{"id":9539,"date":"2010-03-27T18:23:28","date_gmt":"2010-03-27T17:23:28","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=9539"},"modified":"2013-01-02T18:05:22","modified_gmt":"2013-01-02T17:05:22","slug":"lactualite-de-la-crise-lepreuve-du-feu-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2010\/03\/27\/lactualite-de-la-crise-lepreuve-du-feu-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"L&rsquo;actualit\u00e9 de la crise: l&rsquo;\u00e9preuve du feu, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>L&rsquo;EPREUVE DU FEU<\/strong><\/p>\n<p>La Gr\u00e8ce devrait, au cours de la semaine qui vient, lancer un emprunt de 5 milliards d\u2019euros sur <i>les march\u00e9s<\/i>. Le taux de l&rsquo;obligation grecque \u00e0 10 ans s\u2019\u00e9tant d\u00e9tendu vendredi, \u00e0 6,193% contre 6,246% la veille, la question est pos\u00e9e : quel taux va devoir \u00eatre consenti \u00e0 cette occasion ? Cela va \u00eatre sans tarder l&rsquo;\u00e9preuve du feu pour l&rsquo;accord financier des 16 de la zone euro. Dans le cas ou cette annonce ne serait qu&rsquo;un ballon d&rsquo;essai, l&rsquo;objectif poursuivi par le gouvernement grec serait le m\u00eame: mettre au pied du mur ses partenaires de la zone euro.<\/p>\n<p>Les rendements restant \u00e0 un niveau proche, va-t-il alors \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 par les 15 autres pays membres de la zone euro que ces conditions financi\u00e8res justifient (ou non) l\u2019activation du plan de soutien financier adopt\u00e9 en fin de semaine, afin que la Gr\u00e8ce ne soit pas \u00e0 nouveau dans l\u2019obligation de faire appel <i>aux march\u00e9s<\/i> ? L\u2019ambigu\u00eft\u00e9 qui a pr\u00e9sid\u00e9 \u00e0 l\u2019accord de compromis \u00e0 propos de ce plan va devoir alors \u00eatre lev\u00e9e, avant tout du c\u00f4t\u00e9 allemand, risquant de faire l\u2019objet d\u2019une bataille d\u2019interpr\u00e9tation sur le sens (dans le texte anglais) de \u00ab\u00a0insufficient market financing\u00a0\u00bb (conditions de march\u00e9s insuffisantes)&#8230;<\/p>\n<p>A vrai dire, une autre divergence d\u2019interpr\u00e9tation de l\u2019accord est imm\u00e9diatement apparue, \u00e0 peine \u00e9tait-il sign\u00e9, \u00e0 l\u2019occasion de la traduction par l\u2019anglais \u00ab\u00a0governance\u00a0\u00bb du fran\u00e7ais \u00ab\u00a0gouvernement\u00a0\u00bb figurant dans le texte de l\u2019accord. Joliment qualifi\u00e9 par le pr\u00e9sident de l\u2019Union europ\u00e9enne, Herman Van Rompuy, de \u00ab\u00a0traduction asym\u00e9trique\u00a0\u00bb, cet \u00e9cart s\u00e9mantique est lourd de cons\u00e9quences quant \u00e0 la port\u00e9e de ce qui a \u00e9t\u00e9 par ailleurs qualifi\u00e9, plus modestement, de \u00ab\u00a0coordination \u00e9conomique\u00a0\u00bb europ\u00e9enne. <\/p>\n<p>Les diplomates, comme chacun sait, sont plus \u00e0 cheval sur les mots que sur les principes, bien qu\u2019ils se drapent volontiers dedans ! Les politiques, eux, savent les solliciter afin de valoriser leur r\u00f4le et revendiquer leurs victoires. <\/p>\n<p><!--more-->Comme il \u00e9tait pr\u00e9visible et pour confirmer qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas grand chose derri\u00e8re ces mots, le sommet des chefs d\u2019Etat a b\u00e2cl\u00e9 sa copie sur le sujet qui avait justifi\u00e9 sa convocation\u00a0: la \u00ab\u00a0strat\u00e9gie 2020\u00a0\u00bb, selon l\u2019\u00e9tiquette qui a \u00e9t\u00e9 coll\u00e9e sur cinq objectifs \u00e0 atteindre \u00e0 cette \u00e9ch\u00e9ance. Si trois d\u2019entre eux ont \u00e9t\u00e9 formellement adopt\u00e9s &#8211; un niveau d\u2019investissement en recherche et d\u00e9veloppement, un taux minimum d\u2019emploi des 20-64 ans et une r\u00e9duction des \u00e9missions de gaz \u00e0 effet de serre &#8211; un accord n\u2019a pas pu \u00eatre trouv\u00e9 sur les deux autres, en mati\u00e8re de pauvret\u00e9 et d\u2019\u00e9ducation. <\/p>\n<p>Avant de discuter de la pertinence et de la cr\u00e9dibilit\u00e9 des objectifs retenus, on peut se demander si la d\u00e9marche p\u00e9niblement engag\u00e9e est \u00e0 