{"id":96676,"date":"2017-07-01T11:18:04","date_gmt":"2017-07-01T09:18:04","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=96676"},"modified":"2017-07-01T11:18:04","modified_gmt":"2017-07-01T09:18:04","slug":"marx-aujourdhui-i-le-travail-vivant-de-lhomme-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/01\/marx-aujourdhui-i-le-travail-vivant-de-lhomme-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"Marx aujourd&rsquo;hui (I) Le travail vivant de l&rsquo;homme, par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Introduction g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>Jamais le syst\u00e8me capitaliste n&rsquo;est apparu aussi puissant. Toutes les phases de son d\u00e9veloppement sont d\u00e9ploy\u00e9es sur la plan\u00e8te. Le capitalisme pr\u00e9tend plus que jamais contr\u00f4ler la science, l\u2019\u00e9ducation, l\u2019enseignement. La r\u00e9volution socialiste n&rsquo;a pas eu lieu. <!--more-->Cependant, le d\u00e9veloppement<em> des forces productives<\/em> atteint un seuil\u00a0d\u00e9cisif : la technologie de l&rsquo;informatique se lib\u00e8re de toute domination et rend \u00e0 chacun sa libert\u00e9 d&rsquo;invention, sa <em>puissance d&rsquo;innovation<\/em>. <em>L&rsquo;information<\/em> est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la disposition de tous, <em>sa propri\u00e9t\u00e9 est commune <\/em>et <em>son usage r\u00e9ciproque<\/em>. Comment est-il alors possible que l\u2019humanit\u00e9 soit forc\u00e9e de sacrifier une partie d\u2019entre elle, et qu\u2019elle soit sous la menace d\u2019une implosion plan\u00e9taire\u00a0?<\/p>\n<p>Une part de plus en plus grande de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9sapprouve pourtant l&rsquo;\u00e9conomie capitaliste. Mais les fondements th\u00e9oriques d&rsquo;une autre \u00e9conomie lui manquent. Alors le capital ne pourrait-il se m\u00e9tamorphoser et devenir humain\u00a0?<\/p>\n<p>Karl Marx soutient que le capital est assujetti \u00e0 une contradiction dialectique\u00a0: il transf\u00e8re le travail vivant (de l&rsquo;ouvrier) au travail mort (de la machine) et lib\u00e8re du temps libre au prol\u00e9tariat, alors qu&rsquo;il lui faut imp\u00e9rativement transformer ce temps libre en surtravail pour augmenter son profit. Aujourd&rsquo;hui la question se pose\u00a0: la contradiction n&rsquo;est-elle pas en train de conna\u00eetre son d\u00e9nouement sous nos yeux ?<\/p>\n<p>Nous nous proposons de suivre cette contradiction au cours des m\u00e9tamorphoses du capital \u00e0 partir de son commencement tel qu&rsquo;il est d\u00e9crit par Karl Marx (Marx I), puis, lorsque le moteur de sa croissance n\u2019est plus la production mais la consommation (Marx II), et lorsque le prol\u00e9tariat est invit\u00e9 \u00e0 partager avec lui la jouissance du pouvoir (Marx III). Nous soutiendrons qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui elle explose enfin\u00a0:\u00a0le travail que Marx dit <em>mort<\/em>, enseveli dans la machine, redevient <em>vivant<\/em>.<\/p>\n<p><strong>Karl Marx et le travail vivant<\/strong><\/p>\n<p>Karl Marx, avec la d\u00e9finition du travail comme <em>travail vivant,<\/em> comme Charles Darwin avec la d\u00e9couverte de <em>l&rsquo;\u00e9volution,<\/em> constate que la mati\u00e8re vivante est capable non seulement de se reproduire mais encore de se diff\u00e9rencier, de s&rsquo;organiser, de se d\u00e9passer dans des formes toujours plus complexes. Il s&rsquo;en est fallu de peu que l&rsquo;un ou l&rsquo;autre ne postule un principe antagoniste du deuxi\u00e8me principe de la thermodynamique\u00a0! Les ph\u00e9nom\u00e8nes qu&rsquo;ils \u00e9tudient sont n\u00e9anmoins trop s\u00e9quentiels pour leur permettre de rompre avec la Physique de leur temps. Au XIXe si\u00e8cle, le travail est donc toujours con\u00e7u comme un potentiel dont l&rsquo;actualisation se mesure en d\u00e9pense d&rsquo;\u00e9nergie qui doit \u00eatre r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019issue de son usage.