{"id":98051,"date":"2017-08-13T13:36:00","date_gmt":"2017-08-13T11:36:00","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=98051"},"modified":"2017-08-13T18:42:12","modified_gmt":"2017-08-13T16:42:12","slug":"la-releve-des-machines-par-chico-harlan","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/08\/13\/la-releve-des-machines-par-chico-harlan\/","title":{"rendered":"La rel\u00e8ve des machines, par Chico Harlan"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Ouvert aux commentaires. Merci \u00e0 V\u00e9ronique Granjou et \u00e0 Herv\u00e9 Humbert pour leur aide \u00e0 la traduction !<\/p><\/blockquote>\n<p><b><a href=\"https:\/\/www.washingtonpost.com\/national\/rise-of-the-machines\/2017\/08\/05\/631e20ba-76df-11e7-8f39-eeb7d3a2d304_story.html?utm_term=.aa3e3c999336\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Rise of the machines<\/a> \u00a9 The Washington Post<\/b><\/p>\n<p><strong>La rel\u00e8ve des machines<\/strong><\/p>\n<p><em>Par Chico Harlan, le 5 ao\u00fbt 2017<\/em><\/p>\n<p>Les ouvriers de la premi\u00e8re \u00e9quipe de jour venaient juste de terminer leur cigarette du matin et de s\u2019installer \u00e0 leur poste de travail lorsqu&rsquo;une derni\u00e8re voiture alla stationner sur le parking de l&rsquo;usine, passant devant un drapeau am\u00e9ricain et un panneau \u00ab Nous embauchons \u00bb. Deux hommes sortirent du v\u00e9hicule, ils ouvrirent le coffre, et en sortirent quatre cartons \u00e9tiquet\u00e9s \u00ab fragile \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Nous avons les robots\u00a0\u00bb, dit l&rsquo;un des hommes.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rob-Goldiez.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-98052\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rob-Goldiez.png\" alt=\"\" width=\"1484\" height=\"985\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rob-Goldiez.png 1484w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rob-Goldiez-300x199.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rob-Goldiez-768x510.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Rob-Goldiez-1024x680.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1484px) 100vw, 1484px\" \/><\/a><\/p>\n<p>[Photo\u00a0: Rob Goldiez, co-fondateur de Hirebotics, configure un robot chez Tenere Inc. \u00e0 Dresser, \u00e9tat du Wisconsin (Ackerman + Gruber \/ \u00a0pour le Washington Post)]<\/p>\n<p>Ils regard\u00e8rent comment un chariot \u00e9l\u00e9vateur hissait les bo\u00eetes dans les airs, ils suivirent le chariot \u00e9l\u00e9vateur dans un b\u00e2timent o\u00f9 une rang\u00e9e d&rsquo;anciennes presses m\u00e9caniques faisaient trembler le sol de b\u00e9ton. Le chariot \u00e9l\u00e9vateur klaxonna et emporta les caisses, passant devant des ouvriers \u00e9quip\u00e9s de bottes de s\u00e9curit\u00e9 et de boules qui\u00e8s. Il prit un virage et arriva \u00e0 l&rsquo;autre coin du b\u00e2timent, au bout d&rsquo;une cha\u00eene de montage.<\/p>\n<p>La cha\u00eene \u00e9tait con\u00e7ue pour accueillir 12 ouvriers, mais deux \u00e9taient absents. Un venait juste d&rsquo;\u00eatre emprisonn\u00e9 pour d\u00e9tention de drogue et violation de sa mise en libert\u00e9 conditionnelle. Trois autres postes de travail \u00e9taient vides parce que l&rsquo;entreprise n&rsquo;avait trouv\u00e9 personne pour faire le travail. Cela laissait 6 personnes sur la cha\u00eene, passant d\u2019un poste \u00e0 un autre, assemblant des pi\u00e8ces et construisant des conteneurs m\u00e9talliques \u00e0 la main, trop occup\u00e9s pour regarder, alors que le chariot \u00e9l\u00e9vateur s&rsquo;arr\u00eatait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d&rsquo;eux.<\/p>\n<p>Dans les usines, apr\u00e8s les entreprises am\u00e9ricaines, la fin de l&rsquo;\u00e8re industrielle, au b\u00e9n\u00e9fice de l\u2019\u00e8re de l&rsquo;automatisation, se poursuit \u00e0 un rythme record. Les principales raisons de la transformation, depuis une d\u00e9cennie, sont bien \u00e9tablies : la recherche de la r\u00e9duction des co\u00fbts et la productivit\u00e9.<\/p>\n<p>Mais, comme l&rsquo;illustre une usine du Wisconsin, les principaux facteurs qui conduisent \u00e0 l&rsquo;automatisation peuvent \u00e9voluer &#8211; pour des raisons li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de la main-d&rsquo;\u0153uvre am\u00e9ricaine.<\/p>\n<p>Les robots sont arriv\u00e9s, non pas pour se substituer aux hommes, non comme un simple projet de modernisation, mais parce que trouver des humains fiables \u00e9tait devenu trop difficile.<\/p>\n<p>C&rsquo;\u00e9tait l\u2019une des explications \u00e0 la p\u00e9nurie de main-d&rsquo;\u0153uvre, qui se propage \u00e0 travers l\u2019Am\u00e9rique, et qui provient, selon les \u00e9conomistes, de plusieurs choses \u00e0 la fois\u00a0: un faible taux de ch\u00f4mage, la retraite des baby-boomers, une jeune g\u00e9n\u00e9ration qui ne veut pas travailler en usine. Et, de plus en plus, une main-d&rsquo;\u0153uvre dont la qualit\u00e9 diminue de par sa sant\u00e9 : en raison de l&rsquo;alcool, du d\u00e9sespoir et de la d\u00e9pression, en raison d&rsquo;une augmentation de l&rsquo;utilisation d&rsquo;opio\u00efdes ou autres drogues.