{"id":92449,"date":"2017-01-30T17:16:04","date_gmt":"2017-01-30T16:16:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=92449"},"modified":"2017-01-31T23:41:19","modified_gmt":"2017-01-31T22:41:19","slug":"chine-de-yanan-a-davos-un-chemin-sinueux-par-dd-dh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/01\/30\/chine-de-yanan-a-davos-un-chemin-sinueux-par-dd-dh\/","title":{"rendered":"CHINE &#8211; De Yan\u2019an \u00e0 Davos : un chemin sinueux ! par DD &#038; DH"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Sommes-nous vraiment naturellement \u00e9quip\u00e9s pour comprendre la Chine et entrer dans ses vues et les buts qu&rsquo;elle poursuit ? Nous confirmons qu&rsquo;il semble bien que non : il suffit d&rsquo;\u00e9couter l&rsquo;\u00e9norme majorit\u00e9 des gens des m\u00e9dias qui se font forts en toute circonstance de nous expliquer le monde. <!--more-->L&rsquo;actualit\u00e9 leur a donn\u00e9 des ailes et, avant que la \u00ab\u00a0Primaire de gauche\u00a0\u00bb ne leur donne du grain bien de chez nous \u00e0 moudre, le mot \u00ab\u00a0Chine\u00a0\u00bb a dans\u00e9 sur les ondes ces derniers jours \u00e0 une fr\u00e9quence peu habituelle. Le t\u00e9lescopage des deux \u00e9v\u00e9nements d\u00e9routants concomitants que furent\u00a0 l&rsquo;investiture de D. Trump et la pr\u00e9sence de Xi Jinping \u00e0 Davos a litt\u00e9ralement fait disjoncter le compteur du bon sens ! On a entendu des phrases \u00e9bouriffantes du type : \u00ab\u00a0<i>Vous imaginez Mao \u00e0 Davos ? C&rsquo;est ce qui est en train de se produire !<\/i>\u00a0\u00bb (Europe 1\/ samedi 21\/01). Sic !<\/p>\n<p>Combien de fois faudra-t-il r\u00e9p\u00e9ter que la pr\u00e9sence inchang\u00e9e du mot \u00ab\u00a0communiste\u00a0\u00bb sur la carte d&rsquo;identit\u00e9 du Parti depuis 1949, si elle peut, \u00e9ventuellement, affirmer quelque chose de bien r\u00e9el quant au but poursuivi, n&rsquo;a qu&rsquo;une pertinence tr\u00e8s relative quant au chemin qui doit y mener ? Non ! Nous n&rsquo;imaginons pas Mao \u00e0 Davos ! En revanche nous imaginons fort bien un bonnet d&rsquo;\u00e2ne sur la t\u00eate d&rsquo;un certain nombre des journalistes les plus p\u00e9remptoires !<\/p>\n<p>Nouvelle petite le\u00e7on de \u00ab\u00a0Pens\u00e9e chinoise pour les Nuls\u00a0\u00bb en vue d&rsquo;un examen de rattrapage (ind\u00e9crottablement confuc\u00e9ens en la mati\u00e8re, nous croyons \u00e0 l&rsquo;infini des capacit\u00e9s humaines sur le chemin du progr\u00e8s en mati\u00e8re d&rsquo;\u00e9ducation !) : en pr\u00e9alable<\/p>\n<p>1) Relire d&rsquo;abord le tr\u00e8s limpide et \u00e9clairant <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/01\/22\/compte-rendu-de-claude-larre-mao-et-la-vieille-chine-paris-epi-1972\/\" target=\"_blank\">compte-rendu de \u00ab\u00a0Mao et la vieille Chine\u00a0\u00bb<\/a> de Claude Larre offert ici m\u00eame, dans ce blog, par Paul Jorion.<\/p>\n<p>2) Oublier tous nos mots en &#8211;isme qui ne fonctionnent que comme autant de bo\u00eetes en fer blanc o\u00f9 nous emprisonnons la r\u00e9alit\u00e9 et que nous n&rsquo;arrivons plus \u00e0 ouvrir pour la lib\u00e9rer parce qu&rsquo;elles ont rouill\u00e9 sans que nous nous en apercevions.