019\u00eatre solidaires pour \u00eatre \u00ab accept\u00e9es \u00bb par la nature dans ces terres magnifiques mais sans pardon.<\/p>\n<p>Qu\u2019en est-il pour nous, citoyens des pays d\u00e9velopp\u00e9es ? L\u2019esp\u00e8ce humaine qui est constitu\u00e9e de primates sociaux (<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/01\/15\/les-bases-biologiques-de-la-morale-ou-de-linteret-de-laltruisme-chez-les-primates-sociaux-par-roberto-boulant\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">probablement plus proches, par leur caract\u00e8re, des chimpanz\u00e9s que des bonobos<\/a>), a colonis\u00e9 la Terre gr\u00e2ce \u00e0 son esprit altruiste, son sens de l\u2019entraide et de la <a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocite&amp;id_rubrique=2\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">r\u00e9ciprocit\u00e9<\/a>. Ce pacte mill\u00e9naire et collectif, se d\u00e9fait chaque jour davantage devant nos yeux r\u00e9sign\u00e9s. Dans une ville riche comme Paris, par exemple, des hommes et des femmes vivent dans la rue ; quand l\u2019hiver est glacial certains y meurent de froid, dans le d\u00e9nuement. Comment nos tr\u00e8s lointains anc\u00eatres, tous des migrants, auraient consid\u00e9r\u00e9 cette incongruit\u00e9 : des sans-abris sous nos latitudes ! Il faut donc garantir \u00e0 chaque humain d\u00e8s sa naissance, le droit imprescriptible \u00e0 un logement gratuit \u2013 une\u00a0<a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2016\/09\/07\/la-libre-belgique-le-moment-serait-il-venu-detre-socialistes-le-7-septembre-2016\/\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">gratuit\u00e9<\/a> accompagn\u00e9e des autres, de base : se nourrir, se v\u00eatir, se connecter&#8230; Mais cette solution simple et radicale implique \u00e9videmment un grand tournant, de l\u2019ampleur de celui qui survint au N\u00e9olithique&#8230;<\/p>\n<p>L\u2019homo sapiens des soci\u00e9t\u00e9s dites \u00ab civilis\u00e9es \u00bb vit dans un curieux paradoxe : majoritairement urbain, il est absolument incapable de vivre seul, d\u00e9pendant de complexes interactions avec ses autres cong\u00e9n\u00e8res (y compris ceux vivant \u00e0 l\u2019autre bout du monde), et pourtant un individualisme forcen\u00e9 est un des ingr\u00e9dients majeurs de l\u2019id\u00e9ologie dominante et \u00ab spontan\u00e9e \u00bb. C\u2019est une illusion mortif\u00e8re. Question incidente : que sont devenus nos corps dans la nature ? Savons-nous encore vivre, sans nos encombrantes et sophistiqu\u00e9es \u2018extensions\u2019 qui de plus en plus externalisent nos capacit\u00e9s et virtualisent notre monde, vivre dans la nature, sans pr\u00e9tendre en \u00eatre les propri\u00e9taires ? La consommation \u00e9touffe nos corps ; les pollutions induites les tuent lentement. Serons-nous capables un jour d\u2019\u00e9chapper au pi\u00e8ge de la possession des choses (objets mat\u00e9riels ou virtuels), \u00e0 ce d\u00e9sir jamais inassouvi de propri\u00e9t\u00e9 ? Echapperons-nous \u00e0 ces machins trucs innombrables et aujourd\u2019hui si sophistiqu\u00e9es que l\u2019on nous impose comme horizon r\u00eav\u00e9 de notre servitude volontaire ?<br \/>\n=========================<br \/>\n(1) \u2013 le mot russe <a href=\"http:\/\/www.cnrtl.fr\/etymologie\/isba\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">isba serait li\u00e9 \u00e9tymologiquement \u00e0 \u2018\u00e9tuve\u2019<\/a> \u00e0 partir d\u2019une racine \u2018stuba\u2019 que l\u2019on retrouve aussi en bas-latin, extupa.<\/p>\n<p>(2) \u2013 Georges VIGARELLO, \u00ab <strong>Le propre et le sale ; l\u2019hygi\u00e8ne du corps depuis le Moyen-\u00e2ge<\/strong> \u00bb, Points, Le Seuil, 1985, lire pp 37-46, \u00ab Les plaisirs anciens de l\u2019eau \u00bb. \u00ab <em>Le rejet [des \u00e9tuves] est li\u00e9 \u00e0 un lent renforcement des normes sociales et urbaines. L\u2019Eglise ne fait d\u2019ailleurs que les traduire en d\u00e9signant au m\u00eame moment \u00a0\u00bb le m\u00e9tier d\u2019\u00e9tuveur inf\u00e2me, tout comme celui de bordeau \u00a0\u00bb [<\/em>tenancier de bordel<em>]. (&#8230;) Les pr\u00e9dicateurs ont multipli\u00e9, d\u00e8s le XVe si\u00e8cle, les apostrophes violentes.<\/em> \u00bb Mais ajoute G. Vigarello \u00ab <em>les facteurs ayant jou\u00e9 un r\u00f4le dans une telle disparition [des \u00e9tuves] ont donc au moins une double logique : intol\u00e9rance (&#8230;) envers un lieu per\u00e7u comme turbulent, violent et corrupteur et crainte de la fragilit\u00e9 du corps passant par un imaginaire des ouvertures et des flux dangereux<\/em> \u00bb.