{"id":92780,"date":"2017-02-08T11:51:02","date_gmt":"2017-02-08T10:51:02","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=92780"},"modified":"2017-02-08T11:51:02","modified_gmt":"2017-02-08T10:51:02","slug":"leau-potable-va-t-elle-etre-captee-par-les-multinationales-par-christophe-thro","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/02\/08\/leau-potable-va-t-elle-etre-captee-par-les-multinationales-par-christophe-thro\/","title":{"rendered":"L\u2019eau potable va-t-elle \u00eatre capt\u00e9e par les multinationales\u00a0? par Christophe Thro"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Le droit \u00e0 l\u2019eau potable<\/strong> <\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1990, on assiste \u00e0 la mise en place de man\u0153uvres mondiales autour de l\u2019eau \u00e0 une \u00e9chelle d\u2019autant plus inimaginable que le silence des grands m\u00e9dias fran\u00e7ais \u00e0 ce sujet est accablant, \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s. <!--more--><\/p>\n<p>Le Conseil Mondial de l\u2019Eau a \u00e9t\u00e9 fond\u00e9 en 1996 et compte parmi ses 350 membres, des gouvernements, des ONG, des soci\u00e9t\u00e9s commerciales multinationales (Veolia, le groupe Suez, le groupe Bouygues, SAUR, EDF, Rio Tinto, etc.) et aussi des organisations de protection de l\u2019environnement (WWF, Green Cross International, Action contre le Faim, etc.). Ayant son si\u00e8ge \u00e0 Marseille, elle organise tous les trois ans un Forum Mondial de l\u2019Eau, dont plus r\u00e9cent a eu lieu en Cor\u00e9e du Sud, \u00e0 Daegu-Gyeongbuk en avril 2015. La d\u00e9claration minist\u00e9rielle finale du Forum Mondial de l\u2019Eau ayant eu lieu \u00e0 La Haye en 2000 avait conclu que l\u2019eau \u00e9tait un besoin vital (et non un droit) et qu\u2019elle devait \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme un bien \u00e9conomique dont le prix pouvait \u00eatre fix\u00e9 et varier selon les r\u00e8gles du march\u00e9 mondial. L\u2019eau \u00e9tait donc consid\u00e9r\u00e9e comme une marchandise n\u00e9gociable, privatisable, une valeur int\u00e9gr\u00e9e dans le fonctionnement financier des \u00e9changes commerciaux internationaux et des march\u00e9s boursiers. Dans le contexte d\u2019une \u00e9conomie lib\u00e9rale, la gestion publique de l\u2019eau est pr\u00e9sum\u00e9e comme inad\u00e9quate et insuffisamment performante. L\u2019\u00e9tat de d\u00e9labrement des canalisations de certaines villes, de perp\u00e9tuelles et importantes fuites, des m\u00e9thodes de gestion d\u00e9pass\u00e9es, une technologie p\u00e9rim\u00e9e, un retraitement quasi-inexistant repr\u00e9sentent effectivement d\u2019\u00e9normes difficult\u00e9s dans de nombreux pays. De m\u00eame, il est certain que les investissements pour construire et entretenir des r\u00e9seaux d\u2019adduction d\u2019eau potable dans des cit\u00e9s en perp\u00e9tuelle croissance (rappelons qu\u2019en 2050, 70% de la population mondiale vivra dans des villes) sont \u00e9normes, et certaines villes ne sont financi\u00e8rement pas capables de les assumer, d\u2019autant plus qu\u2019elles ont bien d\u2019autres probl\u00e8mes tout aussi urgents \u00e0 financer et \u00e0 essayer de r\u00e9gler. Dans bien des cas, des entreprises priv\u00e9es sont alors charg\u00e9es de la construction des r\u00e9seaux, de la distribution de l\u2019eau potable, du recyclage dans des stations de retraitement, gr\u00e2ce \u00e0 un transfert de prise en charge sur parfois plusieurs d\u00e9cennies selon diverses modalit\u00e9s contractuelles qui adoptent assez fr\u00e9quemment le mod\u00e8le fran\u00e7ais de la gestion d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e. (*<em>source\u00a0: La gestion d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e de l\u2019eau, de Marcel Boyer, Michel Patry et Pierre Tremblay, Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations \u2013CIRANO, Montr\u00e9al, 