{"id":92103,"date":"2017-01-19T22:16:44","date_gmt":"2017-01-19T21:16:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=92103"},"modified":"2017-01-19T22:17:35","modified_gmt":"2017-01-19T21:17:35","slug":"essai-critique-sur-le-commun-vii-richard-stallman-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/01\/19\/essai-critique-sur-le-commun-vii-richard-stallman-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"Essai critique sur le \u201cCommun\u201d * (VII) Richard Stallman, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>* \u00e0 partir de l\u2019ouvrage \u00a0de Pierre Dardot et Christian Laval \u00ab\u00a0Commun. Essai sur la R\u00e9volution du XXIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Chapitre VII<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Richard Stallman<\/strong><\/p>\n<p>Je ne suis pas s\u00fbr que Richard Stallman ait \u00e9tudi\u00e9 <em>la Politique<\/em> d\u2019Aristote, <em>le Capital<\/em> de Marx, <em>la Logique<\/em> de Hegel ou les <em>Structures de la parent\u00e9<\/em> de L\u00e9vi-Strauss et moins encore le <em>Principe d\u2019antagonisme<\/em> et la <em>Logique de l\u2019\u00e9nergie<\/em> de Lupasco. <!--more-->Mais son histoire r\u00e9sume dans son exp\u00e9rience personnelle leurs r\u00e9flexions th\u00e9oriques ! Alors qu\u2019il b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une communaut\u00e9 scientifique (le laboratoire d\u2019intelligence artificielle (AI Lab) du Massachussetts Institute of Technology (MIT), Richard Stallman est confront\u00e9 de fa\u00e7on soudaine \u00e0 une situation qui le stup\u00e9fie. Comme il s\u2019\u00e9tonnait de ce que la machine \u00e0 photocopier X\u00e9rox dysfonctionnait fr\u00e9quemment (bourrage de papier !), il demande de pouvoir en modifier le <em>code source<\/em>. Le refus de son interlocuteur le laisse sans voix<a href=\"#_ftn74\" name=\"_ftnref74\">[74]<\/a> : d\u00e9ni de confiance, rupture de la <em>koin\u00f4nia <\/em>scientifique ! Il s\u2019aper\u00e7oit que sa condition de chercheur est soumise aux conditions d\u2019utilisation de ses moyens de recherche, mais aussi au pouvoir de qui les privatise (la privatisation des moyens de production d\u00e9nonc\u00e9e par Karl Marx !)<a href=\"#_ftn75\" name=\"_ftnref75\">[75]<\/a>.<\/p>\n<p>Pierre Dardot et Christian Laval situent la r\u00e9flexion personnelle de Stallman dans un cadre plus large :<\/p>\n<p>\u00ab Dans les ann\u00e9es 1940, le sociologue am\u00e9ricain Robert King Merton avait d\u00e9gag\u00e9 un certain nombre de caract\u00e9ristiques permettant de d\u00e9finir l\u2019\u201c\u00e9thos de la science\u201d, lequel conditionnait \u00e0 ses yeux l\u2019essor de la connaissance. Parmi ces composantes \u00e9thiques, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019universalisme, du d\u00e9sint\u00e9ressement, de l\u2019int\u00e9grit\u00e9 morale et du scepticisme organis\u00e9, Merton distinguait le \u201ccommunisme\u201d, terme \u00e9trange sous la plume d\u2019un sociologue peu enclin \u00e0 la moindre sympathie pour le r\u00e9gime de ce nom. Ce qu\u2019il d\u00e9signait alors par ce terme renvoyait \u00e0 l\u2019id\u00e9e selon laquelle la science suppose une organisation des relations entre scientifiques qui fasse de la connaissance un v\u00e9ritable patrimoine commun mondial, enrichi par tous les scientifiques au fur et \u00e0 mesure de l\u2019avance de leurs travaux, et dans lequel