Le chercheur satisfait et DeepL

Ouvert aux commentaires.

Qu’espère un chercheur en fin de carrière ? Il espère que ses idées soient aisément accessibles à un grand nombre de personnes.

J’ai récemment eu (il y a un mois) la satisfaction que la première condition soit remplie sous la forme d’un excellent résumé, présentant en sus la garantie d’un tiers impartial (en l’occurrence, de deux) disant : « Écoutez-moi, ceci mérite d’être lu », ce qui est d’une tout autre qualité que d’en faire soi-même la réclame. Il reste le second souhait, celui du grand nombre de personnes à vous lire, qui pour l’auteur écrivant en français et non-traduit, reste largement inexaucé.

Continuer la lecture de Le chercheur satisfait et DeepL

Partager

Mots du débat et dévoilement de l’imaginaire, par Timiota

Billet invité.

J’écoutais un peu distraitement le début du fameux débat-duel (sans images). J’entendais M. Macron répondre à la violence de son opposante par des « mais » ou des « non » ou des « ne pas/n’est pas » et … ça ne portait pas.

Continuer la lecture de Mots du débat et dévoilement de l’imaginaire, par Timiota

Partager

De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Ouvert aux commentaires.

I- La « mentalité primitive »

Jacques Athanase GILBERT

Votre parcours est particulièrement atypique, marqué en particulier par cette étonnante transition du chercheur au blogueur. Au-delà, votre pensée s’enracine dans le champ de la transdisciplinarité, empruntant à la fois à la philosophie, à l’anthropologie, à la sociologie et à l’économie. Comment appréhendez-vous cet itinéraire ?

Continuer la lecture de De l’anthropologie à la guerre civile numérique, entretien réalisé le 21 mars 2016 (texte complet)

Partager

De l’anthropologie à la guerre civile numérique (VI), Pourquoi – selon nous – les jumeaux ne sont pas des oiseaux, entretien réalisé le 21 mars 2016

Jacques Athanase GILBERT

Vous soulevez la question de la réalité objective au sein de votre ouvrage Comment la vérité et la réalité furent inventées. Celle-ci engage, selon vous, un schéma des relations asymétriques qui se développe à travers le discours scientifique, une option qui apparaît en raison de la structure-même de la langue grecque mais est entièrement absent de la pensée ancienne chinoise, d’essence symétrique, comme sa langue. Continuer la lecture de De l’anthropologie à la guerre civile numérique (VI), Pourquoi – selon nous – les jumeaux ne sont pas des oiseaux, entretien réalisé le 21 mars 2016

Partager

Qui étions-nous ? Comment faire fonctionner une société ? (III) La « pensée chinoise » et la « pensée occidentale » sont bien radicalement différentes

Quant à l’attitude de Jean-François Billeter lui-même dans Contre François Jullien (2006), que peut-on en dire ?

Continuer la lecture de Qui étions-nous ? Comment faire fonctionner une société ? (III) La « pensée chinoise » et la « pensée occidentale » sont bien radicalement différentes

Partager

L’app Yo et la fonction phatique

On parle beaucoup ces jours-ci d’une application pour smartphone qui se contente d’envoyer le message « Yo ». Elle provoque l’engouement pour une raison sur laquelle bien des gens s’interrogent.

C’est l’anthropologue britannique d’origine polonaise Bronislaw Malinowski (1884 – 1942) qui a attiré le premier l’attention (dans un article publié en 1923 : « The Problem of Meaning in Primitive Languages ») sur l’une des fonctions de la parole qui est simplement de retenir l’attention de l’interlocuteur (comme dans « t’vois ? »). Il l’appela la fonction « phatique ».

Il n’avait pas envisagé sans doute que l’on puisse utiliser la parole pour sa fonction phatique uniquement, sans aucun souci de transmettre un message porteur d’une signification quelconque. Il faut dire qu’il est mort en 1942, bien longtemps avant l’invention du SMS.

Partager

Le petit fouineur : parlers kurdes et bretons

Repensant ce soir à mon billet Comment se font les grandes découvertes historiques, je me posais la question si l’étonnante ressemblance entre les danses traditionnelles kurdes et bretonnes, se retrouvait dans un rapprochement possible entre les parlers kurdes et bretons.

Wikipedia m’apprend qu’il existe trois « dialectes » kurdes, appelés « dialectes » parce que ce sont ceux qui se déclarent Kurdes aujourd’hui qui les parlent mais que s’il fallait en juger à partir des simples traits linguistiques, ces parlers sont à ce point différents qu’on parlerait plutôt de « langues » (ceci n’est pas dit dans l’article en français de Wikipedia mais dans celui en anglais).

