{"id":94652,"date":"2017-04-21T13:09:23","date_gmt":"2017-04-21T11:09:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=94652"},"modified":"2017-04-21T21:45:01","modified_gmt":"2017-04-21T19:45:01","slug":"les-enjeux-incontournables-de-lendettement-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/04\/21\/les-enjeux-incontournables-de-lendettement-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<b>LES ENJEUX INCONTOURNABLES DE L\u2019ENDETTEMENT<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>Dix ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re, qui est d\u00e9sormais attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019exc\u00e8s d\u2019endettement et \u00e0 la d\u00e9r\u00e9gulation des march\u00e9s financiers, la dette globale des particuliers, des entreprises et des \u00c9tats a fortement progress\u00e9. Les analystes de l\u2019Institut International de la finance (IIF) pr\u00e9cisent que \u00ab\u00a0le stock de la dette gouvernementale exprim\u00e9e en dollars a plus que doubl\u00e9 depuis 2006 aux \u00c9tats-Unis et au Royaume-Uni, tandis qu\u2019elle augmentait de l\u2019ordre de 50\u00a0% en zone euro et au Japon\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><!--more-->D\u2019apr\u00e8s l\u2019IIF, le stock mondial de la dette \u00e9tait fin 2016 de 215.000 milliards de dollars. Apparu cette m\u00eame ann\u00e9e, un \u00e9l\u00e9ment nouveau peut \u00eatre relev\u00e9 : l\u2019endettement du secteur financier est pour la premi\u00e8re fois inf\u00e9rieur \u00e0 la dette publique aux \u00c9tats-Unis et dans les pays de la zone euro. Ce n\u2019est pas le cas au Japon ou au Royaume-Uni, o\u00f9 les institutions financi\u00e8res ont des niveaux d\u2019endettement particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9s. Il n\u2019emp\u00eache, selon l\u2019IIF la progression des dettes publiques a jou\u00e9 comme un ph\u00e9nom\u00e8ne de substitution \u00e0 la bulle d\u2019endettement des banques du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle continuant d\u2019\u00eatre sous perfusion de dettes. En d\u2019autres termes, la sph\u00e8re financi\u00e8re s\u2019est depuis sa quasi-faillite largement d\u00e9sendett\u00e9e, faisant supporter aux \u00c9tats un transfert g\u00e9n\u00e9rateur de d\u00e9ficits publics d\u2019une ampleur jusque-l\u00e0 in\u00e9gal\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette mont\u00e9e inexorable de l\u2019endettement reste un non-dit majeur dans un monde dont le r\u00eave profond est que tout redevienne comme avant. La dette publique, quand il en est fait \u00e9tat, est pr\u00e9texte \u00e0 menacer des foudres du march\u00e9 ceux qui pr\u00e9tendent en Europe s\u2019affranchir la fleur au fusil de sa r\u00e9duction sous la contrainte d\u2019une politique fiscale ne faisant pas ses preuves. Sans doute faut-il l\u2019attribuer \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 de trouver un rem\u00e8de permettant de r\u00e9sorber cette \u00e9norme bulle, ainsi qu\u2019au refus de mettre en cause un m\u00e9canisme d\u2019endettement dont le syst\u00e8me financier fait ses choux gras.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce en effet que cet endettement, si ce n\u2019est le r\u00e9sultat de la mauvaise allocation du capital et de la r\u00e9partition in\u00e9gale de la richesse ? L\u2019endettement des uns fait le bonheur des autres. Mais alors, comment \u00ab\u00a0prendre le contr\u00f4le de la dette\u00a0\u00bb, pour citer le titre fran\u00e7ais de l\u2019ouvrage d\u2019Adair Turner dont la traduction vient enfin de para\u00eetre (*) ?<\/p>\n<p>Elle ne fait pas l\u2019actualit\u00e9, sauf lorsqu\u2019il est question de la Gr\u00e8ce, ou quand le Congr\u00e8s am\u00e9ricain doit r\u00e9guli\u00e8rement en d\u00e9plafonner le montant autoris\u00e9. Mais les \u00e9v\u00e8nements qui s\u2019annoncent vont bousculer ce rituel si comme pr\u00e9vu les taux obligataires remontent et le dollar s\u2019appr\u00e9cie, dans le sillage de la hausse des taux de la Fed. \u00c0 signaler que, dans ce dernier cas, les emprunteurs en dollar des pays \u00e9mergents vont particuli\u00e8rement souffrir.<\/p>\n<p>D\u2019une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, les taux obligataires bas actuels diminuent le co\u00fbt du roulement de la dette, mais le ph\u00e9nom\u00e8ne va t\u00f4t ou tard s\u2019inverser et p\u00e8sera alors sur les ressources budg\u00e9taires publiques. Elles ne vont pas \u00eatre les seules \u00e0 en subir les effets : les capacit\u00e9s financi\u00e8res d\u2019un secteur important des entreprises am\u00e9ricains &#8211; qui ont fait preuve d\u2019une v\u00e9ritable boulimie d\u2019endettement, allant jusqu\u2019\u00e0 financer les dividendes de leurs actionnaires &#8211; vont \u00eatre mises \u00e0 dure \u00e9preuve comme le FMI le pr\u00e9voit dans son dernier <em>Global Financial Stability Report<\/em> bi-annuel.