<\/p>\n<p>3) Se dire, m\u00eame si c&rsquo;est contrariant (et c&rsquo;est contrariant !), que, les \u00ab\u00a0plis\u00a0\u00bb, terme que nous empruntons \u00e0 F. Jullien, o\u00f9 s&rsquo;est coul\u00e9e la pens\u00e9e chinoise s&rsquo;\u00e9cartant assez radicalement des n\u00f4tres, nous devons accepter sans trop d&rsquo;ethnocentrisme d&rsquo;envisager ces \u00ab\u00a0plis\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;\u00e9gal des n\u00f4tres comme des variantes de la richesse de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<p>4) Garder en m\u00e9moire l&rsquo;aphorisme de base des Chinois : \u00ab\u00a0<i>Il n&rsquo;y a qu&rsquo;une chose qui ne change pas : c&rsquo;est le changement !\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Ce changement contin\u00fbment \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, les Chinois en ont eu conscience d\u00e8s le d\u00e9but de leur histoire : d\u00e9pendant \u00e9troitement de la terre pour leur subsistance, ces agriculteurs m\u00e9ticuleux ont patiemment observ\u00e9 les cr\u00e9atures de leur environnement. Les ont particuli\u00e8rement frapp\u00e9s, parce qu&rsquo;elles n&rsquo;\u00e9taient pas de l&rsquo;ordre de la simple croissance qu&rsquo;on pouvait constater sur les v\u00e9g\u00e9taux et chez les mammif\u00e8res, les mutations \u00e9tonnantes par lesquelles passent des insectes communs comme la mouche, la cigale ou le papillon. Ayant \u00e9lev\u00e9 tr\u00e8s t\u00f4t (d\u00e8s environ 2500 ans avant notre \u00e8re) le bombyx du m\u00fbrier pour fabriquer la soie, il leur a fallu ma\u00eetriser les \u00e9tapes de ses m\u00e9tamorphoses et convenir de la richesse des cadeaux (plusieurs centaines de m\u00e8tres par cocon d&rsquo;un fil merveilleux par sa r\u00e9sistance et sa brillance) que la nature offrait <i>sponte sua<\/i>.<\/p>\n<p>C&rsquo;est \u00e0 ce genre de consid\u00e9rations que la Chine doit la simplicit\u00e9 originelle et d\u00e9finitive de son syst\u00e8me de pens\u00e9e : la nature est immuable en son fonds (c&rsquo;est l&rsquo;\u00e9change ciel\/terre permanent qui garantit cette stabilit\u00e9) et elle est spontan\u00e9ment g\u00e9n\u00e9reuse, mais cette permanence fonci\u00e8re et cette g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 ne sont assur\u00e9es que parce qu&rsquo;elles disposent d&rsquo;un syst\u00e8me de r\u00e9gulation interne : les ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;alternance (jour\/nuit, phases de la lune, saisons, soleil\/pluie &#8230;) qu&rsquo;on r\u00e9sumera par l&rsquo;activit\u00e9 du Yin\/Yang et des Cinq Agents (<i>wu xing<\/i>). La divination sur os de moutons et plastrons de tortues, puis la compilation normative de ses r\u00e9sultats sous la forme des 64 hexagrammes du Yi Jing fourniront le mode d&#8217;emploi optimal de ces mutations \u00e0 l&rsquo;usage des humains. Rien en surplomb de ces \u00e9changes ininterrompus : avant le \u00ab\u00a0<i>you<\/i>\u00a0\u00bb (le \u00ab\u00a0il y a\u00a0\u00bb) que chacun constate, peut-\u00eatre trouverait-on\u00a0 un \u00ab\u00a0<i>wu<\/i>\u00a0\u00bb (un \u00ab\u00a0il n&rsquo;y a pas\u00a0\u00bb) mais, comme on ne saurait supputer quoi que soit \u00e0 son sujet, toute parole le concernant serait vaine. Appelons \u00ab\u00a0<i>tao<\/i>\u00a0\u00bb ce qui fait fonctionner le tout et garantit l&rsquo;infinie duplication d&rsquo;un seul et m\u00eame mod\u00e8le ainsi que l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;ensemble \u00e0 tous les niveaux (macro et micro, anim\u00e9 et inanim\u00e9, visible