{"id":95399,"date":"2017-05-22T19:00:20","date_gmt":"2017-05-22T17:00:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=95399"},"modified":"2017-05-23T00:40:07","modified_gmt":"2017-05-22T22:40:07","slug":"la-restauration-macron-par-paul-arbair","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/05\/22\/la-restauration-macron-par-paul-arbair\/","title":{"rendered":"La Restauration Macron, par Paul Arbair"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9<\/p><\/blockquote>\n<p>Alors que le nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique entame son mandat, l\u2019attention se focalise sur sa volont\u00e9 de \u00ab r\u00e9novation \u00bb et de \u00ab recomposition \u00bb de la vie politique fran\u00e7aise. Plus fondamentalement, c\u2019est pourtant plut\u00f4t \u00e0 une tentative de \u00ab restauration \u00bb du r\u00e9gime politique du pays que se livre Emmanuel Macron, une tentative vraisemblablement appel\u00e9e \u00e0 tourner court.<\/p>\n<p><!--more-->Magie de la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique ! L\u2019installation d\u2019Emmanuel Macron dans ses fonctions pr\u00e9sidentielles donne lieu \u00e0 un spectacle politique comme seule la France sait en produire. L\u2019ancien ministre de l\u2019Economie a certes recueilli moins d\u2019un quart des suffrages exprim\u00e9s au premier tour, avec d\u2019apr\u00e8s les enqu\u00eates d\u2019opinion un niveau d\u2019adh\u00e9sion faible \u00e0 son projet. Il a certes \u00e9t\u00e9 \u00e9lu essentiellement par d\u00e9faut au second tour, dont l\u2019objet \u00e9tait pour la plupart des \u00e9lecteurs d\u2019\u00e9carter la \u00ab menace \u00bb Le Pen. Mais qu\u2019importe ! Le voil\u00e0 d\u00e9sormais tr\u00f4nant en majest\u00e9 sur le paysage politique fran\u00e7ais, libre de le \u00ab recomposer \u00bb \u00e0 sa guise. Comme toujours lors de l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un nouveau pr\u00e9sident fran\u00e7ais, mais de mani\u00e8re encore plus excessive voire caricaturale avec l\u2019av\u00e8nement de ce si jeune et inattendu monarque, les principaux m\u00e9dias du pays adoptent \u00e0 l\u2019\u00e9gard du nouvel \u00e9lu le ton d\u00e9f\u00e9rent voire obs\u00e9quieux qui sied \u00e0 la \u00ab fonction pr\u00e9sidentielle \u00bb, quand ils ne versent pas carr\u00e9ment dans la flagornerie. Comme toujours lors de l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un nouveau pr\u00e9sident fran\u00e7ais, mais de mani\u00e8re encore plus excessive voire caricaturale cette fois-ci, une \u00ab cour \u00bb se met en place autour du nouvel h\u00f4te de l\u2019Elys\u00e9e, o\u00f9 rappliquent et s\u2019agitent flatteurs et ambitieux en tous genres. Le nouveau quinquennat d\u00e9marre ainsi dans un ent\u00eatant concert de louanges, qui laisserait presque \u00e0 penser que le pays est gagn\u00e9 par une sorte de \u00ab Macron-mania \u00bb.<\/p>\n<p><strong>Bouff\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne<\/strong><\/p>\n<p>\u00c0 n\u2019en pas douter, le changement politique en cours s\u2019apparente pour beaucoup \u00e0 une bouff\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne apr\u00e8s le triste quinquennat Hollande, et suscite m\u00eame chez certains l\u2019espoir d\u2019un v\u00e9ritable renouveau pour le pays. Emmanuel Macron s\u2019est en effet donn\u00e9 pour mission de remettre la France \u00ab en marche \u00bb et de lui redonner \u00ab confiance \u00bb en elle-m\u00eame et en l\u2019avenir. \u00ab Vaste programme \u00bb, pourrait-on penser, mais programme auquel une partie des Fran\u00e7ais semble avoir envie de croire.<\/p>\n<p>Le nouveau pr\u00e9sident, il faut dire, para\u00eet ne douter de rien, et surtout pas de ses capacit\u00e9s \u00e0 parvenir \u00e0 ses fins. Au vu de son parcours, on peut d\u2019ailleurs comprendre sa confiance. Ag\u00e9 de seulement 39 ans, inconnu du grand public il y a encore trois ans, n\u2019ayant jamais \u00e9t\u00e9 \u00e9lu \u00e0 quelque fonction que ce soit, et \u00e0 la t\u00eate d\u2019un mouvement politique fond\u00e9 il y a tout juste un an, il est malgr\u00e9 tout parvenu \u00e0 \u00e9carter les \u00ab partis de gouvernement \u00bb au premier tour de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle et \u00e0 ramasser la mise au second tour face \u00e0 Marine Le Pen. \u00ab Ce que nous avons fait depuis tant et tant de mois n\u2019a ni pr\u00e9c\u00e9dent ni \u00e9quivalent. Tout le monde nous disait que c\u2019\u00e9tait impossible, mais ils ne connaissaient pas la France ! \u00bb, a-t-il