{"id":96968,"date":"2017-07-12T08:20:00","date_gmt":"2017-07-12T06:20:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=96968"},"modified":"2017-07-12T08:20:00","modified_gmt":"2017-07-12T06:20:00","slug":"marx-aujourdhui-texte-complet-par-dominique-temple","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/12\/marx-aujourdhui-texte-complet-par-dominique-temple\/","title":{"rendered":"Marx aujourd\u2019hui (texte complet), par Dominique Temple"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Reprend le texte paru sous ce titre ici en sept \u00e9pisodes.<\/p><\/blockquote>\n<p><strong>Introduction g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>Jamais le syst\u00e8me capitaliste n\u2019est apparu aussi puissant. Toutes les phases de son d\u00e9veloppement sont d\u00e9ploy\u00e9es sur la plan\u00e8te. Le capitalisme pr\u00e9tend plus que jamais contr\u00f4ler la science, l\u2019\u00e9ducation, l\u2019enseignement. La r\u00e9volution socialiste n\u2019a pas eu lieu. <!--more-->Cependant, le d\u00e9veloppement<em> des forces productives<\/em> atteint un seuil\u00a0d\u00e9cisif : la technologie de l\u2019informatique se lib\u00e8re de toute domination et rend \u00e0 chacun sa libert\u00e9 d\u2019invention, sa <em>puissance d\u2019innovation<\/em>. <em>L\u2019information<\/em> est d\u00e9j\u00e0 \u00e0 la disposition de tous, <em>sa propri\u00e9t\u00e9 est commune <\/em>et <em>son usage r\u00e9ciproque<\/em>. Comment est-il alors possible que l\u2019humanit\u00e9 soit forc\u00e9e de sacrifier une partie d\u2019entre elle, et qu\u2019elle soit sous la menace d\u2019une implosion plan\u00e9taire\u00a0?<\/p>\n<p>Une part de plus en plus grande de la soci\u00e9t\u00e9 d\u00e9sapprouve pourtant l\u2019\u00e9conomie capitaliste. Mais les fondements th\u00e9oriques d\u2019une autre \u00e9conomie lui manquent. Alors le capital ne pourrait-il se m\u00e9tamorphoser et devenir humain\u00a0?<\/p>\n<p>Karl Marx soutient que le capital est assujetti \u00e0 une contradiction dialectique\u00a0: il transf\u00e8re le travail vivant (de l\u2019ouvrier) au travail mort (de la machine) et lib\u00e8re du temps libre au prol\u00e9tariat, alors qu\u2019il lui faut imp\u00e9rativement transformer ce temps libre en surtravail pour augmenter son profit. Aujourd\u2019hui la question se pose\u00a0: la contradiction n\u2019est-elle pas en train de conna\u00eetre son d\u00e9nouement sous nos yeux ?<\/p>\n<p>Nous nous proposons de suivre cette contradiction au cours des m\u00e9tamorphoses du capital \u00e0 partir de son commencement tel qu\u2019il est d\u00e9crit par Karl Marx (Marx I), puis, lorsque le moteur de sa croissance n\u2019est plus la production mais la consommation (Marx II), et lorsque le prol\u00e9tariat est invit\u00e9 \u00e0 partager avec lui la jouissance du pouvoir (Marx III). Nous soutiendrons qu\u2019aujourd\u2019hui elle explose enfin\u00a0:\u00a0le travail que Marx dit <em>mort<\/em>, enseveli dans la machine, redevient <em>vivant<\/em>.<\/p>\n<p><strong>I &#8211; <u>Karl Marx et le travail vivant<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Karl Marx, avec la d\u00e9finition du travail comme <em>travail vivant,<\/em> comme Charles Darwin avec la d\u00e9couverte de <em>l\u2019\u00e9volution,<\/em> constate que la mati\u00e8re vivante est capable non seulement de se reproduire mais encore de se diff\u00e9rencier, de s\u2019organiser, de se d\u00e9passer dans des formes toujours plus complexes. Il s\u2019en est fallu de peu que l\u2019un ou l\u2019autre ne postule un principe antagoniste du deuxi\u00e8me principe de la thermodynamique\u00a0! Les ph\u00e9nom\u00e8nes qu\u2019ils \u00e9tudient sont n\u00e9anmoins trop s\u00e9quentiels pour leur permettre de rompre avec la Physique de leur temps. Au XIXe si\u00e8cle, le travail est donc toujours con\u00e7u comme un potentiel dont l\u2019actualisation se mesure en d\u00e9pense d\u2019\u00e9nergie qui doit \u00eatre r\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9e \u00e0 l\u2019issue de son usage.<\/p>\n<p>\u00ab <em>En fin de compte toute activit\u00e9 productive, abstraction faite de son caract\u00e8re utile, est une d\u00e9pense de force humaine. La confection des v\u00eatements et le tissage, malgr\u00e9 leur diff\u00e9rence, sont tous deux une d\u00e9pense productive du cerveau, des muscles, des nerfs, de la main de l\u2019homme, et en ce sens du travail humain au m\u00eame titre. La force humaine de travail dont le mouvement ne fait que changer de forme dans les diverses activit\u00e9s productives doit assur\u00e9ment \u00eatre plus ou moins d\u00e9velopp\u00e9e pour pouvoir \u00eatre d\u00e9pens\u00e9e sous telle ou telle forme. Mais la valeur des marchandises repr\u00e9sente purement et simplement le travail de l\u2019homme, une d\u00e9pense de force humaine en g\u00e9n\u00e9ral<\/em>\u00a0\u00bb [1].<\/p>\n<p>Aucune mesure ne peut quantifier la diff\u00e9renciation biologique, la forme engendr\u00e9e par le travail vivant. La qualit\u00e9 de la valeur produite par le travail, du moment que celui-ci est ali\u00e9n\u00e9 dans le contrat d\u2019\u00e9change, est seulement remplac\u00e9e par celle que le patron de l\u2019entreprise propose comme but \u00e0 l\u2019entreprise, et qu\u2019il estime donc lui appartenir. Pourtant, c\u2019est l\u2019ouvrier qui la produit et non le capitaliste. Il demeure, en effet, que la force de travail pay\u00e9e pour produire la valeur est du travail vivant. Et si pour le capitaliste cette valeur n\u2019est quantifiable que traduite en \u00e9nergie d\u00e9pens\u00e9e, c\u2019est parce qu\u2019il s\u2019attribue la propri\u00e9t\u00e9 du travail vivant. Et le capitaliste mesure donc la force de travail qu\u2019il ach\u00e8te \u00e0 l\u2019ouvrier par la quantit\u00e9 de ressources n\u00e9cessaires \u00e0 sa reproduction, le salaire.<\/p>\n<p>Marx insiste, lui, sur le fait que le travail est un travail <em>vivant<\/em>.<\/p>\n<p>Dans la vie, la <em>production consommatrice<\/em> subordonne la <em>consommation productive\u00a0<\/em>: <em>\u00ab Il est \u00e9vident que dans l\u2019alimentation, par exemple, qui est une forme particuli\u00e8re de consommation, l\u2019homme produit son propre corps. Mais cela vaut \u00e9galement pour tout autre genre de consommation qui, d\u2019une mani\u00e8re ou d\u2019une autre, contribue par quelque c\u00f4t\u00e9 \u00e0 la production de l\u2019homme. Production consommatrice \u00bb <\/em>[2].<\/p>\n<p>La vie se comptabilise, si l\u2019on peut dire, par les formes qu\u2019elle cr\u00e9e\u2026 par la <em>forme<\/em> et non la <em>force <\/em>d\u00e9pens\u00e9e pour la produire. L\u2019analogie de <em>l\u2019entreprise<\/em> avec un <em>organisme<\/em> permet alors de se repr\u00e9senter le <em>profit<\/em> en termes de production comme la diff\u00e9rence entre la valeur <em>produite par le travail vivant<\/em> et la quantit\u00e9 de ressources n\u00e9cessaires \u00e0 la <em>reproduction de la force de travail (<\/em>la <em>consommation productive). <\/em><\/p>\n<p><strong>La conscience<\/strong><\/p>\n<p>La vie\u2026, l\u2019\u00e9volution\u2026 est une d\u00e9couverte qui semble rendre compte de la conscience imagin\u00e9e comme l\u2019ultime phase de l\u2019\u00e9volution et de la vie.<\/p>\n<p>Marx note cependant que <em>\u00ab La conscience de la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019entrer en rapport avec les individus qui l\u2019entourent marque pour l\u2019homme le d\u00e9but de la conscience de ce fait qu\u2019il vit somme toute en soci\u00e9t\u00e9 \u00bb <\/em>[3]. Mais il interpr\u00e8te aussit\u00f4t cette conscience sociale comme un moment de l\u2019\u00e9volution biologique: \u00ab <em>Ce d\u00e9but est aussi animal que l\u2019est la vie sociale elle-m\u00eame \u00e0 ce stade; il est une simple conscience gr\u00e9gaire, et l\u2019homme se distingue ici du mouton par l\u2019unique fait que sa conscience prend chez lui la place de l\u2019instinct ou que son instinct est un instinct conscient\u00a0\u00bb <\/em>[4]. Et c\u2019est la vie, la diff\u00e9renciation biologique qui conduirait \u00e0 la division du travail au sein de la communaut\u00e9 primitive. <em>\u00ab Cette division du travail, (\u2026) implique en m\u00eame temps la r\u00e9partition du travail et de ses produits, distribution in\u00e9gale en v\u00e9rit\u00e9 tant en quantit\u00e9 qu\u2019en qualit\u00e9; elle implique donc la propri\u00e9t\u00e9 dont la premi\u00e8re forme, le germe, r\u00e9side dans la famille o\u00f9 la femme et les enfants sont les esclaves de l\u2019homme. Du reste, division du travail et propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e sont des expressions identiques \u2013 on \u00e9nonce, dans la premi\u00e8re, par rapport \u00e0 l\u2019activit\u00e9 ce qu\u2019on \u00e9nonce, dans la seconde, par rapport au produit de cette activit\u00e9\u00a0\u00bb <\/em>[5].<\/p>\n<p>Marx s\u2019appuie sur Lewis Henry Morgan qui d\u00e9crit l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0 partir d\u2019une horde o\u00f9 tout serait indivis, autant l\u2019usage des femmes que celui de la nourriture. La diff\u00e9renciation biologique conduirait d\u00e8s lors \u00e0 la diff\u00e9renciation sociale, \u00e0 \u00ab\u00a0<em>la division naturelle du travail dans la famille et sur la s\u00e9paration en familles isol\u00e9es et oppos\u00e9es les unes aux autres\u00a0<\/em>\u00bb. Et la propri\u00e9t\u00e9 se repartirait donc entre propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e familiale et propri\u00e9t\u00e9 collective.<\/p>\n<p>Mais comment les hommes sont-ils unis collectivement\u00a0? Par une <em>d\u00e9pendance r\u00e9ciproque,<\/em>\u00a0dit Marx : \u00ab\u00a0<em>De plus, la division du travail implique du m\u00eame coup la contradiction entre l\u2019int\u00e9r\u00eat de l\u2019individu singulier ou de la famille singuli\u00e8re et l\u2019int\u00e9r\u00eat collectif de tous les individus qui sont en relations entre eux\u00a0; qui plus est, cet int\u00e9r\u00eat collectif n\u2019existe pas seulement, mettons dans la repr\u00e9sentation, en tant que \u201cint\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral\u201d, mais d\u2019abord dans la r\u00e9alit\u00e9 comme d\u00e9pendance r\u00e9ciproque des individus entre lesquels se partage le travail\u00a0\u00bb <\/em>[6].<\/p>\n<p>L\u2019anthropologie au XXIe si\u00e8cle confirme-t-elle cette <em>d\u00e9pendance<\/em> collective des individus les uns des autres, l\u2019\u00e9volution de l\u2019indivision primitive \u00e0 la famille individualis\u00e9e, l\u2019appropriation de la nature en fonction de l\u2019int\u00e9r\u00eat familial ou collectif ?<\/p>\n<p>Elle a montr\u00e9 au contraire que les familles humaines n\u2019ont jamais \u00e9t\u00e9 confondues dans une horde primitive et qu\u2019elles ont toutes \u00e9t\u00e9 reli\u00e9es d\u00e8s leur origine\u00a0par le <em>principe de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em>. Mais par <em>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em> il faut entendre tout autre chose qu\u2019une <em>d\u00e9pendance<\/em> <em>biologique<\/em>. Pour fonder une famille, dira L\u00e9vi-Strauss, il en faut deux. Le principe a sa source dans la nature\u00a0: l<em>\u2018exogamie. <\/em>Mais toutes les soci\u00e9t\u00e9s humaines interpr\u00e8tent l\u2019exogamie comme la condition de la r\u00e9ciprocit\u00e9 (la <em>prohibition de l\u2019inceste)<\/em>. La <em>prohibition de l\u2019inceste de nourriture<\/em> redouble imm\u00e9diatement la <em>prohibition de l\u2019inceste de parent\u00e9, <\/em>et il en est ainsi pour toutes les activit\u00e9s de l\u2019homme (les <em>prestations totales<\/em>). Pourquoi\u00a0? Parce que <em>la r\u00e9ciprocit\u00e9 donne sens aux activit\u00e9s qu\u2019elle mobilise.<\/em><\/p>\n<p>\u00c0 partir du moment o\u00f9 la conscience peut se r\u00e9fl\u00e9chir sur elle-m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9, elle devient en effet conscience de ce qu\u2019elle est elle-m\u00eame comme conscience de conscience et pas seulement conscience d\u2019une finalit\u00e9 comme celle de se nourrir ou de se reproduire. Cette conscience de conscience fascine l\u2019homme parce qu\u2019elle le d\u00e9livre de sa <em>d\u00e9pendance biologique,<\/em> de sorte que s\u2019il y a <em>obligation<\/em> de r\u00e9ciprocit\u00e9, comme dira Marcel Mauss, c\u2019est \u00e0 partir d\u2019une motivation spirituelle\u00a0: <em>l\u2019amiti\u00e9<\/em> (la <em>philia<\/em>), produite par la r\u00e9ciprocit\u00e9 de bienveillance, est imp\u00e9rative, mais cet imp\u00e9ratif est celui d\u2019une lib\u00e9ration de la conscience des cha\u00eenes de la nature.<\/p>\n<p><strong>Contradiction et antagonisme<\/strong><\/p>\n<p>Nous avons dit que Marx ne peut tirer toutes les cons\u00e9quences du fait que la <em>vie<\/em> d\u00e9fie l\u2019<em>\u00e9nergie physique<\/em>, parce que le travail vivant ne peut \u00eatre comptabilis\u00e9 qu\u2019en rapports de force entre le salari\u00e9 et le capitaliste. Il envisage cependant une dialectique dans laquelle la vie joue un r\u00f4le dynamique, il envisage <em>une<\/em> dialectique, mais non pas <em>deux<\/em> dialectiques inverses l\u2019une de l\u2019autre. Or, au XXe si\u00e8cle, force est de reconna\u00eetre deux dialectiques \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la nature: l\u2019une qui tend vers la plus grande entropie, l\u2019autre vers la plus grande n\u00e9guentropie. Selon la Physique d\u2019aujourd\u2019hui, la dialectique se d\u00e9double, si l\u2019on peut dire, et si chacune est la <em>n\u00e9gation<\/em> de l\u2019autre, elle est en m\u00eame temps <em>une dialectique antagoniste de l\u2019autre.