{"id":92500,"date":"2017-01-31T20:41:36","date_gmt":"2017-01-31T19:41:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=92500"},"modified":"2017-01-31T20:45:13","modified_gmt":"2017-01-31T19:45:13","slug":"pourquoi-jecris-qui-etions-nous-defense-et-illustration-du-genre-humain","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/01\/31\/pourquoi-jecris-qui-etions-nous-defense-et-illustration-du-genre-humain\/","title":{"rendered":"Pourquoi j\u2019\u00e9cris <em>Qui \u00e9tions-nous\u00a0? D\u00e9fense et illustration du genre humain<\/em>"},"content":{"rendered":"<p><code>Ouvert aux commentaires.<\/code><\/p>\n<blockquote><p>Et dans cette immensit\u00e9, figurez-vous ce r\u00e9seau\u00a0: des orbites de soleils reli\u00e9es par des ellipses de com\u00e8tes\u00a0; les com\u00e8tes jet\u00e9es comme des amarres d\u2019une n\u00e9buleuse \u00e0 l\u2019autre. Ajoutez les vitesses et les flamboiements, des astres faisant des courses de tonnerres. Ab\u00eemes, ab\u00eemes, ab\u00eemes. C\u2019est l\u00e0 le monde.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Victor Hugo, <em>Voyage de 1843<\/em><\/strong><\/p>\n<p><!--more-->En 2004, j\u2019ai eu le sentiment qu\u2019une catastrophe financi\u00e8re de tr\u00e8s grande ampleur se dessinait. Je travaillais alors aux \u00c9tats-Unis dans la finance, dans le secteur <em>prime<\/em>, le parent riche d\u2019un secteur o\u00f9 le parent pauvre s\u2019appelait <em>subprime. <\/em>Je me trouvais de fait en position de t\u00e9moin, et me voyant assign\u00e9 selon moi la responsabilit\u00e9 d\u2019avertir le monde des nuages qui s\u2019amoncelaient.<\/p>\n<p>Au printemps 2005, le manuscrit de <em>La crise du capitalisme am\u00e9ricain<\/em> \u00e9tait pr\u00eat. Aucun des \u00e9conomistes \u00e0 qui les \u00e9diteurs sollicit\u00e9s par moi le firent lire n\u2019\u00e9tait dispos\u00e9 \u00e0 croire qu\u2019une crise mena\u00e7ait et il me fallut pr\u00e8s de deux ans d\u2019efforts avant que le livre ne paraisse.<\/p>\n<p><em>La crise du capitalisme am\u00e9ricain <\/em>parut en janvier 2007. L\u2019\u00e9diteur, toujours quelque peu sceptique, en avait transform\u00e9 le titre sur un mode interrogatif en <em>Vers la crise du capitalisme am\u00e9ricain\u00a0?<\/em> (le titre original serait r\u00e9tabli lors du retirage en 2009 chez un nouvel \u00e9diteur). La crise d\u00e9buta le mois suivant quand les titres adoss\u00e9s \u00e0 des pr\u00eats au logement <em>subprime<\/em> perdirent brutalement de leur valeur. Elle culmina en septembre de l\u2019ann\u00e9e suivante quand le syst\u00e8me financier s\u2019effondra brutalement \u00e0 la suite de la faillite de la banque d\u2019investissement Lehman Brothers, n\u00e9cessitant pour son sauvetage l\u2019injection par les banques centrales de centaines de milliards de dollars et d\u2019euros.<\/p>\n<p>Le livre parut suffisamment t\u00f4t pour que le m\u00e9rite d\u2019avoir annonc\u00e9 la crise me f\u00fbt reconnu mais trop tard pour avoir aucun impact sur la suite des \u00e9v\u00e9nements.<\/p>\n<p>Paraissant en 2005, aurait-il r\u00e9ellement pu pr\u00e9venir la crise\u00a0? \u00c0 la lumi\u00e8re d\u2019\u00e9v\u00e9nements ult\u00e9rieurs, j\u2019en doute tr\u00e8s s\u00e9rieusement. Dix ans plus tard en effet, en 2014, je fus saisi du m\u00eame sentiment qu\u2019un d\u00e9sastre \u00e9tait en pr\u00e9paration et qu\u2019il \u00e9tait de mon devoir d\u2019alerter mon prochain. Ma r\u00e9putation d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 \u00ab\u00a0l\u2019homme (ou l\u2019un des rares hommes) qui avait annonc\u00e9 la crise des <em>subprimes<\/em>\u00a0\u00bb me servit cette fois\u00a0: le manuscrit fut termin\u00e9 fin 2015 et <em>Le dernier qui s&rsquo;en va \u00e9teint la lumi\u00e8re. Essai sur l\u2019extinction de l\u2019humanit\u00e9<\/em> fut publi\u00e9 en mars 2016.