et invisible&#8230;). Pour que le \u00ab\u00a0<i>tao<\/i>\u00a0\u00bb donne son plein rendement et que rien ne vienne entraver son cours (origine unique de tous les d\u00e9sordres), les hommes ont toutefois un r\u00f4le modeste mais important : ils sont tenus de maintenir l&rsquo;harmonie dans les domaines qui sont de leur ressort (soci\u00e9t\u00e9, gouvernement, \u00e9conomie, environnement&#8230;). Il va de soi que, dans le proc\u00e8s sans d\u00e9but ni fin qui r\u00e9sume ce qu&rsquo;on peut dire du monde, les transformations ne s&rsquo;annoncent pas par des roulements de tambour et que les plus importantes sont g\u00e9n\u00e9ralement les plus silencieuses&#8230;<\/p>\n<p>Voil\u00e0, tout est dit !<\/p>\n<p>Nourris de ce digest de pens\u00e9e chinoise, revenons \u00e0 notre propos, c&rsquo;est \u00e0 dire \u00e0 l&rsquo;histoire de la Chine depuis l&rsquo;av\u00e8nement de\u00a0 la RPC. On voit bien qu&rsquo;elle a travers\u00e9 plusieurs p\u00e9riodes et que l&rsquo;\u00e9quivalence que certains (journalistes encore) \u00e9tablissent \u00e0 l&#8217;emporte-pi\u00e8ce entre Mao et Xi Jinping est du m\u00eame ordre (pardon pour le blasph\u00e8me !) que celle qu&rsquo;on peut \u00e9tablir entre l&rsquo;asticot et la drosophile. Il y a bien un continuum \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, mais d&rsquo;importantes mutations n&rsquo;ont cess\u00e9 d&rsquo;intervenir dans le processus. Depuis le d\u00e9but en 1949, l&rsquo;action entreprise est celle d&rsquo;une construction qui se m\u00e8ne pas \u00e0 pas (toujours ces pierres qu&rsquo;on t\u00e2te une \u00e0 une du bout du pied pour traverser \u00e0 gu\u00e9) et qui rencontre un certain nombre d&rsquo;obstacles : erreurs d&rsquo;appr\u00e9ciation, chausse-trappes, contradictions, conflits ouverts&#8230; Malgr\u00e9 des changements d&rsquo;itin\u00e9raire et des impasses, le but est rest\u00e9 le m\u00eame et il est fort peu diff\u00e9rent de celui que refl\u00e9ta pendant deux mill\u00e9naires la vision qu&rsquo;en avaient les mouvements mill\u00e9naristes : l&rsquo;instauration de la \u00ab\u00a0Grande Paix\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<i>tai<\/i> <i>ping<\/i>\u00ab\u00a0) via la Grande Harmonie sous le ciel. Soit en termes plus modernes, l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;une Chine ind\u00e9pendante, forte, non rel\u00e9gable au rang des pays de seconde zone, s\u00fbre d&rsquo;elle dans le concert des nations, dot\u00e9e d&rsquo;un mod\u00e8le social \u00e9thique et \u00e9quitable, d&rsquo;un niveau de vie \u00e9lev\u00e9 et d&rsquo;une population tr\u00e8s \u00e9duqu\u00e9e, capable de jouer la m\u00eame partition (conqu\u00eate spatiale et technologies de pointe comprises) que le reste du monde et (c&rsquo;est nous qui l&rsquo;ajoutons) si possible de la jouer mieux que le reste du monde ! Il est logique et m\u00eame souhaitable, dans l&rsquo;optique chinoise, qu&rsquo;au service de ce but, se maintienne au timon une continuit\u00e9 forte : c&rsquo;est depuis 1949 le Parti Communiste qui l&rsquo;assure. Comme les anciennes dynasties, il ne sera d\u00e9sinvesti de son r\u00f4le que s&rsquo;il devient manifeste qu&rsquo;il s&rsquo;av\u00e8re incapable de maintenir son cap ! Ce but invariant dont nous parlons peut, bien s\u00fbr, et m\u00eame doit, s&rsquo;envisager \u00e0 partir de chemins d&rsquo;acc\u00e8s diff\u00e9rents selon les p\u00e9riodes : c&rsquo;est le b.a.ba du principe d&rsquo;adaptation permanente aux fluctuations d&rsquo;incessantes mutations. Mao avait pr\u00e9venu : <i>\u00ab\u00a0L&rsquo;avenir est radieux, mais la route est sinueuse.