{"id":93902,"date":"2017-03-23T20:22:44","date_gmt":"2017-03-23T19:22:44","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=93902"},"modified":"2017-03-23T22:26:05","modified_gmt":"2017-03-23T21:26:05","slug":"telerama-le-25-mars-page-31-texte-revu","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/03\/23\/telerama-le-25-mars-page-31-texte-revu\/","title":{"rendered":"T\u00e9l\u00e9rama, le 25 mars, page 31 (texte revu)"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Un texte r\u00e9tabli, \u00e0 partir de la retranscription, extrait de l&rsquo;entretien que j&rsquo;ai accord\u00e9 \u00e0 T\u00e9l\u00e9rama. Il remplacera le texte en ce moment en ligne sur Telerama.fr. Le texte dans la version papier n&rsquo;est \u00e9videmment malheureusement pas modifiable.<\/p><\/blockquote>\n<p>Anthropologue, ex-trader, sp\u00e9cialiste de la finance, Paul Jorion ne voit pas de mont\u00e9e de la haine dans le pays. Mais il estime que jamais dans l\u2019histoire du capitalisme le m\u00e9canisme de concentration de la richesse n\u2019a \u00e9t\u00e9 aussi puissant. Et il esp\u00e8re un sursaut. Le titre de son dernier livre ? <em>Se d\u00e9barrasser du capitalisme est une question de survie<\/em>&#8230;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><strong>En quoi le syst\u00e8me capitaliste est-il de plus en plus violent ?<\/strong><\/p>\n<p>Il ne cesse de perfectionner les m\u00e9canismes de concentration de la richesse. Le premier facteur de cette concentration, qui existait d\u00e9j\u00e0 au XIXe si\u00e8cle, c\u2019est le versement d\u2019int\u00e9r\u00eats et de dividendes, qui n\u2019\u00e9tait pas probl\u00e9matique lorsque ces int\u00e9r\u00eats n\u2019\u00e9taient qu\u2019une partie d\u2019une nouvelle richesse cr\u00e9\u00e9e. Avec le pr\u00eat \u00e0 la consommation, les int\u00e9r\u00eats ne sont plus le reflet d\u2019une nouvelle richesse, mais une hypoth\u00e8que sur des salaires \u00e0 venir. On a remplac\u00e9 le salaire manquant par un acc\u00e8s facilit\u00e9 au cr\u00e9dit. C\u2019est ainsi qu\u2019on peut faire red\u00e9marrer une \u00e9conomie non pas parce que les gens ont plus d\u2019argent mais parce qu\u2019ils peuvent emprunter davantage, et donc s\u2019appauvrir. Et cr\u00e9er des bulles financi\u00e8res au passage, qui \u00e9clateront un jour.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment de concentration de la richesse, c\u2019est la lev\u00e9e des interdictions de la sp\u00e9culation un peu partout \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. Jusqu\u2019en 1885, en France, il \u00e9tait interdit de parier \u00e0 la baisse ou \u00e0 la hausse des titres financiers. Aujourd\u2019hui, n\u2019importe qui peut parier sur n\u2019importe quoi, ce qui cr\u00e9e un risque qui n\u2019existait pas jusque-l\u00e0 et favorise la concentration de la richesse. La sp\u00e9culation fait encore partie du capitalisme de type classique. Avec le troisi\u00e8me \u00e9l\u00e9ment, en revanche, on sort de ce mod\u00e8le.<\/p>\n<p><strong>De quoi s\u2019agit-il ?<\/strong><\/p>\n<p>Des produits d\u00e9riv\u00e9s, n\u00e9s de la fin d\u2019un ordre mon\u00e9taire international en 1971 et de la d\u00e9rive ultra-lib\u00e9rale qui d\u00e9bute \u00e0 cette \u00e9poque. Ce sont notamment les fameux CDS (Credit-default Swap), des contrats qui permettent de s\u2019assurer contre tout risque de perte sur un instrument de dette, mais qu\u2019on peut utiliser aussi comme un instrument de pari ! En septembre 2008, toutes les Banques centrales sont venues au secours de la compagnie AIG qui avait assur\u00e9 ces CDS et qui devait payer aux d\u00e9tenteurs de titres 180 milliards de dollars \u00e9vanouis, alors