<\/em> Et entre ces deux dialectiques (l\u2019homog\u00e9n\u00e9isation <em>(entropisation)<\/em> et l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9isation <em>(n\u00e9guentropisation)<\/em> de l\u2019univers), il n\u2019y a pas seulement <em>une<\/em> <em>contradiction<\/em>. Entre les deux dialectiques, entre leurs contradictions respectives, s\u2019ouvre un \u201cespace vide\u201d que l\u2019on peut appeler l\u2019<em>antagonisme<\/em>. Et celui-ci donne naissance \u00e0 une troisi\u00e8me dialectique, car il peut s\u2019accro\u00eetre aux d\u00e9pens des deux autres.<\/p>\n<p>Cet <em>antagonisme<\/em> \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9 comme le \u201c<em>juste milieu entre les contraires\u201d <\/em>(la <em>m\u00e9di\u00e9t\u00e9) <\/em>par le Philosophe, qui faisait m\u00eame intervenir quelque chose de plus. Aristote pr\u00e9cisait en effet que le sentiment d\u2019humanit\u00e9 qui caract\u00e9rise les hommes se construit \u00e0 partir d\u2019une relation o\u00f9 la conscience de l\u2019un, se redoublant de celle de l\u2019autre, se r\u00e9v\u00e8le \u00e0 elle-m\u00eame comme <em>l\u2019esprit<\/em> (<em>n\u00f4us<\/em>) commun \u00e0 l\u2019un et \u00e0 l\u2019autre\u00a0: le \u201cpropre de l\u2019humanit\u00e9\u201d, dit-il. Cette relation est la r\u00e9ciprocit\u00e9. La conscience peut se dire universelle lorsque la r\u00e9ciprocit\u00e9 devient g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e.<\/p>\n<p>Les sentiments produits par les diff\u00e9rentes relations qui souscrivent au principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 se repr\u00e9sentent comme <em>valeurs<\/em>. Aristote fonde alors l\u2019\u00e9conomie politique sur une valeur particuli\u00e8re, la <em>justice. <\/em>Pourquoi\u00a0? Parce que la matrice de la justice est une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9<em> \u00e9gale<\/em>, et <em>l\u2019\u00e9galit\u00e9<\/em> peut \u00eatre mesur\u00e9e par la quantit\u00e9 de ce que chacun redistribue aux autres. On devine l\u2019importance de son raisonnement\u00a0: d\u00e9sormais la conscience affective commune n\u00e9e de la r\u00e9ciprocit\u00e9 se repr\u00e9sente de fa\u00e7on objective gr\u00e2ce au partage et \u00e0 la mesure, c\u2019est-\u00e0-dire gr\u00e2ce \u00e0 la m\u00e9diation de la raison, pour tous les membres de la soci\u00e9t\u00e9 quel que soit leur imaginaire particulier. Tout homme, d\u00e8s lors qu\u2019il respecte le principe de r\u00e9ciprocit\u00e9 et la raison (\u201c<em>Nul n\u2019entre ici s\u2019il n\u2019est g\u00e9om\u00e8tre<\/em>!\u201d [7]), peut d\u00e9passer les limites de la parent\u00e9, o\u00f9 tout est encore commun, et gr\u00e2ce au partage (<em>metadosis<\/em>) investir sa puissance cr\u00e9atrice dans la construction de la cit\u00e9.<\/p>\n<p>Ce qui nous importe ici est la <em>matrice<\/em> de la <em>m\u00e9di\u00e9t\u00e9, <\/em>matrice qui repose sur le concept cl\u00e9 <em>d\u2019antagonisme<\/em>. Pourtant, l\u2019anthropologie moderne n\u2019a pas encore d\u00e9pass\u00e9 l\u2019id\u00e9e que la conscience humaine \u00e9mergerait de l\u2019\u00e9volution comme la forme ultime de la vie. L\u00e9vi-Strauss, par exemple, fait appara\u00eetre la fonction symbolique de la <em>diff\u00e9rentiation<\/em> du vivant. N\u00e9anmoins, il nous faut entendre aujourd\u2019hui que la conscience ob\u00e9it \u00e0 une dialectique diff\u00e9rente de la dialectique de la <em>vie<\/em>, qu\u2019elle ob\u00e9it \u00e0 celle de <em>l\u2019antagonisme<\/em> qui se d\u00e9veloppe gr\u00e2ce au principe de r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n<p><strong>II &#8211; <u>L\u2019ali\u00e9nation et l\u2019exploitation du travail<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong>Les deux \u00e9conomies<\/strong><\/p>\n<p>Lorsqu\u2019il cherche \u00e0 pr\u00e9ciser l\u2019origine du capitalisme, Marx cite longuement Aristote. La valeur est une \u0153uvre personnelle, subjective, qui s\u2019inscrit dans la r\u00e9ciprocit\u00e9 o\u00f9 elle re\u00e7oit une fonction sociale. Elle d\u00e9pend de son <em>statut de production<\/em>. Dans des conditions identiques et \u00e0 temps de travail \u00e9gal, les productions sont dites \u00e9quivalentes si les statuts de production sont \u00e9gaux. Si l\u2019Assembl\u00e9e estime que le statut du magistrat est sup\u00e9rieur \u00e0 celui du paysan, elle \u00e9tablira entre le travail du paysan et celui du magistrat un rapport proportionnel au rapport du paysan et du magistrat. Ce d\u00e9tour par le <em>statut social<\/em> pour mesurer la valeur n\u2019est pas moins habile que celui du <em>temps de<\/em> <em>travail\u00a0<\/em>: pour Marx, le <em>temps de travail<\/em> permet de compter une <em>quantit\u00e9<\/em> de valeur. Pour Aristote, le <em>statut de production<\/em> permet d\u2019\u00e9valuer la <em>qualit\u00e9<\/em> de la valeur. Entre les producteurs, le commer\u00e7ant (<em>kapelos<\/em>) peut \u00e9changer entre eux des produits dont la valeur est exprim\u00e9e par leur \u00e9quivalence de r\u00e9ciprocit\u00e9. On peut appeler cet \u00e9change \u201c<em>\u00e9change de r\u00e9ciprocit\u00e9\u201d. <\/em>Aristote distingue alors deux types d\u2019\u00e9change.<\/p>\n<p>Marx nous le rappelle\u00a0en citant lui-m\u00eame Aristote: \u00ab\u00a0Aristote oppose <em>l\u2019\u00e9conomique<\/em> \u00e0 la <em>chr\u00e9matistique<\/em>. La premi\u00e8re est son point de d\u00e9part. En tant qu\u2019elle est l\u2019art d\u2019acqu\u00e9rir, elle se borne \u00e0 procurer les biens n\u00e9cessaires \u00e0 la vie, et utiles soit au foyer domestique soit \u00e0 l\u2019\u00c9tat. \u201c<em>La vraie richesse (o al\u00eathinos ploutos) consiste en des valeurs d\u2019usage de ce genre, car la quantit\u00e9 des choses qui peuvent suffire pour rendre la vie heureuse n\u2019est pas illimit\u00e9e. Mais il est un autre art d\u2019acqu\u00e9rir, auquel on peut donner \u00e0 juste titre le nom de chr\u00e9matistique, qui fait qu\u2019il semble n\u2019y avoir aucune limite \u00e0 la richesse et \u00e0 la possession.\u00a0Le commerce des marchandises (E kapelike) <\/em>(mot \u00e0 mot \u201ccommerce de d\u00e9tail\u201d\u00a0: Aristote adopte cette forme parce que la valeur d\u2019usage y pr\u00e9domine)<em> n\u2019appartient pas de sa nature \u00e0 la chr\u00e9matistique, parce que l\u2019\u00e9change n\u2019y a en vue que ce qui est n\u00e9cessaire aux acheteurs et aux vendeurs. \u00bb <\/em>Plus loin, il d\u00e9montre que le troc a \u00e9t\u00e9 la forme primitive du commerce, mais que son extension a fait na\u00eetre l\u2019argent. \u00c0 partir de la d\u00e9couverte de l\u2019argent, l\u2019\u00e9change dut n\u00e9cessairement se d\u00e9velopper, devenir \u201c<em>kapelike<\/em>\u201d ou commerce de marchandises, et celui-ci, en contradiction avec sa tendance premi\u00e8re, se transforme en chr\u00e9matistique ou en art de faire de l\u2019argent. La chr\u00e9matistique se distingue de l\u2019\u00e9conomique en ce sens que \u201c<em>pour elle, la circulation est la source de la richesse et elle semble pivoter autour de l\u2019argent, car l\u2019argent est le commencement et la fin de ce genre d\u2019\u00e9change. C\u2019est pourquoi aussi la richesse, telle que l\u2019a en vue, la chr\u00e9matistique est illimit\u00e9e. (\u2026) L\u2019\u00e9conomique est limit\u00e9e, la chr\u00e9matistique non. La premi\u00e8re se propose autre chose que l\u2019argent, la seconde poursuit son augmentation\u2026 C\u2019est pour avoir confondu ces deux formes que quelques-uns ont cru \u00e0 tort que l\u2019acquisition de l\u2019argent et son accroissement \u00e0 l\u2019infini \u00e9taient le but final de l\u2019\u00e9conomique\u201d.\u00a0<\/em>\u00bb (Aristote, <em>De rep<\/em>., \u00e9dit. Bekker, t. I, c. 8 et 9, <em>passim)\u00a0<\/em>\u00bb<a name=\"_ftnref1\"><\/a> <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftn1\">[8]<\/a>.<\/p>\n<p>Aristote distingue alors deux \u00e9conomies \u00e0 partir de l\u2019\u00e9change de r\u00e9ciprocit\u00e9 dans les communaut\u00e9, et de l\u2019\u00e9change sp\u00e9culatif entre cit\u00e9s o\u00f9 la valeur des choses est diff\u00e9rente<a name=\"_ftnref2\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftn2\">[9]<\/a>\u00a0: il observe qu\u2019entre des places de march\u00e9 \u00e9loign\u00e9es les unes des autres, en particulier dans le commerce maritime, la valeur d\u2019\u00e9change obtenue par la sp\u00e9culation sur la diff\u00e9rence des prix n\u2019a d\u2019autre propri\u00e9taire que l\u2019interm\u00e9diaire sans r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 aucun producteur. [<em>N.B. Paul Jorion :<\/em>\u00a0Dans le langage d\u2019aujourd\u2019hui, il n\u2019est pas question ici de\u00a0<em>sp\u00e9culation<\/em>\u00a0mais d\u2019<em>arbitrage<\/em>\u00a0: la \u00ab\u00a0sp\u00e9culation\u00a0\u00bb met en pr\u00e9sence deux parieurs en sens oppos\u00e9 sur l\u2019\u00e9volution d\u2019un prix, alors qu\u2019un \u00ab\u00a0arbitrage\u00a0\u00bb consiste \u00e0 vendre \u00e0 un endroit A \u00e0 un certain prix, ce qui a \u00e9t\u00e9 achet\u00e9 en B \u00e0 un prix inf\u00e9rieur.\u00a0Le profit de l\u2019<em>arbitrageur<\/em>\u00a0r\u00e9compense, dit-on, la prise de risque dans le transport du bien de B en A, alors que le profit du sp\u00e9culateur ent\u00e9rine simplement sa\u00a0<em>bonne fortune.<\/em>]<\/p>\n<p>Cet \u00e9change autorise le commer\u00e7ant libre (<em>m\u00e9taboleus<\/em>) \u00e0 consid\u00e9rer son profit comme <em>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/em>. Ce profit est d\u00fb en effet \u00e0 son habilet\u00e9 sp\u00e9culative. Cette<em> propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e autorise une accumulation sans limite. <\/em>Il existe dor\u00e9navant deux \u00e9conomies\u00a0: l\u2019une est ordonn\u00e9e \u00e0 la redistribution et la consommation de la communaut\u00e9, l\u2019autre sans limite n\u2019a d\u2019autre but que la richesse et le pouvoir.<\/p>\n<p>Cependant, avec le progr\u00e8s des communications et des \u00e9changes, la disparit\u00e9 de la valeur dans les syst\u00e8mes de productions isol\u00e9s s\u2019efface. Mais elle peut rena\u00eetre spontan\u00e9ment partout gr\u00e2ce \u00e0 la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9<\/em> des moyens de production. Celle-ci sera institu\u00e9e constitutionnellement au XVIIIe si\u00e8cle en Angleterre avec l\u2019<em>enclosure Act, <\/em>et en France avec le <em>Code civil <\/em>de Napol\u00e9on.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrier produit par son travail dix, cent ou mille fois plus que la quantit\u00e9 de richesse qui lui est n\u00e9cessaire pour survivre et se reproduire. Le produit du travail qui exc\u00e8de cette quantit\u00e9 pay\u00e9e par le salaire est la <em>plus-value<\/em>. La part de la <em>plus-value<\/em> qui devrait revenir aux travailleurs dans une communaut\u00e9 de r\u00e9ciprocit\u00e9 constitue le <em>profit des actionnaires<\/em>, au m\u00eame titre que le <em>gain sp\u00e9culatif<\/em> du commer\u00e7ant antique qui jouait sur les disparit\u00e9s d\u2019\u00e9quivalence des cit\u00e9s entre lesquelles il instituait son commerce.<\/p>\n<p><strong>L\u2019ali\u00e9nation et l\u2019exploitation du travail<\/strong><\/p>\n<p>L\u2019exploitation capitaliste a pris le relais de la sp\u00e9culation commerciale bien que le commerce des traders sur la rentabilit\u00e9 des entreprises et celui des entreprises qui <em>d\u00e9localisent <\/em>en tirent parti. N\u00e9anmoins, c\u2019est bien l\u2019exploitation capitaliste la source majeure du capital.<\/p>\n<p>Il ne faut pas \u00eatre grand clerc pour s\u2019apercevoir que la <em>force de travail<\/em> r\u00e9duite \u00e0 une <em>force \u00e9l\u00e9mentaire (la force vitale brute<\/em> de l\u2019ouvrier) autorise une diminution du salaire qui d\u00e9gage un profit suppl\u00e9mentaire par rapport \u00e0 la <em>plus-value<\/em> obtenue de l\u2019ali\u00e9nation de la force de travail<em>. <\/em>Cette marge de profit ob\u00e9it au m\u00eame souci de tirer le plus grand parti possible du rapport de force instaur\u00e9 par la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production. Cependant, elle fait appara\u00eetre plus clairement que la <em>qualit\u00e9<\/em> du travail n\u2019est pas prise en compte dans la d\u00e9finition de la <em>valeur, <\/em>qu\u2019elle en est m\u00eame \u00e9cart\u00e9e par la mesure quantitative de la force de travail. La <em>force de travail<\/em> n\u2019est pas seulement amput\u00e9e de sa finalit\u00e9 sociale et de sa comp\u00e9tence particuli\u00e8re (pour le forgeron d\u2019\u00eatre forgeron, le menuisier d\u2019\u00eatre menuisier), elle est d\u00e9natur\u00e9e\u00a0; l\u2019ouvrier, dans l\u2019entreprise capitaliste du XIXe\u00a0si\u00e8cle, est priv\u00e9 non seulement de tout droit d\u2019initiative, d\u2019innovation ou d\u2019invention dans l\u2019entreprise, mais aussi de la facult\u00e9 de reconstituer sa puissance de travail d\u2019origine. L\u2019essentiel est ceci, dit Marx : \u00ab <em>Le prix de la force de travail atteint son minimum lorsqu\u2019il est r\u00e9duit \u00e0 la valeur des moyens de subsistance physiologiquement indispensables, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la valeur d\u2019une somme de marchandises qui ne pourrait \u00eatre moindre sans exposer la vie m\u00eame du travailleur\u00a0\u00bb<a name=\"_ftnref3\"><\/a> <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftn3\">[10]<\/a>.