{"id":98652,"date":"2017-09-03T17:31:57","date_gmt":"2017-09-03T15:31:57","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=98652"},"modified":"2017-09-03T17:52:22","modified_gmt":"2017-09-03T15:52:22","slug":"luc-dardenne-sur-laffaire-humaine-par-madeleine-theodore","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/09\/03\/luc-dardenne-sur-laffaire-humaine-par-madeleine-theodore\/","title":{"rendered":"Luc Dardenne : <em>Sur l\u2019affaire humaine<\/em>, par Madeleine Th\u00e9odore"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p><\/blockquote>\n<p class=\"p1\">Que l\u2019on ait<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span>suivi avec \u00e9motion les p\u00e9r\u00e9grinations de Cyril et Samantha dans <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Gamin_au_v%C3%A9lo\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Le Gamin au v\u00e9lo<\/em><\/a>, film r\u00e9alis\u00e9 en 2011 par les fr\u00e8res Dardenne, n\u2019est pas n\u00e9cessaire pour se plonger avec passion dans les notes \u00e9crites tout au long du tournage par Luc Dardenne : <em>Sur l\u2019affaire humaine<\/em>, livre paru en 2012 \u00e0 la Librairie du XXI\u00e8me si\u00e8cle des \u00e9ditions du Seuil.<\/p>\n<p class=\"p1\"><!--more-->S\u2019interrogeant sur le destin possible de son principal protagoniste, Cyril, adolescent victime de la violence de l\u2019abandon, Luc Dardenne creuse au plus profond de notre humanit\u00e9 pour y trouver la peur qui nous concerne tous de mani\u00e8re universelle et archa\u00efque, celle de mourir.<\/p>\n<p class=\"p1\">L\u2019auteur se demande si la mort de Dieu, annonc\u00e9e par Nietzsche, peut vraiment \u00eatre assum\u00e9e par notre condition humaine, tant celle-ci se retrouve litt\u00e9ralement d\u00e9munie, dans la brutalit\u00e9 de l\u2019instant de son surgissement, de toute possibilit\u00e9 de la penser. C\u2019est ainsi qu\u2019interrogeant les philosophes, Luc Dardenne per\u00e7oit comme une sorte d\u2019\u00e9chappatoire, pour ne pas dire de consolation, dans leur repr\u00e9sentation de la peur de mourir, celle-ci arrivant toujours au moment o\u00f9 on s\u2019y attend le moins et d\u00e9jouant toutes nos programmations.<\/p>\n<p class=\"p1\">Cette peur est aussi fondatrice de notre humanit\u00e9, accompagnatrice de notre devenir car c\u2019est elle qui nous menace sans arr\u00eat et nous oblige \u00e0 pallier notre immaturit\u00e9 par la recherche des meilleures solutions pos\u00e9es par la n\u00e9cessaire adaptation \u00e0 notre environnement. Cependant, la venue au monde, traumatisante et irr\u00e9vocable, ne peut s\u2019op\u00e9rer sans fracas qu\u2019\u00e0 une condition : celle qu\u2019un autre \u00eatre humain puisse donner sa vie pour nous, nous aimer d\u2019un amour infini. C\u2019est donc bien la \u00ab\u00a0m\u00e8re\u00a0\u00bb, en-dehors de toute cat\u00e9gorie de biologie ou de sexe, qui va cr\u00e9er un interm\u00e8de de temps quasi \u00e9ternel pour que le petit d\u2019homme puisse s\u2019adapter progressivement et famili\u00e8rement au temps lin\u00e9aire, sagittal, irr\u00e9versible.<\/p>\n<p class=\"p1\">Donner la vie, c\u2019est donc mettre l\u2019enfant sur le chemin de la mort et il ne r\u00e9ussira \u00e0 y imprimer ses pas que si un autre a su, pour lui, en affronter l\u2019issue. Si ce n\u2019est pas le cas, il se refermera dans un espace prot\u00e9g\u00e9 et, refusant d\u2019en sortir, voudra tuer autrui qui le ram\u00e8ne, par son existence, \u00e0 sa condition de s\u00e9par\u00e9. Il se pourrait aussi que le d\u00e9sir de rester dans l\u2019\u00e9ternit\u00e9 le pousse \u00e0 rechercher la puissance qui le rendra invincible, mais surtout opaque, inerte. La question du livre se pose ainsi : \u00ab\u00a0Comment sortir de la peur de mourir sans tuer ?