<\/p>\n<p>\u00ab <em>En fin de compte toute activit\u00e9 productive, abstraction faite de son caract\u00e8re utile, est une d\u00e9pense de force humaine. La confection des v\u00eatements et le tissage, malgr\u00e9 leur diff\u00e9rence, sont tous deux une d\u00e9pense productive du cerveau, des muscles, des nerfs, de la main de l&rsquo;homme, et en ce sens du travail humain au m\u00eame titre. La force humaine de travail dont le mouvement ne fait que changer de forme dans les diverses activit\u00e9s productives doit assur\u00e9ment \u00eatre plus ou moins d\u00e9velopp\u00e9e pour pouvoir \u00eatre d\u00e9pens\u00e9e sous telle ou telle forme. Mais la valeur des marchandises repr\u00e9sente purement et simplement le travail de l&rsquo;homme, une d\u00e9pense de force humaine en g\u00e9n\u00e9ral<\/em>\u00a0\u00bb [1].<\/p>\n<p>Aucune mesure ne peut quantifier la diff\u00e9renciation biologique, la forme engendr\u00e9e par le travail vivant. La qualit\u00e9 de la valeur produite par le travail, du moment que celui-ci est ali\u00e9n\u00e9 dans le contrat d&rsquo;\u00e9change, est seulement remplac\u00e9e par celle que le patron de l&rsquo;entreprise propose comme but \u00e0 l&rsquo;entreprise, et qu&rsquo;il estime donc lui appartenir. Pourtant, c&rsquo;est l&rsquo;ouvrier qui la produit et non le capitaliste. Il demeure, en effet, que la force de travail pay\u00e9e pour produire la valeur est du travail vivant. Et si pour le capitaliste cette valeur n&rsquo;est quantifiable que traduite en \u00e9nergie d\u00e9pens\u00e9e, c&rsquo;est parce qu&rsquo;il s&rsquo;attribue la propri\u00e9t\u00e9 du travail vivant. Et le capitaliste mesure donc la force de travail qu&rsquo;il ach\u00e8te \u00e0 l&rsquo;ouvrier par la quantit\u00e9 de ressources n\u00e9cessaires \u00e0 sa reproduction, le salaire.<\/p>\n<p>Marx insiste, lui, sur le fait que le travail est un travail <em>vivant<\/em>.<\/p>\n<p>Dans la vie, la <em>production consommatrice<\/em> subordonne la <em>consommation productive\u00a0<\/em>: <em>\u00ab Il est \u00e9vident que dans l&rsquo;alimentation, par exemple, qui est une forme particuli\u00e8re de consommation, l&rsquo;homme produit son propre corps. Mais cela vaut \u00e9galement pour tout autre genre de consommation qui, d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre, contribue par quelque c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la production de l&rsquo;homme. Production consommatrice \u00bb <\/em>[2].<\/p>\n<p>La vie se comptabilise, si l&rsquo;on peut dire, par les formes qu&rsquo;elle cr\u00e9e&#8230; par la <em>forme<\/em> et non la <em>force <\/em>d\u00e9pens\u00e9e pour la produire. L\u2019analogie de <em>l&rsquo;entreprise<\/em> avec un <em>organisme<\/em> permet alors de se repr\u00e9senter le <em>profit<\/em> en termes de production comme la diff\u00e9rence entre la valeur <em>produite par le travail vivant<\/em> et la quantit\u00e9 de ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la <em>reproduction de la force de travail (<\/em>la <em>consommation productive). <\/em><\/p>\n<p><strong>La conscience<\/strong><\/p>\n<p>La vie&#8230;, l&rsquo;\u00e9volution&#8230; est une d\u00e9couverte qui semble rendre compte de la conscience imagin\u00e9e comme l&rsquo;ultime phase de l&rsquo;\u00e9volution et de la vie.