L’ÉCONOMIE DU DISCERNEMENT, par Bertrand Rouziès-Léonardi


Lucas Cranach l’Ancien, Adam et Ève, 1528.

Billet invité.

Partons du commencement. Soit un extrait très fameux de la Genèse, 3, 1-13 : « [Le serpent] dit à la femme : « Alors, Dieu a dit : “Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin” ? » La femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l’arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : “Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sous peine de mort.” » Le serpent répliqua à la femme : « Pas du tout ! Vous ne mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s’ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. » La femme vit que l’arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu’il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et ils connurent qu’ils étaient nus ; ils cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes. Ils entendirent le pas de Yahvé Dieu qui se promenait dans le jardin à la brise du jour, et l’homme et sa femme se cachèrent devant Yahvé Dieu parmi les arbres du jardin. Yahvé Dieu appela l’homme : « Où es-tu ? », dit-Il. « J’ai entendu Ton pas dans le jardin, répondit l’homme ; j’ai eu peur parce que je suis nu et je me suis caché. » Il reprit : « Et qui t’a appris que tu étais nu ? Tu as donc mangé de l’arbre dont je t’avais défendu de manger ! » L’homme répondit : « C’est la femme que Tu as mise auprès de moi qui m’a donné de l’arbre, et j’ai mangé ! » Yahvé Dieu dit à la femme : « Qu’as-tu fait là » Et la femme répondit : « C’est le serpent qui m’a séduite, et j’ai mangé ! » »

La simplicité de la langue, dans la Genèse, ne doit pas désarmer l’exégèse. Non plus que son caractère sacré, puisque les spéculations kabbalistiques, qui font du chiffre (sefar) avec la lettre (sefer), s’autorisent tous les tours de bonneteau depuis plus de deux millénaires. Osons y mettre les doigts à notre tour. Cet extrait présente plusieurs anomalies. Nous passerons vite sur la réponse du serpent à l’objection d’Ève, qui met en concurrence Dieu et les dieux (Deus et dii), comme si ces prémices monothéistes du monde étaient contaminées par le pullulement polythéiste à venir, variante théologique de la diaspora linguistique postbabélienne. Non, l’étrangeté se niche essentiellement dans le décalage entre les vertus proclamées du fruit de l’arbre et ses effets concrets. D’abord, la connaissance qu’il est censé procurer est limitée au discernement du bien et du mal. Or, les premières choses qu’Adam et Ève discernent après avoir mangé du fruit, ce sont leurs sexes respectifs. La distribution symbolique bien/sexe de l’homme vs mal/sexe de la femme n’est pas opérante puisque la femme est une extension de l’homme, y compris dans la dénomination (’îsh = « homme » en hébreu, ’îshsha = « femme »). Le domaine du mal ne peut être considéré comme une extension du domaine du bien. La conjonction et qui les met en rapport est clivante et inféconde, contrairement à celle qui met en rapport nos deux innocents. Parler du discernement des sexes ressortit même à l’extrapolation, car Adam et Ève connaissent avant tout qu’ils sont nus. Nudité physique, mais aussi nudité morale. Ils ont mangé du fruit, mais ils ne s’en trouvent pas plus avancés. Ont-ils seulement honte ? Le texte ne le dit pas explicitement. Cette découverte de leur nudité leur permet surtout d’exercer pour la première fois leur sens esthétique, puisqu’ils se confectionnent des pagnes avec des feuilles de figuier, un arbre dont le fruit, sorte de scrotum à pédoncule, ramène au sexe. La coquetterie, comme art du détour, commence ici sa carrière. Un sexe qui se cache, c’est déjà un sexe qui joue.

