{"id":93946,"date":"2017-03-25T20:38:48","date_gmt":"2017-03-25T19:38:48","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=93946"},"modified":"2017-03-25T20:38:48","modified_gmt":"2017-03-25T19:38:48","slug":"chine-le-taoisme-par-le-chemin-des-ecoliers-par-dd-dh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/03\/25\/chine-le-taoisme-par-le-chemin-des-ecoliers-par-dd-dh\/","title":{"rendered":"CHINE &#8211; Le tao\u00efsme par le chemin des \u00e9coliers, par DD &#038; DH"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>D&rsquo;aucuns auront peut-\u00eatre remarqu\u00e9 que, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, nos petites chroniques chinoises ont, \u00e0 l&rsquo;exception de quelques remarques incidentes ici ou l\u00e0, \u00e9vit\u00e9 d&rsquo;aborder de front un sujet pourtant \u00f4 combien sp\u00e9cifiquement chinois : <strong>le tao\u00efsme<\/strong>. C&rsquo;est un gros morceau et il est assez coriace dans la mesure o\u00f9 le mot recouvre des \u00e9l\u00e9ments de philosophie, de religion et de croyances populaires plus disparates et confus que sagement ordonnables sous un m\u00eame chapitre. Nous choisissons donc pour nous en approcher (enfin) un chemin un peu buissonnier voire touristique : celui qui va nous mener en excursion au Mont Taishan (Shandong).<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>R\u00e9glons d&rsquo;abord encore une fois son compte au mot \u00ab\u00a0<em>tao<\/em>\u00a0\u00bb en le d\u00e9shabillant de la majuscule et du fatras mystico-fantasmagorique dont il se charge, vogue du <em>new age<\/em> aidant, en passant tel quel dans les langues occidentales. Il n&rsquo;a rien d&rsquo;\u00e9sot\u00e9rique, c&rsquo;est un mot de la langue courante, que les Chinois voient tous les jours sur les plaques de rues ou les panneaux d&rsquo;autoroutes puisqu&rsquo;il signifie fort prosa\u00efquement \u00ab\u00a0rue\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0route\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0voie\u00a0\u00bb. Quand il est employ\u00e9 dans le contexte auquel nous nous int\u00e9ressons ici, il prend le sens de \u00ab\u00a0mise en marche\u00a0\u00bb : \u00ab\u00a0<em>Un yin, un yang, voil\u00e0 ce qui met en marche<\/em>\u00ab\u00a0, autrement dit ce qui fait que l&rsquo;\u00e9change permanent Ciel\/Terre est activ\u00e9 et que l&rsquo;univers peut se mettre \u00e0 fonctionner. Disons aussi d&rsquo;entr\u00e9e de jeu que la question \u00ab\u00a0Etes-vous tao\u00efste ?\u00a0\u00bb plongera l&rsquo;interlocuteur chinois contemporain dans une grande perplexit\u00e9 et gageons qu&rsquo;il ne saura quoi r\u00e9pondre faute de comprendre \u00e0 quoi une telle question entend faire r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Utilisons donc un subterfuge pour approcher cette notion de la fa\u00e7on la plus concr\u00e8te possible. Ce subterfuge pr\u00e9sente l&rsquo;avantage d&rsquo;avoir trois mill\u00e9naires d&rsquo;existence et, \u00e9tant une r\u00e9f\u00e9rence commune \u00e0 la totalit\u00e9 des Chinois, de faire l&rsquo;unanimit\u00e9 parmi eux. On se souvient que, dans la cosmogonie chinoise, la vie des \u00ab\u00a0<em>dix mille \u00eatres<\/em>\u00a0\u00bb d\u00e9pend \u00e9troitement de l&rsquo;harmonie \u00e0 laquelle pr\u00e9sident les \u00e9changes r\u00e9ciproques du ciel et de la terre et que l&rsquo;univers ne se con\u00e7oit qu&rsquo;orient\u00e9 selon les cinq directions (les quatre points cardinaux et le centre) qui, faisant alterner les saisons, assurent la conformit\u00e9 r\u00e9gul\u00e9e du d\u00e9roulement temporel \u00ab\u00a0<em>sous le