ils peuvent puiser pour poursuivre leurs recherches. Le \u201ccommunisme\u201d, pour le dire autrement, \u00e9tait pour Merton un aspect essentiel de la science ouverte, qui ne pouvait se d\u00e9velopper d\u2019apr\u00e8s lui que si les chercheurs restaient autonomes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des pouvoirs \u00e9conomiques et politiques et pouvaient se contenter des r\u00e9mun\u00e9rations symboliques et des avancements de carri\u00e8re ordinaires. C\u2019est dire que la science \u00e9tait incompatible avec les normes du capitalisme, comme il le soulignait lui-m\u00eame de la fa\u00e7on la plus explicite \u00bb<a href=\"#_ftn76\" name=\"_ftnref76\">[76]<\/a>.<\/p>\n<p>S\u2019en remettant \u00e0 la doctrine de la science ouverte et \u00e0 l\u2019\u00e9thique hacker du partage de l\u2019innovation, Richard Stallman d\u00e9cide d\u2019autoriser les utilisateurs de son <em>code source<\/em> \u00e0 le modifier et \u00e0 le redistribuer, \u00ab <em>\u00e0 la condition de reverser en retour \u00e0 la communaut\u00e9 les extensions qu\u2019ils \u00e9crivaient. Stallman disait de ceux qui adoptaient ce syst\u00e8me qu\u2019ils \u201crejoignaient la commune Emacs\u201d<\/em> \u00bb <a href=\"#_ftn77\" name=\"_ftnref77\">[77]<\/a>.<\/p>\n<p>On opposera \u00e0 l\u2019initiative de Richard Stallman la r\u00e9ponse de Bill Gates : \u00ab <em>Qui peut se permettre d\u2019effectuer un travail professionnel pour rien ? Quel amateur peut-il investir trois ann\u00e9es de sa vie \u00e0 d\u00e9velopper, trouver tous les bogues et documenter son produit, pour ensuite le distribuer gratuitement ?<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn78\" name=\"_ftnref78\">[78]<\/a>.<\/p>\n<p>Bill Gates joue sur la confusion de <em>gratuit\u00e9<\/em> et de <em>libert\u00e9<\/em>. Richard Stallman pr\u00e9cise donc que \u201clogiciel libre\u201d ne veut pas dire \u201cgratuit\u201d. Il contient simplement l\u2019obligation de ne pas privatiser sa propri\u00e9t\u00e9<a href=\"#_ftn79\" name=\"_ftnref79\">[79]<\/a>. Pour pr\u00e9ciser ce point, il propose de d\u00e9finir la propri\u00e9t\u00e9 de type capitaliste de fa\u00e7on plus pr\u00e9cise : dans la mesure ou la <em>privatisation<\/em> est <em>expropriation<\/em> de la propri\u00e9t\u00e9 commune, il l\u2019appellera d\u00e9sormais <em>propri\u00e9t\u00e9 privatrice<\/em><a href=\"#_ftn80\" name=\"_ftnref80\">[80]<\/a>.<\/p>\n<p>On peut dire que l\u2019id\u00e9e de Richard Stallman r\u00e9pond \u00e0 celle exprim\u00e9e par Bill Gates, ou du moins \u00e0 la question : les programmateurs ne m\u00e9ritent-ils pas une r\u00e9compense pour leur cr\u00e9ativit\u00e9 ? :<\/p>\n<p>\u00ab Si quelque chose m\u00e9rite une r\u00e9compense, c\u2019est bien la contribution \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. La cr\u00e9ativit\u00e9 peut \u00eatre un apport \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 mais uniquement dans le cas o\u00f9 cette derni\u00e8re est libre d\u2019en utiliser le produit ! Si des programmateurs m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre r\u00e9compens\u00e9s pour la cr\u00e9ation de programmes novateurs, ils m\u00e9ritent tout autant d\u2019\u00eatre punis s\u2019ils en limitent l\u2019utilisation \u00bb<a href=\"#_ftn81\" name=\"_ftnref81\">[81]<\/a>.