<\/p>\n<p>Si la crise des <em>subprimes <\/em>avait \u00e9t\u00e9 catastrophique, l\u2019extinction du genre humain s\u2019annon\u00e7ait comme un d\u00e9sastre encore bien plus formidable.<\/p>\n<p>Mes h\u00f4tes \u00e0 la radio ou \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision eurent l\u2019amabilit\u00e9 de me pr\u00e9senter dans des termes comme ceux-ci\u00a0: \u00ab\u00a0Il nous parle sans doute de l\u2019extinction de l\u2019homme mais ne prenons pas cela \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re\u00a0: souvenez-vous, parmi quelques tr\u00e8s rares analystes seulement, il avait annonc\u00e9 la crise des <em>subprimes <\/em>!\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>S\u2019il me prenait l\u2019envie de me plaindre de la r\u00e9ception de <em>Le dernier qui s&rsquo;en va \u00e9teint la lumi\u00e8re<\/em>, mon \u00e9diteur me jugerait ingrat<em>\u00a0<\/em>: il s\u2019agit en effet de mon livre qui s\u2019est le mieux vendu, une traduction en chinois est en cours, et l\u2019ouvrage para\u00eetra dans quelques semaines en livre de poche.<\/p>\n<p>Mais au risque de me montrer ingrat en effet, je voudrais souligner cependant ceci\u00a0: quand on annonce l\u2019extinction du genre humain, le but n\u2019est pas de vendre un nombre X d\u2019exemplaires d\u2019un livre (20.000 en l\u2019occurrence) : il est de sonner l\u2019alarme en vue d\u2019un \u00e9veil des consciences et d\u2019une mobilisation des efforts. Et pour ce qui touche \u00e0 cela, je ne suis encore arriv\u00e9 \u00e0 rien.<\/p>\n<p>Ma tentative a, je dois l\u2019admettre, \u00e9chou\u00e9 jusqu\u2019ici. Oui, l\u2019\u00e9dition en livre de poche permettra \u00e0 des lecteurs plus jeunes de lire <em>Le dernier qui s&rsquo;en va \u00e9teint la lumi\u00e8re<\/em>, oui, une publication en chinois suscitera sans doute l\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un \u00e9diteur anglophone, mais le fait est qu\u2019en termes de v\u00e9ritablement sonner l\u2019alarme, je ne suis encore nulle part.<\/p>\n<p>Et le temps presse. Le temps presse de deux mani\u00e8res. Objectivement parce que tout se d\u00e9fait autour de nous, et subjectivement, parce que j\u2019ai soixante-dix ans, et que si j\u2019ambitionne de continuer \u00e0 peser sur la suite des affaires, les statistiques me donnent encore 14 ann\u00e9es en moyenne, sans compter que, comme tout un chacun, rien ne m\u2019emp\u00eache de dispara\u00eetre demain ou de sombrer dans la d\u00e9mence s\u00e9nile.<\/p>\n<p>Vu le faible r\u00e9sultat obtenu jusqu\u2019ici en tant que lanceur d\u2019alerte sur cette question de l\u2019extinction du genre humain, je n\u2019ai d\u2019autre choix que de persister \u00e0 enfoncer le clou, quitte \u00e0 reformuler et \u00e0 affiner mon message pour tenter de susciter un plus grand int\u00e9r\u00eat, et surtout, l\u2019engagement d\u2019un plus grand nombre de mes contemporains en vue de renverser la vapeur.