2001<\/em>). Sch\u00e9matiquement, la gestion d\u00e9l\u00e9gu\u00e9e permet \u00e0 la municipalit\u00e9 de rester propri\u00e9taire des infrastructures, tout en attribuant \u00e0 des soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es le fonctionnement de la totalit\u00e9 ou d\u2019une partie des prestations de distribution et de recyclage de l\u2019eau potable. Les services fournis par ces soci\u00e9t\u00e9s ont bien \u00e9videmment un co\u00fbt, qui comprend \u00e9galement leur r\u00e9mun\u00e9ration, puisqu\u2019il s\u2019agit de soci\u00e9t\u00e9s commerciales qui ont l\u2019obligation de pr\u00e9senter des r\u00e9sultats b\u00e9n\u00e9ficiaires aux actionnaires et aux march\u00e9s financiers. Ce co\u00fbt est pris en charge par l\u2019utilisateur final en fonction du volume d\u2019eau qu\u2019il consomme, et, comme cela n\u2019est pas possible dans tous les cas, notamment dans les pays en voie de d\u00e9veloppement, l\u2019eau potable est alors subventionn\u00e9e par l\u2019administration de la ville et\/ ou par l\u2019Etat, c\u2019est-\u00e0-dire par l\u2019imp\u00f4t ou par d\u2019autres revenus publics.<\/p>\n<p>L\u2019ensemble de ces modalit\u00e9s n\u2019est pas n\u00e9cessairement critiquable lorsqu\u2019elles sont bas\u00e9es sur un v\u00e9ritable partenariat qui permet aux populations d\u2019\u00eatre aliment\u00e9es en eau potable, aux municipalit\u00e9s de se concentrer sur d\u2019autres sujets tout en exer\u00e7ant un droit de contr\u00f4le, aux soci\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es de se sp\u00e9cialiser dans des proc\u00e9d\u00e9s et des technologies complexes tout en disposant d\u2019une marge b\u00e9n\u00e9ficiaire. Mais, comme nous pouvons le constater chaque jour, et \u00e0 propos de multiples sujets, nous ne vivons pas dans un monde id\u00e9al.<\/p>\n<p>En France, c\u2019est une loi de 1790 qui a confi\u00e9 la responsabilit\u00e9 de la fourniture de l\u2019eau potable aux communes. Elles ont choisi la r\u00e9gie directe ou assist\u00e9e pour 22% d\u2019entre elles, et la d\u00e9l\u00e9gation vers le secteur priv\u00e9 \u00e0 concurrence de 76%. Une loi du 2 f\u00e9vrier 1995 (loi Barnier) favorise l\u2019information des consommateurs en obligeant les communes \u00e0 dresser un rapport annuel sur le prix et la qualit\u00e9 des services publics de l\u2019eau potable (*Note\u00a0: voir par exemple le rapport 2012 de la <a href=\"http:\/\/www.ca-ajaccien.fr\/wp-content\/uploads\/2013\/07\/RPQS-eau-potable-2012-vl.pdf\">Communaut\u00e9 d\u2019Agglom\u00e9ration du Pays Ajaccien<\/a>). Cette disposition de la loi Barnier r\u00e9pond \u00e0 des critiques tr\u00e8s s\u00e9v\u00e8res formul\u00e9es en 1997 par la Cour des Comptes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des contrats de d\u00e9l\u00e9gation\u00a0: manque de clart\u00e9, d\u00e9faut d\u2019information de la collectivit\u00e9 locale et des usagers, insuffisance des contr\u00f4les, absence de concurrence. En janvier 2012, la Commission Europ\u00e9enne a ouvert une enqu\u00eate sur les entreprises Veolia, Suez Environnement et Saur (une filiale de Bouygues) qui d\u00e9tiennent 75% du march\u00e9 priv\u00e9 de la gestion de l\u2019eau en France et qui sont soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir \u00ab\u00a0coordonn\u00e9 leur comportement sur les march\u00e9s des services de l&rsquo;eau et des eaux us\u00e9es en France, en particulier en ce qui concerne des \u00e9l\u00e9ments du prix factur\u00e9 au consommateur final\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Lorsque des groupes de pression priv\u00e9s essayent d\u2019influencer les instances internationales pour qu\u2019elles ne consid\u00e8rent pas l\u2019eau comme un droit, cela permet par cons\u00e9quent de s\u2019affranchir de tout devoir, de toute obligation et de toute forme de responsabilit\u00e9. Si l\u2019eau potable est uniquement consid\u00e9r\u00e9e comme une marchandise librement