{"id":974,"date":"2008-11-12T16:50:20","date_gmt":"2008-11-12T15:50:20","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=974"},"modified":"2008-11-13T23:50:50","modified_gmt":"2008-11-13T22:50:50","slug":"la-tribune-jeudi-13-novembre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2008\/11\/12\/la-tribune-jeudi-13-novembre\/","title":{"rendered":"La Tribune, jeudi 13 novembre"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Un tribune libre intitul\u00e9e <a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/opinions\/20081113trib000309503\/de-laudace-rien-que-de-laudace-.html\">De l&rsquo;audace, rien que de l&rsquo;audace !<\/a><\/p><\/blockquote>\n<p>En 1944, au sortir de la deuxi\u00e8me guerre mondiale, les grandes puissances se r\u00e9unirent aux Etats-Unis, \u00e0 Bretton Woods dans le New Hampshire. Toutes \u00e9taient exsangues, \u00e0 l&rsquo;exception de la nation h\u00f4te qui avait le bonheur de ne pas avoir connu la guerre sur son sol. Un accord fut conclu : le dollar serait ancr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;or par une parit\u00e9 fixe, \u00e0 trente-cinq dollars pour une once d&rsquo;or. Les autres monnaies seraient li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9talon-or par le truchement de leur taux de change par rapport au dollar. <\/p>\n<p>En 1971, Nixon d\u00e9sancra le dollar par rapport \u00e0 l&rsquo;or. Mais rien ne changea vraiment tant que l&rsquo;\u00e9conomie am\u00e9ricaine demeurait la premi\u00e8re, et de loin, par rapport aux autres : au lieu de repr\u00e9senter l&rsquo;or, le dollar repr\u00e9sentait d\u00e9sormais la richesse des Etats-Unis. Or, l&rsquo;accord sign\u00e9 \u00e0 Bretton Woods permettait \u00e0 ceux-ci de s&rsquo;endetter toujours davantage et les encourageait m\u00eame \u00e0 le faire. Les m\u00e9nages am\u00e9ricains achetaient sans r\u00e9serve et ceux qui leur vendaient s&rsquo;enrichissaient de jour en jour. <\/p>\n<p>A ce jeu, la Chine et les Etats-Unis se sont enlac\u00e9s ces dix derni\u00e8res ann\u00e9es dans un tango mortif\u00e8re : la Chine achetait la dette des Etats-Unis sous forme de Bons du Tr\u00e9sor ou de \u00ab\u00a0Residential Mortgage-Backed Securities\u00a0\u00bb, obligations adoss\u00e9es \u00e0 des pr\u00eats immobiliers, permettant aux taux de ces instruments de dette de demeurer faibles et d&rsquo;encourager ainsi l&rsquo;Etat et les m\u00e9nages \u00e0 emprunter davantage. Ce m\u00e9canisme a aliment\u00e9 une bulle de l&rsquo;immobilier r\u00e9sidentiel, offrant aux propri\u00e9taires am\u00e9ricains les sommes n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;achat de produits chinois en quantit\u00e9s croissantes, ce qui permettait \u00e0 la Chine d&rsquo;accumuler des exc\u00e9dents, bouclant ainsi la boucle.<\/p>\n<p>Le moment aurait pu venir o\u00f9 la richesse grandissante de la Chine porterait ombrage \u00e0 une Am\u00e9rique de plus en plus endett\u00e9e. Or, la machine grippa avant m\u00eame qu&rsquo;on n&rsquo;en arrive l\u00e0. Fin 2006, certains m\u00e9nages am\u00e9ricains cess\u00e8rent d&rsquo;\u00eatre solvables. Et 2007, cette insolvabilit\u00e9 toucha de plein fouet les banques gav\u00e9es de dettes titris\u00e9es. Un an plus tard, en 2008, l&rsquo;insolvabilit\u00e9 des banques et des compagnies d&rsquo;assurance oblige l&rsquo;Etat am\u00e9ricain \u00e0 combler un puits sans fond : il devra emprunter 550 milliards de dollars avant la fin de l&rsquo;ann\u00e9e et 368 milliards au premier trimestre 2009, tandis que le prix de l&rsquo;assurance contre le risque de cr\u00e9dit qu&rsquo;il repr\u00e9sente s&rsquo;envole. C&rsquo;est l&rsquo;insolvabilit\u00e9 de l&rsquo;Am\u00e9rique qui se profile d\u00e9sormais \u00e0 l&rsquo;horizon. D&rsquo;o\u00f9 l&rsquo;urgence aujourd&rsquo;hui d&rsquo;un nouveau Bretton Woods car les monnaies mondiales demeurent de fait ancr\u00e9es au dollar.