{"id":97926,"date":"2017-08-08T18:53:08","date_gmt":"2017-08-08T16:53:08","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=97926"},"modified":"2017-12-23T12:00:47","modified_gmt":"2017-12-23T11:00:47","slug":"merde-au-travail-par-james-livingstone","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/08\/08\/merde-au-travail-par-james-livingstone\/","title":{"rendered":"Merde au travail, par James Livingston"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Ouvert aux commentaires. Merci \u00e0 Ronald Grandpey pour sa traduction !<\/p><\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/aeon.co\/essays\/what-if-jobs-are-not-the-solution-but-the-problem\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>Merde au travail<\/strong><\/a> \u00a9 Aeon.co<\/p>\n<p>Les \u00e9conomistes croient au plein emploi. Les Am\u00e9ricains consid\u00e8rent que le travail forge le caract\u00e8re. <u>Et si, malgr\u00e9 tout, les boulots, \u00e7a avait cess\u00e9 de marcher ?<\/u><\/p>\n<p>James Livingston enseigne l&rsquo;Histoire \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Rutgers, New Jersey. Il est l&rsquo;auteur de nombreux ouvrages, dont le plus r\u00e9cent,<em> <u>No More Work: Why Full Employment is a Bad Idea\u00a0(2016) [La fin du travail : Pourquoi le plein emploi est une mauvaise id\u00e9e]<\/u><\/em>. Il vit \u00e0 New York.<\/p>\n<p><!--more--><strong><u>Comment transformer le travail ?<\/u><\/strong><\/p>\n<p>Le travail repr\u00e9sente tout pour nous autres Am\u00e9ricains. Cela fait des si\u00e8cles &#8212; depuis, disons, 1650 &#8212; que nous croyons dur comme fer que le travail forge le caract\u00e8re (ponctualit\u00e9, esprit d&rsquo;initiative, honn\u00eatet\u00e9, auto-discipline, et ainsi de suite). Que nous voyons dans le march\u00e9 de l&#8217;emploi, o\u00f9 nous recherchons du travail, une source suffisamment fiable d&rsquo;opportunit\u00e9s et de revenus. Et que nous sommes convaincus qu&rsquo;un boulot, m\u00eame pourri, procure du sens, un but \u00e0 notre vie, et qu&rsquo;il structure notre quotidien &#8212; qu&rsquo;en tout cas il nous tirera du lit, paiera les factures, nous fera nous sentir responsables et nous \u00e9vitera de passer toute la journ\u00e9e devant la t\u00e9l\u00e9.<\/p>\n<p>Mais ces credos ne fonctionnent plus. En fait, ils sont m\u00eame devenus ridicules, parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus assez de travail pour nous occuper, et que ce qu&rsquo;il en reste ne nous permettra pas de payer les factures &#8212; \u00e0 moins bien s\u00fbr que vous n&rsquo;ayez d\u00e9got\u00e9 un job de trafiquant de drogue ou de banquier \u00e0 Wall Street, autant dire de criminel, dans un cas comme dans l&rsquo;autre.<\/p>\n<p>Chacun, de nos jours, qu&rsquo;il soit de gauche ou de droite &#8212; de l&rsquo;\u00e9conomiste Dean Baker au sociologue Arthur C. Brooks, de Bernie Sanders \u00e0 Donald Trump &#8212; se propose de r\u00e9soudre ce dysfonctionnement du march\u00e9 du travail par le \u00ab\u00a0plein emploi\u00a0\u00bb, comme s&rsquo;il allait de soi qu&rsquo;avoir un boulot \u00e9tait une bonne chose, peu importe qu&rsquo;il soit dangereux, \u00e9reintant ou d\u00e9gradant. Mais le \u00ab\u00a0plein emploi\u00a0\u00bb ne restaurera en rien notre foi dans le travail, ni dans le respect des r\u00e8gles, ni dans quelque autre vertu. Le taux de ch\u00f4mage aux \u00c9tats-Unis est d\u00e9j\u00e0 inf\u00e9rieur \u00e0 6%, tout pr\u00e8s de ce que les \u00e9conomistes appellent le \u00ab\u00a0plein emploi\u00a0\u00bb, mais les \u00e9carts de salaires n&rsquo;ont pas vari\u00e9 d&rsquo;un poil. Les boulots de merde pour tout le monde ne r\u00e9soudront pas les probl\u00e8mes sociaux face auxquels nous nous trouvons d\u00e9sormais.