\u00a0\u00bb<\/i><\/p>\n<p>Prenant en main une Chine exsangue, d\u00e9vast\u00e9e, d\u00e9chir\u00e9e, o\u00f9 absolument tout est \u00e0 faire, Mao choisit le socialisme comme levier pour, d&rsquo;abord, la relever. Les Chinois ignorent Marx, mais une organisation \u00e9galitaire et communautaire de la soci\u00e9t\u00e9 fait partie de l&rsquo;ADN des r\u00eaves messianiques de toujours ! Les premiers pas vers le but \u00e0 atteindre seront l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 hommes\/femmes, le bol de riz pour tous, un vaste programme d&rsquo;\u00e9ducation-hygi\u00e8ne-sant\u00e9 jusqu&rsquo;au fond des campagnes et l&rsquo;exaltation d&rsquo;une mobilisation g\u00e9n\u00e9rale en vue d&rsquo;un futur meilleur et d&rsquo;une revanche sur les \u00ab\u00a0diables \u00e9trangers\u00a0\u00bb qui ont cru pouvoir humilier la Chine en la d\u00e9coupant comme un g\u00e2teau. Le choix du socialisme en ces temps de guerre froide range la Chine dans le camp de l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest refuse d&rsquo;ent\u00e9riner son existence. Totalement isol\u00e9 apr\u00e8s la rupture avec l&rsquo;URSS (1961), Mao pratique la fuite en avant et force le pas : il a oubli\u00e9 comment finit la fable de celui qui avait tir\u00e9 sur les jeunes pousses de son champ pour r\u00e9colter plus vite ! Son ambition devient irr\u00e9aliste et, en lan\u00e7ant le pays tout entier dans des luttes d\u00e9connect\u00e9es du v\u00e9cu des gens, il le fait sombrer dans la pire des dysharmonies ! Le \u00ab\u00a0rouge\u00a0\u00bb qu&rsquo;il avait choisi comme couleur embl\u00e9matique cesse d&rsquo;\u00eatre celle du bonheur, comme le veut la tradition chinoise, mais celle du sang injustement et absurdement vers\u00e9 ! C&rsquo;est pourtant un peu avant la fin de cette phase de folie d\u00e9vastatrice (fin dont le meurtrier s\u00e9isme de Tangshan en juillet 1976 devait marquer le d\u00e9finitif tomber de rideau) en 1971 que s&rsquo;op\u00e8re le rapprochement sino-am\u00e9ricain et que la RPC entre enfin \u00e0 l&rsquo;ONU : une nouvelle mutation s&rsquo;enclenche.<\/p>\n<p>Deng Xiaoping qui prend la suite d\u00e8s 1978 est bien r\u00e9solu \u00e0 attraper cette nouvelle balle au bond ! Il flaire que ce virage g\u00e9opolitique va redistribuer les cartes et que la Chine peut y avoir des atouts. Sans vouloir perdre de temps \u00e0 revenir sur un pass\u00e9 proche encore trop br\u00fblant, il va en r\u00e9pudier sans bruit les embl\u00e8mes : le \u00ab\u00a0rouge\u00a0\u00bb qui a trop fait souffrir sera plus ou moins mis sous le boisseau et la lutte de classes pri\u00e9e de mettre une sourdine. Du reste, on le sait, Deng n&rsquo;a que faire des couleurs et tous les chats ont son agr\u00e9ment d\u00e8s qu&rsquo;ils chassent les souris ! Cela fait longtemps qu&rsquo;il ronge son frein et r\u00eave d&rsquo;un rattrapage de l&rsquo;Occident aux effets bien concrets. Ses nombreuses mises \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart lui ont donn\u00e9, outre une parfaite ma\u00eetrise du bridge, le temps de r\u00e9fl\u00e9chir : la Chine est certes championne du