<\/p>\n<p>Il est vrai que dans mon ouvrage pr\u00e9c\u00e9dent je ne me suis nullement pr\u00e9occup\u00e9 de justifier que l\u2019extinction menace v\u00e9ritablement : je me suis content\u00e9 de signaler que les personnalit\u00e9s les plus dignes de confiance sur le sujet l\u2019affirment, pour passer sans transition \u00e0 la question que j\u2019entendais \u00e9clairer : sommes-nous outill\u00e9s pour la pr\u00e9venir ? La conclusion \u00e0 laquelle je parvenais \u00e9tait que nous sommes tr\u00e8s mal \u00e9quip\u00e9s pour emp\u00eacher l\u2019extinction, ce qui rend la mobilisation d\u2019autant plus n\u00e9cessaire et pressante. Y parviendrons-nous toutefois ? Je laissais la question sans r\u00e9ponse. Si ce devait ne pas \u00eatre le cas, nous \u00e9prouverions toutefois la consolation d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 un accident dans l\u2019histoire de l\u2019univers tout sp\u00e9cialement remarquable : ayant laiss\u00e9 apr\u00e8s nous une g\u00e9n\u00e9ration de machines ultra-sophistiqu\u00e9es capables \u00e9ventuellement de nous survivre, voire m\u00eame d\u2019entreprendre la colonisation des \u00e9toiles que nous aurions \u00e9chou\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser nous-m\u00eames.<\/p>\n<p>Cet argument final dans ma d\u00e9monstration passa enti\u00e8rement inaper\u00e7u de mes commentateurs. Ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment, il fut invoqu\u00e9 de rares fois mais alors pour souligner dans la bouche de mon interlocuteur le caract\u00e8re en r\u00e9alit\u00e9 peu cr\u00e9dible de ma th\u00e8se de l\u2019extinction : \u00ab\u00a0Je vous prends \u00e0 t\u00e9moin, disait-il, quiconque croit \u00e0 l\u2019extinction, croit aussi bien que nous serons remplac\u00e9s par un monde de robots !\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Peut-on imaginer que si l\u2019hypoth\u00e8se du robot comme notre successeur avait \u00e9t\u00e9 prise au s\u00e9rieux, j\u2019aurais peut-\u00eatre moins souvent entendu siffler \u00e0 mes oreilles le commentaire selon lequel mon livre \u00e9tait \u00ab\u00a0pessimiste\u00a0\u00bb, puisqu\u2019une telle \u00e9volution signifierait un extraordinaire exploit de l\u2019esp\u00e8ce humaine au regard de l\u2019histoire de l\u2019univers, l\u2019homme ayant r\u00e9alis\u00e9 \u00e0 lui tout seul une \u00e9tape in\u00e9dite : ayant prolong\u00e9 le biologique dans un impressionnant d\u00e9passement par rapport \u00e0 celui-ci, l\u2019invention inou\u00efe du technologique ?<\/p>\n<p>Ceci dit, je ne le crois pas : la plupart des personnes \u00e0 qui j\u2019ai pu parler consid\u00e8rent comme \u00e9galement pessimiste la perspective d\u2019une extinction pure et simple du genre humain et la prospective d\u2019une extinction de l\u2019homme accompagn\u00e9e d\u2019une colonisation des \u00e9toiles par des machines dont il aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019inventeur. Ce fait, l\u2019absence de fiert\u00e9 de l\u2019homme \u00e0 l\u2019\u00e9gard d\u2019un exploit dont nous n\u2019avons cependant aucune preuve qu\u2019il ait jamais eu lieu ailleurs dans l\u2019univers, constitue pour moi l\u2019un des \u00e9l\u00e9ments venant conforter une th\u00e8se annexe d\u00e9fendue dans <em>Le dernier qui s\u2019en va \u00e9teint la lumi\u00e8re<\/em>, \u00e0 savoir que l\u2019homme est englu\u00e9 depuis l\u2019aube des temps dans un \u00e9tat profond\u00e9ment d\u00e9pressif, dont l\u2019origine est plus que probablement la prise de conscience par nous de notre caract\u00e8re fini &#8211; de notre mortalit\u00e9 &#8211; en tant qu\u2019individu. L\u2019homme aurait pu se r\u00e9concilier avec le donn\u00e9 de sa finitude &#8211; et quelques individus \u00e7a et l\u00e0 semblent avoir su le faire au fil des temps &#8211; au lieu de cela il s\u2019est berc\u00e9 d\u2019illusions de diff\u00e9rents types, dont Freud a \u00e9tabli le d\u00e9primant catalogue : perdre la t\u00eate par le biais de la drogue, imaginer \u00eatre en r\u00e9alit\u00e9 immortel dans un monde parall\u00e8le invisible, trouver une consolation partielle dans l\u2019abandon au sentiment esth\u00e9tique, ce qui veut dire chercher le r\u00e9confort dans la beaut\u00e9 du monde qui nous entoure et dans la capacit\u00e9 des artistes, puisant dans le fonds de leur inspiration, \u00e0 produire une beaut\u00e9 in\u00e9dite \u00e0 partir de rien.