{"id":97193,"date":"2017-07-17T14:38:34","date_gmt":"2017-07-17T12:38:34","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=97193"},"modified":"2017-07-17T15:53:09","modified_gmt":"2017-07-17T13:53:09","slug":"lentreprise-comme-modele-de-societe-par-francois-leclerc","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/07\/17\/lentreprise-comme-modele-de-societe-par-francois-leclerc\/","title":{"rendered":"<b>L&rsquo;ENTREPRISE COMME MOD\u00c8LE DE  SOCI\u00c9T\u00c9<\/b>, par Fran\u00e7ois Leclerc"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9.<\/p><\/blockquote>\n<p>La mauvaise r\u00e9putation des banques n\u2019est plus \u00e0 faire. Partie immerg\u00e9e d\u2019un syst\u00e8me financier aux acteurs et aux m\u00e9canismes m\u00e9connus, elles ont \u00e9t\u00e9 charg\u00e9es de tous les p\u00e9ch\u00e9s et vou\u00e9es \u00e0 toutes les vindictes, d\u00e9tournant l\u2019attention d\u2019un vaste monde dont le caract\u00e8re profond\u00e9ment <i>syst\u00e9mique<\/i> a \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert, laissant les r\u00e9gulateurs d\u00e9sarm\u00e9s. En d\u00e9coule la certitude qu\u2019une prochaine crise va immanquablement survenir, associ\u00e9e \u00e0 l\u2019incapacit\u00e9 de pr\u00e9dire quand et comment.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>L\u2019omnipr\u00e9sente r\u00e9f\u00e9rence au <i>march\u00e9<\/i>, cette entit\u00e9 abstraite et anonyme, est une commodit\u00e9 de langage qui occulte la compr\u00e9hension de ce qui se passe en son sein, et pour tout dire repr\u00e9sente une v\u00e9ritable abdication : elle \u00e9vite d\u2019identifier ses acteurs, les investisseurs dont les d\u00e9cisions sont \u00e0 l\u2019origine de son comportement, ainsi que leurs motivations. Mais l&rsquo;ignorance ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0. Certes, nous connaissons les \u00e9tablissements syst\u00e9miques dont la liste est dress\u00e9e par le Conseil de stabilit\u00e9 financi\u00e8re, qui ne comporte que trente noms, ce qui exprime selon cette vision leur extr\u00eame concentration. \u00c9troitement interconnect\u00e9 \u00e0 ceux-ci, le monde du <i>shadow banking<\/i> est par contre rarement \u00e9voqu\u00e9 avec discernement, au pr\u00e9texte qu\u2019il est dans l&rsquo;ombre. Mais d\u2019autres grands absents manquent encore sur la liste des gros investisseurs financiers, pourtant parfaitement identifi\u00e9s, qui font le march\u00e9 : ce sont les entreprises mondiales non financi\u00e8res dont la surface donne droit \u00e0 une entr\u00e9e au grand casino. Tout ce monde bouillonne comme lorsque l&rsquo;on jette un bout de poisson \u00e0 des piranhas.<\/p>\n<p>Dans le cas des entreprises, il n\u2019y a pas d\u2019excuse. En d\u00e9crivant \u00ab\u00a0le r\u00e9seau de contr\u00f4le global des grandes entreprises\u00a0\u00bb, une \u00e9quipe de chercheurs de l\u2019Institut de Technology de Z\u00fcrich a d\u00e9j\u00e0 d\u00e9voil\u00e9 l\u2019identit\u00e9 des 147 institutions financi\u00e8res qui contr\u00f4lent directement ou indirectement 40% des 43.000 compagnies dont ils ont \u00e9tudi\u00e9 l\u2019actionnariat. R\u00e9v\u00e9lant au passage un degr\u00e9 de concentration qui a surpris. L\u2019image dominante de leur monde est aujourd\u2019hui celle des GAFA (1), mais ceux-ci ne donnent qu\u2019une vision partielle de son caract\u00e8re oligopolistique. Un nombre de plus en plus r\u00e9duit de grands acteurs domine l\u2019activit\u00e9 sociale, expression d\u2019un pouvoir diffus qui se concentre et s\u2019\u00e9tend, au d\u00e9part \u00e9conomique et financier, puis politique et id\u00e9ologique.