{"id":98931,"date":"2017-09-14T11:47:23","date_gmt":"2017-09-14T09:47:23","guid":{"rendered":"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/?p=98931"},"modified":"2017-09-14T11:47:23","modified_gmt":"2017-09-14T09:47:23","slug":"qui-etions-nous-la-culpabilite-nest-pas-eliminable","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/09\/14\/qui-etions-nous-la-culpabilite-nest-pas-eliminable\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Qui \u00e9tions-nous ?\u00a0\u00bb La culpabilit\u00e9 n\u2019est pas \u00e9liminable"},"content":{"rendered":"<blockquote><p>Il y a dix jours, je publiais <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/09\/04\/echange-a-propos-de-vers-un-nouveau-monde\/\" target=\"_blank\">un \u00e9change avec Luc Baudoux<\/a> \u00e0 propos de la culpabilit\u00e9, j&rsquo;y indiquais que j&rsquo;\u00e9tais pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0en train d\u2019\u00e9crire\u00a0le chapitre \u00e0 ce sujet de \u00ab\u00a0Qui \u00e9tions-nous ?\u00a0\u00bb, le voici.<\/p><\/blockquote>\n<p>La somme des pr\u00e9occupations des choses \u00e0 faire, qu\u2019il s\u2019agisse de soucis ou d\u2019aspirations, nous cause du d\u00e9sagr\u00e9ment. Elles se renouvellent constamment parce que notre corps perd sans cesse ses forces et doit sans cesse les reconstituer, et ceci au sein d\u2019un monde en constant changement.<\/p>\n<p><!--more-->Parce que j\u2019ai alors faim, tous les jours \u00e0 midi je vais m\u2019acheter un sandwich au coin de la rue, mais le lundi c\u2019est ferm\u00e9. Que de soucis de veiller \u00e0 tout cela\u00a0! Mais il est bon que nous les ayons puisqu\u2019ils nous procurent l\u2019incitation nous permettant de r\u00e9aliser parmi les gestes assurant notre survie, ceux qui sont li\u00e9s \u00e0 des actes qui ne doivent pas \u00eatre pos\u00e9s dans l&rsquo;imm\u00e9diat et devront donc \u00eatre planifi\u00e9s. Ce qui signifie qu\u2019il est illusoire de vouloir se d\u00e9barrasser de nos soucis une fois pour toutes, puisque d\u2019y parvenir d\u00e9coulerait une mort certaine. Leur pr\u00e9sence est banalement l\u2019une des facettes de la destin\u00e9e humaine.<\/p>\n<p>S\u2019ajoutent cependant aux choses \u00e0 faire, les choses \u00e0 d\u00e9faire : celles qu\u2019il n\u2019aurait pas fallu faire un jour et dont il faut maintenant r\u00e9parer les effets. Pour atteindre de tels objectifs, nous n\u2019avons en g\u00e9n\u00e9ral pas con\u00e7u de sc\u00e9nario pr\u00e9cis, et le souci se transforme alors en rumination interminable. Il y aussi h\u00e9las le mal irr\u00e9parable\u00a0; le v\u00e9ritable tourment est l\u00e0 puisqu\u2019il n\u2019y aura pas de fin \u00e0 la contrari\u00e9t\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0L\u2019\u0153il \u00e9tait dans la tombe et regardait Ca\u00efn\u00a0\u00bb, \u00e9crit Victor Hugo.<\/p>\n<p>La culpabilit\u00e9, le sentiment permanent qu\u2019il y a des t\u00e2ches \u00e0 accomplir et des choses \u00e0 r\u00e9parer, et que celles-ci se renouvellent h\u00e9las sans cesse, fait donc partie de notre \u00e9quipement de survie. L\u2019alternative s\u2019il y en avait une serait celle d\u2019un monde o\u00f9 notre corps serait \u00e9ternel et o\u00f9 il ne se passerait jamais rien. Malheureusement peut-\u00eatre, ce n\u2019est pas celui qui nous a \u00e9t\u00e9 offert.<\/p>\n<p>La souffrance caus\u00e9e par la culpabilit\u00e9 associ\u00e9e aux choses \u00e0 faire ou \u00e0 d\u00e9faire peut \u00eatre minimis\u00e9e par un choix de vie o\u00f9 il n\u2019y a pr\u00e9cis\u00e9ment pas grand-chose \u00e0 faire ou \u00e0 d\u00e9faire. La vie monastique <em>c\u00e9nobite<\/em> en communaut\u00e9, ou <em>anachor\u00e9tique<\/em> de l\u2019ermite, proposent de tels sc\u00e9narios pauvres en soucis. On peut aussi chercher \u00e0 penser \u00e0 autre chose, ou m\u00eame \u00e0 ne pas penser du tout, on peut s\u2019anesth\u00e9sier de diverses mani\u00e8res. Tout cela est vain bien entendu\u00a0: seule la mort met fin \u00e0 nos soucis. Mais est-ce cela que nous voulons\u00a0? Probablement pas.