Il faut attendre que Dieu arrive pour apprécier réellement la nature de la connaissance acquise. Au bruit de Son pas, les époux se dissimulent. Dieu appelle. Appel de pure forme, car rien ne Lui échappe ; on se cache devant Lui, on ne se cache pas de Lui. Dans sa réponse, Adam ne dit pas qu’il a eu honte, mais qu’il a eu peur. La peur (peur du châtiment) peut être une conséquence de la honte, mais peut aussi bien s’en passer. La peur de se faire battre et la peur d’avoir fauté n’animent pas les mêmes ressorts. Au surplus, la peur qu’on éprouve après avoir transgressé une règle ne nous dit pas si cette règle est bonne ou mauvaise. La peur n’aide pas au discernement du bien et du mal. Après avoir dissimulé leur sexe et s’être dissimulés, avec le succès que l’on sait, Adam et Ève peinent à dissimuler leur embarras. Le récit nous apprend qu’ils se sont cachés parce qu’ils ont entendu le pas de Dieu. Pourtant, Adam laisse planer un doute quant à la cause de ce geste : la proposition « j’ai eu peur » est encadrée par une proposition causale explicite fausse : « parce que je suis nu » (la nudité ne l’embêtait pas tant que cela avant l’arrivée de Dieu), et par une proposition causale implicite, déjà plus crédible : « J’ai entendu Ton pas ». Histoire d’ajouter au désordre moral, Adam rejette la faute sur sa compagne, ce qui revient à faire d’un bien – l’aveu d’une faute (encore que l’aveu ne soit pas clair) – un mal – le déni de sa coresponsabilité. Pire. Il assortit cette défausse d’un reproche à Dieu Lui-même, en Lui rappelant que c’est Lui qui a mis Ève auprès de lui. Dieu lui aurait-Il tendu un piège ? Quand Ève se défend, elle accuse le serpent de l’avoir séduite. Sauf que s’il est dit que le serpent est rusé, il n’est pas dit qu’il soit séduisant. C’est bien plutôt l’arbre lui-même qui est qualifié de tel. Le désir qu’il inspire est déjà en soi un pousse-au-crime. Ce fait, si évident à la lecture, est passé inaperçu de la plupart des illustrateurs anciens et modernes, pour ne pas parler des exégètes. Quelques-uns, comme Lucas Cranach l’Ancien, ont touché le problème, sans oser, cependant, l’aborder de front. En tordant le tronc de l’arbre et en le marquetant d’écailles, ils ont suggéré que le serpent pouvait en être un produit dérivé, soit comme branche vivante, soit comme ver échappé du fruit.

L’arbre de la connaissance du bien et du mal est, en effet, un piège, un piège retors de pédagogue. Les théoriciens du péché originel, négligeant le fait que l’histoire de la descendance adamique est celle d’un déploiement et d’un approfondissement de la morale, et non du crime (notre époque n’a pas l’apanage des hécatombes), y sont tombés à pieds joints. Ce ne sont pas le bien et le mal qui posent problème. Ils préexistent à la « chute » dans le texte biblique : « Et Yahvé Dieu fit à l’homme ce commandement : « Tu peux manger de tous les arbres du jardin. Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu ne mangeras pas. » » (Genèse, 2, 16-17). Aucune définition n’en est donnée et pour cause : Dieu, apparemment, a édicté une unique règle ; le bien et le mal s’ordonnent autour de celle-ci. Voir dans l’égarement du premier couple le point de départ d’une malédiction, c’est réduire à presque rien la portée de la leçon. Ce qui est interrogé, c’est la connaissance que nous avons du bien et du mal. Adam et Ève sont nus parce qu’ils n’ont pas de morale à eux, parce que Dieu a tous les paramètres en main et qu’il n’en livre que des fragments. Allez donc vous faire une morale qui tienne chaud avec des haillons ! Nus, encore, parce qu’ils découvrent que les choses ne leur parlent pas, sinon pour les induire en erreur. Jusque-là, ils recevaient les choses sans chercher à en pénétrer eux-mêmes les affinités mystérieuses (celles entre le serpent et l’arbre, par exemple). Le monde les portait mais ils ne portaient pas le monde. Dieu leur fait alors comprendre, par le moyen d’un piège grossier (un interdit portant sur un objet rendu éminemment désirable par sa position centrale), ce qu’il en coûte de s’interdire de penser : on mène une vie de proie. Chassés du paradis, Adam et Ève apprennent à se mettre en chasse, à édicter leurs propres règles, d’où sortiront les lois des nations. Leur « chute » est un ressaisissement qui fonde une économie du discernement. Les premiers hommes n’eurent pas la vie facile, Dieu dut parfois les rappeler à l’ordre (décalogue), mais c’est par une connaissance toujours plus affinée d’eux-mêmes et de leur environnement qu’ils purent, dans un espace donné, définir une morale commune et y rapporter partiellement leur morale individuelle.