n\u00e9gociable, les m\u00e9canismes de fonctionnement des march\u00e9s internationaux du commerce et de la finance ne s\u2019int\u00e9ressent aucunement au droit de tous \u00e0 la vie. C\u2019est pourquoi l\u2019Assembl\u00e9e G\u00e9n\u00e9rale des Nations-Unies a adopt\u00e9 le 28 juillet 2010 (AG10967, A\/RES\/64\/292) un projet de r\u00e9solution d\u00e9pos\u00e9 par la Bolivie qui d\u00e9clare que \u00ab\u00a0 le droit \u00e0 une eau potable salubre et propre est un droit fondamental, essentiel au plein exercice du droit \u00e0 la vie et de tous les droits de l\u2019homme\u00a0\u00bb. Il convient de noter que ce n\u2019est pas un pays occidental qui a d\u00e9pos\u00e9 cette r\u00e9solution sur une question aussi fondamentale, mais la Bolivie que d\u2019aucuns ne savent m\u00eame pas situer sur une carte. En outre plusieurs pays se sont abstenus de voter, comme par exemple les \u00c9tats-Unis, le Japon, la Grande-Bretagne, le Canada, en d\u00e9plorant le manque de transparence des n\u00e9gociations et des difficult\u00e9s de proc\u00e9dure (les probl\u00e8mes de m\u00e9thodologie sont tout aussi importants dans les instances internationales qu\u2019au niveau des recherches scientifiques). Enfin, soulignons la date\u00a0: le droit \u00e0 l\u2019eau potable est reconnu 41 ans apr\u00e8s les premiers pas de l\u2019homme sur la Lune\u2026<\/p>\n<p>Cette d\u00e9claration de principe ayant au moins l\u2019avantage d\u2019exister, la r\u00e9alisation concr\u00e8te de ce droit \u00e0 l\u2019eau prendra peut-\u00eatre 40 ann\u00e9es suppl\u00e9mentaires ce qui laissera le temps aux diff\u00e9rentes d\u00e9l\u00e9gations nationales de se mettre d\u2019accord sur une meilleure m\u00e9thodologie, et \u00e0 l\u2019homme de faire ses premiers pas sur Mars. Tout au moins si nous disposons encore de suffisamment de temps.<\/p>\n<p>Le droit \u00e0 \u00ab\u00a0une eau potable salubre et propre\u00a0\u00bb va devoir inventer des m\u00e9canismes de solidarit\u00e9 au sein de chaque pays pour garantir l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019eau potable des populations \u00e9conomiquement d\u00e9favoris\u00e9es. Au niveau international, une coop\u00e9ration devra se mettre en place pour que chaque pays puisse se doter des infrastructures n\u00e9cessaires et au d\u00e9veloppement des comp\u00e9tences indispensables \u00e0 leur entretien sur le long terme. Il faudra aussi pouvoir r\u00e9pondre \u00e0 d\u2019\u00e9ventuelles situations d\u2019urgence. En Afrique du Sud, l\u2019eau est un droit constitutionnel et chaque usager b\u00e9n\u00e9ficie chaque jour de 25 litres d\u2019eau gratuite. En Uruguay, c\u2019est une campagne citoyenne qui a permis d\u2019inscrire le droit \u00e0 l\u2019eau dans la constitution de ce pays en 2004. Ces dispositions limitent quelque peu les ambitions financi\u00e8res de certaines entreprises priv\u00e9es habitu\u00e9es \u00e0 se m\u00e9nager une position dominante dans des pays parfois fa\u00e7onn\u00e9s par la corruption, et \u00e0 pratiquer de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e le manque de transparence sur les prestations et sur les tarifs. Mais le mod\u00e8le \u00e9conomique lib\u00e9ral cherche, malgr\u00e9 un certain nombre de revers, \u00e0 s\u2019\u00e9tendre par l\u2019interm\u00e9diaire de l\u2019action de multinationales toujours avides de nouveaux march\u00e9s tout en s\u2019affublant d\u2019un discours pseudo \u00e9cologique et de lutte contre la pauvret\u00e9 totalement ou partiellement mensonger.