{"id":96657,"date":"2017-06-30T16:37:36","date_gmt":"2017-06-30T14:37:36","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=96657"},"modified":"2017-06-30T16:37:36","modified_gmt":"2017-06-30T14:37:36","slug":"chine-et-lart-contemporain-par-dd-dh","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/06\/30\/chine-et-lart-contemporain-par-dd-dh\/","title":{"rendered":"CHINE &#8211; Et l&rsquo;art contemporain ? par DD &#038; DH"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Quid de la peinture en Chine aujourd&rsquo;hui ? O\u00f9 en est-on du \u00ab\u00a0sur place\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00bb. La question est int\u00e9ressante et vaut qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate en quelques paragraphes.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>Ouvrons ce chantier par un flash-back et quelques interrogations\u00a0:<\/p>\n<p>1) Qu&rsquo;est devenu l&rsquo;art pictural chinois apr\u00e8s la rencontre avec l&rsquo;Occident ? On peut faire remonter la rencontre inaugurale \u00e0 la pr\u00e9sence des J\u00e9suites en Chine (\u00e9poques Kangxi et Qianlong, soit au long des XVIIe et XVIIIe s.). Ceux-ci se taill\u00e8rent une r\u00e9putation plus scientifique et technicienne qu&rsquo;artiste, mais ils apport\u00e8rent des peintures occidentales dans l&rsquo;Empire du Milieu et y initi\u00e8rent certains de leurs disciples et convertis. La Chine des Qing d\u00e9couvrit alors la peinture \u00e0 l&rsquo;huile et l&rsquo;art du portrait. Certains P\u00e8res ou Fr\u00e8res de l&rsquo;Ordre d&rsquo;Ignace de Loyola furent pour de bon des peintres, pourrait-on dire, \u00ab\u00a0professionnels\u00a0\u00bb (si la photo avait exist\u00e9, un Leica aurait remplac\u00e9 leur pinceau puisqu&rsquo;ils \u00e9taient en somme reporters en mission) : c&rsquo;est le cas de <strong>Giuseppe Castiglione<\/strong> (1688-1766)<\/p>\n<figure id=\"attachment_96663\" aria-describedby=\"caption-attachment-96663\" style=\"width: 652px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kaiserin-Xiaoxian1.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-96663\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kaiserin-Xiaoxian1.jpg\" alt=\"\" width=\"652\" height=\"785\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kaiserin-Xiaoxian1.jpg 652w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Kaiserin-Xiaoxian1-249x300.jpg 249w\" sizes=\"auto, (max-width: 652px) 100vw, 652px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-96663\" class=\"wp-caption-text\">Giuseppe Castiglione &#8211; Le Glorieux r\u00e8gne de l&#8217;empereur Qianlong.<\/figcaption><\/figure>\n<p>ou de <strong>Jean-Denis Attiret<\/strong> (1702-1768).<\/p>\n<figure id=\"attachment_96662\" aria-describedby=\"caption-attachment-96662\" style=\"width: 1031px\" class=\"wp-caption aligncenter\"><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Le-combat-dArcul.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"size-full wp-image-96662\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Le-combat-dArcul.jpg\" alt=\"\" width=\"1031\" height=\"638\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Le-combat-dArcul.jpg 1031w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Le-combat-dArcul-300x186.