<\/p>\n<p>Les hackers sont des \u201cg\u00e9nies solitaires mus par le culte de la libert\u00e9\u201d individuelle ! Aussi, les voici confront\u00e9s \u00e0 une difficult\u00e9 majeure : le r\u00e9seau organis\u00e9 de leurs libert\u00e9s respectives est d\u2019une efficacit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 la libert\u00e9 de chacun. De ce fait, ils doivent s\u2019int\u00e9grer \u00e0 une \u00e9quipe, et c\u2019est bien ce que leur propose la strat\u00e9gie lib\u00e9rale : le management capitaliste offre \u00e0 chacun la plateforme qui lui est n\u00e9cessaire, moyennant que ses d\u00e9couvertes soient privatis\u00e9es d\u2019une certaine fa\u00e7on, par exemple par la limite dans le temps de la gratuit\u00e9 accord\u00e9e. Le moyen terme de cette int\u00e9gration, c\u2019est\u2026 le <em>commun <\/em>!<\/p>\n<p>Nombre de hackers choisissent de rallier le pouvoir qui dispose de ces plateformes. Ainsi, Richard Stallman \u00ab <em>se retrouvait face \u00e0 ce qu\u2019il ne pouvait qu\u2019appeler un \u201cchoix moral corn\u00e9lien\u201d : soit il ravalait ses objections contre les logiciels \u201cpropri\u00e9taires\u201d \u2013 terme alors employ\u00e9 par Stallman et ses pairs pour qualifier les programmes dont les termes de copyright ou de licence en restreignent la copie ou la modification \u2013 soit il consacrait son existence \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019un autre syst\u00e8me libre de logiciels<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn82\" name=\"_ftnref82\">[82]<\/a>.<\/p>\n<p>Le \u201cchoix corn\u00e9lien\u201d c\u2019est l\u2019interface de la r\u00e9ciprocit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et du libre-\u00e9change.<\/p>\n<p>En 1985, Richard Stallman choisit : il d\u00e9missionne du MIT et fonde la FSF (Free Software Foundation). Il publie le manifeste GNU (GNU Emacs) qui se donne pour objectif : un nouveau r\u00e9gime de protection juridique d\u00e9finissant une propri\u00e9t\u00e9 commune \u201couverte\u201d, c\u2019est-\u00e0-dire fond\u00e9e sur l\u2019ouverture du code source.<\/p>\n<p>Cette question m\u00e9rite attention. Le logiciel est un outil qui d\u00e9multiplie ind\u00e9finiment la puissance de penser, et sa propri\u00e9t\u00e9 devient capitale autant pour ceux qui veulent s\u2019emparer de la libert\u00e9 comme pouvoir de domination, que pour ceux qui veulent la d\u00e9livrer de tout pouvoir de domination.<\/p>\n<p>\u00ab Stallman surnomma la technique juridique de la licence GNU Emacs, appel\u00e9e \u00e0 devenir GNU GPL \u201ccopyleft\u201d, en la repr\u00e9sentant avec humour par un \u201cC\u201d renvers\u00e9 dans un cercle. Au cours du temps, ce terme de copyleft fut consacr\u00e9 par la FSF comme qualifiant toute licence \u201crendant un programme libre et requ\u00e9rant que toute version modifi\u00e9e ou \u00e9tendue de ce programme soit de m\u00eame un logiciel libre\u201d \u00bb<a href=\"#_ftn83\" name=\"_ftnref83\">[83]<\/a>.<\/p>\n<p>L\u2019interface entre le syst\u00e8me capitaliste et la communaut\u00e9 scientifique est d\u00e8s lors mat\u00e9rialis\u00e9e de fa\u00e7on territoriale et juridique.<\/p>\n<p>\u00ab En 1981, dans une premi\u00e8re note du projet, il d\u00e9crivait ainsi les termes du contrat : \u201cEmacs, \u00e9crit- il, a \u00e9t\u00e9 distribu\u00e9 sur la base du partage communautaire, ce qui signifie que toute am\u00e9lioration doit m\u2019\u00eatre retourn\u00e9e afin d\u2019\u00eatre incorpor\u00e9e et redistribu\u00e9e \u00bb<a href=\"#_ftn84\" name=\"_ftnref84\">[84]<\/a>.