ciel<\/em>\u00ab\u00a0. Dans cette figuration de l&rsquo;espace-temps au niveau du vivant, les montagnes jouent un r\u00f4le privil\u00e9gi\u00e9 : non seulement, elles p\u00e8sent de tout leur poids pour emp\u00eacher la terre de trembler et les fleuves de d\u00e9border, mais leurs sommets, par leur fonction d&rsquo;\u00ab\u00a0<em>assembleurs de nuages<\/em>\u00ab\u00a0, dispensent autour d&rsquo;eux les pluies fertilisantes dont les cultures ont besoin. Leur r\u00f4le va bien au-del\u00e0 de la m\u00e9t\u00e9orologie stricto sensu puisqu&rsquo;elles assurent la liaison yin\/yang \u00e0 la mani\u00e8re de \u00ab\u00a0sourceurs\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00e9nergie et de \u00ab\u00a0g\u00e9n\u00e9rateurs\u00a0\u00bb d&rsquo;alimentation en continu. En relation \u00e9troite avec les cinq directions, la Chine archa\u00efque a d\u00e9sign\u00e9 cinq montagnes qui leur sont associ\u00e9es : ce sont les \u00ab\u00a0<em>cinq<\/em> <em>montagnes sacr\u00e9es<\/em>\u00a0\u00bb (Pics du centre, du nord, de l&rsquo;est, du sud et de l&rsquo;ouest). Tr\u00e8s t\u00f4t, l&rsquo;une de ces montagnes s&rsquo;est retrouv\u00e9e en position dominante ; ce n&rsquo;\u00e9tait pas la plus haute (altitude modeste de 1545 m), mais celle qui, situ\u00e9e le plus \u00e0 l&rsquo;est, recevait en premier les rayons du soleil de l&rsquo;aube. Son prestige s&rsquo;est aussi trouv\u00e9 renforc\u00e9 par sa situation (actuel Shandong), \u00e0 la fronti\u00e8re des principaut\u00e9s de Qi et de Lu \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des H\u00e9g\u00e9monies, autrement dit \u00e0 une vol\u00e9e de fl\u00e8che du lieu de naissance de Confucius (Qufu). Ce Pic de l&rsquo;Est ou Mont Taishan (litt\u00e9ralement \u00ab\u00a0Mont supr\u00eame\u00a0\u00bb) est donc devenu d\u00e8s l\u2019antiquit\u00e9 un lieu sans \u00e9quivalent, dot\u00e9 d&rsquo;une aura et d&rsquo;un prestige qui restent tr\u00e8s pr\u00e9gnants encore aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p>Cette montagne embl\u00e9matique, qui fait l&rsquo;objet d&rsquo;un culte ininterrompu depuis trois mille ans, peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e, et c&rsquo;est en cela qu&rsquo;elle nous int\u00e9resse, comme le conservatoire et le r\u00e9sum\u00e9 de toutes les croyances religieuses qui s&rsquo;y sont rencontr\u00e9es, incorpor\u00e9es et amalgam\u00e9es. Elle r\u00e9alise en effet la synth\u00e8se des multiformes croyances populaires et du culte imp\u00e9rial officiel. A partir du premier empereur Qin Shi Huangdi qui s&rsquo;y rendit en 219 av. notre \u00e8re, le lieu est entr\u00e9 dans une relation \u00e9troite avec la fonction imp\u00e9riale : beaucoup d&rsquo; empereurs s&rsquo;y sont rendus en p\u00e8lerinage officiel au moins une fois au cours leur r\u00e8gne pour y confirmer leur lien direct avec le Ciel (et ainsi \u00ab\u00a0recharger leur batterie c\u00e9leste\u00a0\u00bb) en y c\u00e9l\u00e9brant le sacrifice solennel \u00ab\u00a0<em>feng<\/em>\u00ab\u00a0, c\u00e9r\u00e9monie d&rsquo;actions de gr\u00e2ce o\u00f9 la montagne devenait le messager charg\u00e9 de d\u00e9p\u00eacher vers le Ciel les tablettes de jade grav\u00e9es des remerciements imp\u00e9riaux. Le but \u00e9tait, comme pour les sacrifices annuels sur l&rsquo;Autel des Bonnes Moissons mais \u00e0 la puissance 100, d&rsquo;assurer la permanence des flux d&rsquo;\u00e9nergie en circulation depuis le ciel en direction de la terre, source du bon fonctionnement de l&rsquo;Empire et du r\u00e8gne continu de l&rsquo;harmonie.