<\/p>\n<p>C\u2019est cet \u00e9tat d\u00e9pressif qui nous interdit de ressentir ce qui serait une fiert\u00e9 parfaitement l\u00e9gitime pour ce qui est s\u00fbrement une premi\u00e8re dans notre syst\u00e8me solaire et qui l\u2019est peut-\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019univers tout entier, \u00e0 savoir ce que l\u2019homme a r\u00e9alis\u00e9 avec la technologie, et qui nous conduit \u00e0 d\u00e9nigrer ce qui fait pourtant de l\u2019homme un prodige, quand nous qualifions le technologique d\u2019\u00ab\u00a0artificiel\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire de \u00ab\u00a0contre nature\u00a0\u00bb, la nature ayant droit \u00e0 notre admiration b\u00e9ate dans tout ce qu\u2019elle g\u00e9n\u00e8re, \u00e0 cette exception pr\u00e8s &#8211; para\u00eet-il &#8211; quand elle le fait par notre propre truchement, notre interm\u00e9diaire ayant -semble-t-il &#8211; ce pouvoir singulier d\u2019avilir tout ce qu\u2019il touche.<\/p>\n<p>Si cet \u00e9tat d\u00e9pressif est bien attest\u00e9, et s\u2019il est bien d\u00fb \u00e0 notre incapacit\u00e9 \u00e0 int\u00e9grer une fois pour toutes le donn\u00e9 de notre mortalit\u00e9 individuelle, un rem\u00e8de \u00e0 cela serait bien s\u00fbr d\u2019assurer notre immortalit\u00e9 en tant qu\u2019individus et il n\u2019est pas totalement exclu que de nouveaux progr\u00e8s dans la technologie m\u00e9dicale rendent un jour la chose possible.<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, une course est d\u00e9sormais engag\u00e9e entre la menace d\u2019extinction de notre propre esp\u00e8ce, et notre capacit\u00e9 \u00e0 produire des machines susceptibles de nous survivre.<\/p>\n<p>Et ceci devrait nous conduire \u00e0 raffiner l\u2019hypoth\u00e8se de l\u2019extinction dans cette perspective particuli\u00e8re, ce qui offrirait au passage le b\u00e9n\u00e9fice d\u2019\u00e9clairer le d\u00e9bat ayant lieu aujourd\u2019hui autour des notions de <em>transhumanisme<\/em> et de <em>posthumanisme<\/em>.<\/p>\n<p>Il y a plusieurs dimensions \u00e0 envisager pour diff\u00e9rents sc\u00e9narios possibles : 1\u00b0 l\u2019homme survira-t-il ou non, \u00e0 l\u2019\u00e9ch\u00e9ance de quelques si\u00e8cles au moins, 2\u00b0 produit-il des machines capables de fonctionner de mani\u00e8re autonome par rapport \u00e0 lui, et par cons\u00e9quent \u00e0 m\u00eame de lui survivre \u00e9ventuellement, et 3\u00b0 dans quel d\u00e9cor ces \u00e9v\u00e9nements se d\u00e9rouleront-ils, est-ce sur la Terre ou bien est-ce sur d\u2019autres plan\u00e8tes ?<\/p>\n<p>Je vais retenir, dans cet espace de possibles, quatre grands sc\u00e9narios.<\/p>\n<p>Premier sc\u00e9nario, l\u2019homme parvient \u00e0 continuer de vivre sur la Terre. Il m\u00e8ne par ailleurs une conqu\u00eate spatiale distraite, comme il le fait aujourd\u2019hui, par lui-m\u00eame et \u00e0 l\u2019aide de machines plus ou moins autonomes.<\/p>\n<p>Second sc\u00e9nario, l\u2019homme dispara\u00eet et les machines qu\u2019il a invent\u00e9es disparaissent \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance apr\u00e8s lui.