ainsi pu clamer au soir de son \u00e9lection\u2026<\/p>\n<p>Le voil\u00e0 d\u00e9sormais devenu le plus jeune pr\u00e9sident de l\u2019histoire de France, ainsi que le plus jeune chef d\u2019Etat d\u00e9mocratiquement \u00e9lu dans le monde. Dans un pays traditionnellement dirig\u00e9 par des hommes approchant ou d\u00e9passant l\u2019\u00e2ge l\u00e9gal de la retraite et qui peine fortement \u00e0 renouveler sa classe politique, la performance est \u00e9videmment remarquable. Au point qu\u2019on puisse comprendre que les Fran\u00e7ais \u2013 ou en tout cas une partie d\u2019entre eux \u2013 aient envie d\u2019y croire aussi, de se rallier au panache du jeune pr\u00e9sident et de se laisser emporter dans une vague d\u2019optimisme volontariste qui les soulagerait un peu de la \u00ab morositude \u00bb chronique du pays.<\/p>\n<p>Pour parvenir \u00e0 remettre \u00ab la R\u00e9publique en marche ! \u00bb, Emmanuel Macron entend donc \u00ab r\u00e9nover \u00bb la vie politique fran\u00e7aise en pulv\u00e9risant les vieux \u00ab clivages archa\u00efques \u00bb qui selon lui sont largement responsables des \u00e9checs politiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9s des trente derni\u00e8res ann\u00e9es et de leur corollaire, la mont\u00e9e quasi continue du vote Front national. En combinant \u00ab le meilleur de la gauche \u00bb avec \u00ab le meilleur de la droite \u00bb, il pense pouvoir apporter des solutions pragmatiques aux probl\u00e8mes du pays, \u00e0 commencer par le ch\u00f4mage de masse qui mine le corps social depuis si longtemps. Apr\u00e8s un quinquennat Sarkozy qui a sap\u00e9 la cr\u00e9dibilit\u00e9 de la droite r\u00e9publicaine, puis un quinquennat Hollande qui a ruin\u00e9 celle du parti socialiste, il a bien saisi qu\u2019un espace in\u00e9dit se d\u00e9gageait pour la constitution d\u2019un bloc central susceptible d\u2019\u00e9carter les deux partis de gouvernement et d\u2019incarner l\u2019alternative aux mouvements populistes.<\/p>\n<p>Un bloc central qui correspond \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 politique, mais aussi et peut-\u00eatre surtout \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 sociologique, celle de \u00ab la France qui va bien \u00bb. Un France plut\u00f4t urbaine, plut\u00f4t jeune, \u00e0 l\u2019aise socialement et \u00e9conomiquement, bien ins\u00e9r\u00e9e dans l\u2019\u00e9conomie des services, dynamique et volontaire. Une \u00ab France LinkedIn \u00bb, faite de chefs d\u2019entreprise et de cadres du secteur priv\u00e9, d\u2019avocats, de consultants, de \u00ab startupeurs \u00bb\u2026 Ces Fran\u00e7ais-l\u00e0 se veulent progressistes, puisque les manifestations contemporaines du \u00ab progr\u00e8s \u00bb leur profitent. Ils se veulent r\u00e9formistes, puisque ce que l\u2019on nomme de nos jours \u00ab r\u00e9formes \u00bb correspond \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats. Ils se veulent Europ\u00e9ens et ouverts au monde, puisque l\u2019Europe et le monde sont pour eux sources d\u2019opportunit\u00e9s et de richesses. Ces Fran\u00e7ais-l\u00e0 ne ressentent d\u2019ins\u00e9curit\u00e9 ni \u00e9conomique, ni sociale, ni physique, ni culturelle ou morale, et ils n\u2019ont aucun int\u00e9r\u00eat objectif \u00e0 une quelconque remise en cause substantielle des r\u00e8gles du jeu \u00e9conomique et social.<\/p>\n<p>Cette France qui va bien sait et sent pourtant bien que \u00ab la \u00bb France, elle, va plut\u00f4t mal. Mais si tel est le cas, pense-t-on chez ces Fran\u00e7ais-l\u00e0, c\u2019est parce que le pays a \u00e9t\u00e9 depuis trop longtemps gouvern\u00e9 par des gens \u00ab incomp\u00e9tents \u00bb ou \u00ab impuissants \u00bb. Incomp\u00e9tents et impuissants parce que sectaires, enferm\u00e9s dans des logiques et structures partisanes d\u2019un autre \u00e2ge. Faisons donc sauter ces logiques et ces structures, pensent-ils, renouvelons le personnel politique, et alors la France pourra \u00eatre \u00e0 la fois \u00ab ouverte et conqu\u00e9rante \u00bb, pour le b\u00e9n\u00e9fice du plus grand nombre\u2026<\/p>\n<p>L\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle a marqu\u00e9 le succ\u00e8s de la premi\u00e8re \u00e9tape du \u00ab plan Macron \u00bb : l\u2019\u00e9limination quasi compl\u00e8te du parti socialiste, rel\u00e9gu\u00e9 \u00e0 un score de parti mineur et dont on voit mal aujourd\u2019hui comment il pourrait se relever. L\u2019apr\u00e8s pr\u00e9sidentielle et les l\u00e9gislatives doivent marquer la seconde \u00e9tape : la marginalisation