<\/p>\n<p>Le Taishan n&rsquo;est pas seulement un mont sacr\u00e9, il est lui-m\u00eame un dieu. Dans la mesure o\u00f9 il re\u00e7oit les premiers rayons du soleil, il est associ\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment \u00ab\u00a0yang\u00a0\u00bb (dans l&rsquo;id\u00e9ogramme \u00ab\u00a0yang\u00a0\u00bb figure la repr\u00e9sentation du soleil), la croyance populaire l&rsquo;a donc assimil\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0<em>source in\u00e9puisable de toutes les<\/em> <em>naissances<\/em>\u00a0\u00bb et en a fait le point de d\u00e9part de toute vie. La montagne est cens\u00e9e contenir dans ses flancs toutes les existences \u00e0 venir et sa responsabilit\u00e9 est si lourde que la mythologie lui a donn\u00e9 une \u00ab\u00a0fille\u00a0\u00bb qui est son auxiliaire z\u00e9l\u00e9e dans la fonction de \u00ab\u00a0<em>donneuse d&rsquo;enfants<\/em>\u00a0\u00bb (m\u00e2les de pr\u00e9f\u00e9rence) : la princesse Bixia (Princesse des Nuages bigarr\u00e9s) dont le temple est l&rsquo;un des plus imposants et des plus honor\u00e9s du Taishan et qui, dans toute la Chine septentrionale au moins, fait directement concurrence dans ce r\u00f4le au Boddhisattva Guanyin. D\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e9br\u00e9 comme lieu embl\u00e9matique par Confucius qui en fit l&rsquo;ascension en voisin et \u00e9non\u00e7a que \u00ab\u00a0<em>le monde vu d&rsquo;en haut [\u00e9tait] bien petit<\/em>\u00ab\u00a0, c&rsquo;est surtout sous les Song, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque qui \u00e9rigea le n\u00e9oconfucianisme en doctrine d&rsquo;Etat, que le Taishan se vit offrir du galon. D\u00e9j\u00e0 nomm\u00e9 \u00ab\u00a0<em>Roi \u00e9gal du ciel<\/em>\u00a0\u00bb par l&#8217;empereur Xuan Zong des Tang en 725, c&rsquo;est sous l&#8217;empereur Zhen Zong des Song qu&rsquo;en 1010 il acc\u00e9da au titre supr\u00eame d&rsquo; \u00ab\u00a0<em>Empereur \u00e9gal du ciel, bon et saint<\/em>\u00ab\u00a0. En 1291 la dynastie des Yuan (mongole) voulut s&rsquo;attirer ses bonnes gr\u00e2ces en rench\u00e9rissant par \u00ab\u00a0<em>Empereur \u00e9gal du ciel, grand<\/em> <em>protecteur de la vie, bon et saint<\/em>\u00ab\u00a0, mais l&#8217;empereur Tai Zu des Ming coupa court \u00e0 toutes ces redondances honorifiques \u00e0 rallonges en 1370 pour un sobre \u00ab\u00a0<strong>Mont Tai, Pic de l&rsquo;Est<\/strong>\u00ab\u00a0. C&rsquo;est sous cette appellation sans fioritures que lui furent alors \u00e9rig\u00e9s des temples appel\u00e9s \u00ab\u00a0<em>Dong Yue miao<\/em>\u00a0\u00bb \u00e0 P\u00e9kin et dans de nombreuses villes de l&#8217;empire. Nous y reviendrons.<\/p>\n<p>Nous mesurons d\u00e9j\u00e0 \u00e0 ce stade de notre promenade combien le Taishan brouille les pistes : sanctuaire des plus anciennes croyances de la Chine, c&rsquo;est tr\u00e8s logiquement qu&rsquo;il est \u00e9tiquet\u00e9 \u00ab\u00a0lieu de culte tao\u00efste\u00a0\u00bb et desservi par des \u00ab\u00a0<em>daoshi<\/em>\u00a0\u00bb (clerg\u00e9 tao\u00efste). Mais nous venons de constater qu&rsquo;il doit beaucoup de son prestige au confucianisme des Song et si nous ajoutons que, d\u00e8s les deux premiers si\u00e8cles de notre \u00e8re, la croyance au retour des morts vers le Taishan pour leur comparution devant les juges des tribunaux infernaux l&rsquo;a \u00ab\u00a0contamin\u00e9\u00a0\u00bb de bouddhisme, nous toucherons du doigt l&#8217;empilement des strates et l&rsquo;interp\u00e9n\u00e9tration permanente des religions si caract\u00e9ristiques de la Chine.