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Le-combat-dArcul-768x475.jpg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Le-combat-dArcul-1024x634.jpg 1024w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Le-combat-dArcul-825x510.jpg 825w\" sizes=\"auto, (max-width: 1031px) 100vw, 1031px\" \/><\/a><figcaption id=\"caption-attachment-96662\" class=\"wp-caption-text\">Jean-Denis Attiret &#8211; Le combat d&rsquo;Arcul<\/figcaption><\/figure>\n<p>Mais de reportage pour les esprits curieux d&rsquo;Europe, leurs pinceaux n&rsquo;en fournirent point : \u00e9tant, l&rsquo;un comme l&rsquo;autre, devenus peintres favoris \u00e0 la Cour de P\u00e9kin, ils se sp\u00e9cialis\u00e8rent, \u00e0 la demande de leur imp\u00e9rial commanditaire, dans les portraits officiels et les vastes tableaux figurant en d\u00e9tail les chasses, les c\u00e9r\u00e9monies et autres grandes pompes de l&rsquo;Empereur. Par violon d&rsquo;Ingres plus personnel, ils devinrent aussi d&rsquo;excellents peintres chinois \u00e0 la mani\u00e8re des Song, peignant avec beaucoup de finesse (et pas mal de la mi\u00e8vrerie ambiante sous les Qing) quelques poncifs \u00e0 base d&rsquo;oiseaux, de fleurs et de papillons. Flop de cette premi\u00e8re rencontre ! La Chine orientalise nos peintres et nous les confisque, mais ne se \u00ab\u00a0convertit\u00a0\u00bb pas plus \u00e0 nos usages picturaux qu&rsquo;\u00e0 notre religion d&rsquo;importation.<\/p>\n<p>2) La deuxi\u00e8me rencontre a lieu dans un contexte plus turbulent, celui de l&rsquo;effervescence culturelle qui a suivi la chute de l&rsquo;Empire (1911), puis le Trait\u00e9 de Versailles (1919). Les \u00e9crivains, intellectuels et \u00e9tudiants chinois d\u00e9couvrent alors l&rsquo;art occidental en m\u00eame temps que sa litt\u00e9rature et sa philosophie. Les tableaux classiques et impressionnistes majeurs sont d\u00e9sormais connus \u00e0 travers des reproductions. Celles-ci sont le plus souvent tr\u00e8s m\u00e9diocres, mais l&rsquo;attrait de la nouveaut\u00e9 provoque un engouement qui, \u00e0 son tour, suscite des vocations. Cette g\u00e9n\u00e9ration aura comme trait commun la honte de son \u00ab\u00a0retard\u00a0\u00bb et une fr\u00e9n\u00e9sie \u00e0 le combler qui se verra tr\u00e8s vite contrecarr\u00e9e par les \u00e9v\u00e9nements politiques qui vont jeter la Chine dans le chaos et faire d&rsquo;elle une proie r\u00eav\u00e9e pour l&rsquo;expansionnisme nippon. Il se peut que des peintures \u00e0 l&rsquo;huile de cette p\u00e9riode s&rsquo;essayant \u00e0 un v\u00e9ritable renouveau aient \u00e9t\u00e9 d\u00e9finitivement perdues au cours des vingt ann\u00e9es de guerre, mais il ne nous reste gu\u00e8re de traces notables d&rsquo;\u0153uvres vraiment majeures li\u00e9es \u00e0 cette premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe.<\/p>\n<p>3) On voit tr\u00e8s clairement en revanche ce que seront les directives de la jeune R\u00e9publique Populaire en mati\u00e8re d&rsquo;art (\u00e0 partir de 1950) car les traces en sont (h\u00e9las !) encore nombreuses. Il s&rsquo;agit dans un premier temps d&rsquo;imiter en tout point l&rsquo;alli\u00e9, le \u00ab\u00a0Grand Fr\u00e8re\u00a0\u00bb auquel la Chine est li\u00e9e par un pacte d&rsquo;entraide et d&rsquo;amiti\u00e9. Ce sera le copier-coller sovi\u00e9tique partout \u00e0 l&rsquo;ordre du jour : architecture pesante (d\u00e9figurant la Place Tian An Men), statuaire grandiloquente, peinture propagandiste, rien n&rsquo;\u00e9chappe \u00e0 l&#8217;emprise du \u00ab\u00a0r\u00e9alisme socialiste\u00a0\u00bb ! La peinture se convertit \u00e0 l&rsquo;huile, acquiert de la couleur mais s&rsquo;englue dans la th\u00e9matique redondante du glorieux prol\u00e9taire h\u00e9ros de la R\u00e9volution et la multiplication \u00e0 l&rsquo;infini des effigies du Grand Timonier, les nouveaux poncifs de rigueur que produisent en s\u00e9rie des peintres fonctionnaris\u00e9s.