monde en mati\u00e8re de slogans rouge vif, mais son d\u00e9nuement et sa pauvret\u00e9 sont extr\u00eames. Trente ans de socialisme n&rsquo;ont pas suffi \u00e0 accoucher de \u00ab\u00a0l&rsquo;Homme nouveau\u00a0\u00bb capable d&rsquo;encaisser en toute s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 la d\u00e9couverte brutale du niveau de vie des \u00ab\u00a0diables \u00e9trangers\u00a0\u00bb. Il faut \u00ab\u00a0se jeter dans la mer\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0<i>xia hai<\/i>\u00ab\u00a0) ! En lan\u00e7ant la Chine dans la course \u00e0 l&rsquo;enrichissement, en osant les privatisations et en appelant le reste du monde \u00e0 d\u00e9localiser ses productions chez elle, Deng a sans doute d\u00e9j\u00e0 en point de mire la place actuelle qui est la sienne. Dans le jeu de l&rsquo;adaptation continue aux circonstances, l&rsquo;id\u00e9ologie doit se faire oublier : ce n&rsquo;est pas sa saison ! Le d\u00e9collage \u00e9conomique de la Chine est une urgence et il faut en suivre sans \u00e9tats d&rsquo;\u00e2me toutes les pistes. Il sait qu&rsquo;un peu ou beaucoup de capitalisme entrera par les fen\u00eatres qu&rsquo;il ambitionne d&rsquo;ouvrir toutes grandes : ce sera comme des mouches, elles pondront, cela donnera des asticots certes ind\u00e9sirables, mais on veillera en temps utile \u00e0 se procurer du DDT&#8230; Cette \u00ab\u00a0p\u00e9riode Deng\u00a0\u00bb a pourtant failli s&rsquo;\u00e9crouler \u00ab\u00a0accidentellement\u00a0\u00bb, c&rsquo;est \u00e0 dire avant terme avec les \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements de Tian An Men\u00a0\u00bb en juin 1989. Chacun a en m\u00e9moire la r\u00e9pression f\u00e9roce qui y a mis fin, mais il semble que l&rsquo;on se soit assez peu \u00e9tonn\u00e9 d&rsquo;un fait pourtant surprenant : l&rsquo;usage des tanks n&rsquo;a nullement entach\u00e9 le prestige de Deng ni terni son aura personnelle de \u00ab\u00a0Petit Timonier\u00a0\u00bb aux yeux de l&rsquo;immense majorit\u00e9 des Chinois. Une explication de type chinois est sans doute envisageable : les \u00e9tudiants revendicatifs de Tian An Men \u00e9taient \u00e0 leur tour dans la position de l&rsquo;impatient qui tire sur les jeunes pousses et la saison de la d\u00e9mocratie n&rsquo;\u00e9tait pas advenue. Nulle part sans doute, le mot \u00ab\u00a0intempestif\u00a0\u00bb n&rsquo;est aussi charg\u00e9 de sens (et de r\u00e9probation tacite) qu&rsquo;en Chine ! Si Deng a pu effectuer dans le sud du pays une tourn\u00e9e unanimement triomphale en 1992, c&rsquo;est que chacun ressentait que le courant ascendant, qui l&rsquo;avait port\u00e9 \u00e0 propulser la mont\u00e9e en puissance de la Chine et son boom \u00e9conomique, n&rsquo;avait pas \u00e9puis\u00e9 ses potentialit\u00e9s\u00a0 et continuait \u00e0\u00a0 faire b\u00e9n\u00e9ficier tout le monde de sa propension.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode suivante, qu&rsquo;on peut estimer s&rsquo;\u00e9tendre de la mort de Deng Xiaoping en 1997 \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e au pouvoir de Xi Jinping en 2013, prend petit \u00e0 petit un go\u00fbt de fin de r\u00e8gne. Toutes les dynasties ou presque ont naufrag\u00e9 dans le type d&rsquo;exc\u00e8s et de goinfrerie des puissants qu&rsquo;on voit alors se mettre progressivement en place. Le Parti pr\u00eate le flanc \u00e0 des