la hauteur de la crise que nous connaissons et si l\u2019exercice n\u2019est pas par trop formel. Se fixer des objectifs \u00e0 dix ans est pour le moins pr\u00e9somptueux et vain alors que l\u2019Union europ\u00e9enne risque de replonger dans la r\u00e9cession. <\/p>\n<p>Ce ne sont pas les pr\u00e9visions britanniques qui peuvent \u00e0 cet \u00e9gard inciter \u00e0 l\u2019optimisme et accr\u00e9diter l\u2019id\u00e9e que les objectifs adopt\u00e9s sont cr\u00e9dibles, pas plus que l\u2019on \u00e9t\u00e9 ceux de la pr\u00e9c\u00e9dente \u00ab\u00a0strat\u00e9gie de Lisbonne\u00a0\u00bb, adopt\u00e9e en 2000 et dont les objectifs n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 accomplis. En pleine campagne \u00e9lectorale, Alistair Darling, le chancelier britannique, vient d\u2019annoncer une croissance de 1 \u00e0 1,5% du PIB pour 2010, qui bondirait \u00e0 3 \u00e0 3,5% en 2011. Son optimisme de circonstance a \u00e9t\u00e9 imm\u00e9diatement temp\u00e9r\u00e9 par son propre secr\u00e9taire d\u2019Etat au commerce, Mervyn Davies, qui a refus\u00e9 d\u2019exclure un retour temporaire \u00e0 la r\u00e9cession et a insist\u00e9 sur le fait que la croissance ne serait pas \u00ab\u00a0forc\u00e9ment en ligne droite\u00a0\u00bb. Alistair Darling reconnaissant que des \u00ab\u00a0secousses\u00a0\u00bb \u00e9taient in\u00e9vitables. <\/p>\n<p>En attendant que ces pr\u00e9visions se r\u00e9alisent ou non, de nombreuses voix se sont d\u00e9j\u00e0 \u00e9lev\u00e9es afin de conjurer la crainte d\u2019une contagion de la crise grecque au sein de la zone euro. Jean-Claude Juncker, chef de file de l\u2019eurogroup, a d\u00e9clar\u00e9 en sortie du sommet que \u00ab\u00a0Il n&rsquo;y a pas de pays qui soit dans une situation comparable \u00e0 celle de la Gr\u00e8ce\u00a0\u00bb. Il avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9, d\u00e8s jeudi soir, par Herman Van Rompuy, qui avait estim\u00e9 que les situations de la Gr\u00e8ce et du Portugal n&rsquo;\u00e9taient \u00ab\u00a0pas comparables du tout\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p>Il est clair qu\u2019en rester l\u00e0 serait souhaitable, non seulement pour les pays qui pourraient faire les frais de cette contagion, mais pour les artisans d\u2019un compromis politique qui aurait toutes les chances de voler en \u00e9clats, bien que pr\u00e9sent\u00e9 comme \u00e9tant un m\u00e9canisme durable de solution de la crise de la zone euro. Il suffit, \u00e0 cet \u00e9gard, de faire les additions des besoins de financement des pays qui pourraient demander \u00e0 en profiter pour reconna\u00eetre qu\u2019elles ne seraient pas dans les moyens des Etats suppos\u00e9s accorder des aides bilat\u00e9rales (et devant pour ce faire emprunter sur les march\u00e9s). <\/p>\n<p>La participation du FMI, limit\u00e9e \u00e0 un tiers maximum dans l\u2019\u00e9tat actuel des choses, devrait alors n\u00e9cessairement cro\u00eetre en proportion. Pouvant m\u00eame placer celui-ci dans une situation difficile, en d\u00e9pit des ressources dont il dispose. Aboutissant \u00e0 son intervention en lieu et place des organismes europ\u00e9ens et au constat que la zone euro est dans l\u2019incapacit\u00e9 de g\u00e9rer la situation par elle-m\u00eame. C\u2019est d\u2019ailleurs ce sc\u00e9nario qui a amen\u00e9 Jean-Claude Trichet \u00e0 s\u2019opposer en vain \u00e0 la pr\u00e9sence du FMI dans le dispositif, mais il a du capituler en rase campagne devant l&rsquo;intransigeance allemande, apr\u00e8s que ses propos ont fait subir \u00e0 l\u2019euro une s\u00e9rieuse secousse sur <i>les march\u00e9s<\/i>. <\/p>\n<p>Un autre aspect de l\u2019accord, pour l\u2019instant un peu n\u00e9glig\u00e9, ne va pas tarder \u00e0 r\u00e9appara\u00eetre : les Allemands ont la claire intention d\u2019engager une ren\u00e9gociation des trait\u00e9s europ\u00e9ens, afin de cr\u00e9er des m\u00e9canismes de contrainte et de sanction en vue d\u2019obtenir le respect des termes et param\u00e8tres du Plan de stabilit\u00e9. Dans cette perspective, ils ont d\u00e9j\u00e0 pris la peine de formuler un projet, celui