<\/p>\n<p>Quand intervient la rupture avec l&rsquo;URSS (1961) et surtout quand s&rsquo;amorce la R\u00e9volution culturelle (1965), certains slogans (comme \u00ab\u00a0Que l&rsquo;ancien serve le nouveau !\u00a0\u00bb) autorisent un timide retour \u00e0 des th\u00e8mes de la tradition chinoise : on retrouve des peintures \u00e0 l&rsquo;encre du type \u00ab\u00a0Montagne et eau\u00a0\u00bb de facture assez classique, mais o\u00f9 quelques pyl\u00f4nes \u00e9lectriques se chargent de dater la composition en rendant hommage aux bienfaits de l&rsquo;\u00e9lectrification socialiste des zones les plus recul\u00e9es du pays ! Mais l&rsquo;artiste, celui qui a \u00ab\u00a0fait les Beaux Arts\u00a0\u00bb devient vite suspect aux yeux des Gardes Rouges : valet de la bourgeoisie, il se voit r\u00e9trograd\u00e9 au 9\u00e8me rang de l&rsquo;\u00e9chelle sociale, l&rsquo; \u00ab\u00a0<em>infamante et puante<\/em> <em>cat\u00e9gorie noire<\/em>\u00a0\u00bb des intellectuels. Dans son souci de d\u00e9cloisonnement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 des activit\u00e9s sociales, Mao d\u00e9cr\u00e8te que seul le peuple est v\u00e9ritablement et naturellement artiste. La preuve se trouve dans la richesse de ses traditions s\u00e9culaires, dans son intuition spontan\u00e9e du mariage des couleurs, dans son talent \u00e0 richement broder ses v\u00eatements de f\u00eate et dans l&rsquo;inventivit\u00e9 des papiers d\u00e9coup\u00e9s dont il orne ses fen\u00eatres au Nouvel An. Ce d\u00e9cret aura un impact massif : pendant une d\u00e9cennie, des centaines de millions d&rsquo;affiches color\u00e9es tr\u00e8s bon march\u00e9 magnifieront les peintures na\u00efves des \u00ab\u00a0peintres-paysans\u00a0\u00bb et seront, dans toutes les demeures, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des chromos mao\u00efstes non amovibles pour autant, la r\u00e9f\u00e9rence picturale obligatoire !<\/p>\n<p>4) Nous voici contraints de \u00ab\u00a0sauter\u00a0\u00bb directement dans l&rsquo; \u00ab\u00a0apr\u00e8s-Deng Xiaoping\u00a0\u00bb. Autrement dit le grand plongeon dans la contemporan\u00e9it\u00e9 ! Avant d&rsquo;aller plus avant, faisons une petite pause pour mettre en vis-\u00e0-vis nos parcours respectifs et prendre la mesure du foss\u00e9 qui nous s\u00e9pare. Chez nous, en vertu d&rsquo;une \u00ab\u00a0Histoire de l&rsquo;Art\u00a0\u00bb (que R\u00e9gis Debray consid\u00e8re comme une mystification et qui en est vraisemblablement une) qui fait majestueusement d\u00e9filer les si\u00e8cles selon une fatale progression (en vertu de quel \u00ab\u00a0progr\u00e8s\u00a0\u00bb ?), l&rsquo;art contemporain entre en piste, une fois son tour venu, pour apporter son tribut \u00e0 Sa Majest\u00e9 l&rsquo;Art. Comme il faut toujours du nouveau \u00e0 ce tyran implacable, que l&rsquo;abstrait a depuis longtemps d\u00e9tr\u00f4n\u00e9 le figuratif et que la \u00ab\u00a0Fontaine\u00a0\u00bb ready made de <strong>M. Duchamp<\/strong> a plac\u00e9 la barre tr\u00e8s tr\u00e8s haut dans l&rsquo;audace, il lui a fallu ne reculer devant rien quitte \u00e0 \u00e9puiser ses ressources et \u00e0 sombrer parfois dans le&#8230; n&rsquo;importe quoi. En Chine, pas d&rsquo;Histoire de l&rsquo;Art. C&rsquo;est \u00e0 peine si la notion d&rsquo;Art elle-m\u00eame a une existence l\u00e9gitime. Pas de lourd sac \u00e0 dos bourr\u00e9 de pass\u00e9 et de r\u00e9f\u00e9rences ! Un terrain vierge ou presque ! La nouvelle couv\u00e9e des artistes de l&rsquo;apr\u00e8s 89 (les \u00e9tudiants des Beaux Arts, tr\u00e8s actifs dans l&rsquo;occupation de Tian An Men en mai 89, y avaient, on