<\/p>\n<p>Ne me croyez pas sur parole, observez simplement les chiffres. Un quart des adultes am\u00e9ricains <em>r\u00e9ellement actifs<\/em> touche d&rsquo;ores et d\u00e9j\u00e0 un salaire inf\u00e9rieur au seuil minimum de pauvret\u00e9 &#8212; et par voie de cons\u00e9quence, un cinqui\u00e8me des enfants am\u00e9ricains vit dans la mis\u00e8re. Presque la moiti\u00e9 des adultes <em>actifs<\/em> de ce pays a droit aux coupons alimentaires (la plupart de ceux qui y sont \u00e9ligibles n&rsquo;y recourent pas). Le march\u00e9 du travail s&rsquo;est effondr\u00e9, comme la plupart des autres.<\/p>\n<p>Les m\u00e9tiers disparus avec la Grande R\u00e9cession ne r\u00e9apparaissent tout simplement pas, quoi que dise le taux de ch\u00f4mage &#8212; la cr\u00e9ation nette d&#8217;emplois depuis 2000 est nulle &#8212; et si par le plus grand des hasards ils reviennent d&rsquo;entre les morts, il s&rsquo;agit de zombies, des boulots accessoires \u00e0 mi-temps ou pay\u00e9s le minimum, o\u00f9 les patrons ne cessent de d\u00e9caler vos horaires d&rsquo;une semaine \u00e0 l&rsquo;autre : bienvenue chez Wal-Mart, l\u00e0 o\u00f9 les coupons alimentaires font partie des avantages accord\u00e9s par l&#8217;employeur.<\/p>\n<p>Et ne venez pas me dire qu&rsquo;augmenter le salaire minimum \u00e0 15 dollars de l&rsquo;heure r\u00e9soudra le probl\u00e8me. Personne ne met en doute la port\u00e9e morale d&rsquo;une telle mesure. Mais \u00e0 ce train-l\u00e0, vous ne d\u00e9passerez le seuil de pauvret\u00e9 qu&rsquo;apr\u00e8s 29 heures de travail hebdomadaire. Le salaire minimum national actuel est de 7,25 dollars. En travaillant 40 heures par semaine, il faudrait gagner 10 dollars de l&rsquo;heure pour atteindre le seuil officiel de pauvret\u00e9. Quel est exactement l&rsquo;int\u00e9r\u00eat d&#8217;empocher un ch\u00e8que qui ne permet m\u00eame pas de vivre d\u00e9cemment, \u00e0 part pour faire la preuve que vous \u00eates dur \u00e0 la t\u00e2che ?<\/p>\n<p>Mais attendez, notre dilemme actuel ne serait-il pas qu&rsquo;une simple phase dans un cycle \u00e9conomique plus vaste ? Et le march\u00e9 du travail de demain, alors ? Les proph\u00e8tes de l&rsquo;Apocalypse, ces maudits Malthusiens, n&rsquo;ont-ils pas toujours \u00e9t\u00e9 contredits par la hausse de la productivit\u00e9, les nouveaux filons de l&rsquo;entreprenariat, les nouvelles opportunit\u00e9s \u00e9conomiques ? Si &#8212; jusqu&rsquo;\u00e0 aujourd&rsquo;hui. Les tendances mesurables de ces cinquante derni\u00e8res ann\u00e9es, et les pr\u00e9visions plausibles sur les cinquante \u00e0 venir, reposent sur des donn\u00e9es trop empiriques pour \u00eatre ignor\u00e9es comme un simple baratin id\u00e9ologique, ou de la science de bazar. Exactement comme les donn\u00e9es climatiques, vous pouvez les nier si vous voulez, mais vous passerez pour un abruti.<\/p>\n<p>Par exemple, les \u00e9conomistes d&rsquo;Oxford qui \u00e9tudient les courbes de l&#8217;emploi nous expliquent que presque la moiti\u00e9 des m\u00e9tiers actuels, y compris ceux incluant des \u00ab\u00a0t\u00e2ches cognitives non routini\u00e8res\u00a0\u00bb &#8212; oui vous savez, la <em>r\u00e9flexion<\/em> &#8212; risquent de dispara\u00eetre pour cause de num\u00e9risation d&rsquo;ici les vingt prochaines ann\u00e9es. Ils parviennent aux m\u00eames conclusions que celles de deux \u00e9conomistes du MIT, dans leur livre <em>Race Against the Machine<\/em> <em>[La course contre la machine]<\/em> (2011). Et au m\u00eame moment, les conf\u00e9renciers de TED commencent \u00e0 parler d&rsquo;<em>\u00ab exc\u00e8s d&rsquo;humains\u00a0\u00bb<\/em> comme cons\u00e9quence du m\u00eame processus &#8212; la production robotis\u00e9e. Le tout r\u00e9cent <em>Rise of the Robots<\/em> <em>[Le soul\u00e8vement des robots]<\/em>, qui cite ces m\u00eames sources, est un ouvrage de sciences sociales, pas de science-fiction.