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LE RÉGULATEUR (S’ADRESSANT À NOUS) : « Si c’est comme ça, qu’est-ce qu’vous voulez que j’fasse ? »

Vous vous souvenez de l’affaire du LIBOR ? Un ensemble de banques se voient demander quels sont les taux qu’exigent leurs consœurs pour leur prêter à diverses échéances, et au lieu de communiquer les vrais chiffres, elles transmettaient ceux qui les arrangeaient. Parfois même, des autorités leur suggéraient de le faire pour « aider la conjoncture », c’est-à-dire pour soutenir le moral des troupes.

Elles ont fini par être pincées. On ne leur a pas interdit de continuer de le faire – elles sont trop systémiques, trop susceptibles d’entraîner le système tout entier dans leur chute, et donc parfaitement invulnérables – on leur a infligé de très fortes amendes (et ce n’est pas fini). Bien sûr, ce sont leurs clients, c’est-à-dire vous et moi, qui paieront ces amendes, mais enfin, on leur a quand même tapé sur les doigts et on les oblige de recalculer leur chiffre d’affaires prévisionnel (ce qui n’est pas une mince affaire !).

Cela, c’est quand cela se passe bien pour le régulateur. Quand cela se passe mal, on met au point les mesures à prendre, puis on en informe les intéressés, qui répondent : « Pas question ! » et le régulateur se tourne alors vers nous d’un air penaud en disant : « Si c’est comme ça, qu’est-ce qu’vous voulez que j’fasse ? »

Je vous en avais brièvement rapporté deux exemples le mois dernier dans mon billet Les lobbystes et nous. Voici ce que j’y disais :

Une nouvelle loi américaine oblige à mentionner sur les produits contenant certains minéraux que leur extraction alimente les conflits en Afrique centrale.

Trop cher pour les entreprises ont dit les lobbyistes ! À la trappe !

La Securities and Exchange Commission (SEC), le régulateur des marchés financiers aux États-Unis, a mis au point un ensemble de mesures permettant d’empêcher que ne se reproduise l’effondrement du marché des capitaux à court terme (money market), dont coût, plus de six cents milliards de dollars aux contribuables américains, plus quelques centaines de milliards d’euros aux contribuables européens.

Trop cher pour les banques ont dit les lobbyistes ! À la trappe !

Nouvel exemple ces jours-ci d’un cas où cela se passe mal pour le régulateur : le prix des produits pétroliers.

L’année dernière, le G20 avait demandé à l’IOSCO (International Organisation of Securities Commission) qui fédère les régulateurs nationaux sur le marché des titres, de proposer une réglementation du marché du pétrole. Une réunion vient de se tenir à laquelle ont participé l’Agence Internationale de l’énergie, l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole) et les compagnies Total et Shell.

Une belle unanimité s’est fait jour parmi tous ceux-ci : ils ont dit qu’ils n’avaient aucune envie d’être réglementés. Les compagnies pétrolières présentes ont ajouté que si on continuait à leur faire des misères, elles cesseraient tout simplement de transmettre les données relatives aux prix.

Les banques prises la main dans le sac à manipuler les taux du LIBOR, n’ont pas fait preuve du même cran. Je suppose que la différence vient du fait que l’option de mettre à l’amende l’Agence Internationale de l’énergie, l’OPEP, et les compagnies pétrolières dans leur ensemble, est plus difficile à mettre en place.

Que vient de faire l’IOSCO ? Hé, vous connaissez déjà la réponse : elle se tourne vers nous d’un air penaud et nous dit : « Si c’est comme ça, qu’est-ce qu’vous voulez que j’fasse ? »

 

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