{"id":92983,"date":"2017-02-16T21:00:11","date_gmt":"2017-02-16T20:00:11","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=92983"},"modified":"2017-02-16T21:22:27","modified_gmt":"2017-02-16T20:22:27","slug":"chine-precher-en-chine-2-par-dd-dh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/02\/16\/chine-precher-en-chine-2-par-dd-dh\/","title":{"rendered":"CHINE &#8211; Pr\u00eacher en Chine 2, par DD &#038; DH"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Les d\u00e9boires des J\u00e9suites pourraient inciter \u00e0 penser qu&rsquo;il est difficile d&rsquo;introduire une nouvelle croyance en Chine et que toute importation se heurte \u00e0 la barri\u00e8re de la Muraille ! La r\u00e9alit\u00e9 est plus complexe : des croyances tr\u00e8s diverses y ont toujours eu droit de cit\u00e9 assez librement et il est m\u00eame presque facile d&rsquo;y devenir soi-m\u00eame une divinit\u00e9. <!--more-->Matteo Ricci l&rsquo;a d\u00e9montr\u00e9 ! La Chine a un panth\u00e9on d&rsquo;une telle exub\u00e9rante richesse que les portes en sont encore largement ouvertes \u00e0 ceux et celles qui ont fait la preuve, un jour ou l&rsquo;autre, de leur utilit\u00e9 et de leur pouvoir. Matteo Ricci commandait avec aisance aux m\u00e9canismes compliqu\u00e9s des horloges dont raffolaient les derniers souverains Ming, il \u00e9tait tout naturel qu&rsquo;il dev\u00eent \u00e0 jamais le dieu protecteur des r\u00e9parateurs de montres, comme il l&rsquo;est sans doute \u00e0 Shanghai (\u00e0 l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 ouest de la rue de Nankin) de l&rsquo;enfilade des luxueuses boutiques mitoyennes o\u00f9 se d\u00e9cline, de vitrine en vitrine, tout ce que l&rsquo;horlogerie suisse \u00e9labore de plus prestigieux ! On peut imaginer que s&rsquo;en r\u00e9clament \u00e9galement, pour la prosp\u00e9rit\u00e9 de leur n\u00e9goce, les vendeurs ambulants qui proposent au touriste des Rolex \u00e0 10 euros ! Il n&rsquo;est pas de ph\u00e9nom\u00e8ne plus \u00ab\u00a0d\u00e9mocratique\u00a0\u00bb que la r\u00e9partition des dieux en Chine et chacun a l\u00e9gitimement droit au sien, y compris les voleurs et les faussaires !<\/p>\n<p>Introduire une nouvelle religion est donc, dans un contexte aussi naturellement accueillant et tol\u00e9rant, une entreprise qui ne rencontre pas de r\u00e9ticences a priori. Venu d&rsquo;Inde, le bouddhisme s&rsquo;est introduit en Chine au 1er si\u00e8cle sans soulever de plus gros probl\u00e8mes que ceux de la traduction des soutras en sanscrit ou en pali pour laquelle les \u00e9quivalents chinois manquaient le plus souvent (on fit avec les moyens du bord et on eut recours, faute d&rsquo;autres, \u00e0 des notions emprunt\u00e9es au tao\u00efsme). Cette religion a beau contrevenir aux traditions familiales chinoises les plus ancr\u00e9es, comme c&rsquo;est le cas pour le c\u00e9libat et le retrait oisif dans des monast\u00e8res adopt\u00e9s par son clerg\u00e9, elle a pu se d\u00e9velopper pacifiquement (si l&rsquo;on excepte une p\u00e9riode de pers\u00e9cution sous les Tang pour des raisons autres que proprement religieuses) et prosp\u00e9rer jusqu&rsquo;\u00e0 nos jours avec beaucoup de constance, en jouissant le plus souvent de la protection du pouvoir. Le catholicisme aurait pu conna\u00eetre durablement le m\u00eame bienveillant accueil, il aurait sans doute