des r\u00e9publicains, siphonn\u00e9s sur leur gauche par le mouvement du nouveau pr\u00e9sident et sur leur droite par le parti de Marine Le Pen, pour laquelle une partie de leurs \u00e9lecteurs a vot\u00e9 au second tour de la pr\u00e9sidentielle. Le d\u00e9bauchage des quelques cadres de la droite qui ont accept\u00e9 de rejoindre le gouvernement participe de cette volont\u00e9. Chacun pourra juger de la motivation de ces ralliements, qui participent soit d\u2019une volont\u00e9 sinc\u00e8re de servir le pays au moment o\u00f9 il entre dans une nouvelle \u00e8re, soit plus simplement d\u2019aller \u00ab \u00e0 la soupe \u00bb vers le nouveau pouvoir, dans la plus pure tradition de la \u00ab vieille politique \u00bb \u00e0 la fran\u00e7aise\u2026 Au vu des d\u00e9clarations pass\u00e9es, m\u00eame r\u00e9centes, de plusieurs des nouveaux ministres, y compris le premier, on pourrait \u00eatre pardonn\u00e9 de nourrir quelques doutes sur la sinc\u00e9rit\u00e9 de ce qui ressemble fort \u00e0 un \u00ab bal des hypocrites \u00bb\u2026<\/p>\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, le nouveau pr\u00e9sident a donc pour objectif de \u00ab r\u00e9nover \u00bb et \u00ab renouveler \u00bb la vie politique fran\u00e7aise et de la \u00ab recomposer \u00bb autour de son mouvement, qui n\u2019aurait alors pour v\u00e9ritable opposition que le Front national sur sa droite et, peut-\u00eatre, la France insoumise de Jean-Luc M\u00e9lenchon sur sa gauche. Cette recomposition annonc\u00e9e et entam\u00e9e agite les conversations depuis l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, et plus encore depuis la nomination du gouvernement. Elle va probablement dominer la campagne des \u00e9lections l\u00e9gislatives de juin, dont le r\u00e9sultat indiquera si et comment elle s\u2019op\u00e9rera durant le quinquennat. C\u2019est donc seulement au soir du second tour, le 18 juin, que l\u2019on saura si Emmanuel Macron a r\u00e9ussi son pari ; au vu des premiers sondages, l\u2019espoir lui semble permis.<\/p>\n<p><strong>Restaurer la monarchie r\u00e9publicaine<\/strong><\/p>\n<p>Chacun pourra bien s\u00fbr se faire sa propre opinion des motivations de cette recomposition politique souhait\u00e9e par le pr\u00e9sident, des options politiques autour desquelles il entend la mener, et de ses chances de succ\u00e8s. Mais au-del\u00e0 d\u2019une \u00ab r\u00e9novation \u00bb de la vie politique fran\u00e7aise, les paroles et les actes d\u2019Emmanuel Macron depuis son \u00e9lection traduisent un autre volont\u00e9 du nouveau pr\u00e9sident, peut-\u00eatre plus fondamentale : celle d\u2019une \u00ab restauration \u00bb du r\u00e9gime politique fran\u00e7ais, cette \u00ab monarchie r\u00e9publicaine \u00bb de la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique qui semble si mal en point.<\/p>\n<p>\u00ab Nos institutions, d\u00e9cri\u00e9es par certains, doivent retrouver aux yeux des Fran\u00e7ais l\u2019efficacit\u00e9 qui en a garanti la p\u00e9rennit\u00e9 \u00bb, a-t-il ainsi d\u00e9clar\u00e9 lors de son discours d\u2019investiture. \u00ab Car je crois aux institutions de la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique et ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu\u2019elles fonctionnent selon l\u2019esprit qui les a fait na\u00eetre \u00bb. Cela passe selon lui, en particulier, par la restauration de ce qui constitue la \u00ab cl\u00e9 de vo\u00fbte \u00bb du r\u00e9gime de la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique, \u00e0 savoir la fameuse \u00ab fonction pr\u00e9sidentielle \u00bb. Apr\u00e8s l\u2019abaissement sarkozysto-hollandien, le nouvel h\u00f4te de l\u2019Elys\u00e9e veut relever cette fonction et lui redonner sa place en majest\u00e9 au sommet de la pyramide du pouvoir. Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, dit-il, ne peut pas \u00eatre un homme \u00ab normal \u00bb, car les Fran\u00e7ais ne le lui demandent pas : ils lui confient les r\u00eanes de la nation et veulent qu\u2019il assume pleinement cette responsabilit\u00e9 extraordinaire. Il n\u2019a pas pour autant vocation \u00e0 \u00eatre un \u00ab hyper-pr\u00e9sident \u00bb, s\u2019occupant de tout en permanence. Au cours du premier Conseil des ministres de son quinquennat, Emmanuel Macron a ainsi rappel\u00e9 que le r\u00f4le du pr\u00e9sident consiste \u00e0 \u00ab fixer la strat\u00e9gie \u00bb et qu\u2019il revient au Premier ministre de proc\u00e9der aux arbitrages. \u00ab Le long terme est \u00e0 l\u2019\u00c9lys\u00e9e, les arbitrages quotidiens et \u00e0 moyen terme sont \u00e0 Matignon \u00bb, a rapport\u00e9 le porte-parole du gouvernement, ajoutant que les conseillers \u00e9lys\u00e9ens n\u2019iraient pas empi\u00e9ter sur les pr\u00e9rogatives gouvernementales et minist\u00e9rielles comme ils ont pu le faire au cours des deux quinquennats pr\u00e9c\u00e9dents. La pr\u00e9sidence Macron, avait annonc\u00e9 le candidat durant sa campagne, sera \u00ab jupit\u00e9rienne \u00bb : le pr\u00e9sident prendra de la hauteur, restera au-dessus de la m\u00eal\u00e9e, fixera le cap et s\u2019exprimera peu sur les d\u00e9tails de l\u2019action gouvernementale.