<\/p>\n<p>La Grande R\u00e9cession contemporaine &#8212; ne vous leurrez pas, elle n&rsquo;est pas termin\u00e9e &#8212; est donc v\u00e9ritablement une crise morale, autant qu&rsquo;une catastrophe \u00e9conomique. Vous pourriez m\u00eame y voir une crise spirituelle, parce qu&rsquo;elle nous oblige \u00e0 nous demander quel autre \u00e9chafaudage d&rsquo;ordre social que le travail pourrait bien nous constituer en tant qu&rsquo;individus &#8212; et si la construction individuelle est un but l\u00e9gitime en soi. Et c&rsquo;est la raison pour laquelle cette crise est aussi une aubaine intellectuelle : elle nous oblige \u00e0 imaginer un monde o\u00f9 notre m\u00e9tier ne forge plus notre caract\u00e8re, ne d\u00e9termine plus nos revenus et ne r\u00e9git plus notre vie quotidienne.<\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;est-ce qui vous pousserait \u00e0 travailler si vous n&rsquo;en tiriez plus de revenu ?<\/strong><\/p>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, cela nous conduit \u00e0 dire : \u00e7a suffit, basta. Merde au travail.<\/p>\n<p>Cette crise nous am\u00e8ne n\u00e9cessairement \u00e0 la question suivante : et qu&rsquo;y a-t-il <em>apr\u00e8s<\/em> le travail ? Que feriez-vous si votre m\u00e9tier n&rsquo;\u00e9tait plus cette activit\u00e9 contrainte qui structure la partie \u00e9veill\u00e9e de votre vie &#8212; et l&rsquo;injonction sociale qui vous tra\u00eene de votre lit jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;usine, au bureau, au magasin, au hangar, au restaurant, quel que soit votre domaine d&rsquo;activit\u00e9, peu importe \u00e0 quel point vous le d\u00e9testez, et qui vous fait y retourner ? Que feriez-vous si vous n&rsquo;\u00e9tiez pas oblig\u00e9 de travailler pour vivre ?<\/p>\n<p>Et \u00e0 quoi ressembleraient la soci\u00e9t\u00e9, et la civilisation, si nous n&rsquo;\u00e9tions pas oblig\u00e9s de \u00ab\u00a0gagner\u00a0\u00bb notre pain quotidien &#8212; si les loisirs n&rsquo;\u00e9taient pas un choix, mais la base m\u00eame de notre existence ? Passerions-nous notre temps au Starbucks, devant nos \u00e9crans d&rsquo;ordinateurs portables ? Ou bien ferions-nous cours b\u00e9n\u00e9volement aux enfants des r\u00e9gions moins d\u00e9velopp\u00e9es, comme le Mississippi ? Fumerions-nous de l&rsquo;herbe toute la journ\u00e9e devant la t\u00e9l\u00e9-r\u00e9alit\u00e9 ?<\/p>\n<p>Je ne suis pas juste en train de divaguer. Il s&rsquo;agit d\u00e9sormais de questions <em>concr\u00e8tes<\/em>, d\u00e9coulant du fait que nous sommes \u00e0 court d&#8217;emplois. Le temps est donc venu de se poser des questions encore plus concr\u00e8tes. De quoi est-ce que vous vivriez <em>sans le moindre emploi<\/em> &#8212; est-il possible de toucher un revenu sans travailler pour cela ? Est-ce possible pour commencer, et, c&rsquo;est l\u00e0 que le b\u00e2t blesse, est-ce \u00e9thique ? Si vous avez \u00e9t\u00e9 \u00e9duqu\u00e9 avec la conviction que le travail est la valeur-\u00e9talon de la soci\u00e9t\u00e9 &#8212; comme c&rsquo;est le cas pour la plupart d&rsquo;entre nous &#8212; verriez-vous comme de la triche le fait de gagner votre vie sans rien faire ?<\/p>\n<p>Nous disposons d\u00e9j\u00e0 de r\u00e9ponses provisoires car nous sommes tous sur la paille, ou peu s&rsquo;en faut. La part des revenus des m\u00e9nages dont la hausse est la plus rapide depuis 1959 est celle des virements bancaires tombant sur nos comptes en provenance de l&rsquo;\u00c9tat. \u00c0 l&rsquo;aube du XXIe si\u00e8cle, 20% de la <em>totalit\u00e9<\/em> des revenus des m\u00e9nages provenait de cette source &#8212; de ce que l&rsquo;on appelle \u00e9galement l&rsquo;assistance sociale ou \u00ab\u00a0les allocations\u00a0\u00bb. Sans ce compl\u00e9ment de revenus, la <em>moiti\u00e9<\/em> des adultes actifs serait sous le seuil de pauvret\u00e9, et la <em>plupart<\/em> des Am\u00e9ricains actifs aurait acc\u00e8s aux coupons alimentaires.