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8me sc\u00e9nario, l\u2019homme dispara\u00eet mais les machines qu\u2019il a mises au point lui survivent et entreprennent la colonisation des \u00e9toiles.<\/p>\n<p>Quatri\u00e8me sc\u00e9nario, l\u2019homme parvient \u00e0 continuer de vivre sur terre mais au prix d\u2019une adaptation technologique de sa propre personne\u00a0; il m\u00e8ne lui-m\u00eame la colonisation des \u00e9toiles mais il a pris une forme <em>augment\u00e9e\u00a0<\/em>: il est profond\u00e9ment modifi\u00e9 dans son \u00eatre-m\u00eame ou combin\u00e9 de diverses mani\u00e8res \u00e0 des \u00e9l\u00e9ments d\u2019ordre technologique plut\u00f4t que biologique.<\/p>\n<p>Je vais d\u00e9signer d\u2019un nom, que je justifierai ensuite, chacun de ces quatre sc\u00e9narios. J\u2019appellerai le premier, \u00ab\u00a0fin de l\u2019histoire\u00a0\u00bb, le deuxi\u00e8me, \u00ab\u00a0extinction\u00a0\u00bb, le troisi\u00e8me, \u00ab\u00a0posthumanisme\u00a0\u00bb, et la quatri\u00e8me, \u00ab\u00a0transhumanisme\u00a0\u00bb. Je ne pense pas trahir le sens habituel de ces mots ou expression en les nommant ainsi.<\/p>\n<p>On m\u2019accordera que le deuxi\u00e8me sc\u00e9nario, o\u00f9 l\u2019homme a disparu, correspond bien \u00e0 ce que nous d\u00e9signons d\u2019<em>extinction<\/em>.<\/p>\n<p>Un sc\u00e9nario o\u00f9 l\u2019avenir de l\u2019homme n\u2019est pas menac\u00e9 et o\u00f9 il poursuit une conqu\u00eate spatiale sans ambition \u00e0 son rythme, correspond me semble-t-il &#8211; et tout particuli\u00e8rement si l\u2019on contraste ce sc\u00e9nario avec celui de l\u2019extinction &#8211; \u00e0 ce qu\u2019Alexandre Koj\u00e8ve appela la\u00a0\u00ab\u00a0fin de l\u2019histoire\u00a0\u00bb, expression qui fut reprise plus tard par Francis Fukuyama pour d\u00e9crire notre \u00e9poque, avant qu\u2019il ne se ravise, jugeant trop \u00e9lev\u00e9e la probabilit\u00e9 d\u2019un homme \u00e0 proprement parler <em>posthumain<\/em> (<em>Our Posthuman Future<\/em>, 2002). \u00c0 l\u2019\u00e9poque de la fin de l\u2019histoire, des \u00e9v\u00e9nements ont encore lieu bien entendu, mais aucun changement de grande magnitude n\u2019intervient plus, on assiste au constant retour du m\u00eame, ce qui implique en particulier que l\u2019humanit\u00e9 n\u2019est pas en p\u00e9ril : \u00ab\u00a0il n\u2019y aura jamais plus rien de nouveau sur terre\u00a0\u00bb (Koj\u00e8ve 1947\u00a0: 443).<\/p>\n<p>Dans le troisi\u00e8me sc\u00e9nario, les \u00eatres humains ont bien disparu, mais ce qui distingue la situation qui s\u2019ensuit d\u2019une simple extinction est que l\u2019homme s\u2019est en fait assur\u00e9 d\u2019une post\u00e9rit\u00e9, l\u2019histoire se poursuit mais c\u2019est celle de la machine qui est le descendant de l\u2019homme. Le terme de \u00ab\u00a0posthumanisme\u00a0\u00bb me semble tout particuli\u00e8rement bien adapt\u00e9 \u00e0 d\u00e9crire ce sc\u00e9nario, puisque le souvenir de l\u2019homme hantera n\u00e9cessairement les robots, en tant que figure paternelle et\/ou maternelle.<\/p>\n<p>Enfin, pour le quatri\u00e8me sc\u00e9nario, celui d\u2019un homme toujours en vie, mais peut-\u00eatre m\u00e9connaissable par rapport au visage qui est le sien aujourd\u2019hui, le terme de \u00ab\u00a0transhumanisme\u00a0\u00bb me semble apte \u00e0 en rendre compte, le pr\u00e9fixe \u00ab\u00a0trans-\u00a0\u00bb\u00a0pouvant \u00e9voquer entre autres, une transformation.<\/p>\n<p>\u00c0 la diff\u00e9rence donc de mon pr\u00e9c\u00e9dent livre, <em>Le dernier qui s\u2019en va \u00e9teint la lumi\u00e8re<\/em>, je ne me contenterai pas dans <em>Qui \u00e9tions-nous\u00a0?