<\/p>\n<p>Tout dans les actes et l\u2019attitude d\u2019Emmanuel Macron depuis son \u00e9lection traduisent cette volont\u00e9 de \u00ab restauration \u00bb du r\u00e9gime de la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique, et en particulier de la fonction pr\u00e9sidentielle qui en est au c\u0153ur. Le ton grave de sa premi\u00e8re allocution au soir de sa victoire, la mise en sc\u00e8ne de sa longue marche solitaire dans la cour du Louvre, son discours en majest\u00e9 devant la pyramide, la solennit\u00e9 de la passation de pouvoir, sa remont\u00e9e des Champs-Elys\u00e9es \u00e0 bord d\u2019un v\u00e9hicule militaire\u2026 Il \u00ab habite la fonction \u00bb, dit-on, il \u00ab se pr\u00e9sidentialise \u00bb, devenant \u00e0 la fois P\u00e8re de la Nation et chef de guerre. Il cherche autant qu\u2019il est possible \u00e0 \u00ab faire pr\u00e9sident \u00bb, rompant avec les pratiques de ses deux pr\u00e9d\u00e9cesseurs et restaurant une conception verticale de l\u2019autorit\u00e9. Peut-\u00eatre pour faire oublier son jeune \u00e2ge, si \u00e9loign\u00e9 des canons traditionnels de la pr\u00e9sidentialit\u00e9 \u00e0 la fran\u00e7aise, mais probablement plus encore parce qu\u2019il est sinc\u00e8rement convaincu que, comme il le dit, \u00ab le pays a besoin de cette fonction symbolique \u00bb.<\/p>\n<p>Homme intelligent et lucide, Emmanuel Macron n\u2019ignore pas que la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique est, comme l\u2019ont soulign\u00e9 tant et tant d\u2019observateurs depuis tant et tant d\u2019ann\u00e9es, un syst\u00e8me en crise profonde, voire \u00ab \u00e0 bout de souffle \u00bb. Il semble n\u00e9anmoins convaincu que cette crise, si elle est syst\u00e9mique, r\u00e9sulte avant tout des manquements et \u00e9checs des gouvernants successifs qu\u2019il attribue \u00e0 leur incapacit\u00e9 \u00e0 s\u2019extirper des \u00ab clivages archa\u00efques \u00bb, mais qu\u2019elle ne constitue pas pour autant une \u00ab crise de r\u00e9gime \u00bb. La V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique a peut-\u00eatre \u00e9t\u00e9 d\u00e9voy\u00e9e par les pratiques de ses pr\u00e9d\u00e9cesseurs, mais elle-m\u00eame n\u2019est selon lui pas fondamentalement en cause. Il fait donc le pari que le syst\u00e8me politique peut \u00eatre chang\u00e9 par la voie de la monarchie pr\u00e9sidentielle, et que cela passe par un retour \u00e0 \u00ab l\u2019esprit de la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique \u00bb.<\/p>\n<p><strong>De l\u2019esprit du r\u00e9gime<\/strong><\/p>\n<p>Mais quel est donc ce r\u00e9gime que le jeune pr\u00e9sident veut restaurer, et quel est son \u00ab esprit \u00bb ? Aux yeux de beaucoup de Fran\u00e7ais, la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique est le r\u00e9gime h\u00e9rit\u00e9 du g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle, et b\u00e9n\u00e9ficie encore du prestige de son fondateur. Instaur\u00e9e en 1958, elle est per\u00e7ue comme le cadre \u00ab normal \u00bb de la vie publique et politique du pays. Pourtant, le r\u00e9gime politique qu\u2019elle \u00e9tablit n\u2019a rien de \u00ab normal \u00bb au regard des pratiques d\u00e9mocratiques du monde occidental. Ce r\u00e9gime, qualifi\u00e9 de \u00ab semi-pr\u00e9sidentiel \u00bb par les politologues et constitutionnalistes, est cens\u00e9 combiner certaines caract\u00e9ristiques du r\u00e9gime parlementaire qui est la norme en Europe \u2013 et fut aussi longtemps la norme en France \u2013 avec des \u00e9l\u00e9ments du r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel \u00e0 l\u2019am\u00e9ricaine. Du r\u00e9gime parlementaire, il a conserv\u00e9 une s\u00e9paration des pouvoirs souple et le principe th\u00e9orique de la responsabilit\u00e9 du gouvernement devant le parlement. Du r\u00e9gime pr\u00e9sidentiel, il a emprunt\u00e9 le principe d\u2019un pr\u00e9sident \u00e9lu par le peuple, dot\u00e9 de larges pouvoirs et agissant comme v\u00e9ritable chef de l\u2019ex\u00e9cutif. Ce r\u00e9gime \u00ab hybride \u00bb ou \u00ab b\u00e2tard \u00bb \u00e9tait cens\u00e9 mettre fin \u00e0 l\u2019instabilit\u00e9 gouvernementale chronique qui r\u00e9gnait en France sous la IV<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique, et \u00e9tablir un pouvoir ex\u00e9cutif stable et fort afin d\u2019assurer l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action publique.