suffi que quelques traductions opportunes (pr\u00e9cis\u00e9ment celles que les J\u00e9suites sugg\u00e9raient et pour lesquelles ils furent condamn\u00e9s) aient contribu\u00e9 \u00e0 le siniser dans des proportions suffisantes. D&rsquo;ailleurs, <strong>Lu Xun<\/strong>, dans une note de juillet 1934 de ses <u>Essais<\/u>, d\u00e9plorait avec amertume cette perm\u00e9abilit\u00e9 des esprits chinois \u00e0 tout ce qui se pr\u00e9sente en mati\u00e8re de croyance : \u00ab\u00a0<em>Ainsi tout en honorant Confucius, ils (les lettr\u00e9s) rendent un culte au Bouddha Vivant, tel l&rsquo;homme qui ach\u00e8te plusieurs marchandises et titres diff\u00e9rents ou d\u00e9pose son argent dans des banques diff\u00e9rentes parce qu&rsquo; il n&rsquo;a pas confiance en une seule<\/em>\u00ab\u00a0. Mentalit\u00e9 de joueur toujours pr\u00eat \u00e0 investir : plus j&rsquo;ach\u00e8te de billets de loterie, plus j&rsquo;ai de chances de remporter le gros lot et de grappiller, au passage, quelques menus remboursements ! S&rsquo;il n&rsquo;en a pas \u00e9t\u00e9 ainsi, c&rsquo;est que le christianisme, o\u00f9 le Livre et la Parole divine font autorit\u00e9 et r\u00e9clament une imp\u00e9rative exclusivit\u00e9, exige et impose de fermer d\u00e9finitivement la porte \u00e0 toute autre pratique. Toute religion qui se veut \u00ab\u00a0r\u00e9v\u00e9l\u00e9e\u00a0\u00bb est par d\u00e9finition porteuse de l&rsquo;unique V\u00e9rit\u00e9 de tous les temps. Adopter le Dieu des chr\u00e9tiens et se faire baptiser, c&rsquo;\u00e9tait reconna\u00eetre cette V\u00e9rit\u00e9, donc abjurer toutes les autres croyances, renoncer \u00e0 tous les dieux familiers dont le quotidien \u00e9tait tiss\u00e9 et surtout abandonner le culte, encore plus fondamental, des anc\u00eatres. Les missionnaires pouvaient \u00e0 la rigueur convaincre qu&rsquo;un certain nombre de divinit\u00e9s locales dont on avait oubli\u00e9 les origines et qui ne rendaient pas grand service devaient \u00eatre cong\u00e9di\u00e9es, mais le culte des anc\u00eatres ne pouvait \u00eatre l&rsquo;objet d&rsquo;une n\u00e9gociation.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ce que les J\u00e9suites avaient tr\u00e8s vite compris et c&rsquo;est en faisant usage d&rsquo;une souplesse toute chinoise qu&rsquo;ils avaient opt\u00e9 pour tol\u00e9rer chez leurs convertis le culte rendu aux anc\u00eatres, jug\u00e9 par eux compatible avec la foi chr\u00e9tienne. Une fois cet obstacle lev\u00e9 et l&rsquo;image du Christ en croix laiss\u00e9e dans la p\u00e9nombre de la sacristie, les pr\u00e9ceptes moraux fond\u00e9s sur les Dix Commandements \u00e9taient au demeurant tout \u00e0 fait sino-compatibles et beaucoup d&rsquo;entre eux entraient spontan\u00e9ment en r\u00e9sonance avec les maximes confuc\u00e9ennes au point que leur adoption par des Chinois n&rsquo;exigeait d&rsquo;eux aucun grand \u00e9cart. La mentalit\u00e9 chinoise est accoutum\u00e9e aux perp\u00e9tuels ajustements et accommodements qu&rsquo;exige le flux des mutations et elle pratique spontan\u00e9ment une forme \u00e9lastique d&rsquo;adaptation permanente \u00e0 la nouveaut\u00e9. Le christianisme \u00e9tait pour elle une couleur de plus dans l&rsquo;arc-en-ciel des religions et spiritualit\u00e9s ! Mais ceux qui le pr\u00eachaient se voulaient strictement monochromes et mena\u00e7aient de l&rsquo;enfer