<\/p>\n<p>L&rsquo;homme est surpris et pein\u00e9 de constater sa culpabilit\u00e9 et sa honte s&rsquo;il \u00e9choue \u00e0 r\u00e9aliser les t\u00e2ches qu\u2019il a planifi\u00e9es, ou s&rsquo;il est pris la main dans le sac de ne pas \u00eatre la personne qu&rsquo;il ou elle affirme \u00eatre. Comme il ou elle ne comprend pas d&rsquo;o\u00f9 vient cette culpabilit\u00e9 alors qu&rsquo;il ou elle sait \u00ab\u00a0n&rsquo;avoir rien fait de mal\u00a0\u00bb, il ou elle inventera un jour le p\u00e9ch\u00e9 originel : nous payons aujourd\u2019hui pour un anc\u00eatre ayant faut\u00e9 autrefois. Notre anc\u00eatre Adam a croqu\u00e9 le fruit d\u00e9fendu, les fils ont tu\u00e9 le p\u00e8re et l&rsquo;ont mang\u00e9, etc.<\/p>\n<p>Freud \u00e9crit dans <em>L\u2019Homme Mo\u00efse et le Religion monoth\u00e9iste<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Paul, juif romain de Tarse, s\u2019empara de ce sentiment de culpabilit\u00e9 et le ramena correctement \u00e0 sa source historique primitive. Il nomme celle-ci le \u00ab\u00a0p\u00e9ch\u00e9 originel\u00a0\u00bb\u00a0: c\u2019\u00e9tait un crime contre Dieu qui ne pouvait \u00eatre expi\u00e9 que par la mort\u00a0\u00bb (Freud [1939] 1986\u00a0: 177-178). Taubes ajoute\u00a0: \u00ab\u00a0Ce que Paul ne pouvait reconna\u00eetre que par l\u2019illusion d\u2019une \u00ab\u00a0bonne nouvelle\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 mis en mots, sans illusion, par Freud. La faute ne saurait \u00eatre expi\u00e9e par le sacrifice de la vie du fils de Dieu\u00a0; elle ne peut \u00eatre que reconnue\u00a0\u00bb (Taubes \u00ab\u00a0La religion et l\u2019avenir de la psychanalyse\u00a0\u00bb [1957] in \u00ab\u00a0<em>Le temps presse\u00a0\u00bb. Du culte \u00e0 la culture<\/em>, Paris\u00a0: Le Seuil 2009\u00a0: 479).<\/p>\n<p>Or la culpabilit\u00e9 est simplement le d\u00e9sagr\u00e9ment caus\u00e9 par la somme des choses que nous avons \u00e0 r\u00e9parer ou \u00e0 faire pour nulle autre raison que la n\u00e9cessit\u00e9 naturelle\u00a0qui veut que nous nous \u00e9puisons biologiquement avec le temps qui passe et devons nous restaurer, et que nous sommes, de mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, plong\u00e9s dans un devenir soumis \u00e0 une mutation permanente. Imaginer que le tourment que nous \u00e9prouvons d\u2019une culpabilit\u00e9 sans motif pr\u00e9cis r\u00e9sulterait d\u2019une faute commise autrefois, est un mirage. Oui, le Christ est venu et a dit\u00a0: \u00ab\u00a0Par mon martyre, je vous d\u00e9livre\u00a0!\u00a0\u00bb mais chaque croyant a pu constater qu\u2019en ce qui le concerne \u00e0 titre individuel, ce sacrifice divin \u00e9choue \u00e0 le soulager\u00a0: le d\u00e9sagr\u00e9ment du sentiment d\u2019une faute \u00e0 r\u00e9parer persiste. Il faudrait pour se lib\u00e9rer que l\u2019homme reconnaisse le sentiment de culpabilit\u00e9 pour ce qu\u2019il est en r\u00e9alit\u00e9 et se d\u00e9barrasse en particulier une fois pour toutes de la notion d\u2019un \u00ab\u00a0p\u00e9ch\u00e9 originel\u00a0\u00bb, d\u2019un crime commis par un anc\u00eatre dont on ne sait plus rien, et \u00e0 l\u2019\u00e9gard duquel rien ne peut \u00eatre fait pour le r\u00e9parer.<\/p>\n<p>La culpabilit\u00e9, nous poss\u00e8de parce que pour survivre nous devons nous battre. Dieu est mort et en sus de nos pr\u00e9occupations de vie quotidienne, certains souhaitent notre propre mort, alors il nous faut lutter. C&rsquo;est h\u00e9las comme cela et pas autrement\u00a0: la vie n&rsquo;est pas un long fleuve tranquille, c\u2019est l\u00e0 un donn\u00e9. Nietzsche appelait cela \u00ab\u00a0la trag\u00e9die\u00a0\u00bb. Il avait raison. Heureusement certains nous aiment, et en nous aimant, nous pourvoient de la force qui nous manque.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<blockquote>\n<p>Il y a dix jours, je publiais <a href=\"http:\/\/www.pauljorion.com\/blog\/2017\/09\/04\/echange-a-propos-de-vers-un-nouveau-monde\/\" target=\"_blank\">un \u00e9change avec Luc Baudoux<\/a> \u00e0 propos de la culpabilit\u00e9, j&rsquo;y indiquais que j&rsquo;\u00e9tais pr\u00e9cis\u00e9ment\u00a0en train d\u2019\u00e9crire\u00a0le chapitre \u00e0 ce sujet de \u00ab\u00a0Qui \u00e9tions-nous ?\u00a0\u00bb, le voici.<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>La somme des pr\u00e9occupations des choses \u00e0 faire, qu\u2019il s\u2019agisse de soucis ou d\u2019aspirations, nous cause du d\u00e9sagr\u00e9ment. 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