<\/p>\n<p>Paradoxalement, la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique a au contraire abouti \u00e0 rendre le pouvoir politique impuissant. En instaurant une fonction pr\u00e9sidentielle institutionnellement omnipotente mais politiquement irresponsable, elle a d\u00e9bouch\u00e9 sur le contraire de ce qu\u2019elle \u00e9tait cens\u00e9e apporter, \u00e0 savoir l\u2019efficacit\u00e9 de l\u2019action publique.<\/p>\n<p>La Constitution de 1958 \u00e9tablit en effet un r\u00e9gime de concentration du pouvoir sans \u00e9quivalent dans le monde d\u00e9mocratique, nulle part ailleurs un pouvoir aussi \u00e9tendu n\u2019\u00e9tant confi\u00e9 \u00e0 un seul homme. Elle aboutit \u00e0 abolir, dans les faits, et lorsque la majorit\u00e9 parlementaire est issue du m\u00eame camp que l\u2019ex\u00e9cutif, la distinction traditionnelle en r\u00e9gime parlementaire entre les r\u00f4les de \u00ab chef d\u2019Etat \u00bb et de \u00ab chef de gouvernement \u00bb : le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique exerce de facto les deux r\u00f4les et d\u00e9tient l\u2019ensemble du pouvoir ex\u00e9cutif, le premier ministre \u00e9tant r\u00e9duit au rang de \u00ab collaborateur \u00bb et l\u2019ensemble des ministres au rang de simples ex\u00e9cutants, n\u2019exer\u00e7ant d\u2019autorit\u00e9 que par \u00ab d\u00e9l\u00e9gation \u00bb du pr\u00e9sident. Plus fondamentalement, elle aboutit \u00e9galement \u00e0 abolir, de fait, la s\u00e9paration entre le pouvoir ex\u00e9cutif et le pouvoir l\u00e9gislatif : en donnant \u00e0 l\u2019ex\u00e9cutif la ma\u00eetrise de l\u2019ordre du jour et du calendrier parlementaire, ainsi que divers moyens de s\u2019affranchir du processus parlementaire lorsqu\u2019il s\u2019av\u00e8re trop long ou contraignant, la Constitution de 1958 r\u00e9duit de facto le parlement \u00e0 une simple chambre d\u2019enregistrement. Si bien qu\u2019en France, lorsque les majorit\u00e9s pr\u00e9sidentielles et parlementaires sont align\u00e9es, les pouvoirs ne sont ni s\u00e9par\u00e9s ni \u00e9quilibr\u00e9s mais hi\u00e9rarchis\u00e9s, selon une organisation de type pyramidal au sommet de laquelle tr\u00f4ne le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique. Elu au suffrage universel direct et tirant son autorit\u00e9 de son lien direct avec le peuple, celui-ci peut d\u00e9cider seul d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s tout. Chef de l\u2019ex\u00e9cutif et, dans les faits, v\u00e9ritable chef de la majorit\u00e9 parlementaire, il peut disposer de ses ministres comme et quand bon lui semble, et ignorer ou contraindre le parlement s\u2019il ne se montre pas assez docile \u00e0 son go\u00fbt. Loin d\u2019\u00eatre une d\u00e9formation \u00ab sarkozyste \u00bb de l\u2019exercice du pouvoir, \u00ab l\u2019hyper pr\u00e9sidence \u00bb est en fait la pente naturelle du r\u00e9gime politique de la France.<\/p>\n<p>Les r\u00e9formes institutionnelles men\u00e9es jusqu\u2019ici, qui ont parfois pr\u00e9tendu r\u00e9duire ou encadrer les pouvoirs pr\u00e9sidentiels, n\u2019ont au contraire abouti qu\u2019\u00e0 accentuer les d\u00e9rives pr\u00e9sidentialistes du r\u00e9gime, la primaut\u00e9 institutionnelle du chef de l\u2019Etat devenant, dans la pratique, une toute-puissance. Mais alors m\u00eame qu\u2019elle fait proc\u00e9der l\u2019ensemble du pouvoir politique du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique institutionnalise dans le m\u00eame temps une irresponsabilit\u00e9 quasi compl\u00e8te de ce m\u00eame pouvoir. Le pr\u00e9sident n\u2019est en effet pas politiquement responsable devant le parlement, comme le d\u00e9tenteur du pouvoir ex\u00e9cutif l\u2019est traditionnellement en r\u00e9gime parlementaire, et il est \u00e9galement irresponsable p\u00e9nalement et civilement durant son mandat. Cette \u00ab d\u00e9responsabilisation \u00bb politique n\u2019est pas limit\u00e9e au pr\u00e9sident mais s\u2019\u00e9tend de fait \u00e0 l\u2019ensemble de l\u2019ex\u00e9cutif. La responsabilit\u00e9 du gouvernement devant le