<\/p>\n<p>Mais ces \u00ab\u00a0virements bancaires\u00a0\u00bb et ces allocations sont-ils viables, d&rsquo;un point de vue \u00e9conomique ou m\u00eame moral ? Les perp\u00e9tuer et les g\u00e9n\u00e9raliser revient-il \u00e0 subventionner la paresse, ou bien contribuons-nous aux premi\u00e8res bases d&rsquo;une r\u00e9flexion sur une vie plus heureuse ?<\/p>\n<p>Les virements bancaires et les \u00ab\u00a0allocations\u00a0\u00bb, pour ne rien dire des bonus de Wall Street (puisque nous parlons d&rsquo;\u00eatre pay\u00e9 \u00e0 ne rien faire) nous ont appris \u00e0 bien diff\u00e9rencier la perception des revenus de la production de biens, mais le constat d\u00e9sormais flagrant de la fin du travail nous permet aujourd&rsquo;hui de reconsid\u00e9rer cet enseignement. Peu importe la r\u00e9partition du budget f\u00e9d\u00e9ral, nous pouvons r\u00e9ellement nous permettre de veiller sur notre voisin. La question n&rsquo;est pas de savoir si nous choisissons de le faire, mais comment nous nous y prenons.<\/p>\n<p>Je sais ce que vous pensez &#8212; nous ne pouvons pas nous le permettre ! Mais si, nous le pouvons bel et bien, et tr\u00e8s facilement encore. Il suffit d&rsquo;augmenter le plafond de contribution \u00e0 la S\u00e9curit\u00e9 Sociale, qui s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve actuellement \u00e0 127 200 dollars, et d&rsquo;augmenter l&rsquo;imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s, en somme l&rsquo;inverse de la R\u00e9volution Reagan. Ces deux mesures comblent \u00e0 elles seules un d\u00e9ficit fiscal artificiel, et cr\u00e9ent un surplus de richesse l\u00e0 o\u00f9 nous pouvons mesurer un d\u00e9ficit moral.<\/p>\n<p>Bien entendu, vous allez r\u00e9torquer &#8212; en ch\u0153ur avec tous les \u00e9conomistes, de Dean Baker \u00e0 Greg Mankiw, de la Gauche comme de la Droite &#8212; qu&rsquo;augmenter l&rsquo;imp\u00f4t sur les soci\u00e9t\u00e9s va d\u00e9courager les investisseurs et donc freiner la cr\u00e9ation d&#8217;emplois. Ou que cela fera fuir les grandes firmes \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, l\u00e0 o\u00f9 le r\u00e9gime fiscal est plus avantageux.<\/p>\n<p>Mais en r\u00e9alit\u00e9, une hausse des pr\u00e9l\u00e8vements <em>ne peut pas<\/em> entra\u00eener ces effets-l\u00e0.<\/p>\n<p>Revenons en arri\u00e8re. Il y a d\u00e9j\u00e0 un moment que les grandes entreprises sont \u00ab\u00a0multinationales\u00a0\u00bb. Dans les ann\u00e9es 1970 et 80, avant que les coupes budg\u00e9taires de Ronald Reagan ne prennent effet, environ 60% des importations manufactur\u00e9es \u00e9taient produites dans des paradis fiscaux, \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger, <em>par des soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9ricaines<\/em>. Ce pourcentage a augment\u00e9 depuis, mais de tr\u00e8s peu.<\/p>\n<p>Le probl\u00e8me ne vient pas des ouvriers chinois &#8212; mais bien de l&rsquo;idiotie aveugle et d\u00e9sincarn\u00e9e de la comptabilit\u00e9 des entreprises. C&rsquo;est pourquoi la d\u00e9cision de Citizens United en 2010 d&rsquo;appliquer la l\u00e9gislation sur la libert\u00e9 de parole aux d\u00e9penses de campagnes \u00e9lectorales est \u00e0 hurler de rire. L&rsquo;argent n&rsquo;\u00e9quivaudra jamais \u00e0 de la parole, pas plus que le bruit. La Cour Supr\u00eame a produit de toute pi\u00e8ce une cr\u00e9ature, un nouveau type de personnalit\u00e9 juridique sur les vestiges du droit commun, et a rendu le monde r\u00e9el encore plus effrayant que son reflet de cin\u00e9ma &#8212; qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de <em>Frankenstein<\/em>, <em>Blade Runner<\/em>, ou plus r\u00e9cemment <em>Transformers<\/em>.