Archives de catégorie : Linguistique

Immersion

Les éducateurs aiment à s’indigner lorsqu’un enfant qui vient de passer à peine trois semaines dans un pays étranger en parle désormais la langue couramment, alors qu’eux-mêmes se sont efforcés sans succès de lui inculquer cet idiome durant les six dernières années. « Ainsi cet enfant n’écoutait pas ! Se refusait au moindre effort, faisait un étalage insolent de sa paresse, puisque le voici, enfin « motivé » pour une raison inconnue, rattrapant son retard à pas de géant (mais en-dehors de l’école !) ». 

Comme on peut être piètre pédagogue alors même que l’on est enseignant ! Ce qu’ils ne comprennent pas, c’est que ce n’est pas cet enfant qui parle enfin l’allemand, mais sa bouche qui a été détournée par une coalition germanophone. Car ce sont ses camarades de jeu durant ces trois semaines, le conducteur du bus, la caissière du super-marché et la petite copine qu’il s’est dégottée là-bas, qui parlent aujourd’hui en utilisant sa bouche. Comment ne pas préférer en effet à la honte du mutisme forcé, l’abandon volontaire de sa bouche à la parole ventriloque de chacun de ces autrui germanophones ? La reconnaissance comme personne humaine, fort contestée il faut bien le dire par des interlocuteurs sceptiques au début de son séjour, était au prix d’une telle capitulation, libératrice.  

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Vidéo – Chine / Occident : deux manières d’appréhender le monde

« Comment la vérité et la réalité furent inventées » (Gallimard 2009)

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À propos des traductions du chinois, par DD

Cher Paul, Je viens de lire votre texte à propos des traductions.

Lorsque les Jésuites et plus tard nos pères missionnaires ont découvert et traduit les classiques confucéens, ils ne les ont pas lus « à la chinoise », ils les ont lus selon leur propre grille interprétative jusqu’à y découvrir des traces du message chrétien. En traduisant selon cette grille ils ont donc inventé d’autres textes qui parlaient davantage de leur lecture que du message confucéen.  Et ces nouveaux  textes, parfaitement adaptés aux habitudes de pensée de leurs destinataires occidentaux en devenaient plus lisibles, plus directement accessibles. En chemin, se perdait – ou était gommé – ce qu’une vision chinoise pouvait présenter de différent, et, se perdait aussi tout ce qui, dans la confrontation des différences, pouvait faire advenir de réflexion et de possibilité de questionnement des partis-pris respectifs….

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Le chercheur satisfait et DeepL

Ouvert aux commentaires.

Qu’espère un chercheur en fin de carrière ? Il espère que ses idées soient aisément accessibles à un grand nombre de personnes.

J’ai récemment eu (il y a un mois) la satisfaction que la première condition soit remplie sous la forme d’un excellent résumé, présentant en sus la garantie d’un tiers impartial (en l’occurrence, de deux) disant : « Écoutez-moi, ceci mérite d’être lu », ce qui est d’une tout autre qualité que d’en faire soi-même la réclame. Il reste le second souhait, celui du grand nombre de personnes à vous lire, qui pour l’auteur écrivant en français et non-traduit, reste largement inexaucé.

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Mots du débat et dévoilement de l’imaginaire, par Timiota

Billet invité.

J’écoutais un peu distraitement le début du fameux débat-duel (sans images). J’entendais M. Macron répondre à la violence de son opposante par des « mais » ou des « non » ou des « ne pas/n’est pas » et … ça ne portait pas.

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

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De l’anthropologie à la guerre civile numérique (VI), Pourquoi – selon nous – les jumeaux ne sont pas des oiseaux, entretien réalisé le 21 mars 2016

Jacques Athanase GILBERT

Vous soulevez la question de la réalité objective au sein de votre ouvrage Comment la vérité et la réalité furent inventées. Celle-ci engage, selon vous, un schéma des relations asymétriques qui se développe à travers le discours scientifique, une option qui apparaît en raison de la structure-même de la langue grecque mais est entièrement absent de la pensée ancienne chinoise, d’essence symétrique, comme sa langue. Continuer la lecture de De l’anthropologie à la guerre civile numérique (VI), Pourquoi – selon nous – les jumeaux ne sont pas des oiseaux, entretien réalisé le 21 mars 2016

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Qui étions-nous ? Comment faire fonctionner une société ? (III) La « pensée chinoise » et la « pensée occidentale » sont bien radicalement différentes

Quant à l’attitude de Jean-François Billeter lui-même dans Contre François Jullien (2006), que peut-on en dire ?

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L’app Yo et la fonction phatique

On parle beaucoup ces jours-ci d’une application pour smartphone qui se contente d’envoyer le message « Yo ». Elle provoque l’engouement pour une raison sur laquelle bien des gens s’interrogent.

C’est l’anthropologue britannique d’origine polonaise Bronislaw Malinowski (1884 – 1942) qui a attiré le premier l’attention (dans un article publié en 1923 : « The Problem of Meaning in Primitive Languages ») sur l’une des fonctions de la parole qui est simplement de retenir l’attention de l’interlocuteur (comme dans « t’vois ? »). Il l’appela la fonction « phatique ».

Il n’avait pas envisagé sans doute que l’on puisse utiliser la parole pour sa fonction phatique uniquement, sans aucun souci de transmettre un message porteur d’une signification quelconque. Il faut dire qu’il est mort en 1942, bien longtemps avant l’invention du SMS.