<\/p>\n<p>Autrement dit, la r\u00e9ciprocit\u00e9 collective de la communaut\u00e9 scientifique originaire s\u2019\u00e9tait transform\u00e9e en r\u00e9ciprocit\u00e9 centralis\u00e9e sur le mode du <em>pater familias<\/em> antique ou du juge du <em>Tribunal de las aguas de Valencia<\/em>\u2026 qui donnait \u00e0 Richard Stallman un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant de garant de la libert\u00e9 commune. Il r\u00e9agit alors contre cette personnalisation de l\u2019autorit\u00e9 dans le pouvoir d\u2019un seul.<\/p>\n<p>\u00ab En fa\u00e7onnant la licence GNU Emacs, Stallman initia un changement majeur dans les principes informels qui avaient donn\u00e9 corps \u00e0 la Commune Emacs. L\u00e0 o\u00f9 il avait autrefois exig\u00e9 que les membres lui envoient toutes les modifications qu\u2019ils \u00e9crivaient, il demandait cette fois qu\u2019ils transmettent le code source et la libert\u00e9 de modification d\u00e8s qu\u2019ils choisissaient de redistribuer le programme \u00bb<a href=\"#_ftn85\" name=\"_ftnref85\">[85]<\/a>.<\/p>\n<p>La r\u00e9ciprocit\u00e9 centralis\u00e9e devient donc ternaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Ce qu\u2019engendre n\u00e9cessairement cette modification est que le sentiment de responsabilit\u00e9 n\u2019appartient plus seulement au seul centre d\u2019une structure ternaire centralis\u00e9e, mais \u00e0 tout un chacun.<\/p>\n<p>\u00ab C\u2019\u00e9tait un tort que d\u2019exiger des gens la publication de toutes leurs modifications, dit-il, et c\u2019\u00e9tait un tort que d\u2019exiger qu\u2019ils en r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 un seul d\u00e9veloppeur privil\u00e9gi\u00e9. Ce type de centralisation et de privil\u00e8ge n\u2019est pas compatible avec une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle tous sont \u00e9gaux en droit \u00bb<a href=\"#_ftn86\" name=\"_ftnref86\">[86]<\/a>.<\/p>\n<p>Richard Stallman fait appara\u00eetre les limites des structures de r\u00e9ciprocit\u00e9 les unes par rapport aux autres. Dans la communaut\u00e9 Emacs initiale, c\u2019est la confiance qui est engendr\u00e9e. O\u00f9 la r\u00e9ciprocit\u00e9 ternaire s\u2019impose, l\u2019amiti\u00e9 c\u00e8de devant la responsabilit\u00e9<a href=\"#_ftn87\" name=\"_ftnref87\">[87]<\/a>. Lorsque la soci\u00e9t\u00e9 devient plus complexe, la n\u00e9cessit\u00e9 de l\u2019organisation fait \u00e9merger un centre permanent : le r\u00e9gisseur. En passant de la r\u00e9ciprocit\u00e9 centralis\u00e9e \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 ternaire g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, Richard Stallman fait en sorte que le sentiment de responsabilit\u00e9 soit l\u2019apanage de tous, et fait appara\u00eetre une puissance nouvelle \u00e0 laquelle il tient par-dessus tout : <em>l\u2019individuation de la libert\u00e9 commune<\/em>. Il d\u00e9nonce en effet que la centralisation induise qu\u2019un seul devienne l\u2019interm\u00e9diaire entre tous. Il \u201cd\u00e9mocratise\u201d la dignit\u00e9 qui \u00e9tait la sienne d\u2019\u00eatre le pivot sur lequel reposait l\u2019\u00e9thique de la communaut\u00e9. Il tournera lui-m\u00eame en d\u00e9rision la tentation de s\u2019\u00e9riger en grand pr\u00eatre de la structure centralis\u00e9e (le dogme de l\u2019infaillibilit\u00e9 pontificale de la grande h\u00e9r\u00e9sie chr\u00e9tienne) dans un sketch fameux (le sketch de <em>Saint Ignucius<\/em>).