s&rsquo;en souvient, \u00e9rig\u00e9 la statue en pl\u00e2tre de la D\u00e9esse D\u00e9mocratie) va r\u00e9aliser le r\u00eave de la g\u00e9n\u00e9ration des ann\u00e9es 20 : innover enfin, briser les carcans, gambader en libert\u00e9, se mesurer \u00e0 l&rsquo;Occident et lui damer le pion ! Un grand vent de contestation traverse ce tout nouveau segment de la soci\u00e9t\u00e9 chinoise : du jamais vu ! De l&rsquo;impensable ! On conna\u00eet bien chez nous l&rsquo;artiste provocateur <strong>Ai Weiwei<\/strong> et la photo de son doigt d&rsquo;honneur \u00e0 la Cit\u00e9 Interdite a fait le tour du monde. L&rsquo;irr\u00e9v\u00e9rence et l&rsquo;anticonformisme sont bien le moins qu&rsquo;on puisse attendre d&rsquo;un authentique artiste qui veut s&rsquo;enr\u00f4ler dans une avant-garde. Ce pr\u00e9jug\u00e9 est en tout cas bien enracin\u00e9 dans nos contr\u00e9es et <strong>Ai Weiwei<\/strong> le sait.<\/p>\n<p>Proc\u00e9dons \u00e0 un sommaire historique de la naissance de l&rsquo;art contemporain en Chine : apr\u00e8s 89, dans l&rsquo;ambiance \u00e9lectrique qui succ\u00e8de au massacre du 4 juin, un certain nombre d&rsquo;\u00e9tudiants venus \u00e9tudier l&rsquo;art \u00e0 P\u00e9kin d\u00e9cident de ne pas rentrer dans leur province natale \u00e0 l&rsquo;issue de leurs \u00e9tudes et improvisent un campement-bidonville sur un terrain vague de la proche banlieue. Priv\u00e9s de l&rsquo;indispensable \u00ab\u00a0<em>hukou<\/em>\u00a0\u00bb (permis de r\u00e9sidence), marginaux et donc ill\u00e9gaux, ils en seront plusieurs fois chass\u00e9s avant de choisir de s&rsquo;installer un peu plus loin, dans un vrai village agricole o\u00f9 l&rsquo;accueil des habitants n&rsquo;est pas des meilleurs dans un premier temps (cette arriv\u00e9e rappelle aux paysans le mauvais souvenir de celle des \u00ab\u00a0jeunes instruits\u00a0\u00bb de la GRCP !). Nous approchons alors du milieu des ann\u00e9es 90. Partout en Occident, les grandes Foires d&rsquo;Art contemporain qui se multiplient cr\u00e9ent une client\u00e8le sp\u00e9cifique : hyper friqu\u00e9e et qui investit massivement, toujours \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt d&rsquo;un nouveau gibier \u00e0 faire figurer dans son tableau de chasse. Dans les ventes de Christie&rsquo;s, de Sotheby&rsquo;s et chez les galeristes en vogue, la kyrielle de z\u00e9ros des prix des \u00ab\u00a0\u00e9toiles de l&rsquo;art contemporain\u00a0\u00bb s&rsquo;allonge d\u00e9mesur\u00e9ment. C&rsquo;est \u00e0 la Biennale de Venise de 1993 qu&rsquo;est pr\u00e9sent\u00e9e la premi\u00e8re expo collective d&rsquo;art contemporain chinois. Imm\u00e9diatement c&rsquo;est l&#8217;emballement ! Les cotes montent d&rsquo;un seul coup de fa\u00e7on insens\u00e9e. Les collectionneurs europ\u00e9ens (parmi lesquels beaucoup d&rsquo;Allemands) et am\u00e9ricains surcotent \u00e0 tout-va. Du c\u00f4t\u00e9 du village chinois, les paysans s&rsquo;adoucissent : ces boh\u00e8mes (\u00ab\u00a0<em>bu ren, bu gui<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0pas hommes, pas fant\u00f4mes\u00a0\u00bb) qu&rsquo;ils voyaient d&rsquo;un si mauvais \u0153il attirent des gens qui ont de l&rsquo;argent plein les poches et chacun s&rsquo;arrange \u00e9videmment pour les en d\u00e9lester autant que possible en trouvant que finalement ces \u00ab\u00a0horreurs\u00a0\u00bb ont du bon ! Les autorit\u00e9s du district, puis du canton voient bient\u00f4t tout le parti (sonnant et tr\u00e9buchant) qu&rsquo;elles pourraient en tirer et l&rsquo;\u00c9tat central finira par encourager le d\u00e9blocage de fonds pour l&rsquo;\u00e9dification d&rsquo;un mus\u00e9e (il sera inaugur\u00e9 en 2006). Clients et artistes se multipliant r\u00e9ciproquement par un effet d&rsquo;engrenage, le village s&rsquo;\u00e9toffe et se pousse du col : il s&rsquo;appelle d\u00e9sormais \u00ab\u00a0<strong>Songzhuang, village d&rsquo;artistes<\/strong>\u00ab\u00a0.