<\/p>\n<p>La <em>force de travail<\/em> est ramen\u00e9e \u00e0 une <em>force biologique <\/em>mesur\u00e9e par une quantit\u00e9 <em>d\u2019\u00e9nergie physique<\/em>. Pour le syst\u00e8me capitaliste du XIXe si\u00e8cle, la <em>valeur d\u2019\u00e9change<\/em> n\u2019est pas un artifice, une abstraction ou une <em>forme de la valeur<\/em> qui repr\u00e9senterait la <em>puissance<\/em> du travailleur, elle est <em>disqualification de cette puissance et mutilation de la valeur\u00a0<\/em><a name=\"_ftnref4\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftn4\">[11]<\/a>.<\/p>\n<p>La <em>puissance de travail<\/em> restreinte \u00e0 une quantit\u00e9 d\u2019\u00e9nergie a fait comparer l\u2019exploitation de l\u2019homme au XIXe si\u00e8cle \u00e0 un esclavage \u00e0 la carte<a name=\"_ftnref5\"><\/a> <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftn5\">[12]<\/a>.<\/p>\n<p>Que l\u2019on ne s\u2019y trompe pas\u00a0: la <em>division du travail<\/em>\u00a0introduite par l\u2019industrialisation (fordisme, taylorisme) ne cr\u00e9e pas une opportunit\u00e9 pour que l\u2019ouvrier puisse s\u2019exprimer librement, au contraire, elle fragmente sa puissance en op\u00e9rations \u00e9l\u00e9mentaires dont il ne ma\u00eetrise pas la synth\u00e8se.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Dans la division du travail, <\/em>\u00e9crit Michel Henry<em>, l\u2019actualisation d\u2019une potentialit\u00e9 n\u2019exclut pas seulement dans l\u2019instant, mais de fa\u00e7on d\u00e9cisive et d\u00e9finitive, la r\u00e9alisation des autres puissances de la vie, loin de les \u00e9veiller ou de les susciter. [\u2026] La signification \u201cpositive\u201d de la division du travail est doublement n\u00e9gative, parce que d\u2019une activit\u00e9 qui s\u2019inscrit dans une totalit\u00e9 mouvante et se propose comme le moment de sa r\u00e9alisation synth\u00e9tique indivisible, elle fait un geste st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 et finalement priv\u00e9 de sens, c\u2019est-\u00e0-dire de son insertion dans le processus ph\u00e9nom\u00e9nologique d\u2019ensemble qui est le d\u00e9ploiement et l\u2019accomplissement de la vie\u00a0<\/em>\u00bb<a name=\"_ftnref6\"><\/a> <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftn6\">[13]<\/a>.<\/p>\n<p>Marx ne cesse pourtant de dire que la valeur est produite par le <em>travail vivant,<\/em> et par <em>vivant<\/em> il entend l\u2019actualisation de la <em>vie<\/em> comme <em>cr\u00e9atrice<\/em> de biens et de richesses, de valeurs d\u2019usage ou d\u2019activit\u00e9s, et donc la force de travail comme puissance d\u2019innovation.<\/p>\n<p><strong>III &#8211; <u>L\u2019innovation<\/u><\/strong><\/p>\n<p>L\u2019importance de <em>l\u2019innovation<\/em> appara\u00eet quand on compare l\u2019efficience respective de deux entreprises qui font intervenir des techniques diff\u00e9rentes. Chaque entreprise requiert les meilleures techniques pour am\u00e9liorer la productivit\u00e9 de son capital afin de l\u2019emporter sur ses rivales. Mais, toutes s\u2019alignant tr\u00e8s vite en adoptant les m\u00eames innovations, <em>s\u2019ensuit <\/em>la <em>baisse tendancielle du taux de profit<\/em>. Cette baisse\u00a0est compens\u00e9e par l\u2019<em>augmentation de la production que permet<\/em> aussi l\u2019innovation\u00a0: d\u2019un c\u00f4t\u00e9 celle-ci r\u00e9duit le temps de travail n\u00e9cessaire \u00e0 la production de la marchandise, mais de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 elle permet d\u2019am\u00e9liorer les communications, d\u2019amplifier le march\u00e9, d\u2019agrandir l\u2019entreprise et d\u2019augmenter le nombre d\u2019ouvriers, de sorte que ne compte finalement que l\u2019exploitation du travail salari\u00e9 pour faire la diff\u00e9rence entre les entreprises. Pour le capitalisme du XIXe\u00a0si\u00e8cle, le changement produit par une <em>innovation<\/em> demeure \u201cext\u00e9rieur\u201d au proc\u00e8s de production de plus-value <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftn1\">[14]<\/a>. Entendue comme d\u00e9couverte, comme valeur d\u2019usage (l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 ou la machine \u00e0 vapeur par exemple), l\u2019innovation est \u00e0 cette \u00e9poque consid\u00e9r\u00e9e comme gratuite<em>.<\/em> On estime que les <em>inventions<\/em> sont des forces productives analogues \u00e0 celles de la nature (la fertilit\u00e9 de la terre, la f\u00e9condit\u00e9 des animaux, etc.,). Si une invention am\u00e9liore la comp\u00e9tence d\u2019une machine, elle contribue donc \u00e0 la production de la valeur parce qu\u2019elle modifie le <em>capital,<\/em> et non parce qu\u2019elle serait produite par le <em>travail salari\u00e9 <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftn2\">[15]<\/a>.<\/p>\n<p>Marx n\u2019\u00e9tudie, pr\u00e9cise-t-il, que la <em>diff\u00e9rence fonctionnelle<\/em> entre un <em>capital constant<\/em> <em>donn\u00e9<\/em> et un <em>capital variable<\/em> <em>donn\u00e9<\/em>. D\u2019o\u00f9 cette formule \u00ab\u00a0<em>La valeur de la force moyenne de travail et le degr\u00e9 moyen de son exploitation \u00e9tant suppos\u00e9s \u00e9gaux dans diff\u00e9rentes industries, les masses de plus-value produites sont en raison directe de la grandeur des parties variables des capitaux employ\u00e9s, c\u2019est-\u00e0-dire en raison directe de leurs parties converties en force de travail <\/em>\u00bb <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftn3\">[16]<\/a>. Il est \u00e9vident que si l\u2019on fait abstraction des innovations qui modifient la valeur du <em>capital constant<\/em> en les consid\u00e9rant comme des <em>facteurs externes au travail<\/em>, on ne peut d\u00e9finir la <em>valeur d\u2019\u00e9change <\/em>que par la q<em>uantit\u00e9 de travail socialement n\u00e9cessaire,<\/em> et le <em>travail complexe<\/em> que comme une addition de <em>travail simple <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftn4\">[17]<\/a>.<\/p>\n<p>Mais \u00e0 qui appartient la somme d\u2019innovations que le capitalisme emprunte \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 ? La question opposa Proudhon et Marx, le premier estimant que la soci\u00e9t\u00e9 non-capitaliste est propri\u00e9taire de ces moyens de production et demeure une puissance collective qui peut retourner la situation \u00e0 son avantage, d\u2019o\u00f9 l\u2019esp\u00e9rance d\u2019une \u00e9conomie socialiste rivale de l\u2019\u00e9conomie capitaliste. Marx r\u00e9pond que toutes les forces productives sont ma\u00eetris\u00e9es a priori par le capital gr\u00e2ce \u00e0 la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9<\/em>. Il n\u2019existe donc pas de forces productives libres qui puissent se constituer en \u00e9conomie alternative. Mais alors comment la conscience r\u00e9volutionnaire peut-elle na\u00eetre d\u2019une pareille ali\u00e9nation de tout travail ? Rien n\u2019indique comment le<em> prol\u00e9tariat<\/em> pourrait se r\u00e9-approprier la<em> vie, la puissance du sujet<\/em> <em>se cr\u00e9ant lui-m\u00eame<\/em>. Cette opportunit\u00e9 o\u00f9 se r\u00e9v\u00e9lerait le sens de l\u2019humanit\u00e9 commune (voir plus loin la d\u00e9finition du <em>travail humain<\/em>) est report\u00e9e apr\u00e8s l\u2019\u00e9limination du capitalisme. Mais pour l\u2019instant, il n\u2019y a pas d\u2019issue pour le prol\u00e9tariat hors la conscience r\u00e9volutionnaire du parti communiste.<\/p>\n<p><strong>La puissance d\u2019innovation<\/strong><\/p>\n<p>Par la <em>qualit\u00e9<\/em> <em>du travail,<\/em> il faut entendre la <em>consommation vraie<\/em> que Marx appelle parfois <em>loisir<\/em> ou <em>production consommatrice, <\/em>c\u2019est-\u00e0-dire le travail par lequel l\u2019homme se construit comme \u00eatre vivant et pensant, comme savant ou artiste qui actualise la <em>puissance d\u2019innovation,<\/em> la <em>capacit\u00e9 d\u2019inventer<\/em> de nouvelles valeurs d\u2019usage ou de nouveaux proc\u00e9d\u00e9s de production, la <em>libre initiative<\/em> de la production <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftn5\">[18]<\/a>.<\/p>\n<p>Marx, on l\u2019a dit, n\u2019exclut pas la <em>puissance d\u2019innovation<\/em> de la production de la <em>valeur, <\/em>mais il constate que dans la production capitaliste elle est int\u00e9gr\u00e9e dans le <em>capital constant,<\/em> tout enti\u00e8re appropri\u00e9e par le capitalisme, de sorte que seule la valeur d\u2019\u00e9change est compt\u00e9e comme valeur.<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0La transformation de l\u2019outil de travail en machine n\u2019est pas fortuite, elle est la m\u00e9tamorphose historique des moyens de travail traditionnels adapt\u00e9es aux besoins du capital. L\u2019accumulation du savoir, des ma\u00eetrises, des forces productives g\u00e9n\u00e9rales du g\u00e9nie social est, elle aussi, absorb\u00e9e dans le capital, pos\u00e9 face au travail\u00a0; elle appara\u00eet donc comme la qualit\u00e9 du capital, ou plus exactement du capital fixe, pour autant qu\u2019il entre dans la production comme instrument de travail proprement dit\u00a0\u00bb <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftn6\">[19]<\/a>.<\/p>\n<p>Qu\u2019est-ce qui emp\u00eache de prendre en compte la <em>puissance d\u2019innovation\u00a0de l\u2019ouvrier comme facteur de production de la valeur proprement dite <\/em>? Serait-ce qu\u2019elle est a priori <em>exclue dans le contrat salarial<\/em> parce que le capitaliste ne donne comme finalit\u00e9 \u00e0 l\u2019entreprise que la production de <em>valeur d\u2019\u00e9change<\/em> en vue de la <em>croissance exclusive du capital<\/em>\u00a0? Ou bien l\u2019entrepreneur se r\u00e9serverait-il cette <em>puissance d\u2019innovation<\/em>\u00a0comme sa propre contribution \u00e0 l\u2019entreprise ? La r\u00e9ponse de Marx serait plut\u00f4t que la <em>valeur<\/em> cr\u00e9\u00e9e par le <em>travail vivant<\/em> n\u2019est pas l\u2019objectif de la production capitaliste, que celui-ci est seulement la <em>valeur d\u2019\u00e9change, <\/em>la r\u00e9duction du <em>travail vivant<\/em> au <em>travail mort, <\/em>et l\u2019<em>accumulation du capital constant.<\/em><\/p>\n<p><strong>IV &#8211; <u>La propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong>Le travail social<\/strong><\/p>\n<p>Marx rappelle que dans d\u2019autres syst\u00e8mes de production, le travail est un <em>travail social<\/em> car ce qu\u2019il produit est la <em>vie de la communaut\u00e9<\/em>.<\/p>\n<p><em>\u00ab Repr\u00e9sentons-nous enfin une r\u00e9union d\u2019hommes libres travaillant avec des moyens de production communs, et d\u00e9pensant d\u2019apr\u00e8s un plan concert\u00e9 leurs nombreuses forces individuelles comme une seule et m\u00eame force de travail social. (\u2026) Le produit total des travailleurs unis est un produit social. Une partie sert de nouveau comme moyen de production et reste sociale\u00a0; mais l\u2019autre partie est consomm\u00e9e, et par cons\u00e9quent doit se r\u00e9partir entre tous <\/em>\u00bb <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftn1\">[20]<\/a>.<\/p>\n<p>Il soutient la m\u00eame th\u00e8se qu\u2019Aristote\u00a0: le travail est <em>vivant\u00a0<\/em>: \u201cvivant\u201d, pour le Philosophe, signifie la conversion de la <em>puissance<\/em> en <em>actualisation, <\/em>en<em> qualit\u00e9<\/em> sup\u00e9rieure \u00e0 celle de sa mati\u00e8re premi\u00e8re, <em>qualit\u00e9<\/em> (ou <em>forme<\/em>) plus complexe que celle d\u2019origine, dont t\u00e9moigne la signature de son auteur sur son <em>\u0153uvre <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftn2\">[21]<\/a>. La <em>division du travail<\/em> en fonction de la compl\u00e9mentarit\u00e9 des besoins de la soci\u00e9t\u00e9 lui conf\u00e8re son <em>caract\u00e8re social<\/em>. Marx garde cette notion de <em>travail social<\/em> pour le travail de l\u2019ouvrier dans l\u2019entreprise, bien que sa finalit\u00e9 change puisqu\u2019elle est alors ordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019accumulation du capital\u00a0: il devient d\u00e8s lors <em>travail social utile <\/em>(au <em>capital).<\/em><\/p>\n<p>Il semble qu\u2019il y ait ici contradiction entre la r\u00e9duction du salari\u00e9 \u00e0 un \u00e9tat physique infra-humain, et le cr\u00e9dit accord\u00e9 au prol\u00e9tariat d\u2019un travail social (d\u00e9tourn\u00e9 en utilit\u00e9 capitaliste).