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies pr\u00e9c\u00e9dentes, les entreprises avaient r\u00e9agi \u00e0 une telle p\u00e9nurie en abandonnant les espoirs d&rsquo;expansion ou en augmentant les salaires, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;ils aient pourvu les postes. Mais maintenant, ils avaient une autre option. Les robots \u00e9taient devenus plus abordables. Les machines ne n\u00e9cessitaient plus d&rsquo;investissements \u00e0 six chiffres\u00a0: elles pouvaient \u00eatre achet\u00e9es pour 30.000$, ou encore \u00eatre lou\u00e9es \u00e0 l\u2019heure.<\/p>\n<p>En cons\u00e9quence de quoi, une nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de robots a \u00e9t\u00e9 d\u00e9ploy\u00e9e dans les petites et moyennes entreprises, qui, auparavant, ne d\u00e9pendaient que des ouvriers vivant juste \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de leurs portes.<\/p>\n<p>Les entreprises peuvent maintenant choisir entre deux types de travailleurs am\u00e9ricains : les humains ou les robots. Et chez Tenere Inc., o\u00f9 132 emplois n&rsquo;\u00e9taient pas pourvus la semaine o\u00f9 les robots sont arriv\u00e9s, l\u2019\u00e9quilibre entre les deux \u00e9tait en train de se d\u00e9placer.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Juste ici, compris ?\u00a0\u00bb, hurla le conducteur du chariot \u00e9l\u00e9vateur pour couvrir le bourdonnement de l&rsquo;usine, et quand un directeur lui fit un signe de t\u00eate, il pla\u00e7a sur le sol les bo\u00eetes contenant les deux nouveaux employ\u00e9s de Tenere, Robot 1 et Robot 2.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Employees.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-98053\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Employees.png\" alt=\"\" width=\"1484\" height=\"989\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Employees.png 1484w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Employees-300x200.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Employees-768x512.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Employees-1024x682.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1484px) 100vw, 1484px\" \/><\/a><\/p>\n<p>[Photo\u00a0: Les employ\u00e9s de Tenere \u00e0 Dresser, Wisconsin, prennent une pause cigarette. (Tim Gruber \/ pour le Washington Post)]<\/p>\n<p>Tenere est une soci\u00e9t\u00e9 qui fabrique des pi\u00e8ces sur mesure, en m\u00e9tal et en plastique, principalement pour l&rsquo;industrie de la technologie.<\/p>\n<p>Cinq ans plus t\u00f4t, une entreprise de capital-investissement avait acquis la soci\u00e9t\u00e9, avait pris de l\u2019extension au Mexique, inaugurant ce qu\u2019elle avait appel\u00e9 \u00ab une nouvelle \u00e8re de croissance \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le Wisconsin, o\u00f9 elle compte 550 employ\u00e9s, tous non-syndiqu\u00e9s, les salaires d\u00e9marrent \u00e0 10,50$ de l\u2019heure pour l\u2019\u00e9quipe de jour et \u00e0 13$ de l&rsquo;heure pour l\u2019\u00e9quipe de nuit.<\/p>\n<p>M\u00eame en tenant compte de l&rsquo;assurance-maladie et des prestations de retraite, l\u2019ouvrier le moins pay\u00e9 co\u00fbtait plus cher que les robots, que Tenere louait 15$ de l&rsquo;heure \u00e0 une start-up, Hirebotics, bas\u00e9e \u00e0 Nashville.<\/p>\n<p>Le cofondateur de Hirebotics, Matt Bush, d\u00e9clara qu\u2019avant d&rsquo;arriver ici \u00e0 Tenere, il avait sillonn\u00e9 l\u2019Am\u00e9rique installant des robots dans des usines pr\u00e9sentant des probl\u00e8mes d&#8217;embauches similaires.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout le monde a du mal \u00e0 trouver du personnel\u00a0\u00bb, d\u00e9clara-t-il, et c\u2019\u00e9tait \u00e9galement vrai dans une partie de l&rsquo;ouest du Wisconsin, tant habitu\u00e9 au rythme des trois-huit, qu&rsquo;un bar local affichait \u00ab happy hour \u00bb trois fois par jour.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usine, il n&rsquo;y a pas eu de probl\u00e8mes majeurs avec le contr\u00f4le qualit\u00e9, disent les directeurs de l&rsquo;usine, seulement pour pourvoir aux offres d\u2019emploi. \u00c0 la r\u00e9ception, le directeur g\u00e9n\u00e9ral avait donn\u00e9 un coup de pouce aux salaires des ouvriers des deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me rotations, et se demandait s&rsquo;il devrait y songer \u00e0 nouveau dans les prochains mois.<\/p>\n<p>C\u00f4t\u00e9 ressources humaines, un administrateur disait que trouver du personnel \u00e9tait comparable \u00e0 essayer de \u00ab gravir l\u2019Everest \u00bb &#8211; m\u00eame apr\u00e8s que la soci\u00e9t\u00e9 avait assoupli ses r\u00e8gles de recrutement quant aux personnes ayant des ant\u00e9c\u00e9dents criminels.<\/p>\n<p>M\u00eame les nouvelles recrues, que l\u2019on avait su attirer, souvent, ne faisaient pas long feu, la cote d\u2019alerte \u00e9tait atteinte quand elles remplissaient le formulaire en vue d\u2019une orientation dans un bureau du deuxi\u00e8me \u00e9tage, qui donnait sur les ateliers.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Comment \u00e7a va ?\u00a0\u00bb, demanda Matt Bader, \u00e0 quatre nouveaux salari\u00e9s, embauch\u00e9s le jour o\u00f9 Robot 1 fut install\u00e9. \u00ab\u00a0Tout est OK ?\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Peut-\u00eatre\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit l\u2019un d\u2019entre eux.<\/p>\n<p>Bader travaillait dans une agence d\u2019int\u00e9rim et aidait Tenere en pourvoyant quelques-unsdes postes de travail, il examina la pi\u00e8ce. Il y avait quelqu\u2019un v\u00eatu d\u2019un jean d\u00e9chir\u00e9, un autre avait conduit un bus scolaire et recherchait uniquement un job d\u2019\u00e9t\u00e9, un dernier, sans voiture qui \u00e9tait venu en faisant du stop.