parlement n\u2019est en effet que purement th\u00e9orique, et la seule v\u00e9ritable responsabilit\u00e9 politique du gouvernement est vis-\u00e0-vis du pr\u00e9sident lui m\u00eame. Soumis au bon vouloir d\u2019un pr\u00e9sident qui lui-m\u00eame est irresponsable, le gouvernement de la R\u00e9publique fran\u00e7aise \u00e9chappe, de facto, aux exigences de responsabilit\u00e9 politique commun\u00e9ment admises dans une d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p><strong>Absolutisme inefficace<\/strong><\/p>\n<p>Cette combinaison d\u2019une concentration sans \u00e9quivalent du pouvoir politique avec l\u2019institutionnalisation de son irresponsabilit\u00e9 quasi totale constitue non seulement une aberration d\u2019un point de vue d\u00e9mocratique, mais \u00e9galement la cause profonde de l\u2019impuissance politique qui mine la France depuis si longtemps. Elle n\u2019a en effet abouti qu\u2019\u00e0 instaurer ce que Jean-Fran\u00e7ois Revel appelait tr\u00e8s justement un \u00ab absolutisme inefficace \u00bb, un r\u00e9gime dans lequel le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique r\u00e8gne tel un monarque sur un Etat qui se veut fort mais qui s\u2019av\u00e8re incapable de r\u00e9soudre les grands probl\u00e8mes auxquels est confront\u00e9e la soci\u00e9t\u00e9 fran\u00e7aise. D\u2019une part parce que les forums et instances qui, en d\u00e9mocratie, doivent permettre de discuter ces probl\u00e8mes et d\u2019effectuer les m\u00e9diations n\u00e9cessaires \u00e0 leur r\u00e9solution, \u00e0 savoir le parlement mais aussi les divers corps interm\u00e9diaires, sont de facto priv\u00e9s de ce r\u00f4le dans le sch\u00e9ma hi\u00e9rarchis\u00e9 et pyramidal du r\u00e9gime semi-pr\u00e9sidentiel. D\u2019autre part, et peut-\u00eatre surtout, parce que le seul rendez-vous d\u00e9mocratique qui pourrait servir \u00e0 v\u00e9ritablement discuter et trancher ces probl\u00e8mes, l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, a \u00e9t\u00e9 transform\u00e9e du fait m\u00eame de la toute puissance institutionnelle du pr\u00e9sident en un v\u00e9ritable concours de d\u00e9magogie qui obs\u00e8de la classe politique autant qu\u2019il tronque les choix propos\u00e9s aux citoyens. Ce v\u00e9ritable \u00ab poison pr\u00e9sidentiel \u00bb, comme l\u2019a appel\u00e9 la journaliste Ghislaine Ottenheimer, hyst\u00e9rise les rapports politiques et sociaux, divise profond\u00e9ment la nation et nourrit le d\u00e9senchantement et le ressentiment, voire la violence latente qui parcourt et mine le corps politique et social fran\u00e7ais.<\/p>\n<p>Le r\u00e9gime de la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique est ainsi devenu un cas d\u2019\u00e9cole de ce que l\u2019historien Pierre Rosanvallon a appel\u00e9 le \u00ab mal-gouvernement \u00bb, par lequel une concentration excessive des pouvoirs entre les mains de l\u2019ex\u00e9cutif atrophie la d\u00e9mocratie et emp\u00eache l\u2019action des gouvernements d\u2019ob\u00e9ir \u00e0 des r\u00e8gles de transparence, d\u2019exercice de la responsabilit\u00e9, de r\u00e9activit\u00e9 ou d\u2019\u00e9coute des citoyens clairement \u00e9tablies et respect\u00e9es. Les institutions de la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique ne permettent pas de g\u00e9rer les affaires publiques de mani\u00e8re \u00e0 la fois coh\u00e9rente, efficace et d\u00e9mocratique, et la France est donc engonc\u00e9e dans une v\u00e9ritable \u00ab crise de r\u00e9gime \u00bb qui, pour \u00eatre latente, n\u2019en est pas moins devenue permanente. Le r\u00e9gime politique de la France, de fait, \u00ab ne marche plus \u00bb.<\/p>\n<p>Emmanuel Macron fait le pari qu\u2019il pourra, lui, faire marcher ce r\u00e9gime d\u00e9faillant en revenant \u00e0 l\u2019esprit originel de la Constitution et en incarnant la fonction pr\u00e9sidentielle telle que l\u2019avait con\u00e7ue le g\u00e9n\u00e9ral de Gaulle : celle d\u2019un monarque r\u00e9publicain, \u00e0 la parole rare mais forte, ma\u00eetre du temps long mais laissant au gouvernement le soin de g\u00e9rer l\u2019intendance. Cette tentative de \u00ab restauration \u00bb du r\u00e9gime a cependant toutes les chances de tourner court, et ce pour au moins deux raisons.