les tenants d&rsquo;une plus riche palette des couleurs&#8230; Incompr\u00e9hensible pour un Chinois, imperm\u00e9able \u00e0 tout dogmatisme et naturellement pragmatique. M\u00eame aux prises avec l&rsquo;implacable Destin, un Chinois a toujours, toute pr\u00eate, une ruse qui le d\u00e9jouera ! Pour illustrer cette plasticit\u00e9 chinoise, <strong>Lu Xun<\/strong> prend l&rsquo;exemple d&rsquo;une croyance en cours au Japon (o\u00f9 il avait fait ses \u00e9tudes) : les femmes n\u00e9es dans l&rsquo;ann\u00e9e <em>Ping-wou<\/em> y \u00e9taient victimes d&rsquo;une mal\u00e9diction. Si elles se mariaient, elles \u00e9taient in\u00e9luctablement vou\u00e9es \u00e0 tuer leur \u00e9poux, et cela jusqu&rsquo;\u00e0 cinq ou six fois de suite si, contre tout bon sens, elles s&rsquo;obstinaient \u00e0 se remarier. Au Japon, ces femmes \u00e9taient donc condamn\u00e9es au c\u00e9libat sans l&rsquo;ombre d&rsquo;un recours. Comment croyez-vous qu&rsquo;en semblable cas les choses se passent en Chine ? <strong>Lu Xun<\/strong> nous le d\u00e9taille : \u00ab\u00a0<em>Il y a toujours un pr\u00eatre &#8212; ou ce qui passe pour tel &#8212; qui dispose d&rsquo;un rem\u00e8de remarquable ; il aura cinq ou six hommes sculpt\u00e9s dans du bois de p\u00eacher, tracera sur eux des charmes magiques et, apr\u00e8s les avoir mari\u00e9s \u00e0 cette femme, il les br\u00fblera ou les enterrera; ainsi l&rsquo;homme qui l&rsquo;\u00e9pouse ensuite, devenant le septi\u00e8me, est hors de<\/em> <em>danger.<\/em>\u00a0\u00bb Plus loin, il ajoute ce commentaire navr\u00e9 : \u00ab\u00a0<em>Les lettr\u00e9s confuc\u00e9ens adorent \u00e9galement<\/em> <em>Bouddha<\/em>. <em>Les combattants qui aujourd&rsquo;hui croient en A demain croient en B. (&#8230;) La g\u00e9omancie, les sortil\u00e8ges, les pri\u00e8res fixent le sort, la d\u00e9pense d&rsquo;un peu d&rsquo;argent ou quelques courbettes le rendraient tout \u00e0 fait diff\u00e9rent de celui qui \u00e9tait pr\u00e9destin\u00e9 &#8212; en d&rsquo;autres termes, il n&rsquo;\u00e9tait pas pr\u00e9destin\u00e9. (&#8230;) Pour moi, c&rsquo;est une bonne chose que les Chinois qui croient au destin croient aussi que le destin peut \u00eatre conjur\u00e9. Seulement jusqu&rsquo;ici nous avons employ\u00e9 la superstition pour contrer une autre superstition de sorte que le r\u00e9sultat est le m\u00eame<\/em>.\u00a0\u00bb (<u>Essais,<\/u>\u00a0note d&rsquo;octobre 1934).<\/p>\n<p>On comprend bien que les missionnaires, ceux qui prirent la place des J\u00e9suites apr\u00e8s leur \u00e9viction (surtout des Lazaristes) et purent reprendre l&rsquo;\u00e9vang\u00e9lisation de la Chine \u00e0 la faveur de son \u00ab\u00a0ouverture\u00a0\u00bb forc\u00e9e par les deux Guerres de l&rsquo;Opium, se sont sans doute plus d&rsquo;une fois arrach\u00e9 les cheveux en se heurtant \u00e0 cette conception multipolaire des croyances : la chasse aux amulettes, aux talismans et aux pratiques magiques en tout genre a d\u00fb leur appara\u00eetre plus d&rsquo;une fois perdue d&rsquo;avance ! Les vaticinations du <strong>P.