<\/p>\n<p>Toutes r\u00e9unies, les grandes entreprises mod\u00e8lent le march\u00e9 sur lequel elles prosp\u00e8rent. Concevant les produits et les services, les produisant et pour finir les commercialisant (2). Mais cela ne s\u2019arr\u00eate pas l\u00e0, car l\u2019int\u00e9gration de leurs activit\u00e9s tend \u00e0 devenir globale, leur puissance financi\u00e8re les pla\u00e7ant d\u00e9sormais au c\u0153ur du processus d\u2019innovation technologique qu\u2019elles orientent selon leurs besoins. Les donn\u00e9es financi\u00e8res concernant les grandes entreprises donnent le tournis. Fin 2016, elles d\u00e9tenaient 7.000 milliards de dollars dans leurs r\u00e9serves de tr\u00e9sorerie, selon une \u00e9tude de l&rsquo;assureur-cr\u00e9dit Euler Hermes. Depuis 2008, elles ont doubl\u00e9 et repr\u00e9sentent pr\u00e8s de 10% du PIB mondial. Fin mars 2017, la capitalisation boursi\u00e8re des 100 premiers groupes mondiaux atteignait 17.438 milliards de dollars, selon PricewaterhouseCoopers, en progression de 12% par rapport \u00e0 l\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente.<\/p>\n<p>Dans de telles conditions, que p\u00e8sent les \u00c9tats et les gouvernements qui les repr\u00e9sentent dans ce monde \u00e9mergent dans lequel nous ne faisons qu\u2019entrer ? Si l\u2019on veut une illustration de leur impuissance croissante, il suffit d\u2019observer celle de leur bras arm\u00e9 quand tout va mal, les banques centrales qui sont d\u00e9pass\u00e9es par l\u2019ampleur des mouvements financiers. Au nom de l\u2019id\u00e9ologie lib\u00e9rale les pr\u00e9rogatives des \u00c9tats sont progressivement rogn\u00e9es avec la complicit\u00e9 des politiques, dont la carri\u00e8re les conduit de plus en plus \u00e0 \u00eatre des deux c\u00f4t\u00e9s du manche, des mondes de la finance et de la politique qui en d\u00e9finitive ne font plus qu\u2019un. Les exemples sont l\u00e9gions : l&rsquo;ampleur prise par <i>l\u2019optimisation fiscale<\/i> sous ses formes am\u00e9ricaine et europ\u00e9enne propres, ce d\u00e9tournement l\u00e9gal des recettes publiques, est \u00e0 l\u2019image du r\u00e9tr\u00e9cissement consenti du r\u00f4le de l\u2019\u00c9tat, ou l\u2019av\u00e8nement de trait\u00e9s commerciaux d\u2019une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, o\u00f9 les \u00c9tats acceptent la justice arbitrale priv\u00e9e. Il ne reste \u00e0 celui-ci comme r\u00f4le que de jouer les sauveurs de derni\u00e8re instance.<\/p>\n<p>Enfin, le monde de l\u2019entreprise moderne, avec ses codes, ses r\u00e8gles et son jargon, est l\u2019objet d\u2019un engouement pr\u00e9fabriqu\u00e9 et pu\u00e9ril. Le management exemplaire de l\u2019entreprise et l\u2019organisation efficiente du travail sont des facettes de l\u2019id\u00e9ologie n\u00e9olib\u00e9rale, qui d\u00e9crie par principe toute gestion publique. Le talent r\u00e9compens\u00e9 et le chacun pour soi sont magnifi\u00e9s au d\u00e9triment de valeurs d\u00e9valoris\u00e9es et rel\u00e9gu\u00e9es au pass\u00e9, comme s\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019autre choix. Forts de leur r\u00e9ussite \u00e9clatante, Silvio Berlusconi en son temps, et Donald Trump aujourd\u2019hui sont parvenus au pouvoir afin d\u2019y exercer leurs capacit\u00e9s de manager. Emmanuel Macron, dont il est retenu son passage dans la banque d\u2019investissement, contribue \u00e0 donner une assise id\u00e9ologique \u00e0 ce besoin de r\u00e9ussite et d\u2019avenir auquel la soci\u00e9t\u00e9 n\u2019apporte plus de r\u00e9ponse. Avec comme objectif propos\u00e9 de bien la g\u00e9rer, et surtout pas d\u2019en changer, l\u2019entreprise \u00e9tant donn\u00e9e abusivement comme mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p>Pour accroitre son emprise, la pens\u00e9e n\u00e9olib\u00e9rale est devenue totalisante et utopique&#8230; La boucle est boucl\u00e9e.<\/p>\n<p>&#8212;&#8212;-<br \/>\n<i>(1) Google, Apple, Facebook, Amazon<br \/>\n(2) Si l\u2019on en veut un exemple frappant, l\u2019ordinateur portable et jetable de Microsoft, car non r\u00e9parable, est un exemple parfait d\u2019obsolescence programm\u00e9e.<\/i><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La mauvaise r\u00e9putation des banques n\u2019est plus \u00e0 faire. 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