accusations de malversation, de gabegie et de n\u00e9potisme de plus en plus fond\u00e9es. Les \u00ab\u00a0asticots\u00a0\u00bb du capitalisme (qui prend d\u00e9sormais ses aises en Chine) deviennent r\u00e9sistants au DDT\u00a0 et les \u00ab\u00a0mouches\u00a0\u00bb commencent \u00e0 obscurcir le ciel ! On voit m\u00eame, \u00e0 la faveur d&rsquo;une corruption qui fait tache d&rsquo;huile, des \u00ab\u00a0tigres\u00a0\u00bb se tailler des fiefs \u00e0 la mesure de leur ambition. Le r\u00e8gne de l&rsquo;argent infecte l&rsquo;environnement : les rivi\u00e8res deviennent des cloaques, l&rsquo;air se fait irrespirable, la fraude contamine la nourriture du quotidien&#8230; Le peuple manifeste son m\u00e9contentement avec une virulence accrue : les \u00ab\u00a0incidents de masse\u00a0\u00bb sporadiques se multiplient, on y voit parfois les spoli\u00e9s se faire justice eux-m\u00eames. Des voix d&rsquo;intellectuels s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent qui trouvent imm\u00e9diatement un relais en Occident : cela ira jusqu&rsquo;\u00e0 un Prix Nobel de la Paix qui bafoue directement la \u00ab\u00a0face\u00a0\u00bb de la Chine ! Lors du dramatique tremblement de terre du Sichuan en 2008, trois mois avant les JO de P\u00e9kin, qui n&rsquo;a pas song\u00e9 \u00e0 un signe du d\u00e9saveu du Ciel retirant son mandat ?<\/p>\n<p>Quelle a \u00e9t\u00e9 la \u00ab\u00a0faute\u00a0\u00bb des successeurs de Deng ? Sans doute de n&rsquo;avoir pas correctement \u00e9valu\u00e9 le \u00ab\u00a0moment\u00a0\u00bb qu&rsquo;il leur revenait de prendre en charge. Ils ont pens\u00e9 pouvoir continuer \u00e0 surfer sur la lanc\u00e9e d&rsquo;une vague qui avait port\u00e9 si haut Deng Xiaoping et couronn\u00e9 sa r\u00e9ussite. Beaucoup qui y avaient int\u00e9r\u00eat les y ont pouss\u00e9s. Mais dure le\u00e7on : si le <i>tao<\/i> enfle et creuse les vagues, il les fait aussi invariablement retomber puis refluer jusqu&rsquo;au creusement suivant !<\/p>\n<p>Avec Xi Jinping depuis 2013, il semble se confirmer qu&rsquo;une r\u00e9orientation g\u00e9n\u00e9rale est \u00e0 l&rsquo;ordre du jour. \u00ab\u00a0<i>Tigres et mouches<\/i>\u00a0\u00bb ont d\u00fb compter leurs abattis. Pas plus que la R\u00e9volution, l&rsquo;\u00e9radication de la corruption n&rsquo;est \u00ab\u00a0<i>un d\u00eener de gala<\/i>\u00a0\u00bb ! Les sentences sont tomb\u00e9es dru ! Mao avait fait la preuve dans un contexte hostile que le socialisme pouvait accoucher en une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;une Chine debout et digne pouvant \u00ab\u00a0<i>compter sur ses propres forces<\/i>\u00ab\u00a0. Xi reprend ce flambeau pour un aggiornamento du concept de socialisme sur les bases nouvelles d&rsquo;une Chine puissante, \u00e9conomiquement\u00a0 et scientifiquement \u00e9volu\u00e9e et reconnue par le reste du monde. L&rsquo;aventure est in\u00e9dite, ses difficult\u00e9s aussi. Cette Chine dont l&rsquo;ascension semble irr\u00e9sistible s&rsquo;est fait des ennemis et, depuis l&rsquo;\u00e9lection de D. Trump, on entend aff\u00fbter les couteaux dans les cuisines de la Maison Blanche ! Mais tous les Chinois le savent et gardent leur sang froid : quand le but est proche, le chemin se fait plus escarp\u00e9 et il peut \u00eatre sem\u00e9 de peaux de bananes&#8230; Lan\u00e7ant en quelque sorte sa propre version du \u00ab\u00a0<i>Yes, we can<\/i> !