<\/p>\n<p>La premi\u00e8re est que la r\u00e9duction du mandat pr\u00e9sidentiel \u00e0 cinq ans, que le nouveau pr\u00e9sident souhaite maintenir, ne permet pas de revenir \u00e0 un exercice \u00ab gaullien \u00bb de la fonction. L\u2019alignement de la dur\u00e9e de ce mandat avec celle de la l\u00e9gislature a substantiellement chang\u00e9 la donne, obligeant le pr\u00e9sident \u00e0 assumer pleinement le r\u00f4le de chef supr\u00eame de l\u2019ex\u00e9cutif et m\u00eame de vrai chef de la majorit\u00e9. Le quinquennat ne donne plus loisir au pr\u00e9sident de la R\u00e9publique de prendre une pose \u00ab jupit\u00e9rienne \u00bb, pas plus que mercurienne ou bien solaire. Le pr\u00e9sident est d\u00e9sormais le seul vrai comptable vis-\u00e0-vis de l\u2019opinion publique de la politique men\u00e9e, dont la perception conditionne ses chances de r\u00e9\u00e9lection lors d\u2019un prochain rendez-vous \u00e9lectoral qui tr\u00e8s rapidement apr\u00e8s son accession \u00e0 l\u2019Elys\u00e9e en vient \u00e0 dominer les pens\u00e9es et les arri\u00e8re-pens\u00e9es. Pas plus que ses r\u00e9cents pr\u00e9d\u00e9cesseurs, Emmanuel Macron ne pourra se permettre de rester en retrait ou \u00ab au dessus \u00bb de la m\u00eal\u00e9e ; qu\u2019il le veuille ou non, il sera expos\u00e9 et devra s\u2019impliquer sans cesse davantage dans la gestion quotidienne des affaires de la nation.<\/p>\n<p>La seconde raison est, bien \u00e9videmment, qu\u2019une pr\u00e9sidence en majest\u00e9 gaullienne, au sommet d\u2019un syst\u00e8me de pouvoir pyramidal, n\u2019a de sens que dans un cadre politique national de souverainet\u00e9 pleine et enti\u00e8re. Or la France, ayant fait le choix il y a de cela plusieurs d\u00e9cennies d\u2019exercer une partie substantielle de sa souverainet\u00e9 en commun avec ses partenaires europ\u00e9ens, ne peut plus fournir plus ce cadre. Les capacit\u00e9s d\u2019action et d\u2019autorit\u00e9 du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique sont d\u00e9sormais fortement contraintes par le cadre europ\u00e9en dans lequel les politiques publiques sont largement d\u00e9termin\u00e9es.<\/p>\n<p>Certes, Emmanuel Macron veut r\u00e9former profond\u00e9ment voire \u00ab refonder \u00bb l\u2019Europe, et compte bien persuader la chanceli\u00e8re Merkel de le suivre, notamment sur la voie d\u2019une zone euro plus int\u00e9gr\u00e9e et plus solidaire et d\u2019une Europe un peu plus \u00ab \u00e0 la fran\u00e7aise \u00bb. Mais il se fourvoie sur les dispositions d\u2019esprit de la chanceli\u00e8re \u2013 et m\u00eame de la classe politique allemande dans son ensemble \u2013 s\u2019il s\u2019imagine pouvoir obtenir, \u00e0 moyen ou long terme, la mise en \u0153uvre d\u2019une v\u00e9ritable \u00ab union de transferts \u00bb par laquelle l\u2019Allemagne accepterait de transf\u00e9rer chaque ann\u00e9e une partie substantielle de sa richesse vers la \u00ab p\u00e9riph\u00e9rie \u00bb de la zone, structurellement moins comp\u00e9titive. Cette union de transferts est probablement la seule fa\u00e7on d\u2019assurer un r\u00e9\u00e9quilibrage \u00e9conomique en zone euro et la p\u00e9rennit\u00e9 \u00e0 long terme de la monnaie unique europ\u00e9enne, mais elle est et restera politiquement inacceptable pour l\u2019Allemagne. Du point de vue allemand, le contrat de base de l\u2019union mon\u00e9taire est en effet clair et quasiment sacr\u00e9 : ind\u00e9pendance stricte de la Banque centrale europ\u00e9enne et limitation de son mandat \u00e0 la stabilit\u00e9 des prix, limitation des marges de man\u0153uvre budg\u00e9taires des Etats de fa\u00e7on \u00e0 \u00e9viter des d\u00e9rapages qui pourraient cr\u00e9er des risques pour la stabilit\u00e9 financi\u00e8re et mon\u00e9taire de la zone, et interdiction des transferts budg\u00e9taires entre Etats qui viendraient in\u00e9vitablement p\u00e9naliser la vertueuse Allemagne et \u00ab r\u00e9compenser \u00bb les imprudents et les incons\u00e9quents. Pour les Allemands, le succ\u00e8s \u00e9conomique de leur pays est le signe que sa \u00ab culture de stabilit\u00e9 \u00bb fonctionne, et que les autres n\u2019ont qu\u2019\u00e0 s\u2019en inspirer. Ni Angela Merkel ni aucun de ses successeurs, quel que soit son orientation politique, ne se pr\u00e9sentera jamais aux \u00e9lecteurs allemands en d\u00e9fendant un m\u00e9canisme de transfert budg\u00e9taire permanent vers les pays m\u00e9diterran\u00e9ens. Pas question de \u00ab gouvernement \u00e9conomique \u00bb de la zone euro ou de substantielle mutualisation des dettes, donc, quoi qu\u2019en pense M. Macron. En raison de l\u2019\u00e9tat des forces en pr\u00e9sence sur le continent, l\u2019organisation politique et \u00e9conomique de l\u2019Europe est et restera dans les ann\u00e9es qui viennent domin\u00e9e par la culture de stabilit\u00e9 germanique.