<\/p>\n<p><strong>La propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/strong><\/p>\n<p>Marx ne cesse en effet de soutenir que la production de la <em>valeur<\/em> est due \u00e0 la <em>vie.<\/em> Il faut donc pr\u00e9ciser le\u00a0moment o\u00f9 le syst\u00e8me capitaliste emprisonne le <em>travail vivant<\/em> dans un statut o\u00f9 il peut \u00eatre assujetti \u00e0 un rapport de force qui le st\u00e9rilise de sa fonction humaine puis le convertit en capital, c\u2019est-\u00e0-dire en <em>travail mort<\/em>, en travail des machines. Ce moment est la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9<\/em>. N\u00e9anmoins, Marx emploie le terme de <em>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e <\/em>dans plusieurs sens\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab Le mode de production et d\u2019accumulation capitaliste et partant la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e capitaliste, pr\u00e9suppose l\u2019an\u00e9antissement de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e fond\u00e9e sur le travail personnel\u00a0;\u00a0sa base, c\u2019est l\u2019expropriation du travailleur \u00bb <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftn3\">[22]<\/a>.<\/p>\n<p>Et m\u00eame lorsqu\u2019il reconna\u00eet que la premi\u00e8re forme de la propri\u00e9t\u00e9 est communautaire, Marx l\u2019appelle aussi propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e\u2026 Rappelons que pour lui, \u00e0 l\u2019origine, la propri\u00e9t\u00e9 des moyens de production r\u00e9pond aux besoins de la famille. Il y a d\u00e8s lors antagonisme entre la propri\u00e9t\u00e9 des familles et la propri\u00e9t\u00e9 collective. Cette propri\u00e9t\u00e9 qui fait corps avec son possesseur, il l\u2019appelle <em>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e communale<\/em> ou <em>patriarcale<\/em> et la distingue de la <em>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e bourgeoise<\/em>. Mais il ne distingue pas plusieurs formes d\u2019appropriation de la nature. Au contraire, il confond d\u2019un seul \u00e9lan l\u2019appropriation de la nature, la propri\u00e9t\u00e9 et la production de la vie\u00a0: \u00ab <em>Toute production est appropriation de la nature par l\u2019individu au sein et par l\u2019interm\u00e9diaire d\u2019un type de soci\u00e9t\u00e9 bien d\u00e9termin\u00e9. En ce sens, on commet une tautologie lorsqu\u2019on dit que la propri\u00e9t\u00e9 (l\u2019appropriation) est une condition de la production. Mais on devient presque grotesque quand, \u00e0 partir de l\u00e0, on passe d\u2019un bond \u00e0 une forme d\u00e9termin\u00e9e de la propri\u00e9t\u00e9, par exemple la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e. (Ce qui implique en outre, comme condition, une forme antagonique, la non-propri\u00e9t\u00e9). L\u2019histoire nous montre plut\u00f4t que la forme primitive, c\u2019est la propri\u00e9t\u00e9 commune (par exemple chez les Indiens, les Slaves, les anciens Celtes, etc.) forme qui, en tant que propri\u00e9t\u00e9 communale, jouera encore longtemps un r\u00f4le important<\/em>\u00a0\u00bb <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftn4\">[23]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans <em>L\u2019origine de la famille, de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et de l\u2019\u00c9tat<\/em>, Engels s\u2019est aper\u00e7u de la difficult\u00e9 qu\u2019introduit l\u2019utilisation du terme <em>priv\u00e9<\/em> \u00e0 propos de cette propri\u00e9t\u00e9 commune. Dans la premi\u00e8re \u00e9dition, il nomme la propri\u00e9t\u00e9 dans l\u2019organisation primitive, \u201cpropri\u00e9t\u00e9 <em>priv\u00e9e<\/em> de certains chefs de famille\u201d puis \u201cpropri\u00e9t\u00e9 <em>priv\u00e9e<\/em> des familles des soci\u00e9t\u00e9s primitives\u201d, mais dans la deuxi\u00e8me \u00e9dition il remplace dans la premi\u00e8re phrase \u201c<em>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/em>\u201d par \u201c<em>propri\u00e9t\u00e9 particuli\u00e8re<\/em> des chefs de famille\u201d, et dans la seconde par \u201c<em>propri\u00e9t\u00e9 familiale<\/em>\u201d. Il est donc conscient que le terme de <em>propri\u00e9t\u00e9<\/em> <em>priv\u00e9e<\/em> est inad\u00e9quat pour d\u00e9finir l\u2019<em>appropriation <\/em>primitive qui par d\u00e9finition est une possession qui fait corps avec le sujet, c\u2019est-\u00e0-dire inali\u00e9nable <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftn5\">[24]<\/a>.<\/p>\n<p>Marx de son c\u00f4t\u00e9 fait cette mise au point\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab<em>\u00a0On nous a reproch\u00e9, \u00e0 nous autres communistes, de vouloir abolir la propri\u00e9t\u00e9 acquise par le travail personnel, cette propri\u00e9t\u00e9 qui, dit-on, forme la base de toute libert\u00e9, de toute activit\u00e9, de toute ind\u00e9pendance personnelles. Quelle est donc cette propri\u00e9t\u00e9, fruit de l\u2019effort, du labeur personnel\u00a0? Voulez-vous parler de la propri\u00e9t\u00e9 du petit bourgeois, du petit paysan, de celle qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 la propri\u00e9t\u00e9 bourgeoise ? Ce n\u2019est pas \u00e0 nous de l\u2019abolir, le progr\u00e8s de l\u2019industrie l\u2019a abolie et l\u2019abolit jour apr\u00e8s jour. Ou bien parlez-vous de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e de la bourgeoisie moderne ? Mais dites-moi, est-ce que le travail salari\u00e9, le travail du prol\u00e9taire cr\u00e9e pour lui une propri\u00e9t\u00e9 quelconque? En aucune mani\u00e8re. Il cr\u00e9e le capital, c\u2019est-\u00e0-dire la propri\u00e9t\u00e9 qui exploite le travail salari\u00e9, et qui ne peut s\u2019accro\u00eetre qu\u2019\u00e0 la condition de produire un surcro\u00eet du travail salari\u00e9, afin de l\u2019exploiter de nouveau. Dans sa forme actuelle, la propri\u00e9t\u00e9 \u00e9volue dans l\u2019antagonisme du capital et du travail \u00bb<\/em> <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftn6\">[25]<\/a>.<\/p>\n<p>Marx \u00e9tudie le syst\u00e8me \u00e9conomique dont la relation\u00a0de base est d\u00e9termin\u00e9e par la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9<\/em>, <em>l\u2019expropriation<\/em> de la propri\u00e9t\u00e9. <em>L\u2019expropriation\u00a0? <\/em>De laquelle les <em>enclosures<\/em> anglaises sont l\u2019image paradigmatique,\u00a0une cl\u00f4ture qui soumet la libert\u00e9 de tous \u00e0 la libert\u00e9 individuelle, l\u2019\u00e9change \u00e0 la concurrence, la raison au calcul, et substitue le <em>pouvoir de domination<\/em> <em>des uns sur les autres <\/em>\u00e0 <em>la responsabilit\u00e9 de chacun vis-\u00e0-vis d\u2019autrui<\/em>.<\/p>\n<p>Marx conclut\u00a0: \u00ab <em>Ce qui caract\u00e9rise le communisme, ce n\u2019est pas l\u2019abolition de toute esp\u00e8ce de propri\u00e9t\u00e9, mais l\u2019abolition de la propri\u00e9t\u00e9 bourgeoise.\u00a0Or, la propri\u00e9t\u00e9 bourgeoise moderne, la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, est l\u2019expression ultime, l\u2019expression la plus parfaite du mode de production et d\u2019appropriation fond\u00e9 sur des antagonismes de classes, sur l\u2019exploitation des uns par les autres. En ce sens les communistes peuvent r\u00e9sumer leur th\u00e9orie par cette seule formule : abolition de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/em> \u00bb<a name=\"_ftnref7\"><\/a> <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftn7\">[26]<\/a>.<\/p>\n<p>La th\u00e8se de l\u2019exploitation que l\u2019on peut dire \u201cquantitative\u201d de la valeur dans la gen\u00e8se du profit doit \u00eatre li\u00e9e \u00e0 son contexte, \u00e0 cette phase du d\u00e9veloppement du syst\u00e8me capitaliste o\u00f9 la plus-value est produite par l\u2019exploitation du travail amplifi\u00e9e par la disqualification de la puissance de travail en force de travail brute. Mais cette exploitation n\u2019est possible que lorsque la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 commune permet \u00e0 une classe sociale de s\u2019emparer des moyens de production. Les exemples que cite Marx \u00e0 l\u2019appui de sa d\u00e9monstration sont probants.<\/p>\n<p>Mais cette th\u00e8se se soutient-elle aujourd\u2019hui\u00a0? Jamais le Capital n\u2019a mobilis\u00e9 autant de prol\u00e9taires, et l\u2019exploitation de la force de travail brute ne cesse nulle part d\u2019\u00eatre source de profit. Comme une onde se propageant du centre vers la p\u00e9riph\u00e9rie, l\u2019exploitation capitaliste s\u2019observe sous ses formes les plus brutales aux limites de la soci\u00e9t\u00e9 occidentale.<\/p>\n<p>La th\u00e8se se soutient aussi du fait que le <em>capital constant<\/em> o\u00f9 s\u2019accumulent les ressources technologiques repr\u00e9sente le travail accumul\u00e9 selon le mode d\u2019exploitation de la force de travail brute. Mais au c\u0153ur de la soci\u00e9t\u00e9 capitaliste suffit-elle\u00a0?<\/p>\n<p><strong>V &#8211; <u>Mort et r\u00e9surrection du capitalisme<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Quel fut l\u2019avenir de ce syst\u00e8me d\u2019exploitation\u00a0? Le capitaliste r\u00e9investit son profit en force de travail ouvri\u00e8re pour augmenter son profit. Il y est contraint parce qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019autre solution que d\u2019augmenter son capital pour faire face \u00e0 la concurrence. Cependant, la production doit \u00eatre consomm\u00e9e par une demande <em>solvable<\/em>. Or, quand le salaire est limit\u00e9 \u00e0 la reproduction de la force de travail brute, le seuil de la <em>surproduction<\/em> est rapidement atteint : le nombre d\u2019ouvriers augmente mais pas le nombre de consommateurs. Le syst\u00e8me s\u2019effondre. La solution\u00a0? Une <em>redistribution partielle<\/em> de la plus-value au prol\u00e9tariat, \u00e0 la condition qu\u2019elle ne suscite pas une autre production que celle d\u00e9cid\u00e9e par l\u2019entreprise capitaliste et ne remette pas en cause le profit escompt\u00e9. La <em>consommation vraie<\/em> ne doit augmenter qu\u2019\u00e0 la condition qu\u2019elle motive la <em>consommation productive<\/em>. Le <em>loisir<\/em> du prol\u00e9tariat doit lui-m\u00eame \u00eatre <em>programm\u00e9<\/em> par la <em>croissance<\/em> du <em>capital<\/em>.<\/p>\n<p>Mais si l\u2019augmentation du pouvoir d\u2019achat des salari\u00e9s retarde la crise de la surproduction, elle ne la supprime pas, et pour l\u2019\u00e9viter, l\u2019entreprise capitaliste doit donner toujours plus de pouvoir d\u2019achat au prol\u00e9tariat et investir dans l\u2019invention de marchandises nouvelles. La <em>puissance<\/em> <em>d\u2019innovation est r\u00e9-introduite dans le travail, <\/em>et devient m\u00eame motrice de l\u2019investissement apr\u00e8s la crise de 1929 et la deuxi\u00e8me guerre mondiale <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/06\/marx-aujourdhui-v-mort-et-resurrection-du-capitalisme-par-dominique-temple\/#_ftn1\">[27]<\/a>.<\/p>\n<p>Revient-on \u00e0 une d\u00e9finition de la valeur qui int\u00e8gre la <em>qualit\u00e9<\/em>, revient-on \u00e0 l\u2019\u00e9conomie politique au sens aristot\u00e9licien du terme\u00a0? En r\u00e9alit\u00e9, le capitalisme subordonne toute <em>qualit\u00e9<\/em> au <em>profit<\/em> et \u00e0 l\u2019accumulation du capital <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/06\/marx-aujourdhui-v-mort-et-resurrection-du-capitalisme-par-dominique-temple\/#_ftn2\">[28]<\/a>.<\/p>\n<p>Le capitalisme du temps de Marx est mort dans la \u201cgrande crise\u201d. Mais un changement radical s\u2019est produit dans l\u2019entreprise\u00a0par l\u2019importance que prend <em>la puissance d\u2019innovation<\/em>.<\/p>\n<p>Dans sa th\u00e8se en 1911, Joseph Schumpeter distingue la <em>force de travail<\/em> et la <em>puissance d\u2019innovation<\/em> en reconnaissant \u00e0 l\u2019artisan de disposer de l\u2019une et de l\u2019autre tandis que, dit-il, dans l\u2019entreprise capitaliste les deux fonctions sont distinctes, l\u2019une appartenant \u00e0 l\u2019entrepreneur et l\u2019autre \u00e0 l\u2019ouvrier. D\u00e8s lors, pour lui, la <em>puissance d\u2019innovation<\/em> qui est la propri\u00e9t\u00e9 de l\u2019entrepreneur est l\u2019<em>essence du capitalisme<\/em>.\u00a0\u00ab En fait, l\u2019impulsion fondamentale qui met et maintient en mouvement la machine capitaliste est imprim\u00e9e par les nouveaux objets de consommation, les nouvelles m\u00e9thodes de production et de transport, les nouveaux march\u00e9s, les nouveaux types d\u2019organisation industrielle \u2013 tous \u00e9l\u00e9ments cr\u00e9\u00e9s par l\u2019initiative capitaliste \u00bb <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/06\/marx-aujourdhui-v-mort-et-resurrection-du-capitalisme-par-dominique-temple\/#_ftn3\">[29]<\/a>.