<\/p>\n<p>En mars 2012, Veolia (associ\u00e9 \u00e0 une compagnie indienne) a sign\u00e9 un contrat avec la ville de Nagpur (2,7 millions d\u2019habitants) en Inde. D\u2019une dur\u00e9e de 25 ans, ce contrat a l\u2019ambition d\u2019alimenter en permanence les habitants en eau potable, y compris dans les bidonvilles, alors que la distribution actuelle ne dure que quelques heures par jour, pour une eau devenue non potable puisque contamin\u00e9e par des polluants chimiques et organiques avant son arriv\u00e9e chez l\u2019utilisateur, et dont 70% de l\u2019eau qui sort des usines de traitement est perdue en raison des fuites et des vols. Pour un investissement de 18 millions d\u2019euros (et de 42 millions d\u2019euros \u00e0 la charge de la municipalit\u00e9), Veolia compte engranger un chiffre d\u2019affaires de 387 millions d\u2019euros sur 25 ans, ce qui fait titrer triomphalement par le journal Les \u00c9chos\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019Inde, futur eldorado pour les g\u00e9ants fran\u00e7ais de l\u2019eau\u00a0\u00bb (*<em>source\u00a0: Les \u00c9chos du 1<sup>er<\/sup> octobre 2012<\/em>). Le journal s\u2019enthousiasme pour \u00ab\u00a0des perspectives quasi illimit\u00e9es\u00a0\u00bb, d\u2019autant plus que les autorit\u00e9s locales de l\u2019\u00c9at du Karnataka envisageaient des privatisations plus g\u00e9n\u00e9rales par la suite. En juin 2013, le bilan est tout autre. Seuls 27 kilom\u00e8tres de canalisations avaient \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9es sur un total pr\u00e9vu de 2.100 kilom\u00e8tres, 876 nouveaux foyers (en tout et pour tout) ont \u00e9t\u00e9 connect\u00e9s au lieu de 6.000 pr\u00e9vus par mois, le prix de l\u2019eau a \u00e9t\u00e9 augment\u00e9 de 3 \u00e0 8 roupies par KL (kilolitre) dans une zone pilote, les sous-traitants \u00e9taient tellement sous-pay\u00e9s que les plombiers de la ville ont fait une gr\u00e8ve de la faim, les mat\u00e9riaux utilis\u00e9s \u00e9taient de qualit\u00e9 inf\u00e9rieure (avec les cons\u00e9quences que cela implique sur leur dur\u00e9e de vie), un nouveau r\u00e9servoir a \u00e9t\u00e9 mis en place sans avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9pollu\u00e9 et la contamination du r\u00e9seau a interrompu le service pendant 15 jours, la municipalit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9e de relever le budget de l\u2019op\u00e9ration de 42 millions d\u2019euros \u00e0 67 millions d\u2019euros, les trafics de d\u00e9tournement d\u2019eau \u00e0 des fins priv\u00e9es \u00e0 l\u2019aide de camions-citernes par des cadres ou de simples chauffeurs n\u2019avaient pas cess\u00e9 ce qui a donn\u00e9 lieu \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 des \u00e9meutes. L\u2019unanimit\u00e9 des partis politiques (ce qui est plut\u00f4t rare) formant le Conseil Municipal a non seulement demand\u00e9 au maire l\u2019annulation du contrat mais aussi d\u2019entamer une proc\u00e9dure judiciaire contre l\u2019op\u00e9rateur priv\u00e9 pour le non respect de certaines clauses contractuelles, etc. <em>(*source\u00a0:<\/em> <a href=\"http:\/\/multinationales.org\/Veolia-en-Inde-version-longue\"><em>http:\/\/multinationales.org\/Veolia-en-Inde-version-longue<\/em><\/a>). Au centre de tous ces \u00ab\u00a0d\u00e9sordres\u00a0\u00bb, Veolia d\u00e9clarait qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait pas \u00ab\u00a0pour l\u2019instant\u00a0\u00bb dans une logique de rentabilit\u00e9 \u00e9conomique, ce qui rel\u00e8ve presque du sketch comique pour une entreprise cot\u00e9e en Bourse en pleine p\u00e9riode d\u2019investissement\u2026<\/p>\n<p>Un autre bilan a \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli par un magazine indien qui s\u2019est pench\u00e9 sur la progression de 30 projets de contrats de privatisation de l\u2019eau (*<em>source\u00a0: <a href=\"http:\/\/www.outlookindia.com\/article\/Not-Worth-The-Parchment\/286120\">Outlook<\/a>, 24 juin 2013<\/em>). Les conclusions sont particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8res\u00a0: aucun des projets n\u2019avait respect\u00e9 ses promesses. La viabilit\u00e9 de 4 de ces 30 projets est enti\u00e8rement remise en question, accusations de corruption, tractations politiques et financi\u00e8res, manifestations de populations m\u00e9contentes, augmentation des tarifs de 