\u00a0\u00bb, Xi se voit sans doute comme celui qui a en charge de \u00ab\u00a0<b>civiliser<\/b>\u00a0\u00bb autant qu&rsquo;il est possible l&rsquo;accession au premier rang mondial d&rsquo;une nation \u00e0 la tr\u00e8s longue histoire et au pass\u00e9 prestigieux qui veut \u00eatre pleinement \u00ab\u00a0de son temps\u00a0\u00bb. Cet objectif civilisateur implique notamment de garantir l&rsquo;avenir en prenant \u00e0 bras le corps les probl\u00e8mes climatiques !<\/p>\n<p>Il se pourrait bien que les fant\u00f4mes de Mao et de Deng aient \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sents \u00e0 Davos : ils ont, avec un certain nombre d&rsquo;al\u00e9as, balis\u00e9 le chemin qui y a men\u00e9 Xi Jinping. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;on aurait pu entendre sur nos ondes si on y \u00e9tait un peu plus comptable du r\u00e9el ! Par une d\u00e9rive qui ne fait que s&rsquo;accentuer de jour en jour, nos journalistes ne semblent plus gu\u00e8re r\u00e9ceptifs qu&rsquo;aux proclamations v\u00e9h\u00e9mentes, qu&rsquo;aux coups de menton et qu&rsquo;aux effets d&rsquo;annonce dont ils pourront au fil des heures extraire tout le suc pour faire le plus de \u00ab\u00a0buzz\u00a0\u00bb possible ! Alors, c\u00f4t\u00e9 \u00ab\u00a0buzz\u00a0\u00bb, reconnaissons-le, la Chine ne les g\u00e2te pas ! Les \u00e9v\u00e9nements leur passent sous le nez et ils tombent de l&rsquo;armoire quand survient soudain quelque chose que, forc\u00e9ment, ils n&rsquo;attendaient pas : au pays des \u00ab\u00a0<i>transformations silencieuses<\/i>\u00a0\u00bb tout leur appareillage tombe en panne et leurs paresseuses habitudes les envoient dans le mur ! Le hic, c&rsquo;est qu&rsquo;ils nous y envoient tous avec eux et que la Chine, dont il faut s&rsquo;attendre <i>volens nolens<\/i> \u00e0 ce qu&rsquo;elle joue un r\u00f4le accru dans nos vies dans les ann\u00e9es qui viennent, est chez nous, au mieux, une totale inconnue et, au pire, un tissu d&rsquo;interpr\u00e9tations partisanes \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la plaque et d&rsquo;id\u00e9es re\u00e7ues \u00e0 dormir debout ! Retroussons nos manches, c&rsquo;est ce que, tant bien que mal, nous essayons de faire !<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Sommes-nous vraiment naturellement \u00e9quip\u00e9s pour comprendre la Chine et entrer dans ses vues et les buts qu&rsquo;elle poursuit ? Nous confirmons qu&rsquo;il semble bien que non : il suffit d&rsquo;\u00e9couter l&rsquo;\u00e9norme majorit\u00e9 des gens des m\u00e9dias qui se font forts en toute circonstance de nous expliquer le monde. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4489],"tags":[4845,182,5129],"class_list":["post-92449","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chine","tag-deng-xiaoping","tag-mao","tag-xi-jinping"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92449","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92449"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92449\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":92510,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92449\/revisions\/92510"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92449"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92449"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92449"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}