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Le petit fouineur : parlers kurdes et bretons

Repensant ce soir à mon billet Comment se font les grandes découvertes historiques, je me posais la question si l’étonnante ressemblance entre les danses traditionnelles kurdes et bretonnes, se retrouvait dans un rapprochement possible entre les parlers kurdes et bretons.

Wikipedia m’apprend qu’il existe trois « dialectes » kurdes, appelés « dialectes » parce que ce sont ceux qui se déclarent Kurdes aujourd’hui qui les parlent mais que s’il fallait en juger à partir des simples traits linguistiques, ces parlers sont à ce point différents qu’on parlerait plutôt de « langues » (ceci n’est pas dit dans l’article en français de Wikipedia mais dans celui en anglais).

La question que je me pose, vous l’avez deviné, c’est si l’un de ces dialectes / langues s’apparente aux quatre grands parlers bretons.

Si quelqu’un a une idée là-dessus, qu’il m’en dise un mot. Je vous tiendrai bien entendu au courant.

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« In principio erat sermo », par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

Il n’y a pas de langue essentiellement ceci, pas plus qu’il n’y a de peuple essentiellement cela. N’en déplaise aux découpeurs de quartiers de noblesse et aux obsédés du pourcentage racial, les cultures humaines sont impures et mêlées, sauf de rares isolats qui, du reste, le sont peut-être en diachronie séculaire mais pas en diachronie millénaire. Lorsqu’on dit que les Grecs anciens ont assimilé la civilisation au logos et le logos à la seule langue grecque, les autres idiomes étant relégués dans le registre du borborygme et du bégaiement enfantin, propre aux Barbaroi, il faudrait sans doute se demander, comme nous y invite Barbara(!) Cassin, s’il est juste de dire « les Grecs » en général, comme s’ils formaient un groupe homogène, épargné par la tension entre langue écrite et langue orale, entre langue élitaire et langue vernaculaire, entre langue de positionnement et langue de communication. L’universalité de la maîtrise du logos comme trait définitoire du civilisé bute sur l’irréductible xénophobie de certains Grecs cultivés à l’encontre des Barbares, mais aussi à l’encontre des Grecs de la cité voisine. Pensez à l’esprit proverbialement lourd des Béotiens (la Béotie avait Thèbes pour capitale), qui devait aller de pair avec une élocution laborieuse, du moins dans l’esprit des tartineurs de miel de l’Attique ; pensez encore à la rudesse légendaire, pour ne pas dire à la rustauderie des Spartiates. On se rappellera cependant que la puissance spartiate fut abattue à Leuctres, en 371 av. J.-C., par le général thébain Épaminondas, qui était loin d’être un béotien en polémologie. Le Macédonien Aristote, quant à lui, était bien placé pour savoir que le logos n’était pas l’apanage des seuls Grecs bien nés et bien éduqués. La Macédoine avait longtemps été considérée comme un satellite arriéré de la sphère hellénique, aux limites de la Barbarie. Sous Philippe II puis sous Alexandre, elle devint le royaume protecteur de la Grèce tout entière. Sans doute fallait-il être Macédonien, plutôt que Grec, pour imaginer un Empire qui fît une place aux Barbares vaincus à niveau d’estime égal.

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CTETE TROHIÈE TINET-ELLE DOUBET ?

Dsérodre

Edit (Julien Alexandre) : ce texte est évidemment un « mème internet » et aucune étude de la sorte n’a jamais été menée à Cambridge. L’auteur de ce texte, par ailleurs décliné dans de nombreuses autres langues avec plus ou moins de succès, s’est attaché à respecter un certain nombre de règles de typographie (espacement des lettres, type de police, les mots de base comme « une », « de », « la », « et » sont inchangés), avec un choix de mots relativement simples, tout en limitant les interversions à des permutations de lettres deux à deux, préservant ainsi l’enchaînement consonantique. Cet exemple ne marche que parce qu’il a été soigneusement « monté » pour fonctionner, et il n’est pas possible de généraliser, l’exercice étant rapidement confronté à des limites de lisibilité dès lors qu’on s’affranchit des règles précitées.

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, voici une étude publiée en 2008 dans la revue Les actes de lecture.

Pour les autres, la conclusion s’impose : ce n’est pas demain la veille que vous pourrez vous passer de l’orthographe au nom d’une « étude de Cambridge » !

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COMME DISAIT VICTOR HUGO… À MOINS QUE CE NE SOIT COLUCHE…

Dans une chronique publiée hier dans le New York Times : Milton Friedman, Unperson, Paul Krugman s’en prend à Paul Ryan, une personnalité du parti républicain, qui aurait reproché ceci à Ben Bernanke, le gouverneur de la Fed :

“There is nothing more insidious that a country can do to its citizens than debase its currency.”

Il n’y a rien de plus insidieux qu’un pays puisse infliger à ses citoyens qu’avilir sa monnaie.

Dans The Economic Consequences of the Peace (1919), Keynes écrivait :

« Lenin is said to have declared that the best way to destroy the Capitalist System was to debauch the currency »

On dit que Lénine aurait déclaré que la meilleure manière de détruire le Système Capitaliste est d’avilir la monnaie.

Krugman attribuant à Paul Ryan ce que Keynes attribuait à, dit-on, Lénine ? Ah, ces citations qui flottent au gré des vents, et que l’on répète sans avoir la moindre idée d’où elles viennent ! Enfin, du moment qu’elles sont bonnes !

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