{"id":94430,"date":"2017-04-13T10:47:17","date_gmt":"2017-04-13T08:47:17","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=94430"},"modified":"2017-04-13T10:47:17","modified_gmt":"2017-04-13T08:47:17","slug":"max-weber-confucianisme-et-taoisme-i-ce-qui-distingue-chine-et-europe-anciennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/04\/13\/max-weber-confucianisme-et-taoisme-i-ce-qui-distingue-chine-et-europe-anciennes\/","title":{"rendered":"Max Weber  : <em>Confucianisme et tao\u00efsme<\/em> I. Ce qui distingue Chine et Europe anciennes"},"content":{"rendered":"<p>En guise d\u2019introduction, Weber distingue l\u2019Europe de la Chine, dont le d\u00e9veloppement urbain remonte plus loin dans le temps de plusieurs mill\u00e9naires. La divergence dans leurs grands choix culturels semble reposer sur des d\u00e9terminations d\u2019ordre purement naturel. L\u2019Europe est ouverte au domaine maritime, du coup les villes peuvent y fleurir dans une relative autonomie. La Chine est essentiellement continentale, les typhons interdisent un trafic maritime fiable, son \u00e9conomie d\u00e9pend de mani\u00e8re essentielle d\u2019un syst\u00e8me de canaux dont la direction est unifi\u00e9e au niveau de l\u2019empire, du coup les villes \u2013 aussi grandes soient-elles &#8211; sont interd\u00e9pendantes, sans autonomie.<\/p>\n<p><!--more--><strong>Confucianisme et tao\u00efsme <\/strong>(1915 ; Gallimard 2000) par Max Weber<br \/>\nR\u00e9sum\u00e9 du livre par Madeleine Th\u00e9odore<\/p>\n<p>Cet ouvrage, paru au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle, a pour but de montrer les caract\u00e9ristiques essentielles de la Chine par rapport \u00e0 notre civilisation mais une question d\u2019actualit\u00e9 br\u00fblante pour nous se profile constamment dans l\u2019esprit de l\u2019auteur : <em>pourquoi le capitalisme ne s\u2019est-il pas instaur\u00e9 en Chine comme dans nos contr\u00e9es ?<\/em> L\u2019ouvrage se divise en deux parties pour tenter de cerner la r\u00e9ponse \u00e0 cette question, les parties historiques et culturelles se faisant \u00e9cho malgr\u00e9 leur s\u00e9paration didactique.<\/p>\n<p>Voici quelques consid\u00e9rations g\u00e9n\u00e9rales en guise d\u2019introduction :<\/p>\n<p>\t\u00c0 l\u2019\u00e9poque pr\u00e9historique pour nous Occidentaux, la Chine \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 un pays de grandes villes mur\u00e9es dont le Prince \u00e9tait avant tout le seigneur. La cr\u00e9ation de monnaie \u00e9tait un droit r\u00e9galien du pouvoir politique, le financement de chaque guerre entra\u00eenait des r\u00e9formes mon\u00e9taires violentes, avec des variations de prix \u00e9tonnantes, par exemple la valeur du cuivre par rapport \u00e0 celle de l\u2019argent. Ces diff\u00e9rences expliquent l\u2019\u00e9chec syst\u00e9matique des multiples tentatives de constituer un budget unifi\u00e9 sur la base d\u2019imp\u00f4ts purement mon\u00e9taires, ou s\u2019en approchant. Elles \u00e9chou\u00e8rent \u00e9galement par rapport \u00e0 l\u2019\u00e9conomie mon\u00e9taire.<\/p>\n<p>\tI. <strong>Les bases sociologiques : la ville, le prince et Dieu<\/strong><\/p>\n<p>\tPar souci de clart\u00e9, Weber recense au nombre de dix les diff\u00e9rences entre les deux r\u00e9gions dans le premier chapitre consacr\u00e9 \u00e0 la sociologie.