<\/p>\n<p>Il s\u2019agit donc \u00e0 pr\u00e9sent de cr\u00e9er une licence GNU qui puisse \u00eatre g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e \u00e0 tous les logiciels GPL = <em>General Public Licence<\/em> et qui puisse faire r\u00e9f\u00e9rence dans le droit public (1989 anniversaire symptomatique !). Son pr\u00e9ambule \u00e9nonce :<\/p>\n<p>\u00ab La licence publique g\u00e9n\u00e9rale est faite pour s\u2019assurer que vous ayez la libert\u00e9 d\u2019offrir ou de vendre des copies de logiciels libres, que vous en receviez le code source ou puissiez y acc\u00e9der si vous le souhaitez, que vous puissiez le modifier ou en r\u00e9utiliser des parties dans de nouveaux logiciels libres et que vous sachiez que vous avez le droit de faire tout cela. Pour prot\u00e9ger vos droits, nous devons imposer des restrictions interdisant \u00e0 quiconque de vous disputer ces droits, ou de vous demander d\u2019y renoncer \u00bb<a href=\"#_ftn88\" name=\"_ftnref88\">[88]<\/a>.<\/p>\n<p>Le <em>logiciel libre<\/em> est accompagn\u00e9 de <em>restrictions <\/em>! Ces restrictions relativisent les libert\u00e9s priv\u00e9es pour construire une libert\u00e9 sup\u00e9rieure : la libert\u00e9 de tous, la propri\u00e9t\u00e9 <em>universelle<\/em>. D\u2019apr\u00e8s le contrat du <em>copyleft<\/em>, l\u2019\u00e9change n\u2019a plus la possibilit\u00e9 de s\u2019affranchir de la r\u00e9ciprocit\u00e9 pour s\u2019encha\u00eener \u00e0 la privatisation des ressources. La r\u00e9ciprocit\u00e9 est ici premi\u00e8re. L\u2019\u00e9change peut toutefois la d\u00e9multiplier d\u00e8s lors qu\u2019il n\u2019introduit pas de privatisation dans le continuum de la r\u00e9ciprocit\u00e9, comme le ferait un puits sans fond sur le cours d\u2019une rivi\u00e8re.<\/p>\n<p>Et le <em>copyleft<\/em>, r\u00e9sument Pierre Dardot et Christian Laval, \u00ab <em>n\u2019est pas une n\u00e9gation de la propri\u00e9t\u00e9. C\u2019est un usage paradoxal du droit du cr\u00e9ateur sur sa cr\u00e9ation, libre d\u2019en user \u00e0 sa guise jusqu\u2019\u00e0 d\u00e9cider de son mode de distribution, afin de s\u00e9curiser l\u2019enrichissement continu du commun<\/em> \u00bb<a href=\"#_ftn89\" name=\"_ftnref89\">[89]<\/a>.<\/p>\n<p>Paradoxal sans doute pour la doxa lib\u00e9rale pour laquelle il serait logique que le cr\u00e9ateur ait le droit de garder pour lui le b\u00e9n\u00e9fice de sa cr\u00e9ation y compris en expropriant autrui de son usage. Soulignons que Pierre Dardot et Christian Laval ne nient pas ici la propri\u00e9t\u00e9. Elle est bel et bien indispensable pour d\u00e9finir la responsabilit\u00e9 du chercheur ! Nous retrouvons la th\u00e8se d\u2019Aristote !<\/p>\n<p>===========================================<br \/>\n<a href=\"#_ftnref74\" name=\"_ftn74\">[74]<\/a> X\u00e9ros prot\u00e9geait l\u2019utilisation de son code source vis-\u00e0-vis des chercheurs qui se proposaient de l\u2019am\u00e9liorer d\u2019une clause de confidentialit\u00e9. <em>Cf.<\/em> Sam Williams, Richard Stallman &amp; Christophe Masutti, <em><a href=\"https:\/\/framabook.org\/docs\/stallman\/framabook6_stallman_v1_gnu-fdl.pdf\">Richard Stallman et la r\u00e9volution du logiciel libre. Une biographie autoris\u00e9e<\/a><\/em><em> . <\/em>\u00c9ditions Eyrolles. Version publi\u00e9e sous la GNU Free Documentation Licence, p. 11.