<\/p>\n<p>Cette hypoth\u00e8se ne donne toutefois pas lieu \u00e0 une analyse th\u00e9orique comme celle de Karl Marx. Schumpeter se contente d\u2019attribuer la <em>puissance d\u2019innovation<\/em> au temp\u00e9rament d\u2019un type d\u2019hommes, <em>l\u2019entrepreneur. <\/em>La <em>puissance<\/em> <em>innovante<\/em> lui appara\u00eet comme une pr\u00e9disposition de certains hommes<em>. <\/em>La s\u00e9lection naturelle ferait le reste\u2026<\/p>\n<p>Or, tout le monde dispose de cette <em>puissance<\/em> puisqu\u2019elle est la <em>vie<\/em>. Par contre, la capacit\u00e9 que revendique le capitaliste, son principal travail si l\u2019on peut dire, reste la <em>privatisation de la propri\u00e9t\u00e9\u00a0<\/em>! D\u00e8s lors, le peuple n\u2019a nulle part les moyens de faire preuve de sa <em>puissance d\u2019innovation<\/em>, et ne pourra non plus inventer un nouveau rapport de production.<\/p>\n<p>Le capitalisme, lui, n\u2019ignore pas que la <em>puissance d\u2019innovation<\/em> appartient \u00e0 tout le monde\u00a0: plus que des ouvriers, il demande d\u00e9sormais des innovateurs, des math\u00e9maticiens, des informaticiens. Il se ressuscite en achetant la <em>puissance d\u2019innovation <\/em>comme pr\u00e9c\u00e9demment il achetait la <em>force de travail brute<\/em>.<\/p>\n<p>Ainsi, la critique de Marx doit \u00eatre redoubl\u00e9e : ce qui est ali\u00e9n\u00e9 dans le contrat salari\u00e9 est toujours une puissance de travail, mais au lieu d\u2019\u00eatre une force de travail brute, c\u2019est une puissance intellectuelle, un esprit format\u00e9 aux exigences du capital, une <em>intelligence productive de capital<\/em>. Si les chercheurs, les ouvriers sp\u00e9cialis\u00e9s, les techniciens et les cadres, les <em>cols blancs<\/em>, peuvent actualiser dor\u00e9navant leur <em>puissance d\u2019innovation, <\/em>ce n\u2019est que pour autant qu\u2019ils l\u2019ali\u00e8nent \u00e0 l\u2019entreprise capitaliste. Peut-\u00eatre cette \u00e9volution fut-elle masqu\u00e9e par la deuxi\u00e8me guerre mondiale qui r\u00e9activa la forme primitive du capitalisme en particulier dans les \u201ccolonies\u201d, mais le moteur de l\u2019entreprise est d\u00e9sormais la force d\u2019innovation et non plus la force vitale brute de l\u2019ouvrier.<\/p>\n<p>D\u00e9multipli\u00e9e par la technologie, la productivit\u00e9 de l\u2019intelligence est sans commune mesure avec la force de travail aveugle du prol\u00e9taire, au point que le salaire de <em>l\u2019inventeur<\/em> s\u2019offre l\u2019exclusion du <em>travailleur<\/em>. <em>L\u2019exclusion <\/em>est la cons\u00e9quence d\u2019une <em>puissance d\u2019innovation<\/em> qui prend le relais de la <em>force de travail brute<\/em>. La survie du capital se paie de la mort du prol\u00e9tariat\u00a0!<\/p>\n<p>Ce paradoxe fait croire que l\u2019on est sorti de l\u2019analyse marxiste. Mais en r\u00e9alit\u00e9, celle-ci se redouble, et <em>l\u2019exploitation<\/em> atteint son paroxysme lorsque le travail \u00e9tant assur\u00e9 par les machines et les robots, les techniciens de l\u2019innovation sont \u00e0 leur tour remplac\u00e9s par l\u2019intelligence artificielle. Il faut renouveler l\u2019analyse de <em>l\u2019exploitation<\/em> de la <em>force de travail <\/em>par celle de l\u2019<em>exploitation <\/em>de la <em>puissance d\u2019innovation<\/em>.<\/p>\n<p><strong>La Dette souveraine<\/strong><\/p>\n<p>Le capitalisme se contente d\u00e8s lors de sp\u00e9culer sur des pr\u00eats consentis \u00e0 la consommation, qui \u00e0 leur tour, faute d\u2019\u00eatre solvables, relancent la crise de la surproduction.<\/p>\n<p>La <em>d\u00e9valuation<\/em> fut un temps une solution de relance. La bourgeoisie l\u2019\u00e9limina en privant l\u2019\u00c9tat de son pouvoir de battre monnaie. Elle peut dor\u00e9navant cr\u00e9er autant de monnaie qu\u2019elle veut parce qu\u2019elle encha\u00eene l\u2019\u00c9tat \u00e0 la dette sous la menace du chaos. Et elle n\u2019a pas \u00e0 craindre de contradiction ou d\u2019alternative\u00a0! Le <em>prol\u00e9tariat<\/em> <em>disqualifi\u00e9,<\/em> <em>exclu<\/em>, ne peut convertir le temps de travail lib\u00e9r\u00e9 en <em>production consommatrice libre<\/em>, <em>dissipative<\/em> par rapport \u00e0 la <em>consommation utile<\/em> au capital, parce que <em>dans une \u00e9conomie de libre-\u00e9change tous les moyens de production sont plac\u00e9s sous le r\u00e9gime de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e.<\/em> Le capital r\u00e8gne sans partage\u00a0: il lui suffit d\u2019\u00e9viter la <em>r\u00e9volte<\/em> des <em>exclus. <\/em>Il dispose pour cela de la force.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9futer la critique, l\u2019id\u00e9ologie lib\u00e9rale soutient que la puissance d\u2019innovation rempla\u00e7ant la force de travail aveugle, am\u00e9liore le niveau de comp\u00e9tence des citoyens, diminue le co\u00fbt de production des richesses, augmente le pouvoir d\u2019achat des salari\u00e9s qui se convertit en demande de valeurs d\u2019usage nouvelles. Elle soutient que les ressources de la terre peuvent \u00eatre multipli\u00e9es par la technologie, que la progression de la connaissance dont elle se porte garant est le meilleur investissement de la soci\u00e9t\u00e9, enfin que disposer de la force \u00e9vite qu\u2019elle ne soit utilis\u00e9e par des concurrents irrationnels. Elle pr\u00e9tend que le salariat d\u00e9savoue ses propres syndicats parce qu\u2019il pr\u00e9f\u00e8re jouir de la s\u00e9curit\u00e9 que lui assure la croissance capitaliste plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre impliqu\u00e9 dans la prise de risque qu\u2019implique la responsabilit\u00e9 de l\u2019entreprise. Elle plaide enfin que la cr\u00e9ation mon\u00e9taire relance la consommation productive,\u00a0et que le march\u00e9 financier r\u00e9gente l\u2019\u00e9quilibre de la production et de la consommation parce que c\u2019est de son int\u00e9r\u00eat bien compris, et que l\u2019arbitrage choisi par des hommes libres sur leurs propres affaires est plus juste que l\u2019intervention d\u2019une juridiction arbitraire, et elle fait valoir que l\u2019entreprise capitaliste est la principale ressource de l\u2019\u00c9tat (l\u2019imp\u00f4t), qu\u2019elle est donc la source de la redistribution, et de l\u2019\u00e9conomie sociale qu\u2019elle finance plus judicieusement que l\u2019\u00c9tat lui-m\u00eame parce que celui-ci est le plus souvent l\u2019objet de la convoitise de pouvoirs occultes qui d\u00e9tournent ses richesses dans leurs int\u00e9r\u00eats ou selon leurs imaginaires, etc.<\/p>\n<p>En bref, si le capitalisme est parvenu \u00e0 ma\u00eetriser la <em>force de travail<\/em> et <em>la puissance d\u2019innovation<\/em> (l\u2019information, l\u2019\u00e9ducation, l\u2019enseignement, la science, la technique, l\u2019art, la critique), ne pourrait-il pas soumettre \u00e9galement le r<em>apport social cr\u00e9ateur de valeur<\/em> au <em>rapport de force source de la valeur d\u2019\u00e9change et du capital\u00a0<\/em>? Pourquoi ne le pourrait-il pas\u00a0? S\u2019il a su n\u00e9gocier le passage de l\u2019exploitation de la force de travail brute \u00e0 l\u2019exploitation du travail qualifi\u00e9 par l\u2019int\u00e9gration de la <em>consommation vraie <\/em>comme <em>production consommatrice<\/em> <em>utile<\/em>, puis \u00e0 ma\u00eetriser la <em>puissance d\u2019innovation<\/em>, et enfin \u00e0 remplacer le travail qualifi\u00e9 par le travail de la machine, ne pourrait-il contraindre la <em>matrice de la conscience<\/em> elle-m\u00eame \u00e0 devenir une <em>force productive<\/em> <em>utile<\/em> ? Le capitalisme ne pourrait-il se transformer en <em>\u00e9conomie sociale<\/em> ou tout au moins en \u00e9conomie <em>responsable<\/em> du genre humain ? Autrement dit, s\u2019il r\u00e9ussissait \u00e0 subordonner \u00e0 son profit le rapport social cr\u00e9ateur de <em>valeur<\/em>, la <em>valeur d\u2019\u00e9change<\/em> ne pourrait-elle pas subsumer la <em>valeur<\/em>\u00a0? Si la soci\u00e9t\u00e9 civile disposant de son temps libre ne peut concevoir une autre fonction du travail que celle du travail ali\u00e9n\u00e9, chacun devenant responsable de celui-ci, ne pourrait-elle lui apporter un visage humain\u00a0?<\/p>\n<p><strong>VI &#8211; <u>Travail humain ; valeur<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong>Le travail humain<\/strong><\/p>\n<p>Marx soutient que le capitalisme d\u2019un c\u00f4t\u00e9 subordonne toute activit\u00e9 qu\u2019elle soit scientifique, artistique ou critique \u00e0 la croissance du profit de ses actionnaires, et que d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 il remplace le travail salari\u00e9 par celui des machines, de sorte que chaque individu b\u00e9n\u00e9ficiant du temps de travail lib\u00e9r\u00e9 devrait pouvoir se rendre ma\u00eetre de l\u2019\u00e9conomie au b\u00e9n\u00e9fice de tous.<\/p>\n<p>\u00ab <em>La cr\u00e9ation, en dehors du temps de travail n\u00e9cessaire, de nombreux loisirs au profit de la soci\u00e9t\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral et de chaque individu en particulier pour le plein d\u00e9veloppement de ses facult\u00e9s cr\u00e9atrices, appara\u00eet dans le syst\u00e8me capitaliste et pr\u00e9-capitaliste comme temps de non-travail, comme loisir pour quelques-uns. Ce qu\u2019il y a de nouveau dans le capital, c\u2019est qu\u2019il augmente le temps du surtravail des masses par tous les moyens de l\u2019art et de la science, puisque aussi bien il a pour but imm\u00e9diat non la valeur d\u2019usage mais la valeur en soi, qu\u2019il ne peut r\u00e9aliser sans l\u2019appropriation directe du temps de surtravail, qui constitue sa richesse. Ainsi, r\u00e9duisant \u00e0 son minimum le temps du travail, le capital contribue malgr\u00e9 lui \u00e0 cr\u00e9er du temps social disponible au service de tous, pour l\u2019\u00e9panouissement de chacun. Mais, tout en cr\u00e9ant du temps disponible, il tend \u00e0 le transformer en surtravail. Plus il r\u00e9ussit dans cette t\u00e2che, plus il souffre de surproduction\u00a0; et sit\u00f4t qu\u2019il n\u2019est pas en mesure d\u2019exploiter du surtravail, le capital arr\u00eate le travail n\u00e9cessaire. Plus cette contradiction s\u2019aggrave, plus on s\u2019aper\u00e7oit que l\u2019accroissement des forces productives doit d\u00e9pendre non pas de l\u2019appropriation du surtravail par autrui, mais par la masse ouvri\u00e8re elle-m\u00eame. Quand elle y sera parvenue \u2013\u00a0et le temps disponible perdra du coup son caract\u00e8re contradictoire\u00a0\u2013 le temps de travail n\u00e9cessaire s\u2019alignera d\u2019une part sur les besoins de l\u2019individu social, tandis qu\u2019on assistera d\u2019autre part \u00e0 un tel accroissement de forces productives que les loisirs augmenteront pour chacun, alors que la production sera calcul\u00e9e en vue de la richesse de tous. La vraie richesse \u00e9tant la pleine puissance productive de tous les individus, l\u2019\u00e9talon de mesure en sera non pas le temps de travail, mais le temps disponible \u00bb <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftn1\">[30]<\/a>.<\/p>\n<p>Dans cette analyse o\u00f9 l\u2019expression \u201cpuissance productive\u201d renvoie \u00e0 la <em>force de travail cr\u00e9atrice de l\u2019homme libre<\/em>, il y a cependant un point aveugle\u00a0: \u00ab\u00a0<em>Plus cette contradiction s\u2019aggrave, plus on s\u2019aper\u00e7oit que l\u2019accroissement des forces productives doit d\u00e9pendre non pas de l\u2019appropriation du surtravail par autrui, mais par la masse ouvri\u00e8re elle-m\u00eame \u00bb.<\/em><\/p>\n<p>Que veut dire \u201c<em>doit<\/em> d\u00e9pendre\u201d sinon qu\u2019il ne va pas de soi que le prol\u00e9tariat puisse se r\u00e9approprier la ma\u00eetrise des forces productives. Comment le pourrait-il si la <em>propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e<\/em> reste au principe de l\u2019\u00e9conomie ?<\/p>\n<p>C\u2019est \u00e0 partir de cette question que l\u2019on a imagin\u00e9 une \u00e9preuve de force entre le prol\u00e9tariat et la bourgeoisie, que le prol\u00e9tariat s\u2019empare du pouvoir, puis, au terme de sa dictature, abolisse la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e\u2026<\/p>\n<p>Marx soutient plut\u00f4t que le progr\u00e8s des forces productives fera \u00e0 terme exploser les rapports de production en provoquant une crise politique qui peut devenir <em>r\u00e9volution<\/em> si elle est assortie d\u2019une r\u00e9flexion critique. Il fait d\u00e9pendre la <em>r\u00e9volution<\/em> d\u2019une <em>prise de conscience du prol\u00e9tariat <\/em>qui dans le <em>loisir<\/em> aurait la possibilit\u00e9 de s\u2019\u00e9manciper. Cependant, il ne suffit pas de dire <em>\u00ab\u00a0Quand le prol\u00e9tariat se sera r\u00e9appropri\u00e9 le surtravail\u2026 \u00bb, <\/em>il faut dire <em>comment<\/em> il pourrait y parvenir, comment il pourrait mettre le capital sous la <em>responsabilit\u00e9<\/em> de chacun<em>\u00a0<\/em>? Dit en termes marxistes\u00a0: comment le <em>capital fixe<\/em> peut-il devenir la source d\u2019une <em>consommation productive libre et d\u2019une production consommatrice pour tous <\/em>? Ou encore\u00a0: comment<em> le travail mort <\/em>peut-il devenir<em> vivant\u00a0et de vivant, humain\u00a0? <\/em><\/p>\n<p>Les deux voies, celle du dialogue avec la bourgeoisie capitaliste, et celle de la lutte des classes, qui ont \u00e9t\u00e9 essay\u00e9es au cours de l\u2019immonde XXe si\u00e8cle ont \u00e9chou\u00e9. Pour que les choses changent, il faudrait que la <em>propri\u00e9t\u00e9<\/em> change de statut, et que les prol\u00e9taires puissent int\u00e9grer leur travail dans <em>un autre rapport social<\/em> que celui des <em>rapports de force <\/em>entre individus. Alors on pourrait dire avec Marx\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>Supposons que nous produisions comme des \u00eatres humains, chacun de nous s\u2019affirmerait doublement dans sa production, soi-m\u00eame et l\u2019autre. <\/em><\/p>\n<p><em>Dans ma production, je r\u00e9aliserais mon individualit\u00e9, ma particularit\u00e9, j\u2019\u00e9prouverais en travaillant, la jouissance d\u2019une manifestation individuelle de ma vie, et dans la contemplation de l\u2019objet, j\u2019aurais la joie individuelle de reconna\u00eetre ma personnalit\u00e9 comme une puissance r\u00e9elle, concr\u00e8tement saisissable et \u00e9chappant \u00e0 tout doute. <\/em><\/p>\n<p><em>Dans ta jouissance ou ton emploi de mon produit, j\u2019aurais la joie spirituelle imm\u00e9diate de satisfaire par mon travail un besoin humain, de r\u00e9aliser la nature humaine et de fournir au besoin d\u2019un autre l\u2019objet de sa n\u00e9cessit\u00e9. <\/em><\/p>\n<p><em>J\u2019aurais conscience de servir de m\u00e9diateur entre toi et le genre humain, d\u2019\u00eatre reconnu et ressenti par toi comme un compl\u00e9ment \u00e0 ton propre \u00eatre et comme une partie n\u00e9cessaire de toi-m\u00eame, d\u2019\u00eatre accept\u00e9 dans ton esprit comme dans ton amour.