<\/strong>\u00a0<strong>Henri Dor\u00e9<\/strong> contre les superstitions (dont il d\u00e9sesp\u00e8re visiblement d&rsquo;\u00e9radiquer tous les surgeons) publi\u00e9es en treize volumes (c&rsquo;est qu&rsquo;il y a de quoi faire !) \u00e0 partir de 1911 sous le titre <em><u>Recherches sur les superstitions en Chine<\/u><\/em>, t\u00e9moignent de cette croisade toujours \u00e0 recommencer. Traditionnellement, moyennant encens, dons et pri\u00e8res, les Chinois attendent de leurs dieux qu&rsquo;ils leur viennent en aide et favorisent leurs entreprises. Le Dieu des chr\u00e9tiens ayant \u00e9galement cette comp\u00e9tence dans ses attributions, les Chinois ne voyaient qu&rsquo;avantages \u00e0 l&rsquo;adopter, mais souvent sans renoncer compl\u00e8tement aux rituels auxquels leurs anc\u00eatres avaient toujours fait confiance et dont ils comprenaient mal qu&rsquo;ils eussent \u00e0 voir avec le p\u00e9ch\u00e9 et l&rsquo;enfer et, surtout, qui en avait d\u00e9cid\u00e9 ainsi !<\/p>\n<p>La religion chr\u00e9tienne cumulait quelques handicaps : elle \u00e9tait \u00e9troitement li\u00e9e aux <em>yang guizi<\/em>, les \u00ab\u00a0diables \u00e9trangers\u00a0\u00bb dont la Chine avait d\u00fb accepter l&rsquo;inique pr\u00e9sence dans les concessions extorqu\u00e9es par la force lors des trait\u00e9s in\u00e9gaux; elle avait l&rsquo;exorbitante pr\u00e9tention d&rsquo;imposer un Dieu unique qui \u00e9vin\u00e7ait tous les autres install\u00e9s en Chine de si longue date ; elle exigeait des fid\u00e8les une pratique assidue et une sinc\u00e9rit\u00e9 absolue de la foi auxquelles ils n&rsquo;\u00e9taient pas habitu\u00e9s. N\u00e9anmoins, elle se fit des adeptes gr\u00e2ce \u00e0 son message d&rsquo;amour universel et de charit\u00e9 qui, lui, \u00e9tait de nature \u00e0 toucher profond\u00e9ment le c\u0153ur des Chinois, toujours spontan\u00e9ment sensibles aux sentiments de communion et d&rsquo;entraide au sein d&rsquo;un groupe.<\/p>\n<p>Il est assez aventureux d&rsquo;\u00e9valuer le nombre actuel des chr\u00e9tiens en Chine, ne serait-ce que parce que, du c\u00f4t\u00e9 des catholiques, deux \u00c9glises coexistent et que la \u00ab\u00a0clandestine\u00a0\u00bb qui pratique sa foi \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;officielle dite \u00ab\u00a0patriotique\u00a0\u00bb rend l&rsquo;estimation un peu hasardeuse. Le chiffrage varie, selon les sources, entre 50 et 100 millions pour la totalit\u00e9 des chr\u00e9tiens. Parmi eux, on compte, toujours selon les sources, 6 \u00e0 10 fois plus de protestants que de catholiques. Tout le monde semble d&rsquo;accord en revanche pour estimer que la tendance actuelle va dans le sens d&rsquo;un essor g\u00e9n\u00e9ral de la christianisation et semble mener aussi vers une certaine normalisation des relations Chine-Vatican (en particulier sur le sujet \u00e9pineux de la nomination des \u00e9v\u00eaques).<\/p>\n<p>En fait, qu&rsquo;est-ce qui met parfois en \u00e9chec la tol\u00e9rance naturelle de la Chine envers les religions et entra\u00eene de brutales pouss\u00e9es de fi\u00e8vre d\u00e9bouchant sur de tr\u00e8s intol\u00e9rantes pers\u00e9cutions ?<\/p>\n<p>La r\u00e9ponse saute aux yeux \u00e0 travers tous les exemples que nous offre l&rsquo;Histoire : en Chine les religions sont tol\u00e9rables tant qu&rsquo;elles restent \u00e0 leur place. Tout en bas ! Elles sont en effet traditionnellement et depuis toujours consid\u00e9r\u00e9es en haut lieu comme une forme de pens\u00e9e de basse intensit\u00e9 et, disons le tout net, de nature inf\u00e9rieure. Leur emprise sur les gens de peu est donc admissible et la pratique peut m\u00eame en \u00eatre encourag\u00e9e, voire subventionn\u00e9e dans la mesure o\u00f9 elle appara\u00eet plut\u00f4t de nature \u00e0 contribuer efficacement \u00e0 la paix sociale en domestiquant les aspirations et canalisant les m\u00e9contentements.