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref75\" name=\"_ftn75\">[75]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 11-12.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref76\" name=\"_ftn76\">[76]<\/a> Pierre Dardot et Christian Laval, <em>Commun,<\/em> <em>op. cit. <\/em>p. 166.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref77\" name=\"_ftn77\">[77]<\/a> Sam Williams, Richard Stallman &amp; Christophe Masutti, <em><a href=\"https:\/\/framabook.org\/docs\/stallman\/framabook6_stallman_v1_gnu-fdl.pdf\">Richard Stallman et la r\u00e9volution du logiciel libre. Une biographie autoris\u00e9e<\/a><\/em><em>, op. cit<\/em>., p. 119.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref78\" name=\"_ftn78\">[78]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 142. (Bill Gates, 1976, une copie de cette lettre <em>An open letter to hobbyists<\/em> figure sur Wikipedia (en anglais) : <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Open_Letter_to_Hobbyists\">http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Open_Letter_to_Hobbyists<\/a>).<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref79\" name=\"_ftn79\">[79]<\/a> \u00ab <em>Quand nous parlons de logiciel libre, nous nous r\u00e9f\u00e9rons \u00e0 la libert\u00e9, pas \u00e0 la gratuit\u00e9 \u00bb, pr\u00e9vient Stallman dans le pr\u00e9ambule de la GPL. Logique qu\u2019il r\u00e9sumait, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980, par un simple moyen mn\u00e9motechnique pour r\u00e9soudre l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 du mot anglais free : \u201cDon\u2019t think free as in free beer ; think free as in free speech\u201d : <\/em><em>Pensez \u00e0 \u2018libre\u2019 comme dans \u2018libert\u00e9 d\u2019expression\u2019, pas comme dans \u2018bi\u00e8re gratuite\u2019 <\/em>\u00bb. l\u2019ambigu\u00eft\u00e9 n\u2019existe pas en fran\u00e7ais. <em>Ibid.<\/em>, p. 187.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref80\" name=\"_ftn80\">[80]<\/a> <em>\u00ab (\u2026) dans ses discours en fran\u00e7ais, Richard Stallman pr\u00e9f\u00e8re qualifier ces logiciels de \u201cprivateurs\u201d pour en souligner les effets nocifs. Notons que ce terme n\u2019est pas un n\u00e9ologisme. D\u2019apr\u00e8s le Tr\u00e9sor de la langue fran\u00e7aise \u201cPrivateur, -trice, adj., rare. Qui prive\u201d. Plusieurs raisons justifient le choix de ce qualificatif. D\u2019abord l\u2019expression \u201clogiciel propri\u00e9taire\u201d laisse croire \u00e0 tort qu\u2019il faudrait renoncer \u00e0 ses droits d\u2019auteurs (assimil\u00e9s aux droits de propri\u00e9t\u00e9) pour cr\u00e9er un logiciel libre. Or, comme il en sera notamment question au chapitre 9, la GNU General Public Licence cr\u00e9\u00e9e par Richard Stallman emprunte \u00e0 la logique du droit d\u2019auteur en stipulant les conditions d\u2019exercice de ce droit sous la forme de quatre libert\u00e9s accord\u00e9es \u00e0 l\u2019utilisateur du logiciel : utiliser le programme, en \u00e9tudier le code source, le modifier et distribuer des copies de la version originale ou modifi\u00e9e. Enfin, l\u2019adjectif \u201cprivateur\u201d exprime bien la privation de libert\u00e9 \u2013 celle induite par le fait de ne pas rendre libre un programme. Quant \u00e0 l\u2019adjectif \u201cprivatif\u201d, il accentuerait encore la confusion \u00e9voqu\u00e9e plus haut \u00bb Ibid<\/em>., p. 13-14.