<\/p>\n<p>S&rsquo;est tr\u00e8s rapidement mis en place un ph\u00e9nom\u00e8ne qu&rsquo;on appelle bient\u00f4t en chinois \u00ab\u00a0<em>industrie culturelle<\/em>\u00a0\u00bb (sic ! au moins appelle-t-on un chat un chat !) et l&rsquo;on assiste \u00e0 une pure et simple marchandisation du territoire voulue, entretenue et soutenue par l&rsquo;Etat. L&rsquo;appellation devient rapidement une \u00ab\u00a0marque\u00a0\u00bb et son logo chic transform\u00e9 entretemps, aux mains des designers, en \u00ab\u00a0<strong>Songzhuang China<\/strong>\u00a0\u00bb est inscrit dans un cercle et \u00e9crit en caract\u00e8res talismaniques anciens.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/songzhuang.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-96658\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/songzhuang.jpg\" alt=\"\" width=\"368\" height=\"338\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/songzhuang.jpg 368w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/songzhuang-300x276.jpg 300w\" sizes=\"auto, (max-width: 368px) 100vw, 368px\" \/><\/a><\/p>\n<p>On voit bien l\u00e0, \u00e0 nouveau, \u00e0 quel point la Chine n&rsquo;a plus rien \u00e0 nous envier en mati\u00e8re de marchandisation universelle : la subversion y est d\u00e9sormais comme partout une denr\u00e9e p\u00e9rissable. Par un jeu de dupes que nous connaissons bien (pour l&rsquo;avoir invent\u00e9) mais dont la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration de peintres chinois d&rsquo;avant-garde n&rsquo;avait probablement pas mesur\u00e9 la perversit\u00e9, l&rsquo;acte provocateur a fait long feu et, happ\u00e9 par les grandes m\u00e2choires de la machine \u00e0 r\u00e9cup\u00e9rer, a \u00e9t\u00e9 rafl\u00e9 par le pouvoir dominant. Et le rebelle se retrouve cot\u00e9 \u00e0 la Bourse de l&rsquo;art ! La \u00ab\u00a0flamb\u00e9e\u00a0\u00bb s&#8217;emballe encore plus quand les milliardaires chinois, intrigu\u00e9s par ce raffut, entrent dans la grande sarabande des z\u00e9ros qui poussent comme des champignons sous le marteau des commissaires priseurs ! Sans doute tout le monde sait-il bien qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00ab\u00a0bulle\u00a0\u00bb et qu&rsquo;elle fera peut-\u00eatre, un jour ou l&rsquo;autre, exploser la poule aux \u0153ufs d&rsquo;or, mais il en va de cette\u00a0\u00bb <em>industrie<\/em>\u00a0\u00bb comme de toutes les autres : les Chinois sont bien plac\u00e9s pour le savoir, la demande est volatile et, dans le business, les modes n&rsquo;ont qu&rsquo;un temps, il y a donc urgence \u00e0 \u00ab\u00a0<em>xia hai<\/em>\u00ab\u00a0, \u00ab\u00a0se jeter \u00e0 la mer\u00a0\u00bb au moment opportun ! Dans ce type de sp\u00e9culation d\u00e9brid\u00e9e, \u00e0 Hong-Kong et dans le reste du monde, ce sont les acheteurs qui ex nihilo cr\u00e9ent le march\u00e9 et la cote. Du coup, personne dans les salles de vente ne peut plus dire \u00ab\u00a0Pouce !