qu\u2019elle ne disposait que de 6 milliards de r\u00e9serves. Eh bien ce sont les gouvernements qui ont pay\u00e9 int\u00e9gralement ! Donc les contribuables. Alors que lors de la crise de1929, les riches avaient beaucoup perdu, en 2008, ils n\u2019ont pas perdu un centime. Pourtant, la moiti\u00e9 de cette perte de 180 milliards \u00e9tait le r\u00e9sultat de paris sp\u00e9culatifs. BNP Paribas et Soci\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u00e9taient parmi les plus gros d\u00e9tenteurs d\u2019obligations et de paris. C\u2019est la France qui avait insist\u00e9 pour que les sommes soient vers\u00e9es int\u00e9gralement aux parieurs.<\/p>\n<p><strong>Fran\u00e7ois Fillon \u00e9tait alors Premier ministre, et c\u2019est lui qui demande aujourd\u2019hui au peuple d\u2019\u00eatre raisonnable\u2026<\/strong><\/p>\n<p>On ne sait pas si c\u2019est de l\u2019inconscience ou de l\u2019arrogance de classe. Ce sont des gens \u00e0 qui les pauvres paraissent exotiques. Ils pensent que les sommes extravagantes vers\u00e9es par le march\u00e9 r\u00e9compensent soit le talent soit une prise de risque. Dans mon livre sur Keynes (<i>Penser tout haut l\u2019\u00e9conomie avec Keynes<\/i>, 2015), j\u2019ai soulign\u00e9 qu\u2019au contraire les gens qui obtiennent des surprofits r\u00e9coltent les fruits d\u2019avoir su se d\u00e9barrasser du risque sur les autres.<\/p>\n<p><strong>Cette concentration de la richesse explique-t-elle la mont\u00e9e du populisme ?<\/strong><\/p>\n<p class=\"p1\">Ce qui suscite les votes de protestation, c\u2019est la remise en question de l\u2019Etat-providence, que l\u2019on aurait d\u00fb inscrire dans les constitutions pendant les Trente Glorieuses, au lieu d\u2019en faire un appendice de la croissance. Les gens ne votent plus \u201cpour\u201d aux \u00e9lections, il votent contre. Et contre l\u2019ultra-lib\u00e9ralisme ! Au petit bonheur la chance, en fonction des personnalit\u00e9s. Si l\u2019on additionne l\u2019extr\u00eame-droite et l\u2019extr\u00eame-gauche, cela fait du monde.<\/p>\n<p><strong>Dans ces votes protestataires, ne trouve-t-on pas une volont\u00e9 d\u2019en finir avec l\u2019ultra-lib\u00e9ralisme ?<\/strong><\/p>\n<p>Bien s\u00fbr, et la situation est aggrav\u00e9e par le fait que l\u2019opinion publique a compris qu\u2019une grande partie du pouvoir \u00e9conomique et financier a \u00e9chappe aux juridictions nationales et que les Trait\u00e9s de libre-\u00e9change ne feraient qu\u2019aggraver cette tendance. Elle a compris que d\u2019autres droits encore seront confisqu\u00e9s par les puissances d\u2019argent si on permet \u00e0 des tribunaux arbitraux de donner tort \u00e0 des Etats contre lesquels des transnationales ont port\u00e9 plainte. Il faut savoir que ces tribunaux d\u2019arbitrage s\u2019inscrivent dans une tradition qui est celle du droit maritime, qu\u2019en l\u2019absence d\u2019un droit v\u00e9ritablement mondial, on recourt par d\u00e9faut au droit qui existe depuis le XVIIe si\u00e8cle pour r\u00e9gler des conflits entre personnes appartenant \u00e0 des Etats diff\u00e9rents. Ce droit n\u2019\u00e9tait \u00e9videmment pas fait pour r\u00e9gler des rapports entre des Etats et des firmes dont le budget d\u00e9passe souvent celui de ces Etats.<\/p>\n<p><strong>Face \u00e0 la mont\u00e9e de la pauvret\u00e9, la mesure que pr\u00e9conise Beno\u00eet Hamon d\u2019un revenu universel vous parait-elle appropri\u00e9e ?