<\/p>\n<p>Bader leur expliqua qu&rsquo;une fois embauch\u00e9s \u00e0 Tenere, ils devraient suivre des r\u00e8gles strictes, notamment celles qui interdisaient sur le temps de travail, la consommation d&rsquo;alcool ou de substances ill\u00e9gales. \u00ab\u00a0Apparemment, nous devons pr\u00e9ciser cela aux salari\u00e9s\u00a0\u00bb, indiqua Bader, ne mentionnant pas que quelques jours auparavant il avait d\u00fb conduire deux employ\u00e9s dans un centre m\u00e9dical, pour un d\u00e9pistage de drogue, apr\u00e8s que leurs responsables avaient eu des soup\u00e7ons.<\/p>\n<p>Un ouvrier \u00e9touffa un b\u00e2illement. Un autre demanda s\u2019il \u00e9tait possible de recevoir des appels personnels pendant le travail. Un autre leva la main.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Oui ?\u00a0\u00bb dit Bader.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avez-vous du caf\u00e9 ?\u00a0\u00bb interrogea le salari\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Non\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit Bader.<\/p>\n<p>Au bout d&rsquo;une heure, les ouvriers regagn\u00e8rent leur voiture, l&rsquo;un d\u2019eux disant que tout \u00ab semblait OK \u00bb, un autre disant que \u00ab le salaire \u00e9tait nul \u00bb.<\/p>\n<p>Bader savait d\u00e9j\u00e0 que deux des quatre \u00ab ne resteraient pas une semaine \u00bb, parce que souvent, il savait dire au bout de quelques minutes qui resterait et qui partirait. Ceux qui ne con\u00e7oivent pas de travailler le samedi, de travailler t\u00f4t le matin, c&rsquo;\u00e9tait un myst\u00e8re pour lui : tant de personnes se pr\u00e9sentaient, se disant inqui\u00e8tes pour leur loyer, leurs factures, les aides aux enfants \u2026 et pourtant ils refusaient un emploi qui pouvait les y aider. \u00ab\u00a0Je suis tellement malade d&rsquo;entendre \u00e7a\u00a0\u00bb, dit Bader. \u00ab\u00a0Et les m\u00eames se demandent pourquoi le travail devient automatis\u00e9.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">* * *<\/p>\n<p>Les nouveaux robots avaient \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9s au Danemark, exp\u00e9di\u00e9s en Caroline du Nord, vendus \u00e0 des ing\u00e9nieurs de Nashville, et enfin conduits dans le Wisconsin. Les robots n&rsquo;avaient pas de visages, pas de corps, rien pour sugg\u00e9rer autre chose que l&rsquo;efficacit\u00e9 m\u00e9canique. En quelque sorte, ils ressemblaient \u00e0 des bras humains, avec des membres argent\u00e9s, des coudes bleus m\u00e9tallis\u00e9s et des poignets anthracite.<\/p>\n<p>Chacun avait \u00e9t\u00e9 livr\u00e9 avec les c\u00e2bles et commandes correspondants. Chacun pesait 20 kg. Ils avaient \u00e9t\u00e9 sp\u00e9cifiquement con\u00e7us pour reproduire des mouvements avec une pr\u00e9cision telle que toute d\u00e9viation n&rsquo;\u00e9tait pas sup\u00e9rieure \u00e0 l&rsquo;\u00e9paisseur d\u2019un cheveu humain, une comp\u00e9tence particuli\u00e8rement utile pour Robot 1, qui avait \u00e9t\u00e9 impl\u00e9ment\u00e9e pour effectuer l&rsquo;un des travaux les plus r\u00e9p\u00e9titifs de l&rsquo;usine.<\/p>\n<p>Comme les ing\u00e9nieurs le pr\u00e9paraient pour l\u2019op\u00e9ration, Robot 1 avait \u00e9t\u00e9 boulonn\u00e9 devant une presse m\u00e9canique de 10 pieds de haut. Il \u00e9tait manipul\u00e9 avec des capteurs de s\u00e9curit\u00e9 et programm\u00e9 pour un parcours de bras d\u2019un m\u00e8tre, celui qu&rsquo;il utiliserait pour faire la pi\u00e8ce n\u00b0 07123571, que l\u2019on appelle plus commun\u00e9ment \u00e0 Tenere la \u00ab\u00a0griffe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Le but des griffes \u00e9tait de fixer un lecteur de disque dans son boitier. Tenere les avait produites pendant deux ans avec deux presses m\u00e9caniques diff\u00e9rentes, o\u00f9 les ouvriers pla\u00e7aient dans la machine des morceaux d&rsquo;aluminium plats de 15 centim\u00e8tres par 18, appuyaient simultan\u00e9ment sur deux boutons, puis retiraient le m\u00e9tal aux bords \u00e0 pr\u00e9sent courb\u00e9s. Les ouvriers de Tenere \u00e9taient cens\u00e9s faire cela 1760 fois par rotation.<\/p>\n<p>Tout \u00e9tait pr\u00eat pour commencer les essais de Robot 1. Ce dernier s\u2019empara du morceau de m\u00e9tal sur son c\u00f4t\u00e9 gauche, puis se retourna vers la presse. Il se d\u00e9pla\u00e7a silencieusement. Il pla\u00e7a le morceau dans la bouche de la machine, et d\u00e8s qu&rsquo;il se retira, la presse remonta pour fa\u00e7onner la pi\u00e8ce de m\u00e9tal en griffes : Vlan\u00a0! Le bras du robot r\u00e9cup\u00e9ra ensuite la pi\u00e8ce, basculant vers sa gauche et d\u00e9posant les griffes sur un tapis roulant.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0\u00c0 quelle vitesse souhaitez-vous que je le r\u00e8gle ?\u00a0\u00bb demanda le co-fondateur de Hirebotics, Rob Goldiez, \u00e0 un responsable supervisant l&rsquo;installation.<\/p>\n<p>Tout d&rsquo;abord, le robot r\u00e9alisa un cycle toutes les 20 secondes, puis toutes les 14,9 secondes, puis toutes les 10 secondes. Un ing\u00e9nieur ajusta les param\u00e8tres et la vitesse de production augmenta. Les griffes \u00e9taient produites toutes les 9,5 secondes, soit 379 pi\u00e8ces toutes les heures, 3.032 lors de chaque rotation des trois-huit, pour un total de 9.096 pi\u00e8ces par jour.