Les critères du bien et du mal sont multiples, variables d’une culture à l’autre, d’une échelle à l’autre, et parfois permutables. L’erreur ordinaire consiste à essentialiser le bien et le mal, comme s’ils étaient inscrits dans la texture même d’êtres et d’objets dont ils ne font qu’orienter l’action et l’emploi. La question : « Cette chose est-elle bonne ou mauvaise ? » est idiote. Elle masque une chaîne de questions qui oblige l’esprit en envisager bien plus de cas de figure que tout ce qu’une vie entière de bourlingue peut épingler dans un logbook ou un ordinateur emmagasiner pour calculer la faisabilité d’une cotation [1]. La vraie question est : « Cette chose est-elle bénéfique ou nuisible, et à qui ? » Elle se décline à l’infini dans chacune de ses composantes, la « chose » y compris, puisque celle-ci n’est pas un ensemble fini, confit dans un sens univoque. À ce niveau, on peut aussi se demander s’il est sain de graduer la nuisance, de composer avec la souffrance. Changeons d’étage. Si cette chose est bénéfique à quelques-uns et nuisible à la plupart, peut-on en inférer qu’elle doit disparaître ? – La mort est bénéfique à quelques créatures (croque-morts, vers nécrophages), mais la plupart, sinon toutes les créatures pâtissent de la mort. Est-il souhaitable que la mort disparaisse ? Mais de quelle mort parle-t-on ? Mort douce, mort assistée, mort violente ? La violence est-elle un critère disqualifiant, sachant que le suicide, mort voulue et non subie, est souvent une mort violente ? Faut-il interdire le suicide ? Ne faut-il pas plutôt s’inquiéter d’empêcher que ne s’instaurent les conditions du suicide ? Chacun de nous n’est-il pas responsable du tour que prendra la mort de son prochain comme de son lointain ? Brisons là, pour ne pas fatiguer le lecteur.

Il n’est pas de meilleure illustration de ce vertige qui nous emporte dès lors que nous essayons de discerner que le « premier roman » [2] d’André Gide, Les Faux-monnayeurs (1925). Gide y installe l’éthique dans la dépendance de l’esthétique. Autrement dit, la morale qu’il rêve et qu’il s’efforce de pratiquer s’inscrit dans une perspective formelle constamment redimensionnée. Le discernement gidien tourne autour de son sujet en remontant la spire dialectique. Position, opposition, composition. Il faut passer par tous les points de vue pour connaître. L’acmé du roman est la mort du jeune Boris, souffre-douleur de la pension Vedel. Cette mort est entretissée avec tous les autres fils du récit, comme si tous y menait, comme si tous les personnages dont ils déroulent le parcours prenaient part à cette mort depuis le début. Si le fragile Boris est « suicidé » par ses camarades, c’est parce qu’Édouard, à Saas-Fée, a convaincu la doctoresse Sophroniska, qui suit le garçon, de le mettre en pension. Si Édouard se trouve à Saas-Fée, c’est parce qu’il a promis à son ami La Pérouse de s’occuper de son petit-fils Boris. Si Édouard, lors de son passage à Paris, fait cette promesse à La Pérouse, c’est parce que Bernard, lecteur indiscret de son journal, lui a suggéré de la faire. Si Bernard connaît ce journal, c’est parce qu’il a ramassé le ticket de consigne perdu par Édouard à la gare Saint-Lazare et qu’il lui a pris sa valise. La distraction d’Édouard s’explique par son émoi amoureux et la présence de Bernard à Saint-Lazare, par le fait que son ami Olivier lui a confié qu’il s’y rendrait. Bernard est instruit de cette intention parce qu’Olivier l’a hébergé provisoirement. Bernard, en effet, a fui le domicile parental, suite à la découverte fortuite de lettres révélant sa bâtardise. Tout part d’une pendule que le jeune homme déplace pour la réparer… Le hasard objectif cher aux surréalistes multiplie les jets de dés. Toutefois, dans la mesure où la responsabilité de tous ces personnages est engagée, où la chaîne de leurs actions, plus sûrement que les agissements des pensionnaires, entraîne la mort d’un enfant, nous sommes invités, nous lecteurs et acteurs de l’histoire réelle, à connaître l’étendue de nos pouvoirs. Les Faux-monnayeurs est une variation sur la serendipity théorisée par Horace Walpole, cet art de construire un savoir à partir d’un rien qui passe, car le rien, comme le savent les disciples de Sherlock Holmes, est une réduction du tout. L’économie du discernement fait naître un monde d’un grain.