<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019id\u00e9e est sympathique, mais j\u2019ai une critique du m\u00eame ordre que celle qu\u2019\u00e9met Thomas Piketty qui fait partie de son \u00e9quipe. Dans le syst\u00e8me capitaliste actuel, avec une id\u00e9ologie ultra-lib\u00e9rale et la sp\u00e9culation autoris\u00e9e, moi qui ai \u00e9t\u00e9 dix-huit ans banquier, je peux affirmer que 90% des sommes qu\u2019on distribuera se retrouveront dans le coffre des banques, parce qu\u2019on r\u00e9unira l\u00e0 des \u00e9quipes qui r\u00e9fl\u00e9chiront \u00e0 comment d\u00e9tourner cet argent. Ma proposition alternative, c\u2019est d\u2019\u00e9tendre la gratuit\u00e9. On peut revenir \u00e0 une sant\u00e9 et une \u00e9ducation gratuite, et d\u00e9velopper la gratuit\u00e9 de l\u2019eau, des transports publics, et d\u2019une alimentation de base. Ce qui ne repr\u00e9senterait pas des sommes consid\u00e9rables, serait \u00e0 l\u2019abri de la pr\u00e9dation des banques, et irait \u00e0 l\u2019encontre du consum\u00e9risme &#8211; contre lequel un revenu universel ne serait pas prot\u00e9g\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le climat de cette campagne pr\u00e9sidentielle vous inqui\u00e8te t-il ?<\/strong><\/p>\n<p>Oui, parce que je ne suis pas certain que ceux qui h\u00e9sitent au premier tour entre Hamon et M\u00e9lenchon se reporteront sur Macron qui &#8211; faute de mieux &#8211; incarne un ultra-lib\u00e9ralisme \u00ab\u00a0\u00e0 visage humain\u00a0\u00bb. Le climat actuel n\u2019est pas si \u00e9loign\u00e9 des ann\u00e9es 30. \u00ab\u00a0Tous pourris !\u00a0\u00bb, entend-on. \u00ab\u00a0Du balai !\u00a0\u00bb, dit M\u00e9lenchon, une image utilis\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e9poque par des gens qui n\u2019ont rien de sympathique. De la m\u00eame eau, les propos de Fillon qui appelle \u00e0 une r\u00e9bellion contre les pouvoirs d\u00e9mocratiques et \u00e0 la guerre civile. Ce sont des propos s\u00e9ditieux, apparent\u00e9s au boulangisme, qui dans d\u2019autres nations rel\u00e8vent de la haute trahison. Il faut faire attention car Marine Le Pen se tient bien dans les d\u00e9bats. Elle l\u2019emporte par sa faconde sur des gens qui ont de bien meilleurs arguments qu\u2019elle. Un sursaut de gauche contre l\u2019ultra-lib\u00e9ralisme est indispensable mais malheureusement peu r\u00e9aliste vu la fracture historiques de la gauche entre courants autoritaire et anti-autoritaire.<\/p>\n<p>Propos recueillis par Vincent Remy<\/p>\n<p><i>Se d\u00e9barrasser du capitalisme est une question de survie<\/i>. Ed Fayard 304 pages 19\u20ac<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Un texte r\u00e9tabli, \u00e0 partir de la retranscription, extrait de l&rsquo;entretien que j&rsquo;ai accord\u00e9 \u00e0 T\u00e9l\u00e9rama. Il remplacera le texte en ce moment en ligne sur Telerama.fr. Le texte dans la version papier n&rsquo;est \u00e9videmment malheureusement pas modifiable.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Anthropologue, ex-trader, sp\u00e9cialiste de la finance, Paul Jorion ne voit pas de mont\u00e9e de la haine dans [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[1,4454,17],"tags":[],"class_list":["post-93902","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-economie","category-france","category-politique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93902","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=93902"}],"version-history":[{"count":3,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93902\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":93919,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93902\/revisions\/93919"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=93902"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=93902"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=93902"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}