<\/em> de chercher \u00e0 sortir de leur torpeur mes contemporains en levant solennellement devant leurs yeux m\u00e9dus\u00e9s le rideau qui leur r\u00e9v\u00e8le le spectacle de l\u2019extinction, alors que, par inconscience ou par manque d\u2019imagination, ils pensent vivre eux et leurs descendants, pour les si\u00e8cles des si\u00e8cles, dans un monde caract\u00e9ris\u00e9 par la <em>fin de l\u2019histoire<\/em>, un monde que n\u2019agitera plus \u00e0 jamais que de simples p\u00e9rip\u00e9ties.<\/p>\n<p>J\u2019ignore bien entendu lequel de ces sc\u00e9narios sera celui auquel nous assisterons, je ne cacherai pourtant pas au lecteur quel est celui dont j\u2019ai le sentiment qu\u2019il se r\u00e9alisera, sentiment fond\u00e9 \u00e0 la fois sur une analyse des faits et sur mon intuition, celle-ci \u00e9tant inform\u00e9e par mon exp\u00e9rience d\u2019anthropologue, de chercheur autrefois en Intelligence Artificielle puis en finance. Il s\u2019agit selon moi du \u00ab\u00a0posthumanisme\u00a0\u00bb. Je n\u2019en reste pas moins convaincu qu\u2019il est de notre devoir de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour conjurer l\u2019extinction du genre humain &#8211; l\u2019une des deux composantes, je le rappelle, aux c\u00f4t\u00e9s du triomphe du robot, du sc\u00e9nario <em>posthumaniste<\/em> &#8211; et de mettre en place les conditions, soit du sc\u00e9nario \u00ab\u00a0fin de l\u2019histoire\u00a0\u00bb, soit du sc\u00e9nario \u00ab\u00a0transhumanisme\u00a0\u00bb, qui nous verraient toujours pr\u00e9sents, avec les m\u00eames grandes forces et les m\u00eames immenses faiblesses qui nous ont toujours caract\u00e9ris\u00e9s.<\/p>\n<p>=====================<br \/>\nAlexandre Koj\u00e8ve, <em>Introduction \u00e0 la lecture de Hegel<\/em> (1933-1939), retranscription des le\u00e7ons par Raymond Queneau, Paris\u00a0: Gallimard, 1947<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p><code>Ouvert aux commentaires.<\/code><\/p>\n<blockquote>\n<p>Et dans cette immensit\u00e9, figurez-vous ce r\u00e9seau\u00a0: des orbites de soleils reli\u00e9es par des ellipses de com\u00e8tes\u00a0; les com\u00e8tes jet\u00e9es comme des amarres d\u2019une n\u00e9buleuse \u00e0 l\u2019autre. Ajoutez les vitesses et les flamboiements, des astres faisant des courses de tonnerres. Ab\u00eemes, ab\u00eemes, ab\u00eemes. C\u2019est l\u00e0 le monde.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Victor Hugo, <em>Voyage de 1843<\/em><\/strong><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4808,4390,7,4728,4802,12,725,5008],"tags":[189,4209,5187,2604,5140,3777,3817],"class_list":["post-92500","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-approche-intestellar","category-collapsologie","category-histoire","category-le-dernier-qui-sen-va-eteint-la-lumiere","category-qui-etions-nous","category-subprime","category-technologie-2","category-transhumanisme","tag-alexandre-kojeve","tag-extinction-du-genre-humain","tag-fin-de-lhistoire","tag-francis-fukuyama","tag-posthumanisme","tag-robots","tag-transhumanisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92500","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92500"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92500\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":92506,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92500\/revisions\/92506"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92500"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92500"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92500"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}