<\/p>\n<p>\t1. En Occident, les supports de la rationalisation des finances, de l\u2019\u00e9conomie mon\u00e9taire et du capitalisme orient\u00e9 par la politique furent les villes. En Chine, il n\u2019y avait pas de ville qui, comme Florence, aurait cr\u00e9\u00e9 une monnaie standard et fray\u00e9 la voie \u00e0 une politique mon\u00e9taire de l\u2019\u00c9tat. Dans l\u2019Antiquit\u00e9, la ville \u00e9tait la r\u00e9sidence des princes et est rest\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9poque moderne la r\u00e9sidence des vice-rois des grands officiers. On y d\u00e9pensait surtout des rentes.<\/p>\n<p>\t2. La grande diff\u00e9rence des villes chinoises par rapport aux occidentales est l\u2019absence d\u2019une sp\u00e9cificit\u00e9 politique. La r\u00e9volte des habitants chinois avait pour but l\u2019\u00e9viction d\u2019un fonctionnaire particulier ou l\u2019abrogation d\u2019une disposition concr\u00e8te, avant tout d\u2019une lev\u00e9e d\u2019imp\u00f4ts, et jamais la conqu\u00eate d\u2019une libert\u00e9 politique pour la ville, m\u00eame relative, mais solidement garantie.<\/p>\n<p>\t3. La libert\u00e9 des villes, dans sa forme occidentale, \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 difficilement possible parce que les liens de la parent\u00e8le n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9faits. Le citadin immigr\u00e9, surtout s\u2019il \u00e9tait fortun\u00e9, conservait sa relation avec le lieu d\u2019origine qui le rattachait \u00e0 la terre et au sanctuaire des anc\u00eatres de la parent\u00e8le. Il maintenait donc toutes les relations importantes, du point de vue rituel et personnel, qui le reliaient au village dont il \u00e9tait issu.<\/p>\n<p>\t4. Le dieu de la cit\u00e9 n\u2019\u00e9tait en Chine qu\u2019un esprit tut\u00e9laire local, et non le dieu d\u2019un groupement. En r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, c\u2019\u00e9tait un mandarin de la ville canonis\u00e9. Cela vient de ce que la Chine ignorait compl\u00e8tement le groupe politique, asserment\u00e9, des citoyens arm\u00e9s. Par beaucoup d\u2019aspects, la situation des villes chinoises rappelait en apparence celle des villes anglaises. Mais d\u00e9j\u00e0 d\u2019un point de vue ext\u00e9rieur, il y avait cette diff\u00e9rence importante : une ville anglaise \u00e9tait toujours dot\u00e9e d\u2019une charte qui garantissait ses libert\u00e9s. Rien de tel n\u2019existait en Chine : les villes, en tant que places fortes imp\u00e9riales, avaient dans les faits beaucoup moins d\u2019\u00ab auto-administration \u00bb, juridiquement garantie, que les villages. D\u2019un point de vue purement formel, les villes n\u2019avaient pas la possibilit\u00e9 de conclure des contrats &#8211; de droit priv\u00e9 ou de nature politique &#8211; ni de conduire des proc\u00e8s ou de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, d\u2019agir en tant que corporation, possibilit\u00e9 dont jouissaient les villages.<\/p>\n<p>\t5. La raison de ces diff\u00e9rences tient \u00e0 l\u2019origine diff\u00e9rente des villes ici et l\u00e0. La polis de l\u2019Antiquit\u00e9 se constitua d\u2019abord comme une ville de commerce maritime. La Chine \u00e9tait, au contraire, de fa\u00e7on pr\u00e9pond\u00e9rante, un pays continental : l\u2019importance relative du commerce maritime, compar\u00e9e avec les terres int\u00e9rieures qui lui correspondaient, \u00e9tait infime. De plus, la Chine avait renonc\u00e9 depuis des si\u00e8cles \u00e0 une puissance maritime propre, qui est la base d\u2019un commerce actif et dans l\u2019int\u00e9r\u00eat de maintenir la tradition, elle avait limit\u00e9 les relations avec l\u2019\u00e9tranger \u00e0 un seul port (Canton) et \u00e0 un petit nombre de firmes auxquelles avaient \u00e9t\u00e9 conc\u00e9d\u00e9es des licences. La construction du canal imp\u00e9rial n\u2019avait pour but que d\u2019\u00e9viter la voie maritime incertaine du fait de la piraterie, et surtout de typhons, pour les envois de riz du Sud au Nord.