\u00a0\u00bb. Dans cette partie biais\u00e9e, quand le bon sens perd la boule, tout le monde se tient par la barbichette ! Quant aux artistes, ils ont bien compris qu&rsquo;ils \u00e9taient instrumentalis\u00e9s (du coup, ils s&rsquo;instrumentalisent eux-m\u00eames en organisant leurs propres ventes !), mais c&rsquo;\u00e9tait le prix \u00e0 payer pour devenir immens\u00e9ment riches et c\u00e9l\u00e8bres. Leurs affaires marchent bon train : les nouveaux \u00ab\u00a0moyen-riches\u00a0\u00bb, en qu\u00eate de \u00ab\u00a0branchitude\u00a0\u00bb, se sont, eux aussi, \u00e0 l&rsquo;envi toqu\u00e9s d&rsquo;art contemporain et forment un march\u00e9 int\u00e9rieur o\u00f9 les signatures sont moins prestigieuses (les nouveaux arriv\u00e9s ont plus de mal \u00e0 se faire une place au soleil) et les cotes moins vertigineuses. Mais il n&rsquo;y a plus une inauguration, de celles qui veulent \u00ab\u00a0faire le buzz\u00a0\u00bb (et quel Chinois enrichi ne veut pas au moins une fois \u00eatre \u00e0 l&rsquo;origine d&rsquo;un buzz ?) qui puisse se passer d&rsquo;une \u00ab\u00a0installation\u00a0\u00bb ou d&rsquo;une \u00ab\u00a0performance\u00a0\u00bb factur\u00e9e \u00e0 la hauteur du d\u00e9sir du commanditaire ! Le pic de la ru\u00e9e sur l&rsquo;art chinois a \u00e9t\u00e9 atteint autour de 2010 (date de l&rsquo;Expo Universelle de Shanghai) : un peintre comme <strong>Zeng Fanzhi<\/strong> (sa \u00ab\u00a0marque de fabrique\u00a0\u00bb, ce sont les portraits grima\u00e7ants portant le foulard rouge des \u00e9coliers mod\u00e8les) a vendu pour 40 millions d&rsquo;euros de toiles en 2010\/2011. Tous ont compris que la clef du syst\u00e8me, celle qui permet d&rsquo;\u00eatre identifi\u00e9 et commod\u00e9ment reconnu \u00e0 travers le monde au premier coup d&rsquo;\u0153il, c&rsquo;est le truc mis au point par <strong>Andy Warhol<\/strong> et abondamment d\u00e9clin\u00e9 depuis : le gimmick visuel, l&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;art r\u00e9duite au \u00ab\u00a0logo\u00a0\u00bb qui en est la griffe.<\/p>\n<p>On peut citer quelques uns de ces plasticiens parmi les plus embl\u00e9matiques : <strong>Yue Minjun<\/strong> et ses envahissants visages roses fendus d&rsquo;un large rire plein de dents; <strong>Zhang Xiaogang<\/strong> et ses personnages p\u00e2les, portraits de famille exsangues revisit\u00e9s \u00e0 partir de vieilles photographies s\u00e9pia; <strong>Mu Boyan<\/strong> et ses ob\u00e8ses nus, potel\u00e9s comme d&rsquo;\u00e9normes b\u00e9b\u00e9s gonfl\u00e9s \u00e0 l&rsquo;h\u00e9lium<strong>; Liu Bolin<\/strong> qui se peint tr\u00e8s scrupuleusement lui-m\u00eame pour se fondre int\u00e9gralement dans tous les d\u00e9cors que fournit \u00e0 ses peintures le quotidien le plus trivial. Bien s\u00fbr cette liste des tenants de la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration est tr\u00e8s loin d&rsquo;\u00eatre exhaustive et nous devons y ajouter celui qui est apparu au d\u00e9but comme le chef de file de cette cohorte d&rsquo;iconoclastes, <strong>Wang Guangyi<\/strong>, celui qui s&rsquo;est sp\u00e9cialis\u00e9 dans tous les d\u00e9tournements possibles de l&rsquo;image du Grand Timonier et a \u00ab\u00a0<em>fait de Mao un tiroir caisse<\/em>\u00ab\u00a0, comme le dit avec r\u00e9alisme le site internet o\u00f9 nous avons v\u00e9rifi\u00e9 nos informations.<\/p>\n<p>\u00c9videmment, cet iconoclasme a \u00e9t\u00e9 le briquet qui a allum\u00e9 la m\u00e8che de la sp\u00e9culation : il fallait au collectionneur occidental qui d\u00e9boursait le d\u00e9licieux frisson de l&rsquo;interdit ! Il fallait pimenter l&rsquo;investissement du sentiment narcissique de soutenir une juste contestation, d&rsquo;\u00eatre en train de brandir l&rsquo;\u00e9tendard de la libert\u00e9 universelle et de voler au secours de l&rsquo;opprim\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait si os\u00e9 et si courageux de la part de ces jeunes