La question que je me pose, vous l’avez deviné, c’est si l’un de ces dialectes / langues s’apparente aux quatre grands parlers bretons.

Si quelqu’un a une idée là-dessus, qu’il m’en dise un mot. Je vous tiendrai bien entendu au courant.

Partager

« In principio erat sermo », par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité.

Il n’y a pas de langue essentiellement ceci, pas plus qu’il n’y a de peuple essentiellement cela. N’en déplaise aux découpeurs de quartiers de noblesse et aux obsédés du pourcentage racial, les cultures humaines sont impures et mêlées, sauf de rares isolats qui, du reste, le sont peut-être en diachronie séculaire mais pas en diachronie millénaire. Lorsqu’on dit que les Grecs anciens ont assimilé la civilisation au logos et le logos à la seule langue grecque, les autres idiomes étant relégués dans le registre du borborygme et du bégaiement enfantin, propre aux Barbaroi, il faudrait sans doute se demander, comme nous y invite Barbara(!) Cassin, s’il est juste de dire « les Grecs » en général, comme s’ils formaient un groupe homogène, épargné par la tension entre langue écrite et langue orale, entre langue élitaire et langue vernaculaire, entre langue de positionnement et langue de communication. L’universalité de la maîtrise du logos comme trait définitoire du civilisé bute sur l’irréductible xénophobie de certains Grecs cultivés à l’encontre des Barbares, mais aussi à l’encontre des Grecs de la cité voisine. Pensez à l’esprit proverbialement lourd des Béotiens (la Béotie avait Thèbes pour capitale), qui devait aller de pair avec une élocution laborieuse, du moins dans l’esprit des tartineurs de miel de l’Attique ; pensez encore à la rudesse légendaire, pour ne pas dire à la rustauderie des Spartiates. On se rappellera cependant que la puissance spartiate fut abattue à Leuctres, en 371 av. J.-C., par le général thébain Épaminondas, qui était loin d’être un béotien en polémologie. Le Macédonien Aristote, quant à lui, était bien placé pour savoir que le logos n’était pas l’apanage des seuls Grecs bien nés et bien éduqués. La Macédoine avait longtemps été considérée comme un satellite arriéré de la sphère hellénique, aux limites de la Barbarie. Sous Philippe II puis sous Alexandre, elle devint le royaume protecteur de la Grèce tout entière. Sans doute fallait-il être Macédonien, plutôt que Grec, pour imaginer un Empire qui fît une place aux Barbares vaincus à niveau d’estime égal.

Continuer la lecture de « In principio erat sermo », par Bertrand Rouziès-Léonardi

Partager

CTETE TROHIÈE TINET-ELLE DOUBET ?

Dsérodre

Edit (Julien Alexandre) : ce texte est évidemment un « mème internet » et aucune étude de la sorte n’a jamais été menée à Cambridge. L’auteur de ce texte, par ailleurs décliné dans de nombreuses autres langues avec plus ou moins de succès, s’est attaché à respecter un certain nombre de règles de typographie (espacement des lettres, type de police, les mots de base comme « une », « de », « la », « et » sont inchangés), avec un choix de mots relativement simples, tout en limitant les interversions à des permutations de lettres deux à deux, préservant ainsi l’enchaînement consonantique. Cet exemple ne marche que parce qu’il a été soigneusement « monté » pour fonctionner, et il n’est pas possible de généraliser, l’exercice étant rapidement confronté à des limites de lisibilité dès lors qu’on s’affranchit des règles précitées.

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, voici une étude publiée en 2008 dans la revue Les actes de lecture.

Pour les autres, la conclusion s’impose : ce n’est pas demain la veille que vous pourrez vous passer de l’orthographe au nom d’une « étude de Cambridge » !

Partager

COMME DISAIT VICTOR HUGO… À MOINS QUE CE NE SOIT COLUCHE…

Dans une chronique publiée hier dans le New York Times : Milton Friedman, Unperson, Paul Krugman s’en prend à Paul Ryan, une personnalité du parti républicain, qui aurait reproché ceci à Ben Bernanke, le gouverneur de la Fed :

“There is nothing more insidious that a country can do to its citizens than debase its currency.”

Il n’y a rien de plus insidieux qu’un pays puisse infliger à ses citoyens qu’avilir sa monnaie.

Dans The Economic Consequences of the Peace (1919), Keynes écrivait :

« Lenin is said to have declared that the best way to destroy the Capitalist System was to debauch the currency »

On dit que Lénine aurait déclaré que la meilleure manière de détruire le Système Capitaliste est d’avilir la monnaie.

Krugman attribuant à Paul Ryan ce que Keynes attribuait à, dit-on, Lénine ? Ah, ces citations qui flottent au gré des vents, et que l’on répète sans avoir la moindre idée d’où elles viennent ! Enfin, du moment qu’elles sont bonnes !