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ce geste,\u00a0\u00bb dit Goldiez, \u00ab\u00a0pourra \u00eatre reproduit pendant des ann\u00e9es et des ann\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Bobby.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-98054\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Bobby.png\" alt=\"\" width=\"1484\" height=\"989\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Bobby.png 1484w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Bobby-300x200.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Bobby-768x512.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Bobby-1024x682.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1484px) 100vw, 1484px\" \/><\/a><\/p>\n<p>[Photo\u00a0: Bobby Campbell, 51 ans, \u00e0 son poste de travail. (Ackerman + Gruber \/ pour le Washington Post)<\/p>\n<p>Un peu plus loin, devant une autre presse m\u00e9canique, se tenait un homme de 51 ans nomm\u00e9 Bobby Campbell, qui faisait le m\u00eame travail que Robot 1. Il s\u2019\u00e9tait retrouv\u00e9 \u00e0 ce poste en raison d&rsquo;un accident, en f\u00e9vrier. Il avait beaucoup trop bu, il est tomb\u00e9 d\u2019une plate-forme chez sa fille et s\u2019est bris\u00e9 le cou.<\/p>\n<p>Quand il est revenu, apr\u00e8s trois mois, Tenere l&rsquo;a retir\u00e9 du d\u00e9partement laser et a r\u00e9duit son temps de travail. \u00c0 pr\u00e9sent, alors que les tests se poursuivaient avec un robot, il dit : \u00ab\u00a0Tout \u00e0 fait ce qu\u2019on voit dans un maudit cabinet de dentiste\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Campbell commen\u00e7ait sa 25<sup>\u00e8me<\/sup> journ\u00e9e de travail cons\u00e9cutive, introduisant les griffes dans la machine. Il avait pouss\u00e9 les deux m\u00eames boutons pour activer la presse 36.665 fois.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Battez ce robot aujourd&rsquo;hui\u00a0\u00bb, avait d\u00e9clar\u00e9 le superviseur de Campbell.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Hah\u00a0\u00bb, r\u00e9pondit Campbell en tournant le dos pour s&rsquo;installer \u00e0 son poste, o\u00f9 il y avait 1.760 griffes \u00e0 produire et huit heures avant qu\u2019il ne d\u00e9bauche.<\/p>\n<p>Il posa sa gamelle sur une table d&rsquo;appoint et huila sa presse m\u00e9canique. Il d\u00e9coupa une bo\u00eete de pi\u00e8ces et pla\u00e7a le premier morceau de m\u00e9tal plat sous la presse. Une jauge, sur le c\u00f4t\u00e9 de la presse, comptabilisait sa production. Vlan\u00a0! \u00ab\u00a01\u00a0\u00bb a indiqu\u00e9 le compteur, et apr\u00e8s que Campbell eut appuy\u00e9 sur le bouton 117 fois suppl\u00e9mentaires, il lui restait sept heures \u00e0 faire.<\/p>\n<p>Contrairement aux employ\u00e9s de la cha\u00eene de montage, Campbell travaillait seul. Sa presse \u00e9tait dans un coin. Il n&rsquo;y avait pas de passage, personne avec qui discuter, rien \u00e0 voir. Campbell s\u2019arr\u00eata de travailler et sortit un pilulier. Il prit une faible dose d\u2019aspirine pour son cou, un autre cachet pour l&rsquo;hypertension art\u00e9rielle. Il grignota quelques-uns des poivrons et des cornichons faits maison, introduisit 393 pi\u00e8ces de plus dans la machine, puis il \u00e9tait temps de d\u00e9jeuner. Il restait quatre heures \u00e0 travailler.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Lundi\u00a0\u00bb, dit-il en haussant les \u00e9paules. \u00ab\u00a0J\u2019irai le chercher apr\u00e8s avoir recharg\u00e9 en carburant.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Campbell travaillait \u00e0 Tenere depuis trois ans. Il gagnait 13,50$ de l&rsquo;heure. Il avait un mauvais dos, la t\u00eate ras\u00e9e avec des cicatrices, un conduit lacrimal qui coulait perp\u00e9tuellement apr\u00e8s une chirurgie orbitale, et des biceps vieillis qu&rsquo;il montrait avec des chemises Harley Davidson sans manches. Il aimait travailler \u00e0 Tenere, disait-il. Des gens bien, de bons avantages. Certains jours, il atteignait ses objectifs, d&rsquo;autres jours non, mais ses sup\u00e9rieurs ne le lui avaient jamais reproch\u00e9, et l&rsquo;entreprise avait toujours \u00e9t\u00e9 patiente avec lui, m\u00eame lorsqu\u2019il avait quelques probl\u00e8mes personnels \u00e0 r\u00e9gler.<\/p>\n<p>Il habitait \u00e0 50 km soit \u00e0 40 minutes, s\u2019il n\u2019avait pas \u00e0 s&rsquo;arr\u00eater. Mais le probl\u00e8me \u00e9tait l\u00e0, parfois il s\u2019arr\u00eatait.<\/p>\n<p>Tout au long de la route depuis chez lui, il y avait une douzaine de stations-service et des superettes vendant de la bi\u00e8re, et Campbell expliquait qu\u2019il ne savait dire pourquoi, mais certains jours, il s\u2019y rendait. Il avait fait son possible pour ne pas s&rsquo;arr\u00eater, appelant ses filles, appelant sa femme, allumant la musique et \u00e9coutant Rod Stewart. Il avait particip\u00e9 \u00e0 des r\u00e9unions des Alcooliques Anonymes, disait-il. Il avait pass\u00e9 28 jours dans un centre de traitement. Il avait cherch\u00e9 des emplois qui r\u00e9duiraient le trajet. Il avait fait face \u00e0 un conseil de famille o\u00f9 chacun lui lisait des lettres, alors qu&rsquo;il \u00e9tait assis l\u00e0, se disant qu\u2019il \u00e9tait comme un \u00ab\u00a0gosse de maternelle\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Parfois, disait-il, il pensait voir le bout du tunnel, quand il \u00e9tait rest\u00e9 sobre plusieurs semaines. Mais vint ce samedi, alors qu&rsquo;il \u00e9tait cens\u00e9 travailler pendant une rotation de huit heures. Au lieu de \u00e7a, il \u00e9tait parti au bout de trois heures et, sur le chemin du retour, s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eate pour acheter un pack de 12 bi\u00e8res qu&rsquo;il avait englouties avant le coucher du soleil. Le dimanche, s&rsquo;en \u00e9taient suivies 12 autres bi\u00e8res bues sur les rives du lac du coin. Aujourd&rsquo;hui, lundi, Campbell d\u00e9clarait \u00eatre s\u00fbr que s&rsquo;il pouvait juste rentrer chez lui sans s&rsquo;arr\u00eater, tout irait bien. L\u00e0, sa femme ne lui permettait que des bi\u00e8res non alcoolis\u00e9es. Mais voil\u00e0\u00a0: la maison \u00e9tait \u00e0 50 km de l&rsquo;usine. \u00ab\u00a0C&rsquo;est juste l&rsquo;incertitude\u00a0\u00bb, disait Campbell, et il essayait de ne pas y penser. La pause d\u00e9jeuner \u00e9tait finie et il lui restait 3 heures et 40 minutes \u00e0 travailler.<\/p>\n<p>Il se mit debout sur le petit coussin au sol devant la presse et reprit le travail. Une bo\u00eete de pi\u00e8ces m\u00e9talliques plates \u00e9tait sur sa gauche, un tas de griffes finies \u00e9tait \u00e0 sa droite. Les mains de Campbell se d\u00e9pla\u00e7aient en rythme, attrapant et ins\u00e9rant les pi\u00e8ces dans la presse. \u00ab\u00a0Tant que j&rsquo;ai des pi\u00e8ces en face de moi, pas de souci\u00a0\u00bb, disait-il. Vingt minutes sans lever les yeux. Ensuite, 40. Bient\u00f4t, pr\u00e8s de 60. La jauge d\u00e9clarait 912.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Allez !\u00a0\u00bb, fit Campbell, alors qu&rsquo;il restait une heure \u00e0 travailler, tout en appuyant sur les boutons.<\/p>\n<p>Il chantonna. Puis il sifflota. Il mit 11 nouveaux morceaux m\u00e9talliques dans la presse en une minute, puis 13 et enfin neuf. Ses yeux balayaient la pi\u00e8ce de droite \u00e0 gauche. Il hochait la t\u00eate avec lassitude.<\/p>\n<p>L&#8217;embrayage de la presse sifflait, s&rsquo;arr\u00eatait, sifflait, s&rsquo;arr\u00eatait. Alors qu&rsquo;il ne restait plus que 15 minutes, Campbell ajouta un dernier coup d&rsquo;huile \u00e0 la presse m\u00e9canique. Quelques derni\u00e8res pi\u00e8ces en sortirent qu&rsquo;il introduisit dans la tr\u00e9mie, v\u00e9rifiant la jauge puis il haussa les \u00e9paules. \u00ab\u00a0Pas si mal\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Il \u00e9tait temps de rentrer \u00e0 la maison. Il avait appuy\u00e9 sur les boutons 1 376 fois. Il ne lui en manquait pas beaucoup\u00a0: juste 384 fois pour atteindre son quota quotidien. Finalement, il sortit de l&rsquo;usine et rentra dans sa voiture.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Hirebotics-engineers.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-98055\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Hirebotics-engineers.png\" alt=\"\" width=\"1484\" height=\"984\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Hirebotics-engineers.png 1484w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Hirebotics-engineers-300x199.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Hirebotics-engineers-768x509.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Hirebotics-engineers-1024x679.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1484px) 100vw, 1484px\" \/><\/a><\/p>\n<p>[Les co-fondateurs de Hirebotics, Matt Bush, \u00e0 gauche, et Rob Goldiez, a droite, travaillent avec un employ\u00e9 de Tenere pour installer le poste de travail du Robot 2. (Ackerman + Gruber \/ pour le Washington Post)]<\/p>\n<p>Robot 2 avait un travail diff\u00e9rent de Robot 1. Il devait faire partie d&rsquo;une \u00e9quipe sur une cha\u00eene de montage. L&rsquo;\u00e9quipe travaillait sur une rang\u00e9e de tables de 20 m\u00e8tres, bord\u00e9es de postes de travail auxquels il manquait toujours quelques ouvriers. Les ouvriers pr\u00e9sents rivetaient des pi\u00e8ces m\u00e9talliques pour construire des conteneurs argent\u00e9s rectangulaires. Chaque conteneur, en arrivant au bout de la cha\u00eene de montage, \u00e9tait \u00e9quip\u00e9 de 13 ou 15 emplacements pour des tiroirs miniatures. C&rsquo;\u00e9tait le travail de l&rsquo;ant\u00e9p\u00e9nulti\u00e8me ouvrier de remplir chacun des tiroirs avec une griffe. Cette fonction \u00e9tait celle que le Robot 2 allait remplir, une fonction qu\u2019il avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 tester apr\u00e8s des jours de programmation et d&rsquo;installation. Les griffes arrivaient \u00e0 la station de Robot 2 sur un tapis roulant. De l\u00e0, le robot attrapait la griffe avec sa pince. Puis effectuait une rotation de 90 degr\u00e9s. Il \u00e9tendait son bras vers le conteneur. Ensuite, il ins\u00e9rait la griffe dans l&rsquo;une des fentes du tiroir en poussant d\u2019un mouvement complexe\u00a0: 80 millim\u00e8tres en avant, cinq millim\u00e8tres vers le bas, encore 20 millim\u00e8tres en avant, 8 millim\u00e8tres vers le haut, et encore 12 en avant.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un mouvement d\u00e9licat\u00a0\u00bb, d\u00e9clarait Bush.<\/p>\n<p>Et que Robot 2 pourrait faire toutes les sept secondes une fois qu&rsquo;il aurait rejoint la ligne de montage.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Ann-Larson.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-98056\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Ann-Larson.png\" alt=\"\" width=\"1484\" height=\"989\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Ann-Larson.png 1484w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Ann-Larson-300x200.