<\/p>\n<p>L&rsquo;intol\u00e9rance commence toujours d\u00e8s qu&rsquo;une religion menace le pouvoir ou du moins empi\u00e8te sur ce qu&rsquo;il estime \u00eatre ses pr\u00e9rogatives. Si une croyance \u00e9rig\u00e9e en religion ou secte mord la ligne rouge, la riposte est imm\u00e9diate du c\u00f4t\u00e9 du pouvoir. C&rsquo;est une riposte de ce genre qui a fondu sur le bouddhisme au VIIIe si\u00e8cle (sous les Tang), comme nous l&rsquo;avons \u00e9voqu\u00e9 plus haut. Enhardis jusqu&rsquo;\u00e0 oser narguer le pouvoir en place et tenter de gruger le Tr\u00e9sor imp\u00e9rial, des villages entiers, \u00e0 l&rsquo;instigation de bonzes, se proclam\u00e8rent \u00ab\u00a0communaut\u00e9s monastiques\u00a0\u00bb, acqu\u00e9rant de ce fait un statut qui les exemptait de corv\u00e9es et d&rsquo;imp\u00f4ts ! R\u00e9ponse du tr\u00f4ne : un grand et vigoureux m\u00e9nage par la confiscation des biens du clerg\u00e9 et la pers\u00e9cution d&rsquo;une partie des adeptes. Il est bon de se souvenir que les dynasties successives eurent toutes \u00e0 redouter les soul\u00e8vements sporadiques de groupes sectaires inspir\u00e9s \u00e0 des degr\u00e9s divers d&rsquo; un messianisme puis\u00e9 aux sources de religions disparates et refondu en un m\u00e9li-m\u00e9lo d\u00e9concertant (pour nous, mais pas pour les Chinois !) : l&rsquo;instigateur de la fameuse r\u00e9volte des Taiping, Hong Xiuquan, qui donna tant de fil \u00e0 retordre \u00e0 la Dynastie Qing et pr\u00e9cipita son d\u00e9clin, ne se proclamait-il pas \u00ab\u00a0fr\u00e8re de J\u00e9sus-Christ\u00a0\u00bb ? Sachant cela il n&rsquo;est pas si \u00e9tonnant que, par ricochet, missionnaires et religieuses aient eu dans tout le pays quelques mauvais quarts d&rsquo;heure \u00e0 passer en ce milieu de XIXe si\u00e8cle !<\/p>\n<p>L&rsquo;exasp\u00e9ration du pouvoir chinois est \u00e0 son comble quand les d\u00e9sagr\u00e9ments que lui causent les religions se teintent d&rsquo;une ing\u00e9rence \u00e9trang\u00e8re. Nous en avons eu un exemple significatif avec la \u00ab\u00a0Querelle des Rites\u00a0\u00bb au XVIIIe s o\u00f9 nous avons vu l&rsquo;Empereur Yongzheng r\u00e9agir violemment \u00e0 l&rsquo;intervention du Pape qui s&rsquo;arrogeait le droit de juger des coutumes chinoises et d&rsquo;en d\u00e9cider l&rsquo;interdiction \u00e0 une partie de la population.<\/p>\n<p>Ce qui fut vrai sous l&rsquo;Empire est toujours absolument le cas. Nous le voyons avec Falun gong : plus que tol\u00e9r\u00e9e puisqu&rsquo; encourag\u00e9e \u00e0 ses d\u00e9buts (apr\u00e8s les \u00ab\u00a0\u00e9v\u00e9nements de 1989\u00a0\u00bb), la secte de Li Hongzhi a franchi la ligne rouge en encerclant d&rsquo;une cha\u00eene humaine le si\u00e8ge du gouvernement \u00e0 P\u00e9kin en 1999. Aggravant son cas de l\u00e8se-Zhongnanhai, le gourou s&rsquo;est alors exil\u00e9 aux \u00c9tats-Unis d&rsquo;o\u00f9 d\u00e9sormais il diffuse son message et vend ses amulettes, entra\u00eenant une traque d&rsquo;autant plus sans merci de ses adeptes sur le territoire chinois. C&rsquo;est aussi l\u00e0 que git un des li\u00e8vres du \u00ab\u00a0probl\u00e8me