<\/p>\n<p>Mais voici le point fondamental. <em>La plupart des cr\u00e9ations de postes ne sont pas le fruit d&rsquo;investissements des entreprises priv\u00e9es, et augmenter l&rsquo;imp\u00f4t sur les entreprises n&rsquo;aura donc aucun impact sur l&#8217;emploi<\/em>. Oui, vous m&rsquo;avez bien lu. Depuis les ann\u00e9es 1920, la croissance \u00e9conomique a perdur\u00e9 m\u00eame lorsque l&rsquo;investissement priv\u00e9 net s&rsquo;est fortement r\u00e9duit. Qu&rsquo;est-ce que cela veut dire ? Cela veut dire que les profits n&rsquo;ont pas d&rsquo;autre but que d&rsquo;annoncer \u00e0 vos actionnaires (et aux sp\u00e9cialistes des offres d&rsquo;achat hostiles) que votre soci\u00e9t\u00e9 est florissante, et une affaire du tonnerre. Vous n&rsquo;avez pas besoin de faire des b\u00e9n\u00e9fices pour \u00ab\u00a0r\u00e9investir\u00a0\u00bb, pour embaucher de nouveaux employ\u00e9s ou augmenter votre productivit\u00e9, comme l&rsquo;ont amplement d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;histoire r\u00e9cente d&rsquo;Apple et de la plupart des autres grandes entreprises.<\/p>\n<p><strong>Je sais que forger mon caract\u00e8re par le travail est une aberration, car le crime paie. Je pourrais tout aussi bien me reconvertir en truand.<\/strong><\/p>\n<p>Les choix d&rsquo;investissement des PDG ont donc un effet tout-\u00e0-fait marginal sur l&#8217;emploi. Taxer les b\u00e9n\u00e9fices des grandes entreprises pour financer un \u00c9tat-providence qui nous permette d&rsquo;aimer nos voisins et de veiller sur eux n&rsquo;est donc pas un probl\u00e8me \u00e9conomique. C&rsquo;est tout-\u00e0-fait autre chose &#8212; un choix id\u00e9ologique, une question de morale.<\/p>\n<p>Si nous pla\u00e7ons toute notre confiance dans le dur labeur, c&rsquo;est parce que nous cherchons \u00e0 nous \u00e9panouir ; mais nous esp\u00e9rons \u00e9galement, ou escomptons, que le march\u00e9 distribuera les revenus de mani\u00e8re juste et rationnelle. Or voil\u00e0 le hic : l&rsquo;un ne va pas sans l&rsquo;autre. On ne se r\u00e9alise dans le travail que s&rsquo;il existe un lien logique et \u00e9quilibr\u00e9 entre l&rsquo;effort accompli, les comp\u00e9tences requises et leur r\u00e9tribution commune. Si j&rsquo;estime que votre salaire est hors de proportion une fois compar\u00e9 \u00e0 la valeur v\u00e9ritable et durable de ce que vous produisez, dont le reste d&rsquo;entre nous puisse profiter et faire usage (et par \u00ab\u00a0durable\u00a0\u00bb je n&rsquo;entends pas seulement les objets mat\u00e9riels), je vais me mettre \u00e0 douter que le dur labeur forge r\u00e9ellement le caract\u00e8re.<\/p>\n<p>Si je d\u00e9couvre, par exemple, que vous gagnez des millions en blanchissant l&rsquo;argent des cartels de la drogue (HSBC), en exer\u00e7ant des pressions sur les gestionnaires de fonds communs (AIG, Bear Stearns, Morgan Stanley, Citibank), en exploitant les petits emprunteurs (Bank of America) ou en achetant les votes du Congr\u00e8s (tous les noms pr\u00e9-cit\u00e9s) &#8212; en d&rsquo;autres mots, la routine de Wall Street &#8212; alors que j&rsquo;arrive \u00e0 peine moi-m\u00eame \u00e0 joindre les deux bouts avec mon boulot \u00e0 plein temps, je vais vite en d\u00e9duire que ma contribution au march\u00e9 du travail ne rime pas \u00e0 grand-chose. Je r\u00e9alise que forger mon caract\u00e8re par le travail est une absurdit\u00e9, tout simplement parce que le crime paie. Je pourrais aussi bien me reconvertir en un truand de votre esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>C&rsquo;est la raison pour laquelle une crise \u00e9conomique telle que la Grande R\u00e9cession est aussi un probl\u00e8me moral, une impasse spirituelle &#8212; et une aubaine intellectuelle. Nous nous avons tellement mis\u00e9 sur la valeur sociale, culturelle et \u00e9thique du travail, que lorsque le march\u00e9 fait d\u00e9faut, comme c&rsquo;est le cas de mani\u00e8re flagrante, nous nous trouvons incapables d&rsquo;en expliquer la cause, voire d&rsquo;attribuer de nouvelles valeurs au travail et aux march\u00e9s eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Et par \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb j&rsquo;entends vraiment nous tous, de Gauche \u00e0 Droite, pour la bonne et simple raison que tout le monde veut mettre les Am\u00e9ricains au travail d&rsquo;une mani\u00e8re ou d&rsquo;une autre &#8212; le \u00ab\u00a0plein emploi\u00a0\u00bb \u00e9tant tout autant l&rsquo;objectif des dirigeants politiques de Droite que des \u00e9conomistes de Gauche. Ce qui les diff\u00e9rencie tient aux moyens d&rsquo;y parvenir, pas au but lui-m\u00eame, et ce but lui-m\u00eame repose sur des constantes telles que l&rsquo;\u00e9panouissement personnel.