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Ann-Larson-768x512.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Ann-Larson-1024x682.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1484px) 100vw, 1484px\" \/><\/a><\/p>\n<p>[Annie Larson \u00e0 son poste de travail \u00e0 Tenere, o\u00f9 elle a travaill\u00e9 pendant six ans. (Ackerman + Gruber \/ pour le Washington Post)]<\/p>\n<p>Quelques jours plus t\u00f4t, Annie Larson, l\u2019employ\u00e9e qui devait travailler \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de Robot 2, \u00e9tait \u00e0 la maison, apr\u00e8s sa journ\u00e9e, allong\u00e9e dans un fauteuil inclinable en sirotant un Mountain Dew m\u00e9lang\u00e9 \u00e0 ce qu&rsquo;elle d\u00e9crivait comme la vodka la moins ch\u00e8re qu&rsquo;elle eut peut trouver. Une fin de journ\u00e9e \u00e0 se d\u00e9tendre. Une fin de journ\u00e9e identique \u00e0 celles qu\u2019il y avait eu avant au cours des 6 ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Seule dans son appartement 3 pi\u00e8ces. Au lit \u00e0 21 heures. R\u00e9veill\u00e9e \u00e0 5h40. Hors de son appartement \u00e0 6h20 pour grimper dans sa vieille Chevy. 10 kilom\u00e8tres \u00e0 parcourir avant de se garer au parking de la Tenere et de pointer juste avant 7. La routine. Sauf cette fois. Lorsqu\u2019un chariot \u00e9l\u00e9vateur s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, elle avait vu quatre caisses pos\u00e9es au bout de la ligne.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0C\u2019est quoi ce bazar?\u00a0\u00bb, avait-elle pens\u00e9.<\/p>\n<p>Son superviseur, Tom Johannsen, avait dit aux ouvriers quelques semaines plus t\u00f4t que les robots allaient arriver. Mais il n&rsquo;avait pas dit quand ils arriveraient, ou ce qu&rsquo;ils feraient exactement. Il n&rsquo;avait pas d\u00e9crit de quoi ils auraient l\u2019air. Il s\u2019\u00e9tait content\u00e9 de dire que personne ne perdrait son emploi. Et qu\u2019il ne fallait pas s&rsquo;inqui\u00e9ter car Tenere \u00e9tait en train de \u00ab compl\u00e9ter le personnel \u00e0 cause des gens qu&rsquo;on ne trouve pas \u00bb.<\/p>\n<p>Maintenant, alors que l\u2019on \u00e9tait en train d\u2019ouvrir les bo\u00eetes et que des c\u00e2bles tra\u00eenaient partout, Larson commen\u00e7ait \u00e0 s&rsquo;inqui\u00e9ter. Les machines semblaient trop compliqu\u00e9es. Peut-\u00eatre qu\u2019elles ne seraient pas fiables. Peut-\u00eatre qu&rsquo;elles ne pourraient pas suivre le rythme. Peut-\u00eatre qu&rsquo;elles ne seraient qu&rsquo;un probl\u00e8me suppl\u00e9mentaire \u00e0 l&rsquo;usine alors que les cartons entravaient d\u00e9j\u00e0 le passage. Seulement six ouvriers \u00e9taient sur la ligne de montage, ce qui signifiait que Larson passait d&rsquo;un poste de travail \u00e0 l&rsquo;autre, essayant de faire le travail de deux ou trois personnes \u00e0 la fois. Elle sentait bien que tout le monde \u00e9tait en train de se mettre en retard. Elle tr\u00e9bucha presque sur un tapis de sol qui avait \u00e9t\u00e9 enroul\u00e9 pour faire de la place pour le robot. Larson se tourna vers l&rsquo;un des ing\u00e9nieurs en charge du robot et dit : \u00ab Nous n&rsquo;avons plus de place ici. C&rsquo;est une vraie plaie.\u00a0\u00bb Lorsque la sonnerie de fin rotation sonna, cette \u00e9quipe avait mont\u00e9 32 conteneurs de moins que leur objectif journalier. Cette nuit-l\u00e0, Larson rapporte qu&rsquo;elle avait bu plus que le verre ou deux qu\u2019elle buvait d\u2019habitude.<\/p>\n<p>Pourtant, le lendemain Larson arriva exactement \u00e0 l\u2019heure. Sur une ligne de montage qui voyait r\u00e9guli\u00e8rement des ouvriers arriver et partir apr\u00e8s quelques semaines ou quelques moi, Larson \u00e9tait l&rsquo;une des employ\u00e9es les plus stables.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ma cha\u00eene de montage\u00a0\u00bb, Larson l&rsquo;appelait.<\/p>\n<p>Son superviseur disait qu\u2019elle \u00e9tait de \u00ab la vieille \u00e9cole \u00bb. Un responsable l&rsquo;appelait \u00ab Pas de chichi \u00bb. Certains se plaignaient du travail pendant les pauses du d\u00e9jeuner. Larson, ne voulant pas se m\u00ealer \u00e0 ces conversations, prenait un tabouret en bout de cha\u00eene d&rsquo;assemblage et mangeait toute seule.<\/p>\n<p>\u201cSi tu n\u2019es pas content, barre-toi\u201d, disait-elle.<\/p>\n<p>Elle avait 48 ans et n&rsquo;avait aucune intention de partir. Le fin fond du Wisconsin \u00e9tait difficile \u00e0 vivre, et apr\u00e8s\u00a0? Elle ne pourrait pas recommencer sa vie ailleurs. Ses racines \u00e9taient ici. Sa m\u00e8re vivait \u00e0 quatre p\u00e2t\u00e9s de maisons. Son p\u00e8re vivait \u00e0 six p\u00e2t\u00e9s de maisons. Son fils, sa fille et son petit-fils vivaient tous dans un rayon de 20 kilom\u00e8tres. Larson ne pouvait pas se permettre de partir en vacances ou de s\u2019acheter de nouveaux v\u00eatements. Mais elle payait toutes ses factures \u00e0 temps\u00a0: un loyer de 545 $, 33 $ pour l\u2019\u00e9lectricit\u00e9 &#8211; chaque montant et \u00e9ch\u00e9ance planifi\u00e9s dans son t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n<p>Mais c\u2019\u00e9tait la pression au travail qui la fatiguait plus que d&rsquo;habitude ces derniers temps. L&rsquo;\u00e9quipe \u00e9tait constamment en retard \u00e0 essayer de rattraper le temps. Elle et ses coll\u00e8gues \u00e9taient cens\u00e9s compl\u00e9ter 2.250 conteneurs par semaine. Mais avec tout ces postes de travail vacants, il leur manquait 170 conteneurs la semaine avant l&rsquo;arriv\u00e9e des robots pour atteindre leurs objectifs. Il leur en manquait 130 la semaine pr\u00e9c\u00e9dente. Le superviseur, Johannsen, leur avait fait un petit la\u00efus de motivation. Il avait aussi mentionn\u00e9 qu&rsquo;il remarquait que Larson en particulier avait l\u2019air \u00ab\u00a0frustr\u00e9e\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a des griffes dans cette bo\u00eete ?