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L’homme invisible est nécessairement déprimé

L’homme invisible est nécessairement déprimé

À propos de Patricia De Pas, Figures littéraires de la dépression, Paris : Serge Safran éditeur 2021, 151 pages

Le contrat social, conçu par l’Anglais Thomas Hobbes, et mis au point par le citoyen de la République de Genève qu’était Jean-Jacques Rousseau, suppose qu’un petit groupe de nos aïeux se soient un jour concertés puis mis d’accord pour sacrifier une part de la liberté dont été faite leur périlleuse vie solitaire pour gagner en sécurité dans un pacte commun qui unirait leurs efforts.

Il s’agit d’une légende bien entendu : un tel événement n’a jamais eu lieu. Le mythe est cependant puissant puisqu’un scientiste aussi militant que Sigmund Freud allait encore le répétant. Et pourtant, deux millénaires auparavant, Aristote le Stagirite, disait déjà de l’animal Homo sapiens  : « zoon politikon », à entendre comme « animal vivant en société ».

Un animal vivant à ce point en société qu’isolé durant de longues périodes, il perd tout repère. Tout lecteur de Defoe aura compris que s’il n’avait rencontré Vendredi, Robinson Crusoé aurait sombré dans la folie. Le confinement solitaire est d’ailleurs un supplice bien connu.
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L’ÉCONOMIE DU DISCERNEMENT, par Bertrand Rouziès-Léonardi


Lucas Cranach l’Ancien, Adam et Ève, 1528.

Billet invité.

Partons du commencement. Soit un extrait très fameux de la Genèse, 3, 1-13 : « [Le serpent] dit à la femme : « Alors, Dieu a dit : “Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin” ? » La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort.” » Le serpent répliqua à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et ils connurent qu’ils étaient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. Yahvé Dieu appela l’homme : « Où es-tu ? », dit-Il. « J’ai entendu Ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » Il reprit : « Et qui t’a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ! » L’homme répondit : « C’est la femme que Tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! » Yahvé Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là » Et la femme répondit : « C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé ! » »

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