gens de braver l&rsquo;arri\u00e9ration crasse du Parti Communiste Chinois ! Un peu de leur bravoure rejaillissait forc\u00e9ment sur l&rsquo;acheteur ! Cette mystification a la peau dure, mais elle commence \u00e0 avoir du plomb dans l&rsquo;aile et son d\u00e9-ballonnement se met sinon \u00e0 faire chuter les cotes, du moins \u00e0 les assagir. Nous ne sommes plus au temps o\u00f9 \u00ab\u00a0<em>se faire interdire par les autorit\u00e9s valait notori\u00e9t\u00e9 et passeport pour un statut d&rsquo;artiste<\/em>\u00ab\u00a0, pour reprendre une formule de Jos\u00e9 Fr\u00eaches. Qui visite aujourd&rsquo;hui la <strong>Zone d&rsquo;Art 798<\/strong> (usine d\u00e9saffect\u00e9e appel\u00e9e aussi <em>Dashanzi<\/em>) \u00e0 P\u00e9kin n&rsquo;a pas besoin de lunettes sp\u00e9ciales pour voir que ce haut-lieu de l&rsquo;Art Contemporain vivote d\u00e9sormais sans grand \u00e9clat comme un endroit touristique et commercial (salons de th\u00e9 et boutiques de gadgets) quelconque et que le frisson de la transgression n&rsquo;y attend plus personne !<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Dashanzi.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-96659\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Dashanzi.jpg\" alt=\"\" width=\"1215\" height=\"804\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Dashanzi.jpg 1215w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Dashanzi-300x199.jpg 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Dashanzi-768x508.jpg 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Dashanzi-1024x678.jpg 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1215px) 100vw, 1215px\" \/><\/a><\/p>\n<p>On a eu affaire \u00e0 une r\u00e9cup\u00e9ration silencieuse d&rsquo;autant plus \u00ab\u00a0naturelle\u00a0\u00bb qu&rsquo;elle a accompagn\u00e9 l&#8217;embourgeoisement des suppos\u00e9s provocateurs ! L&rsquo;Etat chinois fait de son mieux pour entretenir le mythe : il est vrai qu&rsquo;<strong>Ai Weiwei <\/strong>a connu la prison, qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 de nombreuses fois assign\u00e9 \u00e0 r\u00e9sidence et tracass\u00e9 par la police, mais il a \u00e9t\u00e9 associ\u00e9 \u00e0 la r\u00e9alisation du stade des JO (2008) et ses ennuis ne l&rsquo;ont pas emp\u00each\u00e9 de couvrir d&rsquo;expos et d&rsquo;installations la plan\u00e8te enti\u00e8re (voir sa tr\u00e8s \u00e9loquente fiche Wikip\u00e9dia). Comme victime et opprim\u00e9, on conna\u00eet pire ! L&rsquo;\u00c9tat a fait les gros yeux et la police a cherch\u00e9 des noises et impos\u00e9 des d\u00e9sagr\u00e9ments aux artistes de Songzhuang en 2011, au moment de leur soutien aux r\u00e9volutions arabes en tant que \u00ab\u00a0militants du jasmin\u00a0\u00bb tr\u00e8s actifs sur la Toile o\u00f9 le mot \u00ab\u00a0jasmin\u00a0\u00bb fut censur\u00e9, mais, si on avait mauvais esprit (que nenni ! n&rsquo;allez pas croire \u00e7a&nbsp;!), on pourrait se demander s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas l\u00e0 un ultime effort de Zhongnanhai (si\u00e8ge du Gouvernement) pour ranimer les tisons de l&rsquo;esprit de r\u00e9bellion et, ce faisant, soutenir une cote qui ne pouvait que d\u00e9cliner !