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref81\" name=\"_ftn81\">[81]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 150.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref82\" name=\"_ftn82\">[82]<\/a> <em>Ibid<\/em>., p. 143.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref83\" name=\"_ftn83\">[83]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 183.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref84\" name=\"_ftn84\">[84]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 119.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref85\" name=\"_ftn85\">[85]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 177.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref86\" name=\"_ftn86\">[86]<\/a> <em>Ibid.,<\/em> p. 178.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref87\" name=\"_ftn87\">[87]<\/a> Robert Jaulin a identifi\u00e9 ce passage dans son \u00e9tude de la communaut\u00e9 des Sara du Tchad : dans ces communaut\u00e9s, le plus comp\u00e9tent est d\u00e9sign\u00e9 pour diriger les travaux collectifs, par exemple la conduite du b\u00e9tail, et son autorit\u00e9 cesse de pr\u00e9valoir quand la communaut\u00e9 change d\u2019activit\u00e9. Il appelle cette forme de centralisation \u00e9pisodique de la r\u00e9ciprocit\u00e9 collective \u201cnomade\u201d. <em>Cf.<\/em> Robert Jaulin, <em>La Mort Sara<\/em>. Paris 10\/18, 1971, 1967. Lire aussi de Dominique Temple, \u201c<a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocite_2&amp;id_article=60\">La parole d\u2019union et le principe moniste<\/a>\u201d, chap. 3 de \u201c<a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocite&amp;id_rubrique=65\">Les deux Paroles<\/a>\u201d, publi\u00e9 en espagnol dans <em>Teor\u00eda de la Reciprocidad<\/em>, \u00e9d. Padep-gtz, La Paz, 2003.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref88\" name=\"_ftn88\">[88]<\/a> Sam Williams, Richard Stallman &amp; Christophe Masutti, <em>Richard Stallman et la r\u00e9volution du logiciel libre, op. cit.<\/em>, p. 180.<\/p>\n<p><a href=\"#_ftnref89\" name=\"_ftn89\">[89]<\/a> Pierre Dardot et Christian Laval, <em>op. cit.<\/em> p. 168.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>* \u00e0 partir de l\u2019ouvrage \u00a0de Pierre Dardot et Christian Laval \u00ab\u00a0Commun. Essai sur la R\u00e9volution du XXIe si\u00e8cle\u00a0\u00bb<\/p>\n<h4 style=\"text-align: center;\">Chapitre VII<\/h4>\n<p style=\"text-align: center;\"><strong>Richard Stallman<\/strong><\/p>\n<p>Je ne suis pas s\u00fbr que Richard Stallman ait \u00e9tudi\u00e9 <em>la Politique<\/em> d\u2019Aristote, <em>le Capital<\/em> de Marx, <em>la Logique<\/em> de Hegel ou les <em>Structures de la [&hellip;]<\/em><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[276,3621,4],"tags":[4834,5167,5003,634,5166],"class_list":["post-92103","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-droit","category-science-politique-2","category-sociologie","tag-christian-laval","tag-logiciel-libre","tag-pierre-dardot","tag-propriete-privee","tag-richard-stallman"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92103","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92103"}],"version-history":[{"count":5,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92103\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":92137,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92103\/revisions\/92137"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}