<\/p>\n<p>L&rsquo;ascension du Taishan, 6660 marches qui m\u00e8nent ni plus ni moins qu&rsquo;au Ciel lui-m\u00eame, figure encore aujourd&rsquo;hui au palmar\u00e8s des actions imprescriptibles \u00e0 accomplir une fois dans sa vie par l&rsquo; \u00ab\u00a0homme de bien\u00a0\u00bb. Cette d\u00e9marche, \u00e0 la fois sportive et purificatrice, sert en effet de pierre de touche pour juger de l&rsquo;authenticit\u00e9 des valeurs auxquelles l&rsquo;individu adh\u00e8re. Y passer la nuit dans le froid pour assister aux premi\u00e8res lueurs du lever du soleil est une garantie d&rsquo;abn\u00e9gation et vaut certificat de haute moralit\u00e9. Le Mont Tai est la r\u00e9f\u00e9rence absolue en mati\u00e8re de grandeur et de vertu. A ce titre il hante le discours des lettr\u00e9s et les formules de politesse ritualis\u00e9es : quand un lettr\u00e9 en rencontre un autre qu&rsquo;il ne conna\u00eet pas, si l&rsquo;\u00e9change des cartes de visite le renseigne sur le grade (m\u00eame l\u00e9g\u00e8rement) sup\u00e9rieur de son vis-\u00e0-vis, il plongera en prosternations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es en s&rsquo;excusant mille fois : \u00ab\u00a0Pardonnez \u00e0 votre humble \u00e9l\u00e8ve qui n&rsquo;avait pas reconnu le Mont Tai\u00a0\u00bb. Car le Mont Tai en impose : d&rsquo;altitude m\u00e9diocre, il se dresse n\u00e9anmoins vigoureusement au dessus d&rsquo;une plaine alluviale et offre \u00e0 son sommet un panorama particuli\u00e8rement vaste. Sa ressemblance avec l&rsquo;Empereur, seul \u00e0 pouvoir tutoyer le Ciel, a d\u00fb de tous temps frapper les esprits. Les sanctuaires qu&rsquo;il abrite et les nombreuses et monumentales inscriptions comm\u00e9moratives des visites imp\u00e9riales ont, au fil du temps, fait le reste en mati\u00e8re de prestige. L&#8217;empereur Zhen Zong des Song, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, fit beaucoup pour la popularit\u00e9 du p\u00e8lerinage en se rendant de sa capitale Kaifeng au Taishan en grande pompe (1010) afin d&rsquo;y c\u00e9l\u00e9brer un personnage qu&rsquo;il venait deux ans plus t\u00f4t de rehausser le grade dans la hi\u00e9rarchie de la mythologie imp\u00e9riale pour redorer son prestige et ranimer un \u00ab\u00a0mandat c\u00e9leste\u00a0\u00bb qui battait de l&rsquo;aile apr\u00e8s une d\u00e9faite contre les Toungouses : \u00ab\u00a0l&rsquo;Auguste de jade\u00a0\u00bb (Yuhuang dadi). Cette divinit\u00e9 au statut assez vague lui avait, affirma-t-il, envoy\u00e9 une lettre, qu&rsquo;il exhiba, pour l&rsquo;assurer de ses faveurs et demander \u00e0 \u00eatre l&rsquo;objet d&rsquo;un culte. Le panth\u00e9on tao\u00efste avait l&rsquo;\u00ab\u00a0\u00e9lasticit\u00e9\u00a0\u00bb idoine pour l&rsquo;adopter et le doter imm\u00e9diatement d&rsquo;une biographie et de toute une lign\u00e9e familiale. En tant qu&#8217;empereur, il eut bien s\u00fbr la haute main sur l&rsquo;ensemble des grands minist\u00e8res et de tous les hauts fonctionnaires de la bureaucratie c\u00e9leste. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;Auguste de Jade fut ex nihilo flanqu\u00e9 d&rsquo;\u00e9pouses, filles et neveux tous offerts \u00e0 la d\u00e9votion du peuple et qu&rsquo;il r\u00e9genta les minist\u00e8res du Vent, du Feu, de la Variole, de la Guerre, des Exorcismes, de la Litt\u00e9rature&#8230; etc. Il se devait d&rsquo;avoir un temple \u00e0 la hauteur de ses fonctions illimit\u00e9es : c&rsquo;est donc au sommet m\u00eame du Taishan que Zhen Zong proc\u00e9da en 1010 \u00e0 son inauguration.