\u00a0\u00bb demanda Larson, en faisant un signe vers l\u2019\u00e9tabli.<\/p>\n<p>Un travailleur v\u00e9rifia. \u00ab\u00a0Non.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Rrro\u00a0\u00bb, d\u00e9clara Larson. Puis elle attrapa la bo\u00eete vide et fila vers le bout de la table, sa queue de cheval se balan\u00e7ant derri\u00e8re elle. Elle revint 15 secondes plus tard avec un \u00e9norme tas de griffes. \u00ab\u00a0Voil\u00e0\u00a0!\u00a0\u00bb, dit-elle en d\u00e9posant la bo\u00eete sur une table de la ligne d&rsquo;assemblage. Elle attrapa la pile de conteneurs et commen\u00e7a \u00e0 les remplir. Quinze griffes. Puis 30. Sa chemise \u00e9tait tremp\u00e9e de sueur. Quarante-cinq griffes. Soixante.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tu es en train de mettre les gaz\u00a0\u00bb, d\u00e9clara l\u2019un des ouvriers.<\/p>\n<p>Ses coll\u00e8gues changeaient constamment. Pour l&rsquo;instant, il y avait Linda, une autre Linda, Kevin, Sarah, Miah, Val\u00e9rie et Matt. Val\u00e9rie \u00e9tait une bonne ouvri\u00e8re disait Larson, Ainsi qu&rsquo;une des Lindas. Mais beaucoup parmi les autres avait du mal \u00e0 maintenir le rythme. Larson leur disait parfois comment ils pouvaient \u00eatre plus efficaces. Comment ils pouvaient aligner les rivets en parall\u00e8le, par exemple. Mais qui \u00e9coutait vraiment ?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ils s\u2019en fichent\u00a0\u00bb, dit Larson. \u00ab\u00a0Aucune fiert\u00e9 de l\u2019ouvrage bien faite\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>On \u00e9tait vendredi et Larson \u00e9tait fatigu\u00e9e. Il y avait une derni\u00e8re rotation avant le week-end, mais quand elle arriva au travail, elle vit quelque chose de diff\u00e9rent au bout de la ligne de montage. Il n\u2019y avait plus de d\u00e9sordre autour des robots. Leurs c\u00e2bles avaient \u00e9t\u00e9 bien rang\u00e9s dans des bo\u00eetiers \u00e9lectroniques. Leurs postes de travail avaient \u00e9t\u00e9 balay\u00e9s. Ils \u00e9taient entour\u00e9s de nouveaux tapis roulants.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Ils sont jolis\u00a0\u00bb, dit-elle. Quelques heures plus tard, au milieu du poste, elle remarqua un employ\u00e9 qui s\u2019\u00e9tait absent\u00e9 les semaines pr\u00e9c\u00e9dentes \u00e0 cause d\u2019une op\u00e9ration du genou qui, d\u00e9ambulant devant le robot, s\u2019arr\u00eata et d\u00e9clara\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Oh, ils prennent le boulot de quelqu&rsquo;un\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0N\u00e9gatif\u00a0\u00bb, d\u00e9clara-t-elle.<\/p>\n<p>Elle fut surprise par sa propre r\u00e9ponse. Par le fait qu&rsquo;elle venait de d\u00e9fendre le robot. Puis, elle regarda ce que le robot allait faire : mettre une griffe dans la fente. Mettre une autre griffe dans la fente. Mettre encore une autre griffe dans la fente. \u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas un bon boulot pour quelqu\u2019un de toute mani\u00e8re\u00a0\u00bb, d\u00e9clara-t-elle.<\/p>\n<p>La sonnerie de fin de rotation sonna et Larson prit sa voiture pour rentrer. Une fois arriv\u00e9e, allong\u00e9e dans son fauteuil, elle se versa un verre et r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la fa\u00e7on dont la cha\u00eene de montage allait changer. Peut-\u00eatre que les robots seraient r\u00e9ellement utiles. Peut-\u00eatre qu\u2019elle allait r\u00e9ussir \u00e0 atteindre ses objectifs. Peut-\u00eatre que son prochain probl\u00e8me serait trop d&rsquo;humains et pas assez de robots. \u00ab\u00a0Moi, Val et 12 robots\u00a0\u00bb, dit Larson. \u00ab\u00a0\u00c7a m\u2019irait bien \u00e7a\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Now-Hiring.png\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-98057\" src=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Now-Hiring.png\" alt=\"\" width=\"1484\" height=\"989\" srcset=\"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Now-Hiring.png 1484w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Now-Hiring-300x200.png 300w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Now-Hiring-768x512.png 768w, https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-content\/uploads\/Now-Hiring-1024x682.png 1024w\" sizes=\"auto, (max-width: 1484px) 100vw, 1484px\" \/><\/a><\/p>\n<p>[Une pancarte \u201cNous embauchons\u201d peut \u00eatre vue avec un pantin devant l\u2019usine de Tenere \u00e0 Dresser, Wisconsin (Tim Gruber\/ pour le Washington Post)]<\/p>\n<p>Huit jours apr\u00e8s leur arriv\u00e9e, le premier jour officiel d\u2019activit\u00e9 des robots \u00e9tait enfin venu. Entre la fin de l\u2019\u00e9quipe de nuit et le d\u00e9but de la premi\u00e8re \u00e9quipe de jour, les ing\u00e9nieurs firent une derni\u00e8re v\u00e9rification avant de prendre le bo\u00eetier de contr\u00f4le avec \u00e9crans tactiles qui contr\u00f4lait les robots. Robot 1 commen\u00e7a \u00e0 saisir les rectangles m\u00e9talliques, \u00e0 les introduire dans la presse m\u00e9canique puis \u00e0 les extraire une fois qu\u2019ils avaient pris leur forme de griffe. Robot 2 commen\u00e7a \u00e0 pivoter et \u00e0 saisir les griffes, en les pla\u00e7ant dans quelques barquettes qui avaient \u00e9t\u00e9 assembl\u00e9es pendant la nuit. Les robots \u00e9taient \u00e0 2 m\u00e8tres l&rsquo;un de l&rsquo;autre, \u00e0 des postes de travail qui produisaient le seul bruit dans une usine silencieuse. Toutes les 9,5 secondes, le \u201cbang\u201d de la presse. Et puis, l&rsquo;enclenchement d&rsquo;une griffe glissant dans une fente.