Nous voyons par là que pour juger d’une chose, il faut tenir compte de tous ses miroitements, dans le cadre où elle se donne et hors cadre, et ne pas s’y laisser prendre. La tâche paraît surhumaine. Le scepticisme et le relativisme conjuguent leurs efforts pour nous dissuader de discerner. Quand on songe que la spéculation, initialement, est observation, tri, on se demande comment il se fait que les activités spéculatives en bourse, si mathématiquement quadrillées, donnent lieu à de tels désordres, à de tels errements, à de telles approximations. C’est que le système, Méduse médusée, s’hypnotise lui-même ; il se bâfre de données livrées en vrac qui substituent la pulsion à la pulsation vitale ; il s’étourdit d’algorithmes fous qui renseignent plus sur sa folie que sur l’état de l’économie. Cette spéculation-là n’est pas tant spéculative que spéculaire. Elle évolue en boucle fermée et pas en boucle ouverte, comme la dialectique. La spéculation n’est ni bonne ni mauvaise en soi. C’est l’appauvrissement de sens que lui fait subir un certain nombre d’acteurs économiques qui la rend nuisible. Elle ne deviendra bénéfique que si elle parie sur son propre dépassement. Il me semble qu’un signal fort a été émis dans cette direction depuis la Vrije Universiteit de Bruxelles.


[1] Voir ce que dit Paul Jorion, dans Le prix, Éditions du Croquant, 2010, p. 176, de la fonction différentielle concoctée par Black & Scholes.

[2] Dédicace à Roger Martin du Gard.

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150 réflexions sur « L’ÉCONOMIE DU DISCERNEMENT, par Bertrand Rouziès-Léonardi »

  1. @Germanicus

    ” De charactère réligieuse ou pas, elle sert toujours à la même chose: clarifier les rôles des dominateurs et ceux des dominés. Et légitimer le châtiment de ceux qui ne conforment pas aux lois établies par les dominateurs”

    C’est exactement ce que je pense.
    Et lorsque le texte est un peu trop flou, il suffit d’inventer un “nouveau testament” et, pour bien enfoncer le clou, faire remonter l’origine de sa famille au roi David, ou au prophète selon l’endroit.
    Après, une bonne dose d’endoctrinement des masses incultes, quelques têtes tranchées par-ci, par-là, une bonne inquisition pour bien faire passer le message et les moutons sont près à être tondus.
    Bon, c’est très schématisé mais en gros c’est çà !

  2. « … Les critères du bien et du mal sont multiples, variables d’une culture à l’autre, d’une échelle à l’autre, et parfois permutables. L’erreur ordinaire consiste à essentialiser le bien et le mal, … ».

    Si j’ai bien compris, une morale en référence à la notion du bien et du mal, n’est qu’un déguisement des routines comportementales motivées par des études de nuisibilité. C’est tout à fait dans la logique d’une attitude réfléchie de l’être humain qui, avant d’agir, développerait un raisonnement de causes à effets, rechercherait les conséquences logiques des actions envisagées et, selon celles-ci, déciderait des modalités de son comportement.
    La morale n’est alors qu’un raccourci commode, donc utile, pour dicter des comportements appropriés dans les situations courantes, maintes fois analysées, pour choisir sans perdre de temps dans des raisonnements de causalité où la logique pourrait s’égarer.
    Les contingences étant différentes selon les lieux, les attitudes comportementales recommandées diffèrent dans les diverses civilisations et suivant les époques.