<\/p>\n<p>Des temples, sanctuaires et monuments comm\u00e9moratifs, le sinologue fran\u00e7ais Edouard Chavannes en recensa 252 dans l&rsquo;ouvrage qu&rsquo;il consacra au Taishan en 1910. Comme toujours en Chine, l&rsquo;ensemble proc\u00e8de d&rsquo;un aimable fouillis et d&rsquo;un salmigondis o\u00f9 chacun reconna\u00eetra les siens. Si le tao\u00efsme y est d\u00fbment repr\u00e9sent\u00e9 d&#8217;embl\u00e9e par la coloration g\u00e9n\u00e9rale tr\u00e8s \u00ab\u00a0naturiste\u00a0\u00bb du lieu o\u00f9 rochers, ravins et arbres v\u00e9n\u00e9rables jouissent d&rsquo;un statut v\u00e9ritablement \u00ab\u00a0divin\u00a0\u00bb, le panth\u00e9on proprement dit est plus \u00ab\u00a0\u0153cum\u00e9nique\u00a0\u00bb : ont droit \u00e0 des sanctuaires ou monast\u00e8res Laozi, l&rsquo;immortel L\u00fc Dongbin, la Reine m\u00e8re d&rsquo;Occident (Xi wang mu) et la d\u00e9esse de la Grande Ourse (Dou mu gong) qu&rsquo;on peut estampiller \u00ab\u00a0tao\u00efstes\u00a0\u00bb bon teint, mais ils ont pour voisins un temple de Confucius (\u00e9rig\u00e9 en 1714) et un temple \u00e0 Guandi, le fameux Guanyu, h\u00e9ros de la geste des Trois Royaumes, tellement populaire et li\u00e9 \u00e0 la vie quotidienne qu&rsquo;il serait sacril\u00e8ge de l&rsquo;enr\u00f4ler sous la banni\u00e8re d&rsquo;une religion plut\u00f4t qu&rsquo;une autre ! Malgr\u00e9 l&rsquo;absence de \u00c7\u00e2kyamuni, le bouddhisme a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 lui aussi \u00e0 s&rsquo;y manifester discr\u00e8tement par la pr\u00e9sence du \u00ab\u00a0S\u00fbtra du Diamant\u00a0\u00bb grav\u00e9 dans la pierre. Ce n&rsquo;est donc pas sur le Mont Tai qu&rsquo;il est envisageable de d\u00e9gager un tao\u00efsme \u00ab\u00a0chimiquement pur\u00a0\u00bb, en revanche on y entrevoit, nous semble-t-il, pourquoi la question \u00ab\u00a0Etes-vous tao\u00efste ?\u00a0\u00bb prend de court l&rsquo;interlocuteur chinois&#8230;<\/p>\n<p>Nous avons promis de revenir aux temples appel\u00e9s \u00ab\u00a0<strong>Dong Yue miao<\/strong>\u00a0\u00bb (temples du Pic de l&rsquo;Est) dont P\u00e9kin et les grandes villes chinoises se sont dot\u00e9es \u00e0 partir de la dynastie des Ming. Tous sont b\u00e2tis sur le m\u00eame mod\u00e8le : outre les salles du temple proprement dit o\u00f9 sont honor\u00e9es les statues des Trois Purs et\/ou de l&rsquo;Auguste de Jade et o\u00f9 les desservants tao\u00efstes r\u00e9digent des talismans et des \u00ab\u00a0papiers-charmes\u00a0\u00bb \u00e0 la demande des fid\u00e8les, comme dans tous les temples tao\u00efstes, un Dong Yue miao pr\u00e9sente la particularit\u00e9 d&rsquo;une vaste cour rectangulaire comportant lat\u00e9ralement 75 petites salles ouvertes offrant au visiteur la vision des ch\u00e2timents des 18 Enfers, tous plus horribles les uns que les autres, qui attendent les voleurs, les pr\u00e9varicateurs, les parjures, les escrocs, les faussaires&#8230; Plagiant ouvertement le bouddhisme (un certain bouddhisme populaire chinois) qui s&rsquo;est toujours r\u00e9gal\u00e9 \u00e0 d\u00e9tailler les atrocit\u00e9s promises \u00e0 ceux qui ont un mauvais karma, le culte du Pic de l&rsquo;Est s&rsquo;est sp\u00e9cialis\u00e9 dans cette mani\u00e8re plut\u00f4t rudimentaire de moraliser la vie publique. A franchement parler, la promenade au fil des 75 salles a tout de notre bon vieux \u00ab\u00a0train fant\u00f4me\u00a0\u00bb de la Foire du Tr\u00f4ne ! Le Dong Yue miao de P\u00e9kin a \u00e9t\u00e9 restaur\u00e9 en 2008 pour les J.O. et, si les supplici\u00e9s en pl\u00e2tre ne valent pas le d\u00e9tour, la cour tr\u00e8s spacieuse et tr\u00e8s calme offre toute la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 souhaitable pour honorer de tr\u00e8s vieux arbres \u00ab\u00a0canonis\u00e9s\u00a0\u00bb et un bel ensemble de st\u00e8les. Les Dong Yue miao jouaient un r\u00f4le