<\/p>\n<p>Ce qui revient \u00e0 g\u00e2cher la moiti\u00e9 des fruits du travail, alors m\u00eame que celui-ci dispara\u00eet. P\u00e9renniser le \u00ab\u00a0plein emploi\u00a0\u00bb fait consensus au sein des deux principaux partis au moment pr\u00e9cis o\u00f9 cet objectif est devenu \u00e0 la fois irr\u00e9alisable et vain. Comme si on avait cherch\u00e9 \u00e0 p\u00e9renniser l&rsquo;esclavage dans les ann\u00e9es 1850, ou la s\u00e9gr\u00e9gation dans les ann\u00e9es 1950.<\/p>\n<p><strong>Pourquoi cela ?<\/strong><\/p>\n<p>Parce que le travail repr\u00e9sente tout pour nous autres, r\u00e9sidents des soci\u00e9t\u00e9s marchandes modernes &#8212; peu importe qu&rsquo;il produise encore de solides caract\u00e8res et garantisse des revenus de mani\u00e8re rationnelle, quoique sans aucun rapport avec le besoin r\u00e9el de subsistance. C&rsquo;est tout simplement le moyen pour la plupart d&rsquo;entre nous d&rsquo;envisager une vie d\u00e9cente, depuis que Platon a \u00e9tabli le lien entre l&rsquo;artisanat et la condition d&rsquo;existence des id\u00e9es en soi. C&rsquo;est le moyen que nous avons trouv\u00e9 pour d\u00e9fier la mort, en fabriquant et en r\u00e9parant les choses durables, les choses importantes dont nous savons qu&rsquo;elles nous survivront parce qu&rsquo;elles nous apprennent, pendant que nous les fabriquons et que nous les r\u00e9parons, que le monde qui nous entoure &#8212; le monde qui nous pr\u00e9c\u00e8de et nous succ\u00e8de &#8212; poss\u00e8de ses principes de r\u00e9alit\u00e9 propres.<\/p>\n<p>R\u00e9fl\u00e9chissez \u00e0 la port\u00e9e de cette seule id\u00e9e. Le travail a toujours \u00e9t\u00e9 un moyen de marquer les diff\u00e9rences entre hommes et femmes, en associant par exemple la notion de paternit\u00e9 et celle de \u00ab\u00a0soutien de famille\u00a0\u00bb, puis, plus r\u00e9cemment, en les dissociant de nouveau. Depuis le XVIIe si\u00e8cle, la virilit\u00e9 et la f\u00e9minit\u00e9 sont d\u00e9finies &#8212; sans forc\u00e9ment tout-\u00e0-fait y parvenir &#8212; par leurs places respectives dans une \u00e9conomie morale, avec d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 des travailleurs r\u00e9tribu\u00e9s en salaires pour leur production de valeur gr\u00e2ce \u00e0 leur m\u00e9tier, et de l&rsquo;autre des travailleuses r\u00e9tribu\u00e9es en clopinettes pour leur propre production et leur soutien \u00e0 la famille. Bien entendu, ces d\u00e9finitions se renouvellent de nos jours, en m\u00eame temps que mute la notion de \u00ab\u00a0famille\u00a0\u00bb, et que le march\u00e9 du travail subit lui-m\u00eame de profondes mutations &#8212; l&rsquo;arriv\u00e9e des femmes n&rsquo;en est qu&rsquo;un exemple &#8212; et qu&rsquo;\u00e9mergent de nouveaux rapports \u00e0 la sexualit\u00e9.<\/p>\n<p>Lorsque le travail dispara\u00eet, les fronti\u00e8res entre les genres produites par le march\u00e9 du travail se brouillent. \u00c0 mesure que l&rsquo;utilit\u00e9 sociale du travail diminue, ce que l&rsquo;on appelait auparavant <em>travail de la femme<\/em> &#8212; l&rsquo;\u00e9ducation, la sant\u00e9, les services &#8212; devient l&rsquo;industrie de base, et non plus un secteur \u00ab\u00a0tertiaire\u00a0\u00bb de l&rsquo;\u00e9conomie mesurable. L&rsquo;activit\u00e9 d&rsquo;aimer, de prendre soin de l&rsquo;autre et d&rsquo;apprendre \u00e0 \u00eatre les gardiens de nos fr\u00e8res &#8212; le travail socialement utile &#8212; n&rsquo;est alors plus un luxe accessoire mais devient bel et bien fondamental, et plus uniquement au sein de la famille o\u00f9 l&rsquo;affection est pr\u00e9sente d&rsquo;ordinaire. Non, je veux bien dire partout, dans le monde entier.