<\/p>\n<p>Marx note cependant que <em>\u00ab La conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;entrer en rapport avec les individus qui l&rsquo;entourent marque pour l&rsquo;homme le d\u00e9but de la conscience de ce fait qu&rsquo;il vit somme toute en soci\u00e9t\u00e9 \u00bb <\/em>[3]. Mais il interpr\u00e8te aussit\u00f4t cette conscience sociale comme un moment de l&rsquo;\u00e9volution biologique: \u00ab <em>Ce d\u00e9but est aussi animal que l&rsquo;est la vie sociale elle-m\u00eame \u00e0 ce stade; il est une simple conscience gr\u00e9gaire, et l&rsquo;homme se distingue ici du mouton par l&rsquo;unique fait que sa conscience prend chez lui la place de l&rsquo;instinct ou que son instinct est un instinct conscient\u00a0\u00bb <\/em>[4]. Et c&rsquo;est la vie, la diff\u00e9renciation biologique qui conduirait \u00e0 la division du travail au sein de la communaut\u00e9 primitive. <em>\u00ab Cette division du travail, (&#8230;) implique en m\u00eame temps la r\u00e9partition du travail et de ses produits, distribution in\u00e9gale en v\u00e9rit\u00e9 tant en quantit\u00e9 qu&rsquo;en qualit\u00e9; elle implique donc la propri\u00e9t\u00e9<\/em><em> dont la premi\u00e8re forme, le germe, r\u00e9side dans la famille o\u00f9 la femme et les enfants sont les esclaves de l&rsquo;homme. <\/em><em>Du reste, division du travail et propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e sont des expressions identiques &#8211; on \u00e9nonce, dans la premi\u00e8re, par rapport \u00e0 l&rsquo;activit\u00e9 ce qu&rsquo;on \u00e9nonce, dans la seconde, par rapport au produit de cette activit\u00e9\u00a0\u00bb <\/em>[5].<\/p>\n<p>Marx s&rsquo;appuie sur Lewis Henry Morgan qui d\u00e9crit l&rsquo;\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;une horde o\u00f9 tout serait indivis, autant l&rsquo;usage des femmes que celui de la nourriture. La diff\u00e9renciation biologique conduirait d\u00e8s lors \u00e0 la diff\u00e9renciation sociale, \u00e0 \u00ab\u00a0<em>la division naturelle du travail dans la famille et sur la s\u00e9paration en familles isol\u00e9es et oppos\u00e9es les unes aux autres\u00a0<\/em>\u00bb. Et la propri\u00e9t\u00e9 se repartirait donc entre propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e familiale et propri\u00e9t\u00e9 collective.<\/p>\n<p>Mais comment les hommes sont-ils unis collectivement\u00a0? Par une <em>d\u00e9pendance r\u00e9ciproque,<\/em>\u00a0dit Marx : \u00ab\u00a0<em>De plus, la division du travail implique du m\u00eame coup la contradiction entre l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de l&rsquo;individu singulier ou de la famille singuli\u00e8re et l&rsquo;int\u00e9r\u00eat collectif de tous les individus qui sont en relations entre eux\u00a0; qui plus est, cet int\u00e9r\u00eat collectif n&rsquo;existe pas seulement, mettons dans la repr\u00e9sentation, en tant que \u201cint\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u201d, mais d&rsquo;abord dans la r\u00e9alit\u00e9 comme d\u00e9pendance r\u00e9ciproque des individus entre lesquels se partage le travail\u00a0\u00bb <\/em>[6].<\/p>\n<p>L&rsquo;anthropologie au XXIe si\u00e8cle confirme-t-elle cette <em>d\u00e9pendance<\/em> collective des individus les uns des autres, l&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;indivision primitive \u00e0 la famille individualis\u00e9e, l&rsquo;appropriation de la nature en fonction de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat familial ou collectif ?<\/p>\n<p>Elle a montr\u00e9 au contraire que les familles humaines n&rsquo;ont jamais \u00e9t\u00e9 confondues dans une horde primitive et qu&rsquo;elles ont toutes \u00e9t\u00e9 reli\u00e9es d\u00e8s leur origine\u00a0par le <em>principe de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em>. Mais par <em>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em> il faut entendre tout autre chose qu&rsquo;une <em>d\u00e9pendance<\/em> <em>biologique<\/em>. Pour fonder une famille, dira L\u00e9vi-Strauss, il en faut deux. Le principe a sa source dans la nature\u00a0: l<em>&lsquo;exogamie. <\/em>Mais toutes les soci\u00e9t\u00e9s humaines interpr\u00e8tent l&rsquo;exogamie comme la condition de la r\u00e9ciprocit\u00e9 (la <em>prohibition de l&rsquo;inceste)<\/em>. La <em>prohibition de l&rsquo;inceste de nourriture<\/em> redouble imm\u00e9diatement la <em>prohibition de l&rsquo;inceste de parent\u00e9, <\/em>et il en est ainsi pour toutes les activit\u00e9s de l&rsquo;homme (les <em>prestations totales<\/em>). Pourquoi\u00a0? Parce que <em>la r\u00e9ciprocit\u00e9 donne sens aux activit\u00e9s qu&rsquo;elle mobilise.