<\/p>\n<p>Alors que faire ? La monnaie constitue une richesse et son ancrage \u00e0 l&rsquo;or, mati\u00e8re ayant une valeur en soi, ais\u00e9ment fractionnable et ne s&rsquo;ab\u00eemant que tr\u00e8s peu quand il circule, semblait aller de soi. L&rsquo;\u00e9talon-or ne reviendra cependant pas car si l&rsquo;or constitue une richesse, il n&rsquo;en repr\u00e9sente pas fid\u00e8lement le tout. La solution pourrait alors passer par la cr\u00e9ation d&rsquo;un panier de devises, plus conforme \u00e0 la diversit\u00e9 des richesses de la plan\u00e8te, pour remplacer le dollar. Et pourquoi ne pas envisager une autre devise \u00e9quivalente au dollar ? Une chose est s\u00fbre, la situation est gravissime et elle doit encourager \u00e0 l&rsquo;audace.<\/p>\n<p>Le moment est venu en effet pour les monnaies de repr\u00e9senter la richesse effective, ce qu&rsquo;elles n&rsquo;ont jamais fait ou ont cess\u00e9 de faire. Elles ont cess\u00e9 de le faire quand la finance a ajout\u00e9 au montant de la richesse constitu\u00e9e des biens produits, la somme des paris sur l&rsquo;\u00e9volution des prix. Mais les monnaies n&rsquo;ont surtout jamais repr\u00e9sent\u00e9 la richesse effective parce que le r\u00f4le qu&rsquo;elles auraient du jouer n&rsquo;a jamais pas \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 avant qu&rsquo;on n&rsquo;en introduise l&rsquo;usage. La richesse s&rsquo;est jusqu&rsquo;ici toujours \u00e9valu\u00e9e localement et non \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de la plan\u00e8te. <\/p>\n<p>Or, aujourd&rsquo;hui, la richesse est de deux types : renouvelable ou non. La distinction entre ces deux richesses importait peu jusqu&rsquo;ici parce que nous vivions dans un monde qui nous apparaissait vaste et aux ressources illimit\u00e9es. Il y a la richesse qui nous vient, toujours renouvel\u00e9e, du soleil, du vent et ou de la pluie, ou de la lune, pour les mar\u00e9es. Et il y a celle enfouie dans le sol qui elle ne se renouvelle pas. Sur celle-ci un propri\u00e9taire a \u00e9crit son nom, l&rsquo;a vendue comme \u00e9tant la sienne et l&rsquo;a transform\u00e9e en monnaie. Le jour o\u00f9 cette ressource est \u00e9puis\u00e9e, il part sans avoir \u00e0 rendre de compte. Mais si cette richesse venait \u00e0 manquer un jour, nous devrions aller alors la rechercher l\u00e0 o\u00f9 elle pour l&rsquo;extraire \u00e0 nouveau. Parfois, elle fut d\u00e9truite sans espoir de retour, pire, laissant dans son sillage un nuage de gaz toxique ou des mers d\u00e9sert\u00e9es de ses poissons. <\/p>\n<p>A tout cela nous n&rsquo;avons jamais pens\u00e9 : le co\u00fbt de la perte de l&rsquo;irrempla\u00e7able, du recyclage de l&rsquo;\u00e9parpill\u00e9 et de la reconstitution de l&#8217;empoisonn\u00e9. Tout ceci, nous ne l&rsquo;avons jamais int\u00e9gr\u00e9 \u00e0 notre calcul de la richesse, et donc dans nos monnaies qui la r\u00e9fl\u00e8tent. Le v\u00e9ritable enjeu d&rsquo;un nouveau Bretton Woods serait alors de prendre la vraie dimension d&rsquo;un monde aux ressources finies. Et nous ne pouvons plus attendre une minute de plus.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Un tribune libre intitul\u00e9e <a href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/opinions\/20081113trib000309503\/de-laudace-rien-que-de-laudace-.html\">De l&rsquo;audace, rien que de l&rsquo;audace !<\/a><\/p>\n<\/blockquote>\n<p>En 1944, au sortir de la deuxi\u00e8me guerre mondiale, les grandes puissances se r\u00e9unirent aux Etats-Unis, \u00e0 Bretton Woods dans le New Hampshire. 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