<\/em><\/p>\n<p><em>J\u2019aurais dans mes manifestations individuelles, la joie de cr\u00e9er la manifestation de ta vie, c\u2019est-\u00e0-dire de r\u00e9aliser et d\u2019affirmer dans mon activit\u00e9 individuelle ma vraie nature, ma sociabilit\u00e9 humaine. Nos productions seraient autant de miroirs o\u00f9 nos \u00eatres rayonneraient l\u2019un vers l\u2019autre. Dans cette r\u00e9ciprocit\u00e9, ce qui serait fait de mon c\u00f4t\u00e9 le serait aussi du tien\u00a0<\/em>\u00bb <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftn2\">[31]<\/a>.<\/p>\n<p>Ce n\u2019est pas seulement <em>l\u2019innovation, <\/em>la <em>vie, <\/em>qui est \u00e9voqu\u00e9e ici, mais le r<em>apport des hommes<\/em> entre eux, la <em>structure sociale de base<\/em> qui engendre une <em>conscience commune<\/em>, qui donne \u00e0 chacun son sentiment d\u2019appartenance \u00e0 <em>l\u2019humanit\u00e9<\/em>. Cette matrice est indiqu\u00e9e\u00a0: la <em>r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/em><\/p>\n<p>Cependant la r\u00e9ciprocit\u00e9 est un concept que Marx ne pr\u00e9cise pas. Il dit dans une lettre \u00e0 Annenkov\u00a0: <em>\u00ab Qu\u2019est ce que la soci\u00e9t\u00e9\u00a0? Quelle que soit sa forme\u00a0?\u00a0Le produit de l\u2019action r\u00e9ciproque des hommes \u00bb <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftn3\">[32]<\/a>.<\/p>\n<p>Mais qu\u2019est ce qui est dit dans ce qui lui appara\u00eet d\u2019une telle \u00e9vidence\u00a0? La r\u00e9ciprocit\u00e9 formelle, le fait qu\u2019une action vis-\u00e0-vis d\u2019autrui ait le m\u00eame sens pour l\u2019un que pour l\u2019autre. Rien n\u2019est indiqu\u00e9 du contenu de cette r\u00e9ciprocit\u00e9, qui peut \u00eatre aussi bien le souci de soi comme en t\u00e9moigne l\u2019\u00e9change r\u00e9ciproque, que la d\u00e9pendance d\u2019une valeur commune, ce dont Marx cr\u00e9ditera les communaut\u00e9s primitives, ou encore la reconnaissance de cette m\u00eame valeur selon la raison, comme dans le texte que l\u2019on vient de citer.\u00a0Le travail n\u2019est plus alors du <em>travail social utile au capital<\/em> d\u00e9fini en relation de force ou de pouvoir, mais du <em>travail social libre utile au capital humain <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftn4\">[33]<\/a>. Mais comment en arriver l\u00e0\u00a0?<\/p>\n<p><strong>La valeur<\/strong><\/p>\n<p>Revenons \u00e0 la question de la valeur. Dans l\u2019Antiquit\u00e9, la r\u00e9partition des richesses s\u2019effectuait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des communaut\u00e9s entre producteurs par <em>r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em> et non par <em>\u00e9change\u00a0<\/em>: \u00ab\u00a0<em>L\u2019\u00e9change des marchandises commence l\u00e0 o\u00f9 les communaut\u00e9s finissent, \u00e0 leur point de contact avec des communaut\u00e9s \u00e9trang\u00e8res ou avec des membres de ces derni\u00e8res communaut\u00e9s \u00bb <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftn5\">[34]<\/a>. Aristote d\u00e9crit la gen\u00e8se de la valeur dans une communaut\u00e9 o\u00f9 les citoyens sont libres, \u00e9gaux et attentifs \u00e0 la satisfaction des besoins des autres, selon un rapport de r\u00e9ciprocit\u00e9 de pair \u00e0 pair auquel l\u2019\u00e9change est subordonn\u00e9 (l\u2019<em>\u00e9change de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em>). Dans la<em> cit\u00e9,<\/em> le <em>travail<\/em> est <em>travail social<\/em>. La <em>division du travail<\/em> est ordonn\u00e9e \u00e0 la <em>compl\u00e9mentarit\u00e9 des productions<\/em>. D\u2019o\u00f9 la d\u00e9termination de la <em>valeur<\/em> en fonction du <em>statut de production<\/em>.<\/p>\n<p>Marx pr\u00e9cise que le Philosophe n\u2019a pu concevoir la <em>gen\u00e8se de la valeur d\u2019\u00e9change<\/em> parce que le rapport de production bourgeois n\u2019existait pas de son temps mais aussi que les modes de production de l\u2019Antiquit\u00e9 sont \u201c<em>nimb\u00e9s d\u2019un nuage mystique qui masque la raison qui les motive<\/em>\u201d.<\/p>\n<p><em>\u00ab La vie sociale, dont la production mat\u00e9rielle et les rapports qu\u2019elle implique forment la base, ne sera d\u00e9gag\u00e9e du nuage mystique qui en voile l\u2019aspect, que le jour o\u00f9 s\u2019y manifestera l\u2019\u0153uvre d\u2019hommes librement associ\u00e9s, agissant consciemment et ma\u00eetres de leur propre mouvement social\u00a0\u00bb <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftn6\">[35]<\/a>.<\/p>\n<p>Or, pour cela, il faudra attendre que chaque citoyen \u00e9tablisse \u00ab\u00a0<em>des rapports transparents et rationnels avec ses semblables et avec la nature\u00a0\u00bb <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftn7\">[36]<\/a>.<\/p>\n<p>Mais l\u2019homme capitaliste, s\u2019il n\u2019ignore pas la raison, ignore le sens de la <em>valeur<\/em> parce que pour lui le <em>rapport social<\/em> <em>transparent et rationnel<\/em> o\u00f9 se d\u00e9veloppe la \u201cvaleur d\u2019\u00e9change\u201d comme <em>forme de la valeur<\/em> est un rapport de force entre propri\u00e9t\u00e9s priv\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>VII &#8211; <u>La r\u00e9volution informatique<\/u><\/strong><\/p>\n<p><strong>Le rapport social<\/strong><\/p>\n<p>Sans doute le prol\u00e9tariat n\u2019a-t-il pas la possibilit\u00e9 de cr\u00e9er un autre <em>rapport social<\/em> que celui instaur\u00e9 par la bourgeoisie et de donner \u00e0 la valeur une autre d\u00e9finition que celle de la valeur d\u2019\u00e9change parce qu\u2019il n\u2019y pas d\u2019autre \u00e9quivalence entre les choses, pour lui comme pour la bourgeoisie, que celle qui\u00a0r\u00e9sulte du rapport de force entre producteurs de valeur d\u2019\u00e9change <em>dans<\/em> le syst\u00e8me capitaliste, et seulement <em>dans<\/em> le syst\u00e8me capitaliste\u00a0:<\/p>\n<p><em>\u00ab Les cat\u00e9gories de l\u2019\u00e9conomie bourgeoise sont des formes de l\u2019intellect qui ont une v\u00e9rit\u00e9 objective, en tant qu\u2019elles refl\u00e8tent des rapports sociaux r\u00e9els, mais ces rapports n\u2019appartiennent qu\u2019\u00e0 une \u00e9poque historique d\u00e9termin\u00e9e, o\u00f9 la production marchande est le mode de production social. Si donc nous envisageons d\u2019autres modes de production, nous verrons dispara\u00eetre aussit\u00f4t tout ce mysticisme qui obscurcit les produits du travail dans la p\u00e9riode actuelle \u00bb <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/08\/marx-aujourdhui-vii-la-revolution-informatique-par-dominique-temple\/#_ftn1\">[37]<\/a>.<\/p>\n<p>On reproche \u00e0 Marx de s\u2019\u00eatre laiss\u00e9 fasciner par la valeur d\u2019\u00e9change. Il s\u2019en d\u00e9fend, nous l\u2019avons vu, dans les textes que nous avons cit\u00e9s, soit qu\u2019il rappelle que son analyse ne pr\u00e9tend d\u00e9noncer que le syst\u00e8me capitaliste (le libre-\u00e9change, la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9 et la conception bourgeoise de la valeur), soit qu\u2019il annonce avec la fin du capitalisme une \u00e8re nouvelle o\u00f9 le d\u00e9veloppement des forces productives lib\u00e9rera les hommes du rapport de force de leurs int\u00e9r\u00eats en cr\u00e9ant l\u2019abondance et le loisir \u00e0 partir desquels il leur sera possible d\u2019inventer un autre mode de relation sociale que celui de la bourgeoisie. Il s\u2019en d\u00e9fend, mais il n\u2019emp\u00eache qu\u2019il abonde dans l\u2019id\u00e9e que le prol\u00e9tariat puisse actualiser un syst\u00e8me de production analogue \u00e0 celui de la bourgeoisie\u00a0par la collectivisation des moyens de production. Certes, on dira que cette alternative est strat\u00e9gique, et on fera la distinction entre la strat\u00e9gie de la prise de pouvoir par le prol\u00e9tariat, si son opportunit\u00e9 se pr\u00e9sente avant m\u00eame que le d\u00e9veloppement du capitalisme n\u2019ait produit les conditions naturelles de sa propre disparition, et la doctrine de l\u2019\u00e9mancipation du prol\u00e9tariat. Mais <em>nulle part o\u00f9 le parti communiste acc\u00e9da au pouvoir (soit sur la moiti\u00e9 de la plan\u00e8te!), il ne restitua au peuple la ma\u00eetrise de son \u00e9conomie ni n\u2019institua la r\u00e9ciprocit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e<\/em>. Sous le pr\u00e9texte de faire face \u00e0 l\u2019agression imp\u00e9rialiste, tous ses efforts se focalis\u00e8rent sur la production quantitative et non pas qualitative, et \u00e0 l\u2019entretien d\u2019un rapport de force qui n\u2019eut pas pour but imm\u00e9diat l\u2019\u00e9mancipation mais le pouvoir. La menace nucl\u00e9aire mit un terme relatif \u00e0 cette comp\u00e9tition, mais le communisme n\u2019en inventa pas pour autant un autre mode de production. Au mieux, cette \u00e9ventualit\u00e9 fut une hypoth\u00e8se, qui sous le nom de <em>perestro\u00efka<\/em> (restructuration) \u00e9choua, et sous le nom de <em>glasnost<\/em> (transparence) a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un vide \u00e9thique abyssal. Le socialisme reste impuissant pour d\u00e9finir une autre voie pour l\u2019humanit\u00e9 parce que les deux options du priv\u00e9 et du collectif ob\u00e9issent toutes deux au m\u00eame mode d\u2019appropriation de la nature dict\u00e9 par la comp\u00e9tition entre les uns et les autres. Il lui reste \u00e0 construire l\u2019avenir sur un autre rapport humain dont le principe au moins est d\u00e9j\u00e0 ratifi\u00e9 par toutes les communaut\u00e9s du monde de fa\u00e7on empirique et qu\u2019il s\u2019agit d\u2019appr\u00e9hender de fa\u00e7on rationnelle.<\/p>\n<p>Marx pense que le d\u00e9veloppement des forces productives (la vie) fera exploser les rapports de production capitalistes, et que la croissance du capital en sera le moteur\u00a0: le capital fixe est accumulation de la conscience humaine, il est du capital humain, que l\u2019on dit mort, mais qui, plut\u00f4t, dort.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0<em>La nature ne construit ni locomotives, ni chemins de fer, ni t\u00e9l\u00e9graphes \u00e9lectriques, ni machines automatiques, etc. Ce sont des produits de l\u2019industrie humaine, des mat\u00e9riaux naturels transform\u00e9s en organes de la volont\u00e9 humaine. Ce sont des organes du cerveau humain cr\u00e9\u00e9s par la main de l\u2019homme ; c\u2019est la puissance mat\u00e9rialis\u00e9e du savoir. Le d\u00e9veloppement du capital fixe montre \u00e0 quel point l\u2019ensemble des connaissances (knowledge) est devenu une puissance productive imm\u00e9diate, \u00e0 quel point les conditions du processus vital de la soci\u00e9t\u00e9 sont soumises \u00e0 son contr\u00f4le et transform\u00e9es selon ses normes, \u00e0 quel point les forces productives ont pris non seulement un aspect scientifique, mais sont devenues des organes directs de la pratique sociale et du processus r\u00e9el de l\u2019existence\u00a0<\/em>\u00bb <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/08\/marx-aujourdhui-vii-la-revolution-informatique-par-dominique-temple\/#_ftn2\">[38]<\/a>.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9volution informatique<\/strong><\/p>\n<p>La question \u201ccomment le capital fixe peut-il devenir la source d\u2019une consommation productrice libre\u00a0?\u201d ou \u201ccomment le travail mort peut-il devenir vivant\u00a0 et de vivant, humain\u00a0?\u201d trouve aujourd\u2019hui une r\u00e9ponse objective\u00a0: <em>la r\u00e9volution informatique rend obsol\u00e8te la privatisation <\/em>de la <em>puissance d\u2019innovation, <\/em>et met \u00e0 la disposition de<em> tous<\/em> les moyens et les connaissances n\u00e9cessaires \u00e0 une cr\u00e9ation libre et responsable.