100% en moyenne, opacit\u00e9 et lourdeur administrative, conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats, non respect des d\u00e9lais et des prestations, mat\u00e9riaux d\u00e9fectueux ou de mauvaise qualit\u00e9, sont autant d\u2019obstacles rencontr\u00e9s en pratique. En d\u00e9cembre 2013, le parti anti-corruption Aam Aadmi (\u00ab\u00a0l\u2019homme ordinaire\u00a0\u00bb) a remport\u00e9 les \u00e9lections municipales de New Delhi. Le nouveau maire a d\u00e9cid\u00e9 d\u00e9but 2014 d\u2019instituer un quota d\u2019eau gratuite pour tous les habitants, affirmant ainsi que l\u2019eau est un droit pour tous. Mais tous ne l\u2019entendent pas ainsi\u00a0: certains fonctionnaires de l\u2019autorit\u00e9 de l\u2019eau (<em>Delhi Jal Water Board<\/em>) sont accus\u00e9s de corruption et de complicit\u00e9 avec une v\u00e9ritable mafia de vente d\u2019eau par camions-citernes. Les quatre projets-pilote de partenariat public-priv\u00e9 mis en place entre l\u2019ancienne municipalit\u00e9 de Delhi et Veolia, Suez Environnement et Jerusalem Water vont \u00eatre v\u00e9rifi\u00e9s par une commission d\u2019enqu\u00eate, et, \u00e9ventuellement rediscut\u00e9s. Les oppositions restent donc particuli\u00e8rement vives entre les partisans de la privatisation et la gestion publique de l\u2019eau potable.<\/p>\n<p>L\u2019exemple de l\u2019Inde a \u00e9t\u00e9 volontairement tr\u00e8s d\u00e9taill\u00e9 pour d\u00e9montrer trois choses. La premi\u00e8re t\u00e9moigne de la grande diff\u00e9rence qui peut exister entre des effets d\u2019annonce volontiers repris par diff\u00e9rents m\u00e9dias et une r\u00e9alit\u00e9 objective beaucoup plus complexe et difficile, voire contradictoire, que les m\u00eames m\u00e9dias se gardent bien de rapporter par la suite. La seconde prouve que le discours des partisans du lib\u00e9ralisme se r\u00e9pandant en v\u00e9ritables meutes pour ass\u00e9ner que seule la privatisation du secteur de l\u2019eau permettra de sauver les populations pauvres est un mensonge. La troisi\u00e8me enfin confirme que tant que les multinationales envisagent un nouveau contrat comme une conqu\u00eate militaire destin\u00e9e \u00e0 piller les ressources voisines pour nourrir leur structure interne sans avoir aucune consid\u00e9ration vraie pour le bien commun, et tant que les pouvoirs publics entretiennent le client\u00e9lisme gr\u00e2ce \u00e0 la distribution de sous-privil\u00e8ges pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 \u00e9lective de dirigeants politiques s\u2019accrochant \u00e0 leurs pouvoirs et \u00e0 leurs pr\u00e9rogatives, l\u2019acc\u00e8s des Indiens et plus g\u00e9n\u00e9ralement de centaines de millions de personnes \u00e0 \u00ab\u00a0une eau potable salubre et propre\u00a0\u00bb prendra de tr\u00e8s nombreuses ann\u00e9es.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Le droit \u00e0 l\u2019eau potable<\/strong> <\/p>\n<p>Depuis les ann\u00e9es 1990, on assiste \u00e0 la mise en place de man\u0153uvres mondiales autour de l\u2019eau \u00e0 une \u00e9chelle d\u2019autant plus inimaginable que le silence des grands m\u00e9dias fran\u00e7ais \u00e0 ce sujet est accablant, \u00e0 de tr\u00e8s rares exceptions pr\u00e8s. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[4494],"tags":[3677],"class_list":["post-92780","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-environnement","tag-eau"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92780","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92780"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92780\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":92781,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92780\/revisions\/92781"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92780"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92780"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92780"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}