<\/p>\n<p>Le travail est \u00e9galement la mani\u00e8re dont les \u00c9tats-Unis produisent du \u00ab\u00a0capitalisme racial\u00a0\u00bb, ainsi que l&rsquo;appellent d\u00e9sormais les historiens, et ce \u00e0 travers l&rsquo;esclavage, le travail des d\u00e9tenus, le m\u00e9tayage, puis les march\u00e9s s\u00e9gr\u00e9gu\u00e9s du travail &#8212; en d&rsquo;autres mots, un \u00ab\u00a0syst\u00e8me de libre entreprise\u00a0\u00bb construit sur le dos des Noirs surexploit\u00e9s, un \u00e9difice \u00e9conomique motiv\u00e9, satur\u00e9 et conditionn\u00e9 par des mobiles racistes. <em>Il n&rsquo;y a jamais eu de march\u00e9 libre du travail aux \u00c9tats-Unis<\/em>. Comme tous les autres march\u00e9s, celui-ci a toujours \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment circonscrit par la discrimination l\u00e9gale et syst\u00e9matique du peuple Noir. On pourrait m\u00eame aller jusqu&rsquo;\u00e0 dire que ce march\u00e9 particulier a bel et bien <em>produit<\/em> les st\u00e9r\u00e9otypes de paresse afro-am\u00e9ricaine toujours en vogue, en excluant les travailleurs Noirs de l&#8217;emploi r\u00e9mun\u00e9r\u00e9, et en les confinant dans le ghetto des journ\u00e9es de travail de huit heures.<\/p>\n<p>Et pourtant, et pourtant. Bien que le travail ait souvent entra\u00een\u00e9 l&rsquo;asservissement, la soumission et la subordination (voir plus haut), il est aussi le lieu o\u00f9 beaucoup d&rsquo;entre nous, probablement la plupart, avons toujours exprim\u00e9 le d\u00e9sir humain tr\u00e8s profond de choisir librement nos propres contraintes et obligations, de conqu\u00e9rir notre autonomie. Nous nous d\u00e9finissons depuis des si\u00e8cles en fonction de ce que nous faisons, de ce que nous <em>produisons<\/em>.<\/p>\n<p>Mais nous devons d\u00e9sormais \u00eatre bien conscients que cette d\u00e9finition de nous-m\u00eames implique le principe de productivit\u00e9 &#8212; de chacun selon ses moyens, \u00e0 chacun selon sa production de valeur par le travail &#8212; et nous encha\u00eene \u00e0 cette id\u00e9e absurde que nous n&rsquo;avons pas d&rsquo;autre valeur que reconnue par le march\u00e9, en tant que prix. Et nous devons d\u00e9sormais aussi garder \u00e0 l&rsquo;esprit que ce principe entra\u00eene une course \u00e0 la croissance et \u00e0 son fid\u00e8le corollaire, la d\u00e9gradation de l&rsquo;environnement.<\/p>\n<p><strong>Quelle forme la nature humaine prendrait-elle si les loisirs, aujourd&rsquo;hui privil\u00e8ge aristocratique, devenaient un droit universel acquis \u00e0 la naissance ?<\/strong><\/p>\n<p>Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, le concept de productivit\u00e9 a toujours fonctionn\u00e9 comme le principe de r\u00e9alit\u00e9 rendant plausible le R\u00eave Am\u00e9ricain. \u00ab\u00a0Travaille dur, respecte les r\u00e8gles, va de l&rsquo;avant\u00a0\u00bb, ou encore \u00ab\u00a0Tu obtiendras ce pour quoi tu payes [tu en auras pour ton argent], trace ta propre voie, tu seras justement r\u00e9compens\u00e9 pour tes efforts\u00a0\u00bb &#8212; autant de sermons et d&rsquo;injonctions qui autrefois faisaient sens. Et qui ne semblaient absolument pas trompeurs. Ils le sont pourtant bel et bien devenus.