Partager

PARLER POUR SAVOIR CE QUE L’ON PENSE

Ayant lu mon texte Le secret de la chambre chinoise, publié en 1999 dans la revue L’Homme, et dont j’ai récemment résumé dans Misère de la pensée économique (pages 31 à 37) l’argument niant l’existence de l’intention et du même coup du libre-arbitre, Annie Le Brun attire mon attention sur deux petits textes d’Heinrich von Kleist (1777 – 1811) tout à fait dans le même esprit : Sur l’élaboration progressive des idées par la parole (1806) et Sur le théâtre de marionnettes (1810).

La représentation du mécanisme de la parole que l’on trouve dans le premier texte préfigure en effet celle que j’ai tenté de théoriser dans Le secret de la chambre chinoise et que j’avais modélisée de manière anticipée dans le projet ANELLA (Associative Network with Emergent Logical and Learning Abilities) que j’ai eu l’occasion de réaliser au laboratoire d’intelligence artificielle des British Telecom et dont j’avais rendu compte dix ans auparavant dans Principes des systèmes intelligents (1989 ; 2012) : à savoir que « si ce que l’on dit, on n’a jamais eu ‘l’intention de le dire’, alors ce que l’on dit, on l’apprend seulement – comme quiconque – au moment où on se l’entend dire » (1999 : 190).

Continuer la lecture de PARLER POUR SAVOIR CE QUE L’ON PENSE

Partager

PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS, désormais en librairie

Principes de systèmes intelligents a paru originellement en 1989 chez Masson ; il est réédité par les Éditions du Croquant. Le parfait compagnon de Comment la vérité et la réalité furent inventées (Gallimard 2009).

Avant-propos 2012

« C’est l’histoire d’un mec… », commençaient les histoires du regretté Coluche, et c’est bien le cas ici aussi : c’est l’histoire d’un mec qui, d’une part, s’est émerveillé sept ou huit ans auparavant devant le pouvoir proprement démiurgique de la programmation (on écrit quelques lignes de texte et une machine FAIT ce qu’on lui dit de faire ! Wow !) et qui, d’autre part, à cette époque-là (on est en 1987), entreprend une deuxième psychanalyse (sa première tentative ayant été une totale perte de temps – et d’argent !) et qui, en raison de l’immense talent de son nouvel analyste (Philippe Julien), se convainc que Freud n’était pas seulement un extraordinaire penseur, mais aussi un authentique découvreur de continents.

Et quand donc ce mec rencontre un jour, au cours de ses explorations de plus en plus poussées de la science informatique, l’objet « intelligence artificielle », et qu’il se rend compte que les spécialistes de cette discipline (engagée dans une voie de garage), cherchent à s’en sortir en produisant des modèles de l’humain de plus en plus mathématiques et abstraits, il se dit : « Si l’on veut simuler l’intelligence humaine, c’est la psychanalyse qui a sorti de sa gangue ce qu’il s’agissait d’avoir compris : que le moteur permettant d’animer un univers de mots de manière à produire des phrases qui apparaîtront intelligentes à ceux qui les entendront, c’est l’émotion, autrement dit, une dynamique d’affect ».

Continuer la lecture de PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS, désormais en librairie

Partager

LA DÉHISCENCE DE L’AVOIR, par Martin Chanaud

Billet invité. J’ai interrompu, pour des raisons de logistique, la publication de Principes des systèmes intelligents (1989 ; réédité par Le Croquant le 23 novembre). Ceci n’empêche pas certains d’entre vous de cogiter dans la ligne qu’ouvrait il y a vingt-trois ans mon ouvrage.

Dans Principes des systèmes intelligents (1989 ; rééd. 2012), Jorion fait remarquer le fait suivant : si Tonnerre est un cheval et si le cheval est mammifère, alors Tonnerre est mammifère, tandis que de ce que Coco a des ailes et de ce que ses ailes ont des rémiges, on ne conclut pas que Coco a des rémiges. Ses ailes seules en possèdent, pas lui. Il y a donc une non-transitivité de l’avoir, une sorte d’excès ou de débord qui détache la propriété de son support au fur et à mesure qu’elle s’en éloigne logiquement.

On peut accepter cela comme un fait, utile et même nécessaire à la théorie de l’intelligence artificielle, on peut aussi s’en étonner et soupçonner une raison philosophique profonde qui se déploierait à la manière de ce que Desanti nomme un horizon mathématique. Faisons deux remarques avant d’aller plus loin.

D’abord celle-ci. Dans Principes des systèmes intelligents, la relation d’être et la relation d’avoir assurent la liaison des mots entre eux, qui forment ainsi connectés des chemins, qu’on peut nommer phrases, énoncés, ou parcours sémantiques. Telle est le socle des Principes des systèmes intelligents.