tib\u00e9tain\u00a0\u00bb : le lama\u00efsme est une forme du bouddhisme qui d\u00e9range consid\u00e9rablement P\u00e9kin dans la mesure o\u00f9 il suppose l&rsquo;existence d&rsquo;une th\u00e9ocratie r\u00e9gie selon la loi, purement religieuse, du <em>dharma<\/em>. Le pouvoir mandchou des Qing l&rsquo;avait \u00ab\u00a0achet\u00e9\u00a0\u00bb en lui offrant un temple magnifique \u00e0 P\u00e9kin. Le PCC a d&rsquo;autant plus de mal \u00e0 trouver le mode d&#8217;emploi d&rsquo;une conciliation avec lui qu&rsquo;il sait que, de longue date, sont \u00e0 la man\u0153uvre en sous-main des officines \u00e9tats-uniennes (cf. archives d\u00e9classifi\u00e9es de la CIA).<\/p>\n<p>Il reste que cette crispation de la Chine sur elle-m\u00eame (associ\u00e9e \u00e0 la phobie de l&rsquo;\u00e9tranger et \u00e0 la pers\u00e9cution de l&rsquo;Autre) au contact de religions qui, \u00e0 la diff\u00e9rence des \u00ab\u00a0superstitions\u00a0\u00bb fantaisistes des gens du peuple, englobent par nature tous les domaines de la vie politique, sociale et affective, est sans doute le sympt\u00f4me de quelque chose de l&rsquo;ordre d&rsquo;une n\u00e9vrose nationale.<\/p>\n<p>L&rsquo;affaire est \u00e0 creuser, mais un ouvrage d\u00e9j\u00e0 un peu ancien (1984) a mis le doigt sur cet autisme qui saisit la Chine confront\u00e9e \u00e0 un dehors qui \u00e9branle les fondations de la Muraille. C&rsquo;est \u00e0 dessein que ce sont les mots \u00ab\u00a0Muraille\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Face\u00a0\u00bb qui servent \u00e0 nommer la Chine tout au long de \u00ab\u00a0<u>Chine. Mirage d&rsquo;une \u00e9ternit\u00e9<\/u>\u00a0\u00bb de <strong>Sandra Palmer<\/strong> (pseudonyme de quelqu&rsquo;un dont on devine, sans en savoir plus, qu&rsquo;il fut amen\u00e9 \u00e0 vivre \u00e0 P\u00e9kin au tournant des ann\u00e9es 70-80). Nous en extrayons une courte citation \u00e9voquant la situation de rivalit\u00e9 dans laquelle se trouvent l&rsquo;\u00c9glise et la Face : \u00ab\u00a0<em>Chacune s&rsquo;appuie sur la m\u00eame structure d&rsquo;exclusion :\u00a0\u00bbHors de l&rsquo;\u00c9glise point de salut &#8212; Hors de la Face point d&rsquo;humain\u00a0\u00bb (&#8230;) Or la Face flaire sa faiblesse : l&rsquo;\u00c9glise, par la diffusion de son identit\u00e9 qu&rsquo;elle m\u00e9diatise d&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, d\u00e9passe l&rsquo;exclusion pour r\u00e9aliser la synth\u00e8se totalisante; tandis que la Face ne r\u00e9p\u00e8te r\u00e9gressivement que son identit\u00e9 sp\u00e9culaire, dans le refus de toute m\u00e9diation et l&rsquo;exclusion n\u00e9antisante de l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9; autrement dit la Face affronte l&rsquo;Esprit : elle saisit confus\u00e9ment que si l&rsquo;\u00c9glise est le salut, elle n&rsquo;est elle-m\u00eame que farce, ou Pharaon, ou Pharisienne, car elle n&rsquo;est que rite et mur : la Face, cet empire du pharisa\u00efsme, ne supporte pas l&rsquo;\u00c9vangile<\/em>.\u00a0\u00bb Outre que ce bel album au format italien est illustr\u00e9 de photos superbes d&rsquo;Antoine Borrom\u00e9e, nous promettons d&rsquo;y revenir tant les fragments de texte qui le ponctuent comme autant de chapitres sont corrosifs et d\u00e9capants, donc particuli\u00e8rement stimulants pour fouetter la r\u00e9flexion de quiconque s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la Chine.