tr\u00e8s important dans la Chine imp\u00e9riale : ils servaient de si\u00e8ge social \u00e0 de nombreuses corporations de commer\u00e7ants qui avaient tout int\u00e9r\u00eat \u00e0 effrayer leurs cr\u00e9anciers et \u00e0 pr\u00e9venir leurs clients qu&rsquo;il fallait marcher droit ! Ces corporations y offraient aussi des festivit\u00e9s, en particulier au Nouvel An, et finan\u00e7aient une bonne partie des p\u00e8lerinages dont le temple \u00e9tait le point de d\u00e9part. L&rsquo;un de ces p\u00e8lerinages \u00e9tait celui du Mont Tai (Pic de l&rsquo;Est) lui-m\u00eame, mais \u00e0 P\u00e9kin on lui en substitua vite un autre plus proche donc plus accessible \u00e0 des foules nombreuses : la montagne de plus de 1000 m la plus proche de P\u00e9kin (une soixantaine de km), le Miaofengshan, fut choisie comme montagne de substitution et c&rsquo;est tout naturellement qu&rsquo;on la d\u00e9dia \u00e0 la fille du Mont Tai, la Princesse Bixia et que la confr\u00e9rie des marchands de th\u00e9 s&rsquo;offrit \u00e0 g\u00e9rer l&rsquo;organisation du p\u00e8lerinage annuel chaque printemps. Depuis un peu plus de deux d\u00e9cennies la tradition a repris vigueur et le Miaofengshan conna\u00eet \u00e0 nouveau une grosse affluence de touristes ? de curieux ? de p\u00e8lerins ? Difficile \u00e0 trancher puisque, de toutes fa\u00e7ons, tous br\u00fbleront l\u00e0-haut le plus de cierges et d&rsquo;encens possible&#8230;<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/pic-de-lest.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/pic-de-lest.jpg\" alt=\"\" width=\"700\" height=\"463\" class=\"aligncenter size-full wp-image-93947\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/pic-de-lest.jpg 1215w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/pic-de-lest-300x199.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/pic-de-lest-768x508.jpg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/pic-de-lest-1024x678.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 700px) 100vw, 700px\" \/><\/a><\/p>\n<p><strong>Note\u00a0:<\/strong><\/p>\n<p>On peut, <a href=\"https:\/\/www.youtube.com\/watch?v=GWszSmEFSgs&amp;feature=youtu.be\">en suivant le lien<\/a>, regarder un film-reportage sur le p\u00e8lerinage au Miaofengshan. Il s\u2019agit d\u2019un document r\u00e9alis\u00e9 vers 1920 par Sydney D. Gamble<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>D&rsquo;aucuns auront peut-\u00eatre remarqu\u00e9 que, jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, nos petites chroniques chinoises ont, \u00e0 l&rsquo;exception de quelques remarques incidentes ici ou l\u00e0, \u00e9vit\u00e9 d&rsquo;aborder de front un sujet pourtant \u00f4 combien sp\u00e9cifiquement chinois : <strong>le tao\u00efsme<\/strong>. C&rsquo;est un gros morceau et il est assez coriace dans la mesure o\u00f9 le mot recouvre des \u00e9l\u00e9ments [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4489],"tags":[5267,3072],"class_list":["post-93946","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chine","tag-mont-taishan","tag-taoisme"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93946","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=93946"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93946\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":93948,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/93946\/revisions\/93948"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=93946"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=93946"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=93946"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}