<\/p>\n<p>\t6. Par ailleurs, la prosp\u00e9rit\u00e9 de la ville chinoise ne d\u00e9pendait pas de l\u2019audace politique et \u00e9conomique de ses bourgeois, mais du fonctionnement de l\u2019administration imp\u00e9riale, avant tout de l\u2019administration fluviale. La ville \u00e9tait d\u2019abord un produit rationnel de l\u2019administration, comme le montrait d\u00e9j\u00e0 sa forme. On commen\u00e7ait par la palissade ou la muraille, puis on allait chercher la population, souvent insuffisante par rapport \u00e0 la superficie ainsi d\u00e9limit\u00e9e, en recourant \u00e9ventuellement \u00e0 la force. La capitale elle-m\u00eame changeait avec chaque dynastie.<\/p>\n<p>\tLe degr\u00e9 tr\u00e8s faible d\u2019intensit\u00e9 de l\u2019administration imp\u00e9riale avait pour cons\u00e9quence qu\u2019en pratique, les Chinois s\u2019administraient eux-m\u00eames \u00e0 la ville et \u00e0 la campagne. Dans celle-ci, les parent\u00e8les \u00e9taient les ma\u00eetres souverains de l\u2019existence enti\u00e8re de ses membres. Il en allait de m\u00eame \u00e0 la ville pour les groupements professionnels, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des parent\u00e8les ou \u00e0 leur place. Nulle part la d\u00e9pendance des individus \u00e0 l\u2019\u00e9gard des guildes et des corporations ne fut aussi d\u00e9velopp\u00e9e qu\u2019en Chine. Les guildes s\u2019\u00e9taient appropri\u00e9es une juridiction absolue sur leurs membres, ainsi que sur tout ce qui avait une importance \u00e9conomique pour ses membres : poids et mesure, monnaie, entretien des routes, comportement des membres en mati\u00e8re de cr\u00e9dit, d\u00e9lais de livraison, d\u2019entrep\u00f4t, assurances, taux d\u2019int\u00e9r\u00eat, r\u00e9pression, r\u00e8glementation des affaires, avances, engagement des artisans.<\/p>\n<p>\tCertaines guildes \u00e9taient tr\u00e8s puissantes et investissaient leur argent dans des propri\u00e9t\u00e9s fonci\u00e8res, levaient des imp\u00f4ts sur leurs membres.<\/p>\n<p>\tL\u2019acc\u00e8s \u00e9tait ouvert \u00e0 tout individu qui pratiquait l\u2019activit\u00e9 concern\u00e9e. Il existait de nombreux anciens m\u00e9tiers tenus par des parent\u00e8les et des clans, exerc\u00e9s comme des monopoles h\u00e9r\u00e9ditaires, mais aussi des monopoles de guildes qui avaient \u00e9t\u00e9 fix\u00e9s par la politique fiscale ou x\u00e9nophobe du pouvoir \u00e9tatique.<\/p>\n<p>\tLa transition entre d\u2019une part les m\u00e9tiers familiaux et claniques, et d\u2019autre part l\u2019artisanat s\u00e9dentaire librement ouvert \u00e0 l\u2019apprentissage a pu s\u2019effectuer en passant par les \u00e9tapes interm\u00e9diaires de groupements artisanaux li\u00e9s \u00e0 la profession et organis\u00e9s de mani\u00e8re contraignante, par en haut, pour assurer la livraison \u00e0 l\u2019\u00c9tat. C\u2019est ainsi qu\u2019une tr\u00e8s large partie des m\u00e9tiers a conserv\u00e9 le caract\u00e8re d\u2019une industrie de parent\u00e8les et de clans. <\/p>\n<p>\t7. Une autre diff\u00e9rence par rapport \u00e0 l\u2019Occident est que la monopolisation de l\u2019industrie par la ville \u00e9tait absente. Il y r\u00e9gnait une absence de garantie juridique, il n\u2019existait pas non plus des fondements juridiques solides, officiellement reconnus, formels et s\u00fbrs, pour une organisation libre du commerce et de l\u2019industrie r\u00e9gul\u00e9e dans un cadre coop\u00e9ratif. Cette absence est l\u00e0 faute d\u2019un pouvoir politique militaire propre des villes et des guildes, ph\u00e9nom\u00e8ne explicable par le d\u00e9veloppement pr\u00e9coce de l\u2019organisation des fonctionnaires et des officiers en une arm\u00e9e et une administration.