<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jeunes-artistes.jpg\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"aligncenter size-full wp-image-96660\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jeunes-artistes.jpg\" alt=\"\" width=\"756\" height=\"761\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jeunes-artistes.jpg 756w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jeunes-artistes-150x150.jpg 150w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/jeunes-artistes-298x300.jpg 298w\" sizes=\"auto, (max-width: 756px) 100vw, 756px\" \/><\/a><\/p>\n<p>Qu&rsquo;ajouter ? Eh bien, qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de cette d\u00e9ferlante peut-\u00eatre en train d&rsquo;amorcer un reflux, la peinture traditionnelle chinoise, le sobre lavis d&rsquo;encre parfois coloris\u00e9 de quelques notes d&rsquo;aquarelle se porte fort bien. De nombreux artistes ont choisi de perp\u00e9tuer cette voie et, si leurs cotes sont moins fracassantes que celle des vedettes de l&rsquo;Art contemporain, elles vont leur bonhomme de chemin sans tapage gr\u00e2ce \u00e0 de discrets m\u00e9c\u00e8nes et collectionneurs dont Hong-Kong et Singapour constituent de durables viviers. Cet art ind\u00e9modable reste bien s\u00fbr l&rsquo;apanage des lettr\u00e9s \u00e0 l&rsquo;ancienne, mais aucune acad\u00e9mie des Beaux Arts en Chine n&rsquo;a abandonn\u00e9 son apprentissage par tous ses jeunes \u00e9l\u00e8ves. Sait-on par exemple que <strong>Gao Xingjian<\/strong>, premier Prix Nobel chinois de Litt\u00e9rature (en 2000) est aussi un peintre tr\u00e8s renomm\u00e9, fid\u00e8le \u00e0 l&rsquo;encre noire et au papier de riz o\u00f9 son pinceau brode selon les anciens canons, mais s&rsquo;aventure \u00e9galement parfois dans une abstraction tr\u00e8s d\u00e9pouill\u00e9e ?<\/p>\n<p>In\u00e9puisables les ressources de l&rsquo;encre chinoise ? Elles resteront en tout cas longtemps offertes \u00e0 tous les artistes que la permanente surench\u00e8re dans la subversion marchandis\u00e9e aura \u00e0 la longue lass\u00e9s&#8230;<\/p>\n<p><strong>Pour les amateurs de lectures originales<\/strong>, deux livres \u00e0 signaler se reliant plus ou moins \u00e0 notre propos<\/p>\n<p>&#8212; Concernant (si on veut comme on va le voir) le Fr\u00e8re J\u00e9suite J. Denis Attiret, un curieux petit livre de l&rsquo;acteur Melvil Poupaud racontant son exp\u00e9rience de tournage en Chine sous le froc de ce religieux charg\u00e9 du portrait de l&rsquo;Imp\u00e9ratrice et amoureux de son mod\u00e8le :\u00a0\u00bb<u>Voyage \u00e0 Film City<\/u>\u00a0\u00bb (Ed. Pauvert 2017)<\/p>\n<p>&#8212; Sur le milieu des collectionneurs europ\u00e9ens d&rsquo;art chinois contemporain, une \u00e9tude tr\u00e8s bien renseign\u00e9e et juste assez sarcastique pour \u00eatre \u00ab\u00a0piquante\u00a0\u00bb gliss\u00e9e sous une enqu\u00eate polici\u00e8re autour d&rsquo;un meurtre : \u00ab\u00a0<u>Le rire de P\u00e9kin<\/u>\u00a0\u00bb de Basile Panurgias (Ed. Fayard 2009)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\u00ab\u00a0Quid de la peinture en Chine aujourd&rsquo;hui ? O\u00f9 en est-on du \u00ab\u00a0sur place\u00a0\u00bb ?\u00a0\u00bb. La question est int\u00e9ressante et vaut qu&rsquo;on s&rsquo;y arr\u00eate en quelques paragraphes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[4489],"tags":[],"class_list":["post-96657","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chine"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96657","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=96657"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96657\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":96665,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96657\/revisions\/96665"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=96657"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=96657"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=96657"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}