\u00a0\u00bb (p. 69).<\/p>\n<p class=\"p1\">Au-del\u00e0 de la destruction de toutes les repr\u00e9sentations consolatrices, religieuses ou id\u00e9ologiques, Kafka nous sugg\u00e8re cependant que nous sentons tous qu\u2019il y a quelque chose d\u2019indestructible en nous, qui nous rassemble dans un sort commun. Mais nous mourrons, notre corps vieillira, nous abandonnera, et notre seule mani\u00e8re de vivre notre destin\u00e9e humaine est de nous ouvrir aux autres, dans l&rsquo;incertitude des jours qui passent. De plus, en redonnant \u00e0 un nouvel \u00eatre l\u2018amour infini qui nous a port\u00e9s, nous ne nous consolons pas de notre finitude mais nous acceptons de participer \u00e0 la grande cha\u00eene de l\u2019existence.<\/p>\n<p class=\"p1\">\u00ab\u00a0Nous vivons dans un contexte de s\u00e9curit\u00e9 mais psychiquement nous sommes dans un contexte de survie d\u00e9veloppant une constante et maximale attention aux signaux de mortalit\u00e9\u00a0\u00bb (p. 175). Actuellement, l\u2019\u00eatre humain tend \u00e0 prot\u00e9ger \u00e9go\u00efstement son corps, \u00e0 vouloir le rendre \u00e9ternel, au d\u00e9triment de ce don d\u2019amour infini dont il devient incapable : ainsi dispara\u00eet l\u2019\u00e9ducation.<\/p>\n<p class=\"p1\">Au final, Luc Dardenne attribue \u00e0 l\u2019art deux fonctions : celle de repr\u00e9senter la souffrance, mais aussi le lien avec autrui, avec la vie et nous refermons le livre en nous disant qu\u2019il nous a montr\u00e9 ce qu\u2019\u00e9tait le possible chemin vers l\u2019humanit\u00e9, fragile lueur dans l\u2019obscurit\u00e9 de la mort qui nous entoure.<\/p>\n<p><iframe loading=\"lazy\" src=\"https:\/\/www.youtube.com\/embed\/XRdGBALYMCk\" width=\"700\" height=\"394\" frameborder=\"0\" allowfullscreen=\"allowfullscreen\"><\/iframe><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Billet invit\u00e9. Ouvert aux commentaires.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p class=\"p1\">Que l\u2019on ait<span class=\"Apple-converted-space\">\u00a0<\/span>suivi avec \u00e9motion les p\u00e9r\u00e9grinations de Cyril et Samantha dans <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Le_Gamin_au_v%C3%A9lo\" target=\"_blank\" rel=\"noopener\"><em>Le Gamin au v\u00e9lo<\/em><\/a>, film r\u00e9alis\u00e9 en 2011 par les fr\u00e8res Dardenne, n\u2019est pas n\u00e9cessaire pour se plonger avec passion dans les notes \u00e9crites tout au long du tournage par Luc Dardenne : [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[10,6],"tags":[3463,5545,5542,1203],"class_list":["post-98652","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-arts","category-questions-essentielles","tag-freres-dardenne","tag-la-mort","tag-luc-dardenne","tag-mortalite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98652","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=98652"}],"version-history":[{"count":6,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98652\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":98658,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/98652\/revisions\/98658"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=98652"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=98652"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=98652"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}