<\/p>\n<p>Et puis, retentit la sonnerie de 7 heures qui signalait le d\u00e9but de la journ\u00e9e.<br \/>\nLes ouvriers arriv\u00e8rent. Quelques-uns prenaient un moment pour s\u2019arr\u00eater et regarder les robots.<br \/>\n\u00ab\u00a0C&rsquo;est formidable\u00a0\u00bb, dit l\u2019un d\u2019eux.<br \/>\n\u00ab\u00a0La vache, \u00e7a ne prend pas de pause\u00a0\u00bb, a d\u00e9clar\u00e9 un autre.<br \/>\n\u00ab\u00a0Est-ce que je peux lui filer une baffe si n\u00e9cessaire ?\u00a0\u00bb demanda Larson avant de dire : \u00ab\u00a0Bon allez, au boulot\u00a0\u00bb.<br \/>\nLes ouvriers se mirent \u00e0 leur poste de travail. Dans un coin, Robot 1 produisait des griffes, les posant sur un tapis roulant. Le long d&rsquo;une rang\u00e9e de postes de travail \u00e0 moiti\u00e9 vide, six personnes construisaient des conteneurs. \u00c0 la fin de cette rang\u00e9e, Robot 2 remplissait ces r\u00e9cipients avec des griffes. Et de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;usine, Campbell produisait les griffes \u00e0 l\u2019ancienne, mettant le m\u00e9tal dans la presse et appuyant sur les boutons, 320 fois la premi\u00e8re heure, m\u00eame s&rsquo;il devait sortir un mouchoir de sa poche continuellement pour essuyer son \u0153il.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cette machine devient de plus en plus chaude, je la fais bosser trop dur\u00a0\u00bb, d\u00e9clara Campbell.<\/p>\n<p>Sur la ligne d&rsquo;assemblage, Larson et les autres devaient se d\u00e9placer rapidement. Robot 2 remplissait une barquette avec des griffes toutes les 90 secondes, et les humains peinaient \u00e0 suivre le rythme. Ils amen\u00e8rent 10 barquettes en bas de la ligne, et Robot 2 les remplit de griffes. Pendant une minute, pendant que plus de barquettes \u00e9taient rivet\u00e9es, le robot restait \u00e0 ne rien faire.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il faudrait passer la vitesse\u00a0\u00bb, dit Larson. \u00ab\u00a0Le robot a besoin de choses \u00e0 faire\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>En une heure, les ouvriers de la premi\u00e8re \u00e9quipe avaient rempli un carton d&rsquo;exp\u00e9dition avec des conteneurs &#8211; le premier lot r\u00e9alis\u00e9 en collaboration par des humains et des robots. Puis vint un deuxi\u00e8me carton, puis un troisi\u00e8me, lorsque la sonnerie sonna pour une pause. Le travail s\u2019arr\u00eata et un directeur, Ed Moryn, demanda aux ing\u00e9nieurs de Hirebotics de le suivre. Il les conduisit par un corridor dans un autre b\u00e2timent puis s&rsquo;arr\u00eata \u00e0 deux autres postes de travail pour lesquels il dit que la compagnie avait besoin d&rsquo;aide. Il d\u00e9signait un poste de travail avec une presse. Et un poste de travail d&rsquo;assemblage. \u00ab\u00a0Est-ce que nous pouvons faire \u00e7a ?\u00a0\u00bb Demanda Moryn. Les ing\u00e9nieurs \u00e9tudi\u00e8rent les postes de travail pendant un petit quart d\u2019heure, prirent quelques mesures et, deux jours plus tard, propos\u00e8rent \u00e0 Tenere une version d&rsquo;une solution pour une entreprise qui voulait remplacer 132 employ\u00e9s. Tenere examina l&rsquo;offre et signa la paperasse. En septembre, les ing\u00e9nieurs reviendraient, arrivant cette fois avec les bo\u00eetes contenant Robot 3 et Robot 4.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Ouvert aux commentaires. Merci \u00e0 V\u00e9ronique Granjou et \u00e0 Herv\u00e9 Humbert pour leur aide \u00e0 la traduction !<\/p>\n<\/blockquote>\n<p><b><a href=\"https:\/\/www.washingtonpost.com\/national\/rise-of-the-machines\/2017\/08\/05\/631e20ba-76df-11e7-8f39-eeb7d3a2d304_story.html?utm_term=.aa3e3c999336\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\">Rise of the machines<\/a> \u00a9 The Washington Post<\/b><\/p>\n<p><strong>La rel\u00e8ve des machines<\/strong><\/p>\n<p><em>Par Chico Harlan, le 5 ao\u00fbt 2017<\/em><\/p>\n<p>Les ouvriers de la premi\u00e8re \u00e9quipe de jour venaient juste de terminer leur cigarette du [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_crdt_document":"","footnotes":""},"categories":[6,102],"tags":[4063],"class_list":["post-98051","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-questions-essentielles","category-travail","tag-robotisation-du-travail"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98051","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98051"}],"version-history":[{"count":9,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98051\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":98078,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98051\/revisions\/98078"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98051"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98051"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98051"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}