<\/p>\n<p>Faute de mieux, le nouveau secr\u00e9taire au Tr\u00e9sor am\u00e9ricain, Steven Mnuchin, cherche \u00e0 gagner du temps en testant l\u2019\u00e9mission d\u2019obligations longues, dont la maturit\u00e9 pourrait atteindre quarante, cinquante ou m\u00eame cent ans. Un tel dispositif diminuerait en effet le besoin de refinancement annuel du roulement de la dette, rendant sa charge moins sensible \u00e0 l\u2019augmentation des taux obligataires sur le march\u00e9. Mais c\u2019est contourner le probl\u00e8me sans le r\u00e9soudre.<\/p>\n<p>Lorsque le sujet est \u00e9voqu\u00e9, c\u2019est du bout des l\u00e8vres. Il n\u2019est alors question que de restructurer la dette en jouant sur son calendrier de remboursement, son taux et sa maturit\u00e9, et non en op\u00e9rant sa r\u00e9duction (sa d\u00e9cote). Avec l\u2019illusion de croire qu\u2019ainsi le compte sera bon. Mais il faudrait pour cela que le diff\u00e9rentiel entre le taux de croissance de l\u2019\u00e9conomie (et des ressources fiscales) soit nettement sup\u00e9rieur au taux obligataire moyen, ce qui n\u2019est pas le cas et n\u2019en prend pas le chemin.<\/p>\n<p>On comprend l\u2019origine du tabou qu\u2019une telle r\u00e9duction repr\u00e9sente, car elle accentuerait le d\u00e9s\u00e9quilibre du syst\u00e8me financier et impliquerait une r\u00e9duction de sa taille, en raison notamment de la disparition d\u2019un important volume de son point d\u2019appui principal, le collat\u00e9ral. Les obligations d\u2019\u00c9tat le solidifient, \u00e0 condition que le spectre de la d\u00e9cote soit \u00e9cart\u00e9. Alternativement, il est sugg\u00e9r\u00e9 de mon\u00e9tiser pour partie la dette, qui pourrait \u00eatre achet\u00e9e par les banques centrales. C\u2019est d\u2019ailleurs ce qui se passe au Japon.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir sauv\u00e9 les banques, ces derni\u00e8res pourraient en faire autant des \u00c9tats entend-on dire. Si rien ne s\u2019y oppose en soit, en effet, une telle op\u00e9ration un peu magique aurait un grand d\u00e9faut : elle laisserait intact le m\u00e9canisme de production de la dette, qui continuerait de cro\u00eetre. Une r\u00e9duction de la dette le mettrait au contraire s\u00e9v\u00e8rement en question. En la r\u00e9duisant on fait d\u2019une pierre deux coups.<\/p>\n<p>En pr\u00e9conisant la mon\u00e9tisation partielle de la dette publique, Adair Turner est d\u2019un certain point de vue radical, mais son incontestable audace dans de nombreux domaines ne va pas jusqu\u2019au bout et ne remet pas en question le capitalisme. Ne soyons pas trop exigeant \u00e0 son \u00e9gard\u00a0! Il pr\u00e9conise \u00ab\u00a0une redistribution substantielle du revenu et de la richesse\u00a0\u00bb par le biais des imp\u00f4ts, de \u00ab\u00a0la fourniture de services partag\u00e9s \u00e0 bas co\u00fbt et de formes de soutien direct au revenu\u00a0\u00bb, ce qui serait un excellent d\u00e9but et pourrait entra\u00eener cette remise en question !<\/p>\n<p>La dette ne peut pas \u00e9ternellement grossir car elle repr\u00e9sente une anticipation d\u2019une richesse future qui se concr\u00e9tise moins rapidement. Augmentant par l\u00e0 m\u00eame son risque, le co\u00fbt de son roulement et le volume de sa ponction sur les finances publiques quand il s\u2019agit de la dette publique. Si l\u2019on ne veut pas s\u2019attendre \u00e0 un nouvel \u00e9pisode de la crise de la dette, il va falloir cesser de se voiler la face pour mettre en cause un mod\u00e8le de d\u00e9veloppement qui repose sur sa croissance. C\u2019est tout l\u2019enjeu d\u2019un nouveau mod\u00e8le reposant sur la r\u00e9partition \u00e9galitaire de la richesse.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;<br \/>\n(*) <i>Reprendre de contr\u00f4le de la dette, pour une r\u00e9forme radicale du syst\u00e8me financier, <\/i>par Lord Adair Turner, pr\u00e9face de Ga\u00ebl Giraud &#8211; Les \u00e9ditions de l\u2019atelier, 360 pages, 2017. Le <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/03\/14\/le-monde-lecho-lord-adair-turner-administre-la-preuve-quil-sait-desormais-mieux-que-personne-comment-fonctionne-la-finance-mardi-14-mars-2017\/\">compte-rendu de ce livre<\/a> par Paul Jorion a paru dans Le Monde le mois dernier, 14 mars.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Dix ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re, qui est d\u00e9sormais attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019exc\u00e8s d\u2019endettement et \u00e0 la d\u00e9r\u00e9gulation des march\u00e9s financiers, la dette globale des particuliers, des entreprises et des \u00c9tats a fortement progress\u00e9. 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