<\/p>\n<p>\u00c0 partir du moment o\u00f9 <em>l\u2019information<\/em> cesse d\u2019\u00eatre la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e du capital, le <em>robot<\/em> pose et r\u00e9sout toute question de fa\u00e7on objective dans l\u2019int\u00e9r\u00eat le plus g\u00e9n\u00e9ral plut\u00f4t que dans l\u2019int\u00e9r\u00eat des particuliers. Les connaissances se conduisent les unes vis-\u00e0-vis des autres comme les atomes entre eux. Elles deviennent la mati\u00e8re premi\u00e8re d\u2019une \u00e9laboration conceptuelle autonome et objective. <em>L\u2019information<\/em>, la premi\u00e8re, est <em>libre<\/em>. Mais l\u2019enseignement, l\u2019\u00e9ducation, la science se produiront bient\u00f4t sur l\u2019Internet, et s\u2019affranchiront de tout contr\u00f4le. Le <em>march\u00e9 de r\u00e9ciprocit\u00e9<\/em> <em>g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9<\/em> redoublera le <em>march\u00e9 de libre-\u00e9change, <\/em>et la<em> valeur sociale,<\/em> la <em>valeur utile<\/em>. La technologie num\u00e9rique substitue au mode de production capitaliste un mode de production dans lequel la <em>valeur <\/em>n\u2019est d\u00e9j\u00e0 plus redevable \u00e0 la propri\u00e9t\u00e9 mais \u00e0 la libert\u00e9.<\/p>\n<p>Libert\u00e9\u00a0! Mais de quelle libert\u00e9 s\u2019agit-il\u00a0! Le d\u00e9bat sur la libert\u00e9 et la propri\u00e9t\u00e9 est r\u00e9-ouvert par les <em>hackers\u00a0<\/em>: pourquoi, disent-ils, s\u2019inqui\u00e9ter du capital si le calcul suffit\u00a0? La propri\u00e9t\u00e9 n\u2019est plus n\u00e9cessaire \u00e0 l\u2019homme format\u00e9 pour servir le robot. L\u2019emprunt, dont l\u2019usure est la garantie, suffit : parents, statut, travail, capital, tout peut \u00eatre emprunt\u00e9. La sp\u00e9culation est une f\u00e9e qui d\u00e9tache le pouvoir de ses ancres dans la propri\u00e9t\u00e9, et lui offre la libert\u00e9. Mais la sp\u00e9culation qui triomphe de la propri\u00e9t\u00e9 capitaliste n\u2019est pas la libert\u00e9 de tous, au contraire, elle est celle de l\u2019individu r\u00e9duit \u00e0 lui-m\u00eame, la jouissance du pouvoir que l\u2019on peut dire monadique (Jupiter).<\/p>\n<p>Autre est l\u2019affectivit\u00e9 n\u00e9e d\u2019une relation de r\u00e9ciprocit\u00e9 intersubjective dont d\u00e9pend l\u2019avenir de l\u2019homme, selon le Philosophe. Elle est l\u2019<em>eudaimonia (le bonheur<\/em>) qui accompagne toutes les valeurs produites par la r\u00e9ciprocit\u00e9, de face-\u00e0-face, de tous vis-\u00e0-vis de tous, de l\u2019hospitalit\u00e9, du <em>commun<\/em>, du partage\u2026 Mais, \u00e0 la diff\u00e9rence de l\u2019affectivit\u00e9 monadique du pouvoir, cette affectivit\u00e9 est dyadique, comme dit un auteur r\u00e9cent en une terminologie encore vierge. <em>L\u2019eudaimonia<\/em> est l\u2019affectivit\u00e9 de l\u2019homme r\u00e9ciproque qui diff\u00e8re sensiblement de l\u2019affectivit\u00e9 du sp\u00e9culateur ! Et sans doute est-elle bien autre chose encore lorsque la r\u00e9ciprocit\u00e9 prend en compte l\u2019existence d\u2019autrui dans sa souffrance. Mais c\u2019est l\u00e0 une dimension inconnue ou ignor\u00e9e des administrateurs et des collaborateurs du capital pour qui la priorit\u00e9 est le pouvoir.<\/p>\n<p>Est prioritaire la question aveuglante de la <em>propri\u00e9t\u00e9 mat\u00e9rielle<\/em> qui conditionne le <em>pouvoir, le pouvoir de domination des uns sur les autres, <\/em>parce que la libert\u00e9 de sp\u00e9culer n\u2019est possible que si la diff\u00e9renciation de la production est musel\u00e9e par la privatisation de la propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Le capitalisme pr\u00e9tend s\u2019approprier toutes les ressources de la terre et du ciel et m\u00eame les matrices de la libert\u00e9 et de la responsabilit\u00e9, les structures de r\u00e9ciprocit\u00e9 elles-m\u00eames. Cette r\u00e9cup\u00e9ration transforme aussit\u00f4t la parole pleine en parole vide, la libert\u00e9 commune en pouvoir arbitraire, la comp\u00e9tence en technique, et la puissance d\u00e9mocratique en marche aveugle.<\/p>\n<p>Devant la menace de l\u2019implosion plan\u00e9taire \u00e0 laquelle conduit cette tentation ultime, la lutte des hommes atteint son maximum, et en m\u00eame temps son d\u00e9nouement. L\u2019histoire retient son souffle.<\/p>\n<p>C\u2019est sous nos yeux et dans les pays o\u00f9 le capitalisme est le plus avanc\u00e9, comme le pr\u00e9voyait Marx, que la contradiction entre la \u201cproduction consommatrice\u201d ou encore \u201cconsommation vraie\u201d et l\u2019exploitation de l\u2019homme par l\u2019homme \u00e9clate. Le renversement du rapport de force entre capital et travail est provoqu\u00e9 par la r\u00e9volution informatique qui ressuscite le travail <em>mort<\/em> en travail <em>vivant<\/em>. La conscience affective, qui na\u00eet spontan\u00e9ment des r\u00e9seaux de r\u00e9ciprocit\u00e9 se constituant librement dans la soci\u00e9t\u00e9 civile hors de l\u2019emprise du capital, plus rapide que tout calcul ou int\u00e9r\u00eat qui r\u00e9gente le robot, r\u00e9agit spontan\u00e9ment et universellement \u00e0 toute violence contre l\u2019humanit\u00e9\u00a0! Les r\u00e9seaux de r\u00e9ciprocit\u00e9 devraient donc \u00eatre capables d\u2019irriguer l\u2019intelligence du robot de l\u2019\u00e9thique universelle. C\u2019est au robot lui-m\u00eame qu\u2019il s\u2019agit de donner une \u00e2me, et celle-ci est la propri\u00e9t\u00e9 de la r\u00e9ciprocit\u00e9 intersubjective. Pour les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations, la <em>cr\u00e9ation,<\/em> que Marx appelle aussi parfois <em>loisir<\/em> de la conscience, exige du robot qu\u2019il serve la justice et la paix. La conscience d\u00e9mocratique (<em>l\u2019imperium <\/em><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/08\/marx-aujourdhui-vii-la-revolution-informatique-par-dominique-temple\/#_ftn3\">[39]<\/a>) fait face aux conseillers de l\u2019ombre. Cette conscience peut l\u2019emporter sur sa manipulation pourvu qu\u2019elle ma\u00eetrise elle-m\u00eame ses propres fondements, le mode de relation intersubjective qui lui conf\u00e8re son \u00e9thique mais qui lui permet aussi de s\u2019approprier la nature (c\u2019est la question de la propri\u00e9t\u00e9 des ressources qui reste en suspens) avec le privil\u00e8ge d\u2019en user l\u00e9gitimement. Ce mode de relation, que Marx appelait la r\u00e9ciprocit\u00e9 \u2013\u00a0qui \u00e9tait pour lui une \u00e9vidence inaugurale de la fondation de toute soci\u00e9t\u00e9 humaine\u00a0\u2013, doit \u00eatre \u00e9clair\u00e9, comme il le disait encore, par la raison,\u00a0et c\u2019est l\u2019enjeu de la th\u00e9orie de la r\u00e9ciprocit\u00e9.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>=========================================<\/p>\n<p>Notes :<\/p>\n<p>[1]\u00a0 \u00a0Karl Marx, <em>Le Capital,<\/em> premi\u00e8re section, II, <em>\u00c5\u2019uvres<\/em>, Economie I, Paris, Gallimard, Pl\u00e9iade, 1965, p.\u00a0572.<\/p>\n<p>[2]\u00a0 Karl Marx, <em>Introduction \u00e0 la Critique de l\u2019\u00e9conomie politique<\/em>, Paris, Editions sociales, p.\u00a0156.<\/p>\n<p>[3]\u00a0 Karl Marx et Friedrich Engels,<em> L\u2019id\u00e9ologie allemande, <\/em>Editions Sociales, p. 45.<\/p>\n<p>[4]\u00a0 <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p>[5]<em>\u00a0 Ibid., <\/em>p. 47.<\/p>\n<p>[6]\u00a0 <em>Ibid., <\/em>p. 48.<\/p>\n<p>[7]\u00a0 Devise inscrite sur le frontispice de l\u2019Acad\u00e9mie fond\u00e9e par Platon.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn1\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftnref1\">[8]<\/a>\u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0 Karl Marx, <em>Le Capital, <\/em>Deuxi\u00e8me section, La transformation de l\u2019argent en capital, chapitre IV La formule g\u00e9n\u00e9rale du capital, <em>\u00c5\u2019uvres<\/em>, <em>op. cit<\/em>., p. 698.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn2\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftnref2\">[9]<\/a>\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Si en \u00c9gypte un boisseau de bl\u00e9 \u00e9quivaut une jarre de vin, et que ce m\u00eame boisseau \u00e9quivaut en Gr\u00e8ce deux jarres de vin, on peut \u00e9changer en Egypte une jarre de vin contre un boisseau de bl\u00e9, et ramener en Gr\u00e8ce ce boisseau de bl\u00e9 pour l\u2019\u00e9changer contre deux jarres de vin, et ainsi de suite.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn3\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftnref3\">[10]<\/a>\u00a0 Marx, <em>Le Capital,<\/em> section II, chap. VI Achat et vente de la force de travail, <em>op.\u00a0cit.,<\/em> p. 722.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn4\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftnref4\">[11]<\/a>\u00a0 Le capitaliste ne conserve pas en r\u00e9serve le <em>savoir-faire,<\/em> la <em>puissance de travail<\/em> et les <em>facult\u00e9s d\u2019imagination<\/em> ou <em>d\u2019invention<\/em> des salari\u00e9s, pour les utiliser en cas de besoin comme dans un menu \u00e0 la carte, il ne les \u00e9carte pas seulement pour les remplacer, il les d\u00e9t\u00e9riore pour les r\u00e9duire \u00e0 une force m\u00e9canique dont la reproduction ne lui co\u00fbte que le moins possible. <em>L\u2019exploitation<\/em> redouble <em>l\u2019ali\u00e9nation<\/em>.<\/p>\n<p>Adam Smith stigmatisait d\u00e9j\u00e0 ce processus de <em>d\u00e9shumanisation<\/em> de la <em>puissance de travail<\/em> du salari\u00e9 en ces termes : \u00ab\u00a0<em>Un<\/em> <em>homme dont toute la vie se passe \u00e0 remplir un petit nombre d\u2019op\u00e9rations simples dont les effets sont aussi peut-\u00eatre toujours les m\u00eames ou \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames, n\u2019a point lieu de d\u00e9velopper son intelligence ni d\u2019exercer son imagination \u00e0 chercher des exp\u00e9dients pour \u00e9carter des difficult\u00e9s qui ne se pr\u00e9senteront jamais\u00a0; il perd donc naturellement l\u2019habitude de d\u00e9ployer ou exercer ces facult\u00e9s, et devient en g\u00e9n\u00e9ral aussi stupide et aussi ignorant qu\u2019il est possible \u00e0 une cr\u00e9ature humaine de le devenir.<\/em>\u00bb Adam Smith, <em>Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, <\/em>Livre V, chapitre 1, troisi\u00e8me partie.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn5\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftnref5\">[12]<\/a>\u00a0 On ne confondra pas la force vitale brute avec la force musculaire puisque celle-ci peut elle-m\u00eame \u00eatre disqualifi\u00e9e\u00a0!\u00a0: \u00ab <em>En rendant superflue la force musculaire, la machine permet d\u2019employer des ouvriers sans grande force musculaire mais dont les membres sont d\u2019autant plus souples qu\u2019ils sont moins d\u00e9velopp\u00e9s. Quand le capital s\u2019empara de la machine, son cri fut\u00a0: du travail de femmes, du travail d\u2019enfants\u00a0!<\/em> Karl Marx <em>Le Capital, <\/em>quatri\u00e8me section X, III, <em>op. cit<\/em>., p. 939 (\u2026) \u00ab <em>Jadis l\u2019ouvrier vendait sa force de travail dont il pouvait librement disposer, maintenant il vend femme et enfants\u00a0; il devient marchand d\u2019esclaves\u00bb.<\/em> <em>Ibid<\/em>. p.\u00a0941.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn6\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/03\/marx-aujourdhui-ii-lalienation-et-lexploitation-du-travail-par-dominique-temple\/#_ftnref6\">[13]<\/a>\u00a0 Michel Henry, <em>Marx<\/em>, tome I, <em>Une philosophie de la r\u00e9alit\u00e9<\/em>, p. 265. Dit autrement et de fa\u00e7on tout aussi lumineuse\u00a0: Charlie Chaplin, <em>les temps modernes<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftnref1\">[14]<\/a>\u00a0 \u00ab <em>Comme la valeur des mati\u00e8res premi\u00e8res, la valeur des instruments de travail d\u00e9j\u00e0 employ\u00e9s dans la production, machines, constructions etc., peut changer, et par cela m\u00eame, la portion de valeur qu\u2019ils transmettent au produit. Si par exemple, \u00e0 la suite d\u2019une invention nouvelle, telle machine peut \u00eatre reproduite avec une moindre d\u00e9pense de travail, la machine ancienne de m\u00eame esp\u00e8ce perd plus ou moins de sa valeur et en donne, par cons\u00e9quent, proportionnellement moins au produit. Mais dans ce cas, comme dans le pr\u00e9c\u00e9dent, le changement de valeur prend naissance en dehors du proc\u00e8s de production o\u00f9 la machine fonctionne comme instrument. Dans ce proc\u00e8s, elle ne transf\u00e8re jamais plus de valeur qu\u2019elle en poss\u00e8de elle-m\u00eame. De m\u00eame qu\u2019un changement dans le proc\u00e8s de travail, malgr\u00e9 la r\u00e9action qu\u2019il op\u00e8re sur eux, ne modifie en rien leur caract\u00e8re de capital constant, de m\u00eame un changement survenu dans la proportion entre le capital constant et le capital variable, n\u2019affecte en rien leur diff\u00e9rence fonctionnelle<\/em> \u00bb. Marx, <em>Le Capital<\/em>, troisi\u00e8me section, chapitre VIII Capital constant capital variable, <em>op. cit.,<\/em> p.