<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 partir du moment o\u00f9 la conscience peut se r\u00e9fl\u00e9chir sur elle-m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9, elle devient en effet conscience de ce qu&rsquo;elle est elle-m\u00eame comme conscience de conscience et pas seulement conscience d&rsquo;une finalit\u00e9 comme celle de se nourrir ou de se reproduire. Cette conscience de conscience fascine l&rsquo;homme parce qu&rsquo;elle le d\u00e9livre de sa <em>d\u00e9pendance biologique,<\/em> de sorte que s&rsquo;il y a <em>obligation<\/em> de r\u00e9ciprocit\u00e9, comme dira Marcel Mauss, c&rsquo;est \u00e0 partir d&rsquo;une motivation spirituelle\u00a0: <em>l&rsquo;amiti\u00e9<\/em> (la <em>philia<\/em>), produite par la r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillance, est imp\u00e9rative, mais cet imp\u00e9ratif est celui d&rsquo;une lib\u00e9ration de la conscience des cha\u00eenes de la nature.<\/p>\n<p><strong>Contradiction et antagonisme<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons dit que Marx ne peut tirer toutes les cons\u00e9quences du fait que la <em>vie<\/em> d\u00e9fie l&rsquo;<em>\u00e9nergie physique<\/em>, parce que le travail vivant ne peut \u00eatre comptabilis\u00e9 qu&rsquo;en rapports de force entre le salari\u00e9 et le capitaliste. Il envisage cependant une dialectique dans laquelle la vie joue un r\u00f4le dynamique, il envisage <em>une<\/em> dialectique, mais non pas <em>deux<\/em> dialectiques inverses l&rsquo;une de l&rsquo;autre. Or, au XXe si\u00e8cle, force est de reconna\u00eetre deux dialectiques \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans la nature: l&rsquo;une qui tend vers la plus grande entropie, l&rsquo;autre vers la plus grande n\u00e9guentropie. Selon la Physique d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, la dialectique se d\u00e9double, si l&rsquo;on peut dire, et si chacune est la <em>n\u00e9gation<\/em> de l&rsquo;autre, elle est en m\u00eame temps <em>une dialectique antagoniste de l&rsquo;autre.<\/em> Et entre ces deux dialectiques (l&rsquo;homog\u00e9n\u00e9isation <em>(entropisation)<\/em> et l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9isation <em>(n\u00e9guentropisation)<\/em> de l&rsquo;univers), il n&rsquo;y a pas seulement <em>une<\/em> <em>contradiction<\/em>. Entre les deux dialectiques, entre leurs contradictions respectives, s&rsquo;ouvre un \u201cespace vide\u201d que l&rsquo;on peut appeler l&rsquo;<em>antagonisme<\/em>. Et celui-ci donne naissance \u00e0 une troisi\u00e8me dialectique, car il peut s&rsquo;accro\u00eetre aux d\u00e9pens des deux autres.<\/p>\n<p>Cet <em>antagonisme<\/em> \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9 comme le \u201c<em>juste milieu entre les contraires\u201d <\/em>(la <em>m\u00e9di\u00e9t\u00e9) <\/em>par le Philosophe, qui faisait m\u00eame intervenir quelque chose de plus. Aristote pr\u00e9cisait en effet que le sentiment d&rsquo;humanit\u00e9 qui caract\u00e9rise les hommes se construit \u00e0 partir d&rsquo;une relation o\u00f9 la conscience de l&rsquo;un, se redoublant de celle de l&rsquo;autre, se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame comme <em>l&rsquo;esprit<\/em> (<em>n\u00f4us<\/em>) commun \u00e0 l&rsquo;un et \u00e0 l&rsquo;autre\u00a0: le \u201cpropre de l&rsquo;humanit\u00e9\u201d, dit-il. Cette relation est la r\u00e9ciprocit\u00e9. La conscience peut se dire universelle lorsque la r\u00e9ciprocit\u00e9 devient g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n<p>Les sentiments produits par les diff\u00e9rentes relations qui souscrivent au principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 se repr\u00e9sentent comme <em>valeurs<\/em>. Aristote fonde alors l&rsquo;\u00e9conomie politique sur une valeur