<\/p>\n<p>(3) \u2013 En r\u00e9alit\u00e9 le principe est le m\u00eame : pour \u00e9viter de br\u00fbler la peau \u2013 la conduction de chaleur \u00e9tant de plus en plus \u00e9lev\u00e9e en allant de l\u2019air sec \u00e0 la vapeur satur\u00e9e \u2013, il faut n\u00e9cessairement en abaisser la temp\u00e9rature maximale : 90\/100\u00b0 pour l\u2019air (avec vapeur s\u00e8che) ; 40\/50\u00b0C pour les bains turcs (\u00e0 vapeur humide).<\/p>\n<p>(4) \u2013 Paul JORION, \u00ab <strong>Le capitalisme \u00e0 l\u2019agonie<\/strong> \u00bb, [Fayard, 2011]. Dans le chapitre V, La propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e (pp 283-300), un premier sous-chapitre s\u2019intitule \u00ab <em>le pouvoir des choses sur les hommes<\/em> \u00bb dans lequel l\u2019auteur \u00e9voque \u00ab <em>une autre mani\u00e8re d\u2019envisager le rapport entre hommes et choses. (&#8230;) La subordination de la volont\u00e9 humaine \u00e0 la persistance d\u2019une chose, m\u00eame si ce sont des hommes qui ont initialement institu\u00e9 ce genre de choses pour leur propre b\u00e9n\u00e9fice, comme dans le cas d\u2019une ferme<\/em> <em>ou d\u2019un bateau de p\u00eache [ou de l\u2019\u2019estate\u2019, cf. Marx] . Que vaut la libert\u00e9 de celui qui a une grosse fortune \u00e0 g\u00e9rer ?<\/em> \u00bb. P. Jorion d\u00e9veloppe dans le deuxi\u00e8me sous-chapitre intitul\u00e9 \u00ab <em>Lucien L\u00e9vy-Bruhl : le sentiment de la pr\u00e9sence du propri\u00e9taire<\/em> \u00bb la question des \u00ab\u00a0appartenances\u00a0\u00bb \u00ab <em>La d\u00e9finition de la personne comme \u2018tout ce qui \u00e9voque le sentiment de sa pr\u00e9sence r\u00e9elle\u2019 rend tr\u00e8s bien compte de ces amalgames qui nous paraissent si \u00e9tranges dans la pens\u00e9e \u00ab\u00a0primitive\u00a0\u00bb : la personne, c\u2019est son corps, son ombre, toutes les repr\u00e9sentations qui peuvent \u00eatre faites d\u2019elle (photos, enregistrement de sa voix, etc.), les rognures de ses ongles, les m\u00e8ches de ses cheveux, ses v\u00eatements, la trace de ses pas sur le sol, voire, dans la pens\u00e9e traditionnelle chinoise, les caract\u00e8res la repr\u00e9sentant dans la langue \u00e9crite, etc. Tous ces \u00e9l\u00e9ments sont en effet susceptibles d\u2019\u00e9voquer \u00e0 autrui sa pr\u00e9sence ; L\u00e9vy-Bruhl les appelle les \u00ab appartenances \u00bb de la personne. \u00bb. (&#8230;) Mais dans [nos soci\u00e9t\u00e9s] ? les dix-huit yachts d\u2019un magnat n\u2019\u00e9voquent-ils pas chacun sa pr\u00e9sence avec la m\u00eame acuit\u00e9 ? \u00bb<\/em> (&#8230;) [et quid de D. Trump avec ses Trump towers ?]<br \/>\n\u00ab <em>Or c\u2019est peut-\u00eatre dans cette perspective-l\u00e0 qu\u2019il faut envisager la propri\u00e9t\u00e9 non pas comme un exercice de la volont\u00e9, ainsi que le con\u00e7oit Hegel, mais plut\u00f4t comme la capacit\u00e9 plus ou moins forte que nous avons les uns et les autres de nous laisser \u2018captiver\u2019 \u2013 ou capturer \u2013 par des objets qui nous entourent<\/em>. \u00bb<\/p>\n<p>(5) \u2013 Desmond MORRIS \u00e9crivit un livre c\u00e9l\u00e8bre \u00ab <strong>Le Singe nu<\/strong> \u00bb, certes controvers\u00e9, mais qui posa la question de la peau nue, caract\u00e9ristique humaine assez rarement partag\u00e9e par d\u2019autres mammif\u00e8res.<\/p>\n<p>(6) \u2013 Aleksis KIVI, \u00ab <strong>Les sept fr\u00e8res<\/strong> \u00bb, [Stock, Biblioth\u00e8que cosmopolite, 1991] \u00ab <em>Cette nuit \u00e9tait terrible pour eux. Ils couraient avec \u00e9nergie, \u00e0 toutes jambes en haletant, et le d\u00e9sespoir se lisait dans leurs yeux vides et fixes qu\u2019ils tenaient riv\u00e9s vers leur ancien foyer de Jukola<\/em> \u00bb. Ils r\u00e9ussissent et sont accueillis dans la ferme : \u00ab <em>Quand ils eurent mang\u00e9, ils s\u2019enfonc\u00e8rent dans la paille et oubli\u00e8rent bient\u00f4t, envelopp\u00e9s par le voile t\u00e9nu du sommeil, le rude combat de la vie.<\/em> \u00bb (Traduction J.-L. Perret)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Quand nos anc\u00eatres directs ont conquis la Terre \u00e0 partir de l\u2019Afrique, ils sont all\u00e9s partout et par cons\u00e9quent vers des endroits aux climats tr\u00e8s diff\u00e9rents et forc\u00e9ment plus froids. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4],"tags":[4610,5165],"class_list":["post-92100","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-sociologie","tag-finlande","tag-nudite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92100","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92100"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92100\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":92102,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92100\/revisions\/92102"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92100"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92100"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92100"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}