    Sans rejeter radicalement le raisonnement, j’y vois des lacunes.
    Les comportements sont, au moins pour partie, dictés par des fonctionnements cérébraux inconscients, pour certains vraisemblablement acquis, certes, mais pour d’autres innés. Il y aurait-il une « morale » innée ?
    Une étude de nuisibilité ne peut être menée qu’en fonction d’objectifs à atteindre. Chacun est confronté à sa situation fondamentale d’être humain, celle de devoir orienter son action, dans un contexte de concurrence avec ses semblables, tout en étant dans l’absolue nécessité de collaborer avec eux. Où trouver des repères communs, des valeurs sociétales partageables, pour équilibrer intérêt individuel et intérêts collectifs ? La nuisibilité pour les uns peut être bénéfique pour d’autres. Qu’est-ce qu’une « guerre juste », même si elle n’est qu’économique ?
    Finalement, la morale doit-elle être abordée sous l’angle du raisonné ou du ressenti ?

    Pour en venir à la spéculation, objet final du billet, sans aller jusqu’à impliquer une interrogation sur le bien et le mal, l’étude de nuisibilité peut être rapidement bouclée, me semble-t-il : La vie est fondamentalement inégalitaire et la concurrence est difficile à gérer car elle génère des tensions, pénibles à supporter, à la fois pour les individus et pour l’espèce. La spéculation n’est qu’un moyen auto-accéléré de détourner au profit de certains (favorisés par la vie) les richesses fabriquées par d’autres (défavorisés par la vie), par leur travail et leur peine. Elle ne crée rien de tangible, elle fait simplement grimper le cadran du compteur de pouvoir de consommation pour des favorisés sans rien fournir de tangible au reste de la collectivité, sinon de la peine, de l’envie et de la rancune. Il suffit, pour arriver à cette conclusion, d’analyser les conséquences finales, un peu partout, des différents mécanismes de spéculation, sans s’arrêter simplement aux effets sur le portefeuille du spéculateur.
    C’est un outil autoalimenté d’écartèlement de la fracture sociale, donc un générateur de tensions dangereuses, et de distorsion des productions (avec des effets destructeurs de l’environnement entre autres). C’est pour beaucoup d’observateurs une nuisance car elle peut, par ses effets, mener brutalement n’importe qui, aveuglément, d’un statut social quelconque à celui de victime collatérale des dislocations violentes et anarchiques, conséquences habituelles des tensions trop excessives.

    « Elle ne deviendra bénéfique que si elle parie sur son propre dépassement. Il me semble qu’un signal fort a été émis dans cette direction depuis la Vrije Universiteit de Bruxelles »

    Il y a sans doute des moyens plus immédiatement opérationnels de la mettre au pas sans tergiverser.

  3. Bonjour à tous,

    Un billet très intéressant.
    La recherche d’un lien de causalité entre nos mythes culturels – dont ceux de la genèse et du meurtre d’Abel par Caïn – et la situation de crise à laquelle l’humanité doit faire face constitue en effet une réflexion des plus intéressantes.

    Daniel Quinn, un auteur, philosophe de l’écologie, s’est déjà penché sur le sujet et a partagé sa réflexion au travers de ses livres, dont le roman Ishmael. Je vous recommande vivement la lecture de dernier. La version française n’a pas été rééditée, par contre vous pouvez la trouver sur le web au format pdf.

    frishmael.files.wordpress.com/2010/10/daniel-quinn-ishmael-fr.pdf

  4. @ Bertrand Rouziès

    Merci d’avoir interprété ces pages du livre de Genèse.