<\/p>\n<p>\t8. En outre, en Chine, la n\u00e9cessit\u00e9 de r\u00e9guler les eaux, condition de toute \u00e9conomie rationnelle, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cisive pour la formation du pouvoir central, qui existe aussi loin que remonte une m\u00e9moire historique certaine, avec sa bureaucratie patrimoniale. Les employ\u00e9s charg\u00e9s de la r\u00e9gulation des eaux et la \u00ab police \u00bb formaient le noyau de cette bureaucratie purement patrimoniale, ant\u00e9rieure aux lettr\u00e9s.<\/p>\n<p>\t9. Ces conditions ont eu \u00e9galement des cons\u00e9quences religieuses. L\u2019Antiquit\u00e9 chinoise connaissait, d\u2019un c\u00f4t\u00e9, une divinit\u00e9 paysanne double pour chaque groupement local, dans laquelle avaient fusionn\u00e9 l\u2019esprit de la terre f\u00e9conde ainsi que l\u2019esprit de la r\u00e9colte et qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9velopp\u00e9e en un dieu qui r\u00e8gne au plan \u00e9thique ; elle connaissait d\u2019autre part le temple des m\u00e2nes et des anc\u00eatres. Ces esprits r\u00e9unis constituaient l\u2019objet principal des cultes ruraux locaux, l\u2019esprit tut\u00e9laire du pays. \u00c0 mesure que croissait la puissance des princes, l\u2019esprit des terres cultiv\u00e9es devint l\u2019esprit du domaine des princes. Avec l\u2019\u00e9mergence de la puissance imp\u00e9riale, le sacrifice au Ciel, dont l\u2019empereur passait pour \u00eatre le fils, devint le monopole de ce dernier. Les princes sacrifiaient aux esprits de la terre et des anc\u00eatres, les chefs de famille aux esprits des anc\u00eatres du lignage. Le caract\u00e8re impersonnel des puissances supr\u00eames supraterrestres fut de plus en plus fortement soulign\u00e9. Dans la philosophie confucianiste, le repr\u00e9sentant d\u2019un dieu personnel disparut au 12\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p>\t10. Au contraire de bon nombre d\u2019autres peuples, \u00e0 l\u2019\u00e9poque historique, l\u2019Empire chinois fut un empire universel de plus en plus pacifi\u00e9. La technique guerri\u00e8re de la chevalerie n\u2019a jamais conduit jusqu\u2019\u00e0 une organisation sociale aussi individualiste qu\u2019en Occident. Le fait que chacun d\u00e9pendait de la r\u00e9gulation des eaux et par l\u00e0 du gouvernement bureaucratique du prince en a \u00e9t\u00e9 probablement l\u2019obstacle d\u00e9cisif. L\u2019arm\u00e9e des chevaliers ne reposait pas sur un contrat personnel, comme en Occident, mais sur l\u2019obligation \u00e0 fournir de l\u2019armement, \u00e9tablie sur la base du cadastre. Malgr\u00e9 tout, l\u2019homme de qualit\u00e9 de Confucius \u00e9tait un chevalier exerc\u00e9 aux armes.<\/p>\n<p>\tL\u2019Esprit du Ciel fut con\u00e7u dans la croyance populaire comme une sorte d\u2019instance id\u00e9ale de recours contre les autorit\u00e9s terrestres, depuis l\u2019empereur jusqu\u2019au dernier fonctionnaire. La mal\u00e9diction venant du pauvre et de l\u2019opprim\u00e9 \u00e9tait particuli\u00e8rement redout\u00e9e. Le suzerain imp\u00e9rial \u00e9tait le grand-pr\u00eatre l\u00e9gitime. Gr\u00e2ce \u00e0 cette fonction, il constituait un \u00e9l\u00e9ment essentiel de la coh\u00e9sion culturelle des principaut\u00e9s.