<\/p>\n<p>Le choix europ\u00e9en qui a \u00e9t\u00e9 fait depuis plusieurs d\u00e9cennies r\u00e9duit donc fortement et continuellement les marges de man\u0153uvre et les capacit\u00e9s d\u2019action du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise, et le contraste de plus en plus criant qui en r\u00e9sulte avec l\u2019omnipotence institutionnelle de sa fonction le condamne de plus en plus souvent \u00e0 incarner le symbole de l\u2019impuissance politique. Emmanuel Macron, quand bien m\u00eame sa volont\u00e9 serait forte et ses intentions justes, n\u2019\u00e9chappera vraisemblablement pas \u00e0 ce sort.<\/p>\n<p><strong>N\u0153ud gordien<\/strong><\/p>\n<p>Lors de l\u2019arriv\u00e9e de chaque nouveau pr\u00e9sident, la France se laisse \u00e0 esp\u00e9rer un nouveau d\u00e9part. Celui-ci sera peut-\u00eatre le bon, se dit-on, celui qui saura remettre le pays \u00ab en marche \u00bb, et dans le bon sens. Celui surtout qui parviendra \u00e0 le sortir de cet \u00e9tat de sinistrose n\u00e9vrotique et de doute permanent qui le tenaille, et \u00e0 lui redonner un cap plus clair et une dynamique plus positive. Chaque fois l\u2019on est d\u00e9\u00e7u, mais chaque fois l\u2019on se remet \u00e0 esp\u00e9rer la fois suivante. L\u2019\u00e9lection du jeune Macron n\u2019\u00e9chappe pas \u00e0 la r\u00e8gle, qui suscite \u00e0 nouveau des espoirs \u2013 espoirs qui sont \u00e0 nouveau appel\u00e9s \u00e0 \u00eatre peu \u00e0 peu engloutis dans la crise de r\u00e9gime permanente.<\/p>\n<p>Cette \u00e9lection, et les d\u00e9ceptions qui suivront in\u00e9vitablement, pourraient cependant avoir un effet catalytique en amenant une partie croissante des Fran\u00e7ais \u00e0 r\u00e9aliser que les probl\u00e8mes du pays, et son interminable malaise \u00e9conomique, social, culturel, et moral, r\u00e9sultent moins des manquements de ses dirigeants que des d\u00e9faillances de son r\u00e9gime politique. Le \u00ab salut \u00bb, le \u00ab renouveau \u00bb ou la \u00ab remise en marche \u00bb, comme on voudra l\u2019appeler, ne peut pas, ne pourra pas venir de l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique et sous la forme de l\u2019\u00e9lection d\u2019un nouveau pr\u00e9sident, aussi jeune, brillant et s\u00e9duisant soit-il. C\u2019est au contraire uniquement en abolissant la \u00ab monarchie r\u00e9publicaine \u00bb de la V<sup>\u00e8me<\/sup> R\u00e9publique que le pays pourrait \u00e9ventuellement esp\u00e9rer entrer dans une nouvelle phase, plus positive, de son histoire. Cela passerait, pour les Fran\u00e7ais, par une nouvelle \u00ab d\u00e9capitation \u00bb de la figure du monarque, au travers d\u2019un renoncement \u00e0 l\u2019\u00e9lection d\u2019un pr\u00e9sident de la r\u00e9publique institutionnellement omnipotent au suffrage universel direct. Cette \u00e9lection est en effet devenu le \u00ab n\u0153ud gordien \u00bb du \u00ab mal fran\u00e7ais \u00bb, le probl\u00e8me inextricable dont la r\u00e9solution conditionne tout progr\u00e8s dans les autres domaines et qui ne peut \u00eatre r\u00e9solu que par une action brutale. Ce serait l\u00e0 le prix \u00e0 payer pour que la France ait une chance d\u2019\u00e9tablir, enfin, un r\u00e9gime politique v\u00e9ritablement efficace et, surtout, v\u00e9ritablement d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>Chaque nouvelle \u00e9lection pr\u00e9sidentielle, avec son lot d\u2019attentes et d\u2019espoirs vou\u00e9s \u00e0 \u00eatre d\u00e9\u00e7us, nous rapproche inexorablement du moment o\u00f9 la \u00ab crise de r\u00e9gime \u00bb fran\u00e7aise cessera d\u2019\u00eatre latente et deviendra aigu\u00eb. Les conditions politiques, \u00e9conomiques et sociales des cinq prochaines ann\u00e9es devraient probablement contribuer \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer les choses, si bien que la tentative de \u00ab Restauration Macron \u00bb pourrait non seulement tourner court, mais nous rapprocher de la chute du r\u00e9gime. Le jour m\u00eame de l\u2019investiture du nouveau pr\u00e9sident, son \u00e9pouse Brigitte Macron a para\u00eet-il demand\u00e9 aux repr\u00e9sentants religieux invit\u00e9s de bien vouloir \u00ab prier pour son mari \u00bb. Il en aura probablement besoin.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>Alors que le nouveau pr\u00e9sident de la R\u00e9publique entame son mandat, l\u2019attention se focalise sur sa volont\u00e9 de \u00ab r\u00e9novation \u00bb et de \u00ab recomposition \u00bb de la vie politique fran\u00e7aise. 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