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sacre\u00cc\u0081-Coeur.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-92984\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Sacre\u00cc\u0081-Coeur.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"1078\" \/><\/a><\/p>\n<p>========================================<br \/>\n<strong>Ouvrages cit\u00e9s :<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lou Sin<\/strong> (Lu Xun) \u00ab\u00a0<u>Essais choisis<\/u>\u00a0\u00bb (2 tomes) Coll. 10-18 (1976)<\/p>\n<p><strong> Henri Dor\u00e9<\/strong> \u00ab\u00a0<u>Recherches sur les superstitions en Chine<\/u>\u00a0\u00bb R\u00e9\u00e9dit\u00e9 par Editions You Feng (1995)<\/p>\n<p><strong>Sandra Palmer et Antoine Borrom\u00e9e<\/strong> \u00ab\u00a0<u>Chine. Mirage d&rsquo;une \u00e9ternit\u00e9<\/u>\u00a0\u00bb Ed. Meng\u00e8s (1984)<\/p>\n<p><strong>Note concernant la photo jointe<\/strong> : elle date de 2009 et la r\u00e9gion dont il s&rsquo;agit (le Guizhou) a \u00e9t\u00e9 \u00e9vang\u00e9lis\u00e9e au d\u00e9but du XX\u00e8me si\u00e8cle par une Mission fran\u00e7aise assez audacieuse pour s&rsquo;aventurer dans cette zone tr\u00e8s montagneuse, rest\u00e9e enclav\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 une \u00e9poque extr\u00eamement r\u00e9cente et peupl\u00e9e surtout de minorit\u00e9s non Han. La cath\u00e9drale de la capitale, Guiyang, encore vou\u00e9e en 2000 (date de notre premi\u00e8re visite) \u00e0 l&rsquo;imagerie d&rsquo;\u00c9pinal du Sacr\u00e9 C\u0153ur et \u00e0 la statuaire saint sulpicienne la plus dix-neuvi\u00e8miste (Ste Th\u00e9r\u00e8se de Lisieux, St Vincent de Paul, Bernadette Soubirous&#8230; ), a depuis fait peau neuve sous le d\u00e9sormais seul patronage du Bon Pasteur et d&rsquo;un tr\u00e8s sobre chemin de croix. On le voit, les gens sont rest\u00e9s fid\u00e8les aux images d&rsquo;antan. Les sentences calligraphi\u00e9es qui parlent de vertu, droiture et bienveillance infinies ne sont chr\u00e9tiennes que de fa\u00e7on subliminale. N&rsquo;importe quel confuc\u00e9en bon teint peut les prendre \u00e0 son compte.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Les d\u00e9boires des J\u00e9suites pourraient inciter \u00e0 penser qu&rsquo;il est difficile d&rsquo;introduire une nouvelle croyance en Chine et que toute importation se heurte \u00e0 la barri\u00e8re de la Muraille ! La r\u00e9alit\u00e9 est plus complexe : des croyances tr\u00e8s diverses y ont toujours eu droit de cit\u00e9 assez librement et il est m\u00eame [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4489,4941],"tags":[40,5208],"class_list":["post-92983","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chine","category-christianisme","tag-chine","tag-jesuites"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92983","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=92983"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92983\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":92988,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/92983\/revisions\/92988"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=92983"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=92983"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=92983"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}