d\u2019un <i>            fonds mon\u00e9taire europ\u00e9en<\/i>. Sans attendre, ils avancent sur un autre de leurs projets, celui de la taxation des banques, entendant l\u2019adopter pour l\u2019Allemagne et proposant qu\u2019il soit repris au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne. Ils tirent, cherchant \u00e0 utiliser les leviers \u00e0 leur port\u00e9e, les le\u00e7ons de la campagne avort\u00e9e qu\u2019ils ont initi\u00e9e en faveur de l\u2019interdiction des CDS \u00ab\u00a0nus\u00a0\u00bb, et qui s\u2019est d\u00e9j\u00e0 enlis\u00e9e \u00e0 Washington dans les m\u00e9andres des discussions sur la r\u00e9gulation des produits d\u00e9riv\u00e9s. <\/p>\n<p>On ne va pas non plus tarder \u00e0 reparler de la possibilit\u00e9 d&rsquo;exclure un pays de la zone euro, en d\u00e9pit de ce qu&rsquo;en pensent Jean-Claude Trichet ou Jean-Claude Junker, tous deux d&rsquo;accord pour en juger l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 \u00ab\u00a0absurde\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Il y a de ce point de vue une ind\u00e9niable logique dans la position allemande, qui fait contraste avec la d\u00e9fense intransigeante des int\u00e9r\u00eats de la City par le gouvernement britannique et le silence radio des Fran\u00e7ais sur les sujets de la r\u00e9gulation financi\u00e8re, d\u00e8s que l\u2019on n\u2019en reste pas aux effets de manche. Peut-\u00eatre est-ce \u00e0 mettre en relation avec l\u2019\u00e9tat de son secteur bancaire, dont l\u2019OCDE vient de souligner sans plus de pr\u00e9cautions l\u2019\u00e9tat alarmant, pr\u00e9conisant l\u2019organisation de nouveaux \u00ab\u00a0stress tests\u00a0\u00bb de celui-ci. Ce qui n\u2019exon\u00e9rerait pas, si l\u2019on suivait cette analyse, les banques fran\u00e7aises de turpitudes de m\u00eame nature (si ce n\u2019est de la m\u00eame ampleur), qu\u2019elles ont simplement su mieux masquer avec l\u2019aval du gouvernement. <\/p>\n<p>La d\u00e9cision de la BCE de prolonger l\u2019assouplissement de ses r\u00e8gles quant \u00e0 la qualit\u00e9 des titres accept\u00e9s en garantie des banques, en contrepartie de leur refinancement, a finalement \u00e9t\u00e9 soulign\u00e9e. Mais elle a \u00e9t\u00e9 interpr\u00e9t\u00e9e d\u2019une mani\u00e8re restrictive, comme un soutien apport\u00e9 aux banques et au gouvernement grec. Ce qui est effectivement le cas, sans toutefois oublier que cette mesure joue pour toutes les banques de la zone euro, les incitant non seulement \u00e0 acheter des obligations grecques (puisqu\u2019elles peuvent les donner sans crainte que leur notation soit abaiss\u00e9e en garantie \u00e0 la BCE), mais leur permettant \u00e9galement de laisser en d\u00e9p\u00f4t les gros paquets de titres de la dette souveraine qu&rsquo;elles y ont d\u00e9j\u00e0 plac\u00e9, alors qu&rsquo;elles auraient \u00e9taient oblig\u00e9es de les r\u00e9cup\u00e9rer. Les banques fran\u00e7aises et allemandes sont dans ce domaine en premi\u00e8re ligne. Par ailleurs, ces m\u00eames banques, notamment les Landesbank allemandes (les puissantes banques d\u00e9pendant des L\u00e4nder), en tr\u00e8s piteux \u00e9tat et qui se refusent \u00e0 utiliser les facilit\u00e9s de d\u00e9faisance (bad banks) propos\u00e9es par le gouvernement, n\u2019en ont pas \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessairement m\u00e9contentes de pouvoir continuer de donner en garantie des fonds de tiroir. <\/p>\n<p>Cette bonne mani\u00e8re de la BCE n\u2019aura donc pas \u00e9t\u00e9 entendue comme son auteur l\u2019esp\u00e9rait. La semaine \u00e0 venir risque sans plus tarder de mettre \u00e0 rude \u00e9preuve le compromis boiteux qui a \u00e9t\u00e9 pass\u00e9. La Gr\u00e8ce reste un cas test exemplaire, bien plus qu\u2019il n\u2019avait pu l\u2019\u00eatre imagin\u00e9. <\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>L&rsquo;EPREUVE DU FEU<\/strong><\/p>\n<p>La Gr\u00e8ce devrait, au cours de la semaine qui vient, lancer un emprunt de 5 milliards d\u2019euros sur <i>les march\u00e9s<\/i>. 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