    Dans ces pages, les enfants de Dieu ne sont pas les seuls dont la nudité est révélée au grand jour. C’est le Diable aussi qui est ici mis à nu, ainsi que son but de briser tout Lien entre Dieu et L’Homme.
    Montrer les agissements du Diable c’est par effet de ricocher montrer aussi Dieu. Car il peut y avoir Dieu sans un Diable ; il ne peut y avoir un Diable sans Dieu. Au coeur de ces évènements – si on oublie un instant la désobéissance et la découverte de la sexualité – c’est la tentative de la part du Diable de pousser Dieu à répudier sa création récente dans un moment où il se sent trahi, la tentative de faire en sorte que Dieu détruise son Oeuvre, se détruise.
    Mais Dieu ne tombe pas dans le piège. Il tient sa promesse et applique son jugement. Quel jugement ?
    On parle beaucoup de l’arbre dont les deux enfants mangent le fruit – on ne parle jamais de cet autre arbre dont les fruits ne furent pas interdits : l’arbre de vie. Deux arbres dans un jardin, donc, mais un seul est interdit. Bizarre ! Qu’est-ce qui aurait empêché Adam et Eve de manger de l’arbre de vie, et de vivre éternellement ?
    C’est parce que, à mon avis et malgré ce qui est dit plus tard ligne 22, l’arbre de vie n’existe pas encore, et ne naîtra que plus tard de la descendance même des deux enfants du jardin : c’est l’arbre de Jessé, fruit de la sexualité humaine. Le Diable a poussé au Mal et à la Désobéissance, a tenté Dieu, mais au prix de révéler à Adam et à Eve une sexualité qui donnnera lieu par la suite à leur Salut et à leur Réconciliation définitive avec Dieu.
    Le Diable n’a été ici que l’architecte de sa propre mise à néant ! Il sème la zizanie, certes, mais une zizanie qui contient les graines de l’antidote incarné qui anéantira l’oeuvre du Diable.

    Par ailleurs, l’homme et la femme ne sont pas punis parce qu’ils sont nus et sexués, mais parce qu’en cachant leur nudité ils essaient tous les deux de se cacher de Dieu – leur nudité étant le rappel cuisant et constant du Dieu qu’ils n’ont pas su écouter. A la commande de Dieu ils ont préféré les paroles de Satan.

  5. Sur l’interpretation de la Genese, je vous recommande l’interpretation de Annick de Souzenelle qui est reparti du texte hebreu

    http://www.dailymotion.com/video/xcpv3j_le-feminin-sacre-dans-l-emission-le_school

    “Explorer le sens du féminin : à partir d’une lecture du texte biblique en hébreu, Annick de Souzenelle, nous introduit dans cette dimension essentielle. Scrutant la Genèse, elle s’inscrit en faux contre l’image d’une Eve « sortie de la côte d’Adam », pour mettre en évidence Isha, « l’autre côté d’Adam », la réalité féminine présente en chacune de nous. Elle réinterprète ensuite d’autres grandes figures de la Bible -Marie, Marie-Madeleine, Lot ou Lazare – pour les replacer dans une perspective mystique dans laquelle l’âme de l’homme est une « fiancée » promise aux noces divines.

    1. c’est drole c’est exactement la réflexion que je me suis faite au début
      et si la cote n’était pas la cote telle que nous la situions aujourd’hui?

      Adam fait de glaise et Eve un peu cruche ça va ensemble

      et puis si elle n’avait pas mangé la pomme serait-il encore un imbécile heureux?

  6. C’est très audacieux, l’Éden serait amoral, un peu comme la “guerre” (en attendant la victoire, beaucoup d’amoralité ce résume à: c’est la guerre), la “crise” a aussi cette posture amoral, que voulez vous que fasse l’état, c’est la crise.
    Le billet est intéressant, mais la connexion entre l’Eden, les faux monnayeurs et le sens spéculatif, me semble (bien humblement) un peu trop lointaine.
    L’Eden seul aurait mérité une billet sur la quête de moralité de notre espèce (comme dirait Terry Pratchett: aucune particule, aucun atome de justice n’existe et pourtant notre espèce ne souhaite concevoir un monde sans).
    Trier le bon grain de l’ivraie aurait clarifié le sens du mot spéculation, mais c’est juste un point de vue.