\u00a0763-764.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftnref2\">[15]<\/a>\u00a0 Capital constant\u00a0: \u201c<em>la partie du capital qui se transforme en moyens de production, c\u2019est-\u00e0-dire en mati\u00e8res premi\u00e8res, mati\u00e8res auxiliaires et instruments de travail<\/em>\u201d.<\/p>\n<p>Capital variable\u00a0: \u201c<em>la partie du capital transform\u00e9e en force de travail<\/em>\u201d. Cf. Marx, <em>Le Capital<\/em>, troisi\u00e8me section chapitre VIII Capital constant capital variable, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a0762.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftnref3\">[16]<\/a>\u00a0 Karl Marx, <em>Le Capital<\/em>, livre premier, troisi\u00e8me section, chapitre XI Le taux et la masse de la plus-value. <em>op. cit., <\/em>p.\u00a0842.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftnref4\">[17]<\/a><em>\u00a0 <\/em>On doit alors interpr\u00e9ter le <em>travail complexe<\/em> comme une addition de travaux \u00e9l\u00e9mentaires<em>. <\/em>La plus-value d\u2019un travail complexe se compte \u00e0 partir de plus-values particuli\u00e8res. <em>\u00ab Le travail complexe (skilled labour, travail qualifi\u00e9) n\u2019est qu\u2019une puissance du travail simple, ou plut\u00f4t n\u2019est que le travail simple multipli\u00e9, de sorte qu\u2019une quantit\u00e9 donn\u00e9e de travail complexe correspond \u00e0 une quantit\u00e9 plus grande de travail simple.\u00a0\u00bb <\/em>Marx, <em>Le capital, <\/em>premi\u00e8re section, II La marchandise, I, <em>op. cit<\/em>., p.\u00a0572.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftnref5\">[18]<\/a>\u00a0 Sur cette question, on pourra consulter sur Internet les observations d\u2019Alain Bihr: \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/alencontre.org\/archives\/Ecran\/DebatBihrTravAbstrait.html#x\">Les formes concr\u00e8tes du travail abstrait<\/a>\u00a0\u00bb (2010).<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/04\/marx-aujourdhui-iii-linnovation-par-dominique-temple\/#_ftnref6\">[19]<\/a>\u00a0 Marx, Principes d\u2019une critique de l\u2019\u00e9conomie politique [<em>Grundrisse<\/em>], <em>\u00c5\u2019uvres <\/em>II, <em>op. cit.<\/em>, p.\u00a0299.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftnref1\">[20]<\/a>\u00a0 Marx, <em>Le capital,<\/em> premi\u00e8re section, La Marchandise, I, IV, <em>op. cit<\/em>., p. 613.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftnref2\">[21]<\/a>\u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce que nous appelons aujourd\u2019hui un <em>label<\/em> (par opposition \u00e0 la <em>marque commerciale).<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftnref3\">[22]<\/a>\u00a0 Marx, <em>Le capital, <\/em>huiti\u00e8me section, th\u00e9orie de la colonisation XXXIII, <em>op. cit.<\/em> p. 1235.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftnref4\">[23]<\/a><em>\u00a0 <\/em>Marx, <em>Introduction g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la critique de l\u2019\u00e9conomie politique<\/em>, <em>\u00c5\u2019uvres <\/em>I, <em>op. cit.<\/em>, \u00c9conomie, p.\u00a0240.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftnref5\">[24]<\/a>\u00a0 Friedrich Engels (1844) <em>L\u2019origine de la famille de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e et de l\u2019\u00c9tat. \u00c0 propos des recherches de L. H. Morgan<\/em> (Traduit par les \u00e9ditions du Progr\u00e8s, \u00e0 Moscou, 1976), version num\u00e9rique par Gemma Pasquet, note de l\u2019\u00e9diteur, p. 43-44.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftnref6\">[25]<\/a><em>\u00a0 <\/em>Marx, <em>Le manifeste communiste<\/em> (II, Prol\u00e9taires et communistes), <em>\u00c5\u2019uvres <\/em>I, <em>op. cit., <\/em>p. 175.<\/p>\n<p><a name=\"_ftn7\"><\/a><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/05\/marx-aujourdhui-iv-la-propriete-privee-par-dominique-temple\/#_ftnref7\">[26]<\/a>\u00a0 <em>Ibid.<\/em><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/06\/marx-aujourdhui-v-mort-et-resurrection-du-capitalisme-par-dominique-temple\/#_ftnref1\">[27]<\/a>\u00a0 Les choses furent toutefois compliqu\u00e9es\u00a0: le communisme s\u2019est empar\u00e9 du pouvoir en Russie. Le prol\u00e9tariat se divise\u00a0: les uns croient en l\u2019avenir du mod\u00e8le sovi\u00e9tique, les autres esp\u00e8rent dans la transformation du syst\u00e8me capitaliste. \u00c0 l\u2019Ouest le peuple consentit au contrat que lui proposa le capitalisme. Il y eut \u00e0 cette collaboration une raison objective. Le prol\u00e9tariat participa \u00e0 la croissance du capital parce qu\u2019elle lui assurait la survie mais aussi parce qu\u2019il obtint, par la lutte syndicale, l\u2019investissement d\u2019une part de la redistribution dans une <em>\u00e9conomie sociale<\/em>.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/06\/marx-aujourdhui-v-mort-et-resurrection-du-capitalisme-par-dominique-temple\/#_ftnref2\">[28]<\/a>\u00a0 Comme l\u2019on ne peut toujours pas mesurer la <em>qualit\u00e9<\/em> du travail, le prix de r\u00e9f\u00e9rence de la <em>valeur<\/em> <em>utile pour le capital <\/em>sera celui de la derni\u00e8re unit\u00e9 vendue sur le march\u00e9 de libre-\u00e9change. Cette th\u00e9orie dite \u201cmarginaliste\u201d s\u2019autorise \u00e0 confondre tous les facteurs qui interviennent dans la production de la <em>valeur utile <\/em>(au capital). La notion d\u2019<em>utilit\u00e9 sociale<\/em> exclut d\u00e8s lors toute motivation \u00e9thique\u00a0: <em>\u00ab Je dis que les choses sont utiles d\u00e8s qu\u2019elles peuvent servir \u00e0 un usage quelconque, d\u00e8s qu\u2019elles r\u00e9pondent \u00e0 un besoin quelconque et en permettent la satisfaction. Ainsi, il n\u2019y a pas \u00e0 s\u2019occuper ici des nuances par lesquelles on classe, dans le langage de la conversation courante, l\u2019utile \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019agr\u00e9able entre le n\u00e9cessaire et le superflu. N\u00e9cessaire, utile, agr\u00e9able et superflu, tout cela, pour nous, est seulement plus ou moins utile. Il n\u2019y a pas davantage \u00e0 tenir compte ici de la moralit\u00e9 ou de l\u2019immoralit\u00e9 du besoin auquel r\u00e9pond la chose utile et qu\u2019elle permet de satisfaire. Qu\u2019une substance soit recherch\u00e9e par un m\u00e9decin pour gu\u00e9rir un malade, ou par un assassin pour empoisonner sa famille, c\u2019est une question tr\u00e8s importante \u00e0 d\u2019autres points de vue, mais tout \u00e0 fait indiff\u00e9rente au n\u00f4tre. La substance est utile, pour nous, dans les deux cas, et peut l\u2019\u00eatre plus dans le second que dans le premier. \u00bb<\/em> L\u00e9on Walras, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%8Eon_Walras\">El\u00e9ments d\u2019\u00e9conomie politique pure<\/a>, 1874, 4e \u00e9dition (1900) (3\u00e8me le\u00e7on, de la richesse sociale). La <em>richesse<\/em> se substitue au <em>bien<\/em>. La \u201cvaleur utilit\u00e9\u201d est une \u201cforme de la valeur\u201d mais tout aussi r\u00e9ductrice de la valeur que la \u201cvaleur d\u2019\u00e9change\u201d.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/06\/marx-aujourdhui-v-mort-et-resurrection-du-capitalisme-par-dominique-temple\/#_ftnref3\">[29]<\/a>\u00a0 Joseph A. Schumpeter, <a href=\"http:\/\/classiques.uqac.ca\/classiques\/Schumpeter_joseph\/theorie_evolution\/theorie_evolution.html\">Th\u00e9orie de l\u2019\u00e9volution \u00e9conomique<\/a>, chapitre III.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftnref1\">[30]<\/a><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>Marx, <em>Principes d\u2019une critique de l\u2019\u00e9conomie politique<\/em>, \u00c5\u2019uvres II, op.\u00a0cit., p.\u00a0307.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftnref2\">[31]<\/a><em>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/em>Marx, <em>Manuscrits de 44, \u0153uvres<\/em>, II, <em>op. cit<\/em>., p. 33-34.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftnref3\">[32]<\/a>\u00a0 \u00ab \u2026 Les hommes sont-ils libres de choisir telle ou telle\u00a0 forme sociale\u00a0? Pas du tout. (\u2026) Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire d\u2019ajouter que les hommes ne sont pas libres arbitres de leurs <em>forces productives\u00a0 \u2013<\/em> qui sont la base de toute leur histoire \u2013 car toute force productive est une force acquise, le produit d\u2019une activit\u00e9\u00a0ant\u00e9rieure.\u00a0\u00bb Lettre de Marx \u00e0 Annenkov, Bruxelles 28 d\u00e9cembre 1848 dans <em>Marx Engels correspondance,<\/em> Tome I\u00a0 \u00c9ditions sociales, 1971, p. 446.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftnref4\">[33]<\/a>\u00a0 Comme le mot \u201cpriv\u00e9\u201d le mot \u201cr\u00e9ciprocit\u00e9\u201d change de contenu avec son contexte. Marx oppose la r\u00e9ciprocit\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s primitives \u00e0 la r\u00e9ciprocit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 moderne parce que l\u2019une d\u00e9pend d\u2019une appr\u00e9hension des choses affective et l\u2019autre d\u2019une appr\u00e9hension des choses rationnelles. C\u2019est alors que la r\u00e9ciprocit\u00e9 \u201cqui va de soi\u201d peut \u00eatre voulue comme la matrice de la valeur que les hommes cr\u00e9ent librement, et que la valeur mystique des origines se d\u00e9voile en valeur \u00e9thique.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftnref5\">[34]<\/a>\u00a0 \u00ab Pour que l\u2019ali\u00e9nation soit r\u00e9ciproque, il faut tout simplement que les hommes se rapportent les uns aux autres, par une reconnaissance tacite, comme propri\u00e9taires priv\u00e9s de ces choses ali\u00e9nables, et, par l\u00e0 m\u00eame, comme personnes ind\u00e9pendantes. Cependant un tel rapport d\u2019ind\u00e9pendance r\u00e9ciproque n\u2019existe pas encore pour les membres d\u2019une communaut\u00e9 primitive, quelle que soit sa forme, famille patriarcale, communaut\u00e9 indienne, \u00c9tat inca comme au P\u00e9rou, etc. \u00bb <em>Le Capital,<\/em> livre I , 1\u00b0 section, ch. II, des \u00e9changes., <em>\u00c5\u2019uvres<\/em> I, <em>op. cit.,<\/em> p. 623.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftnref6\">[35]<\/a>\u00a0 <em>Ibid.,<\/em> p. 614.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/07\/marx-aujourdhui-vi-travail-humain-valeur-par-dominique-temple\/#_ftnref7\">[36]<\/a>\u00a0 <em>Ibid.,<\/em> p. 614.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/08\/marx-aujourdhui-vii-la-revolution-informatique-par-dominique-temple\/#_ftnref1\">[37]<\/a>\u00a0<em>Le Capital,<\/em> livre I , 1\u00b0 section, ch. II, des \u00e9changes., <em>\u00c5\u2019uvres<\/em> I, p. 610.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/08\/marx-aujourdhui-vii-la-revolution-informatique-par-dominique-temple\/#_ftnref2\">[38]<\/a>\u00a0 Marx, Principes d\u2019une critique de l\u2019\u00e9conomie politique, <em>\u00c5\u2019uvres<\/em> II, <em>op. cit<\/em>, p.\u00a0307.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/08\/marx-aujourdhui-vii-la-revolution-informatique-par-dominique-temple\/#_ftnref3\">[39]<\/a>\u00a0 Cf. D. Temple, \u00ab\u00a0<a href=\"http:\/\/dominique.temple.free.fr\/reciprocite.php?page=reciprocite_2&amp;id_article=420\">Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon et l\u2019Imperium<\/a><em>\u00a0<\/em>\u00bb, Essai en huit chapitres, nov. 2016.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Reprend le texte paru sous ce titre ici en sept \u00e9pisodes.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Introduction g\u00e9n\u00e9rale<\/strong><\/p>\n<p>Jamais le syst\u00e8me capitaliste n\u2019est apparu aussi puissant. Toutes les phases de son d\u00e9veloppement sont d\u00e9ploy\u00e9es sur la plan\u00e8te. Le capitalisme pr\u00e9tend plus que jamais contr\u00f4ler la science, l\u2019\u00e9ducation, l\u2019enseignement. La r\u00e9volution socialiste n\u2019a pas eu lieu. <\/p>\n","protected":false},"author":41,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[5027,1,13,5316,5197,725,102],"tags":[359,2287,4994,46,4448,45,634,3115],"class_list":["post-96968","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-capitalisme","category-economie","category-intelligence-artificielle","category-propriete-privee","category-robotique","category-technologie-2","category-travail","tag-aristote","tag-chrematistique","tag-communisme-sovietique","tag-friedrich-engels","tag-innovation-technologique","tag-karl-marx","tag-propriete-privee","tag-reciprocite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96968","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/41"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=96968"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96968\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":96986,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/96968\/revisions\/96986"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=96968"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=96968"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=96968"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}