Continuer la lecture de LA DÉHISCENCE DE L’AVOIR, par Martin Chanaud

Partager

PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989), chapitre 13 (I), réédition en librairie le 23 novembre

Je poursuis la publication des chapitres de Principes des systèmes intelligents. Mauvaise nouvelle cependant pour les accros du feuilleton : je ne sais pas si je vais pouvoir continuer la publication du livre sous cette forme. Il ne s’agit pas de punir les accros mais d’une question de logistique uniquement : je repars à Bruxelles et vais devoir faire le forcing sur mon enseignement, etc. Où en est-on ? Presque à la moitié du livre et les notes ont été négligées : une sur cinq à peu près a été publiée. Si je ne parvenais pas à poursuivre le feuilleton, je rappelle que le livre sera en librairie le 23, c’est-à-dire vendredi prochain (et que les cartons ont dû en réalité commencer à arriver mardi 13). Je vous tiens au courant !

13. La signification du mot

La signification

Les chercheurs et les commentateurs de l’intelligence artificielle sont d’accord pour dire que le principal problème que pose aujourd’hui la manipulation de séquences symboliques (appelées indifféremment ici « mots » selon l’usage commun de la langue, ou bien « signifiants ») est celui de la signification. Or, nous ne disposons pas d’une théorie de la signification, et une représentation de son mécanisme nous fait entièrement défaut.

La première remarque à faire est que ce qui pose un problème, ce n’est pas que nous ne comprenions pas le fonctionnement de cette chose que nous appelons la signification, c’est plutôt que nous ne savons pas ce qu’elle est. Autrement dit, nous ne savons pas ce que le mot veut dire. La signification est ce que Descartes appelait une « idée confuse ». Tant que nous ne saurons pas ce qu’est cette chose, il n’y a aucune chance que nous comprenions comment cette chose fonctionne. Socrate aborde un problème de cette manière, et lorsque Ménon lui demande comment s’acquiert la vertu, il répond :

« Quand je ne sais pas ce qu’est une chose, comment saurais-je quelles en sont les qualités? » (Platon 1 [1950] : 514).

Continuer la lecture de PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989), chapitre 13 (I), réédition en librairie le 23 novembre

Partager

PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989), chapitre 12 (III), réédition en librairie le 23 novembre

Je poursuis la publication des chapitres de Principes des systèmes intelligents. Qu’est-ce qui nous pousse à causer ?

L’affect et la pertinence

À quoi peut nous servir de savoir que chez l’homme les valeurs d’affect trop élevées attachées à certains signifiants interdisent l’accès à certaines parties de la mémoire ? Cette observation est capitale pour la guérison des névrosés, mais elle ne présente qu’un intérêt limité pour la mise au point des systèmes intelligents : il s’agit là, comme pour l’association matérielle, de quelque chose de l’ordre du « ratage », dont il vaudrait mieux épargner les effets à un système intelligent.

En réalité l’affect a partie liée avec la pertinence et avec les choix qui se présentent à l’occasion du parcours d’un réseau mnésique. En voici une illustration. Quelqu’un reçoit une lettre du percepteur lui réclamant une somme importante au titre d’arriérés d’impôts. Accompagnant cette lettre est une note manuscrite lui disant de ne pas s’inquiéter : il s’agit d’une erreur qui a déjà été enregistrée. Comme un numéro de téléphone est mentionné, la personne décide d’appeler tout de même la perception – jugeant qu’on n’est jamais trop prudent dans ce genre d’affaires. La préposée est malheureusement absente pour quelques jours. Durant toute la journée, la personne demeure cependant « soucieuse». Ayant décidé d’analyser sa préoccupation, elle constate la chose suivante : quel que soit l’objet qui retienne son attention à un moment donné, sa « pensée » parvient à chaque fois à parcourir une suite d’enchaînements associatifs qui débouchent sur l’idée d’« impôts ». À ce moment-là, ses associations s’interrompent, et elle ressent l’affect : elle souffre, elle est « soucieuse ». Si elle est en compagnie, ses conversations subissent le même processus : elle rapportera l’anecdote, une, deux, de multiples fois, et si elle se rend compte alors qu’elle ennuie son entourage en manifestant ainsi son souci, elle s’aperçoit que les autres sujets qu’elle parvient à évoquer tournent cependant tous autour de sa préoccupation : elle parle du taux de change du dollar, d’administrations kafkaïennes, et ainsi de suite.

Continuer la lecture de PRINCIPES DES SYSTÈMES INTELLIGENTS (1989), chapitre 12 (III), réédition en librairie le 23 novembre

Partager