Archives par mot-clé : « 2001 L’Odyssée de l’espace »

« Tu es terminé », par Cédric Chevalier

Billet invité. À propos de la vidéo Le temps qu’il fait le 15 août 2014 : Le Grand Décentrement (la retranscription est ici).

Après le « Temps qu’il fait » de Paul Jorion du 15 août 2014, au sujet du « Grand Décentrement », je n’ai pu m’empêcher de repenser à un film de science-fiction qui figure parmi les meilleurs du genre selon moi. Bien que centré de prime abord sur une montagne de muscle qui parcourt sans s’émouvoir des scènes de combat à mains nues, de cascades, d’explosions, de poursuites et de tirs au moyen d’un arsenal qui comprend tous les calibres,  Terminator (et ses suites) n’est pas un film d’action comme les autres.

Servi par un scénario et un acteur exceptionnel, il est un exemple frappant de ces œuvres qui donnent toutes ses lettres de noblesse à ce genre qu’est la science-fiction. La science-fiction est née dans l’histoire au moment où la technologie envahissait peu à peu l’environnement jusque-là « low tech » de l’Humanité. A mesure que l’Homme était dépassé par ses créations, par ses machines et son infrastructure, des artistes, toujours à l’avant-garde des évolutions sociétales, imaginaient des futurs qui extrapolaient les tendances contemporaines. L’anticipation de la technologie du futur et de ses mondes lointains est devenue un moyen d’explorer les possibles politiques, sociaux, économiques, moraux de l’Humanité. « L’expérience mentale » explicite chère à la philosophie s’est vulgarisée et popularisée dans des romans et des films, de manière symbolique et implicite. La convention avec le lecteur ou le spectateur a perduré jusqu’à aujourd’hui, où la science-fiction est devenue un genre bien établi.

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Le temps qu’il fait le 15 août 2014 : Le Grand Décentrement (retranscription)

Olivier Brouwer a eu l’amabilité de retranscrire ma vidéo produite hier.

Bonjour, nous sommes le vendredi 15 août 2014, et dans le pays où j’habite, eh bien ça s’appelle l’Assomption, c’est une fête : c’est la montée au ciel de la vierge Marie qui est la mère de Jésus-Christ. C’est le genre de choses qu’il faut répéter à des époques comme la nôtre où les religions font à nouveau énormément de dégâts… J’y faisais allusion hier dans une petite note à propos de robots : c’est qu’à partir du moment où nous nous rendons compte que nous allons mourir comme individus, quand nous nous en rendons compte au niveau de notre espèce, sans doute parce que nous commençons à parler et que nous échangeons des propos [comme quoi] nous allons mourir individuellement, on invente cette chose merveilleuse qui est de dire « non ce n’est pas vrai, nous allons vivre éternellement », et alors, dès qu’il y a des voisins qui présentent la même histoire, la même fadaise, sous une forme un tout petit peu différente, nous commençons à nous taper sur la figure. Donc voilà, il fallait dire ça.

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COMPLEXITÉ ET EFFET « SKYNET »

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Le monde dans lequel nous vivons aujourd’hui s’est rapproché de celui que l’on voyait représenté dans les films de science-fiction des années 1950, dont certains étaient d’ailleurs excellents en raison des questions de fond qu’ils posaient quant à la prise de pouvoir par les machines ou plus simplement à notre perte de maîtrise sur le monde dû à leur envahissement, envahissement que nous avons activement encouragé depuis plusieurs siècles. Le film 2001, l’Odyssée de l’espace (1968), s’achève par un combat entre la machine à qui la mission a en réalité été confiée et qui sait comment la mener à bien, et le membre d’équipage humain dont le sacrifice a été lui programmé ; c’est l’arrogance de ce dernier, incapable d’imaginer même qu’on ait pu le priver de la responsabilité de la mission, qui fait qu’il se rebiffe et qu’il parviendra à se sauver – même si la nature de son salut se révèle alors très problématique.

Le High Frequency Trading fait que les marchés boursiers sont aujourd’hui la proie des automates qui s’affrontent dans des duels se déroulant dans leur espace. Derrière les algos, il y a bien sûr des programmeurs, qui sont les auteurs de ces logiciels, et qui peuvent en examiner les effets en fin de journée, et corriger le tir si nécessaire, voire introduire des améliorations et apporter des innovations. Il n’empêche que certaines techniques d’apprentissage pour ces algos, comme les réseaux neuronaux ou les algorithmes génétiques (au comportement intime impénétrable à des yeux humains), rendent leurs comportements très largement autonomes tant qu’ils sont à l’œuvre. S’exerce désormais du coup, ce que l’on a pris l’habitude d’appeler l’« effet Skynet », du nom du réseau informatique tout-puissant dans le cycle cinématographique Terminator, où les êtres humains n’interviennent plus que dans un contexte global où les décisions majeures sont en réalité prises par une confédération d’ordinateurs.

La question qu’il faut se poser aujourd’hui le plus sérieusement du monde, c’est : disposons nous encore du pouvoir sur les ordinateurs et sur les automates (à part celui bien entendu de couper le courant), et si nous l’avons perdu, comment faire pour le reprendre ?

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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