<\/p>\n<p>Adh\u00e9rer au concept de productivit\u00e9 a pour cons\u00e9quence de mettre en danger la sant\u00e9 publique, ainsi que la plan\u00e8te (ce qui de fait revient au m\u00eame). En nous engageant sur la voie de l&rsquo;impossible, nous prenons aussi celle de la folie. C&rsquo;est ce que le prix Nobel d&rsquo;\u00e9conomie Angus Deaton a voulu dire en d\u00e9clarant que les taux de mortalit\u00e9 anormaux au sein de la population blanche du Sud des \u00c9tats-Unis s&rsquo;expliquaient par le fait que les gens \u00ab\u00a0avaient perdu prise sur le r\u00e9cit de leurs propres vies\u00a0\u00bb &#8212; qu&rsquo;ils avaient perdu foi dans le R\u00eave Am\u00e9ricain. Pour tous ces gens, l&rsquo;\u00e9thique professionnelle est une condamnation \u00e0 mort, parce qu&rsquo;elle est insoutenable \u00e0 leurs yeux.<\/p>\n<p>Le processus en cours de la fin du travail soul\u00e8ve des questions absolument fondamentales sur ce que signifie le fait d&rsquo;\u00eatre humain. Pour commencer, quels buts pourrions-nous bien donner \u00e0 notre existence si le travail &#8212; la n\u00e9cessit\u00e9 \u00e9conomique &#8212; ne consumait pas l&rsquo;essentiel de notre vie \u00e9veill\u00e9e et de notre \u00e9nergie cr\u00e9atrice ? Quelles perspectives \u00e9videntes, quoiqu&rsquo;encore inconnues, \u00e9mergeraient alors ? Quelles transformations la nature humaine conna\u00eetrait-elle si le privil\u00e8ge aristocratique des loisirs devenait bel et bien un droit universel des \u00eatres humains, acquis d\u00e8s la naissance ?<\/p>\n<p>Sigmund Freud insistait sur le fait que l&rsquo;amour et le travail \u00e9taient les conditions essentielles \u00e0 la bonne sant\u00e9 d&rsquo;un \u00eatre humain. Il avait bien s\u00fbr raison. Mais l&rsquo;amour peut-il survivre \u00e0 la fin du travail, et devenir le partenaire consentant d&rsquo;une vie heureuse ? Sommes-nous pr\u00eats \u00e0 accepter de voir les gens vivre sans effort, et continuer \u00e0 les consid\u00e9rer comme nos fr\u00e8res et s\u0153urs &#8212; comme les membres d&rsquo;une communaut\u00e9 ch\u00e9rie ? Pouvez-vous vous imaginer, venant de faire connaissance avec une personne s\u00e9duisante dans une soir\u00e9e, ou bien en ligne, \u00e0 la recherche de quelqu&rsquo;un, de n&rsquo;importe qui, et ne pas lui poser la question : \u00ab\u00a0Et sinon, qu&rsquo;est-ce que vous faites dans la vie ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Nous ne conna\u00eetrons pas la r\u00e9ponse tant que nous d&rsquo;admettrons pas que le travail a tout repr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 nos yeux jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent &#8212; et qu&rsquo;il ne pourra d\u00e9sormais plus jamais en \u00eatre ainsi.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Ouvert aux commentaires. Merci \u00e0 Ronald Grandpey pour sa traduction !<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><a href=\"https:\/\/aeon.co\/essays\/what-if-jobs-are-not-the-solution-but-the-problem\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><strong>Merde au travail<\/strong><\/a> \u00a9 Aeon.co<\/p>\n<p>Les \u00e9conomistes croient au plein emploi. Les Am\u00e9ricains consid\u00e8rent que le travail forge le caract\u00e8re. <u>Et si, malgr\u00e9 tout, les boulots, \u00e7a avait cess\u00e9 de marcher ?<\/u><\/p>\n<p>James Livingston enseigne l&rsquo;Histoire \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Rutgers, New [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[102],"tags":[4063],"class_list":["post-97926","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-travail","tag-robotisation-du-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97926","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=97926"}],"version-history":[{"count":29,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97926\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":101589,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/97926\/revisions\/101589"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=97926"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=97926"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=97926"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}