particuli\u00e8re, la <em>justice. <\/em>Pourquoi\u00a0? Parce que la matrice de la justice est une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9<em> \u00e9gale<\/em>, et <em>l&rsquo;\u00e9galit\u00e9<\/em> peut \u00eatre mesur\u00e9e par la quantit\u00e9 de ce que chacun redistribue aux autres. On devine l&rsquo;importance de son raisonnement\u00a0: d\u00e9sormais la conscience affective commune n\u00e9e de la r\u00e9ciprocit\u00e9 se repr\u00e9sente de fa\u00e7on objective gr\u00e2ce au partage et \u00e0 la mesure, c&rsquo;est-\u00e0-dire gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9diation de la raison, pour tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9 quel que soit leur imaginaire particulier. Tout homme, d\u00e8s lors qu&rsquo;il respecte le principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 et la raison (\u201c<em>Nul n&rsquo;entre ici s&rsquo;il n&rsquo;est g\u00e9om\u00e8tre<\/em>!\u201d [7]), peut d\u00e9passer les limites de la parent\u00e9, o\u00f9 tout est encore commun, et gr\u00e2ce au partage (<em>metadosis<\/em>) investir sa puissance cr\u00e9atrice dans la construction de la cit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui nous importe ici est la <em>matrice<\/em> de la <em>m\u00e9di\u00e9t\u00e9, <\/em>matrice qui repose sur le concept cl\u00e9 <em>d&rsquo;antagonisme<\/em>. Pourtant, l&rsquo;anthropologie moderne n&rsquo;a pas encore d\u00e9pass\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e que la conscience humaine \u00e9mergerait de l&rsquo;\u00e9volution comme la forme ultime de la vie. L\u00e9vi-Strauss, par exemple, fait appara\u00eetre la fonction symbolique de la <em>diff\u00e9rentiation<\/em> du vivant. N\u00e9anmoins, il nous faut entendre aujourd&rsquo;hui que la conscience ob\u00e9it \u00e0 une dialectique diff\u00e9rente de la dialectique de la <em>vie<\/em>, qu&rsquo;elle ob\u00e9it \u00e0 celle de <em>l&rsquo;antagonisme<\/em> qui se d\u00e9veloppe gr\u00e2ce au principe de r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n<p>Notes :<\/p>\n<p>[1]\u00a0 \u00a0Karl Marx, <em>Le Capital,<\/em> premi\u00e8re section, II, <em>\u00c5\u2019uvres<\/em>, Economie I, Paris, Gallimard, Pl\u00e9iade, 1965, p.\u00a0572.<\/p>\n<p>[2]\u00a0 Karl Marx, <em>Introduction \u00e0 la Critique de l&rsquo;\u00e9conomie politique<\/em>, Paris, Editions sociales, p.\u00a0156.<\/p>\n<p>[3]\u00a0 Karl Marx et Friedrich Engels,<em> L&rsquo;id\u00e9ologie allemande, <\/em>Editions Sociales, p. 45.<\/p>\n<p>[4]\u00a0 <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p>[5]<em>\u00a0 Ibid., <\/em>p. 47.<\/p>\n<p>[6]\u00a0 <em>Ibid., <\/em>p. 48.<\/p>\n<p>[7]\u00a0 Devise inscrite sur le frontispice de l&rsquo;Acad\u00e9mie fond\u00e9e par Platon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Introduction g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>Jamais le syst\u00e8me capitaliste n&rsquo;est apparu aussi puissant. Toutes les phases de son d\u00e9veloppement sont d\u00e9ploy\u00e9es sur la plan\u00e8te. Le capitalisme pr\u00e9tend plus que jamais contr\u00f4ler la science, l\u2019\u00e9ducation, l\u2019enseignement. La r\u00e9volution socialiste n&rsquo;a pas eu lieu. <\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[102],"tags":[45],"class_list":["post-96676","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-travail","tag-karl-marx"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96676","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=96676"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96676\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":96692,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96676\/revisions\/96692"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=96676"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=96676"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=96676"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}