<\/p>\n<p>\tCe qui incombait \u00e0 la protection divine et ce qui la maintenait, c\u2019\u00e9tait l\u2019ordre ancien, immuable, de la vie politique et sociale ant\u00e9rieure. Le Ciel r\u00e9gnait par la domination des normes rationnelles et non comme la source des p\u00e9rip\u00e9ties irrationnelles du destin. Ce d\u00e9veloppement a \u00e9t\u00e9 bris\u00e9 en Occident par la formation de dieux h\u00e9ro\u00efques.<\/p>\n<p>\tL\u2019orientation de la religiosit\u00e9 sp\u00e9cifiquement chinoise \u00e0 partir de l\u2019inalt\u00e9rabilit\u00e9 et de l\u2019uniformit\u00e9 du rituel magique permet de contraindre les esprits : elle \u00e9leva l\u2019intemporel, l\u2019immuable, au rang de puissance religieuse supr\u00eame. Le bien-\u00eatre des sujets attestait le contentement c\u00e9leste, donc le fonctionnement correct des ordres. L\u2019\u00e2me de l\u2019homme passait pour compos\u00e9e de la substance chen provenant du ciel, et de la substance terrestre kouei, l\u2019une et l\u2019autre se s\u00e9parant apr\u00e8s la mort. La doctrine commune rassemblait les esprits bons sous le principe yang, c\u00e9leste et masculin, et les esprits mauvais sous le principe yin, terrestre et f\u00e9minin. Le monde \u00e9tait n\u00e9 de l\u2019union de ces deux principes, \u00e9ternels comme le ciel et la terre.<\/p>\n<p>\tSeul l\u2019esprit qui confirmait la r\u00e9alit\u00e9 de sa puissance m\u00e9ritait d\u2019\u00eatre honor\u00e9. Seul le charisme confirm\u00e9 d\u2019un esprit le l\u00e9gitimait : l\u2019empereur devait confirmer par ses qualit\u00e9s charismatiques qu\u2019il \u00e9tait appel\u00e9 par le Ciel \u00e0 \u00eatre souverain, le charisme \u00e9tant une force extra-quotidienne dont la pr\u00e9sence se manifestait dans les pouvoirs magiques et l\u2019h\u00e9ro\u00efsme.<\/p>\n<p>\tUne chose joua un r\u00f4le d\u00e9cisif pour le d\u00e9veloppement de la culture : le fait que le charisme militaire du chef de guerre et le charisme pacifiste du magicien sont ou ne sont pas d\u00e9tenus par une seule et m\u00eame personne. En Chine, la fonction imp\u00e9riale s\u2019est constitu\u00e9e \u00e0 partir du charisme magique, l\u2019autorit\u00e9 terrestre et l\u2019autorit\u00e9 spirituelle ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9unies dans une m\u00eame main, avec une pr\u00e9pond\u00e9rance tr\u00e8s forte de la seconde. Le charisme de l\u2019empereur devait se confirmer dans les succ\u00e8s guerriers mais avant tout dans de bonnes conditions m\u00e9t\u00e9orologiques pour la r\u00e9colte. Le monarque chinois restait en premier lieu un pontife, il lui fallait prouver qu\u2019i \u00e9tait le fils du Ciel, mais aussi il lui fallait vivre conform\u00e9ment aux prescriptions rituelles et \u00e9thiques des \u00e9crits anciens classiques. Un monarque qui agissait \u00e0 l\u2019encontre des ordres sociaux anciens immuables, constituant une partie du cosmos qui \u00e9tait au-dessus de tout divin, aurait montr\u00e9 qu\u2019il \u00e9tait abandonn\u00e9 par son charisme et avait succomb\u00e9 \u00e0 un processus d\u00e9moniaque : on pouvait le tuer car il \u00e9tait un homme priv\u00e9. Ce constat restait valable pour le corps des fonctionnaires, institution de droit sacr\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>En guise d\u2019introduction, Weber distingue l\u2019Europe de la Chine, dont le d\u00e9veloppement urbain remonte plus loin dans le temps de plusieurs mill\u00e9naires. La divergence dans leurs grands choix culturels semble reposer sur des d\u00e9terminations d\u2019ordre purement naturel. L\u2019Europe est ouverte au domaine maritime, du coup les villes peuvent y fleurir dans une relative autonomie. 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