    1. Bonjour Samuel.

      Le liant de ces trois thèmes, la religion, la littérature et l’économie, est le discernement, le discernement comme saisie du monde pour une humanité ignorante devant se débrouiller sans Dieu, puisqu’elle a été chassée du paradis, le discernement comme principe esthétique dans Les faux-monnayeurs, le discernement comme moteur d’une “science” économique (retour aux fondamentaux de l’activité spéculative observante et abandon de ce que l’on appelle improprement “spéculation”, qui est un vol en bande organisée). J’ai choisi l’épisode de la chute d’Adam et Ève, le premier roman de Gide et le cas de la spéculation parce que la qualification morale en bien et en mal est un réflexe tranchant auquel nous cédons généralement un peu vite, alors qu’il ne convient d’élaguer qu’après avoir discerné les tailles appropriées à l’arbre. J’aurais pu affronter (au sens héraldique du verbe) deux exemples politiques récents pour éclairer les vertus du discernement : le fiasco de l’action anticastriste dans la Baie des Cochons et la crise des missiles de Cuba. Le premier évènement, nous le savons maintenant, est dû pour une large part – et c’est à peine croyable – au souci qu’avaient les experts réunis autour de Kennedy de ne pas plomber l’ambiance par des objections, en auraient-ils eu de sérieuses à formuler. Mal planifiée (il faut toujours envisager un échec et ménager une voie de retraite), l’opération ne pouvait, sauf miracle, que capoter. La résolution de la crise des missiles, en revanche, n’a pu se faire de façon pacifique que parce que Kennedy, ayant compris son erreur, avait autorisé son frère Robert à se faire l’avocat du diable et à diriger une mission de temporisation auprès des soviétiques. C’est à son discernement que nous devons d’avoir évité une escalade militaire.

      1. Vu qu’il est peut courant d’aborder le Paradis de la sorte (et pourtant c’est pas faute d’avoir imprimé des Bibles), ça ne laisse rien présagé de bons pour le discernement à venir.

  7. A propos de l’absolue nécessité de braver l’interdit pour s’affranchir de l’autorité et gagner en maturité (autrement dit grandir), je ne peux que recommander la nouvelle de Max-Pol Fouchet intitulée “Dieu” (In: Les évidences secrètes), qui s’inspire dans une très large mesure de cet épisode de la chute originelle et qui illustre aussi parfaitement votre propos.
    L’étudiant avec mes élèves de 1ère en français, je peux vous la faire tenir si vous le souhaitez.
    Cordialement.

    PS. Merci pour ce post car il s’avère très instructif et fort utile qui plus est.

    1. Au demeurant, cette lecture s’accompagne très bien d’une autre théorie dite de l’Involution-Evolution que l’on peut traduire comme étant celle du mal nécessaire.
      Cette théorie avance que l’expérience du Mal peut s’avérer formatrice et permettre à l’homme d’évoluer vers le Bien pour rejoindre Dieu. Ainsi Lucifer (Lux Fere, càd le “porteur de lumière”) aurait-il choisi d’incarner le Mal par amour pour l’homme afin que celui-ci puisse prendre conscience de toute la profondeur du Bien (le blanc prend toute sa dimension à côté du noir) et, par là même, agir en toute conscience (le Libre arbitre): cela a été très largement repris dans la littérature (notamment chez les romantiques) à travers la figure du Satan Prométhéen (même si celle-ci s’accompagne d’un dieu tyrannique à l’instar de Zeus qui n’aime pas les hommes et leur fait aussi un cadeau empoisonné qui libèrera tous les vices: Pandore; on soulignera ici les similitudes avec la Genèse).
      La mission de Lucifer rappelle d’ailleurs celle d’un autre paria, Judas, à qui est demandé cet acte d’amour de trahir celui qu’il chérit, Jésus, afin que le sacrifice puisse avoir lieu et permettre aux hommes cette purification nécessaire pour ouvrir, là aussi, une nouvelle ère.

      Autrement dit, cette théorie me semble des plus pertinentes et peut être porteuse de sens au regard des moments que nous vivons: ce mal n’est-il pas nécessaire afin de nous permettre, encore une fois, d’évoluer et d’entrer, espérons-le, dans une nouvelle ère synonyme de progrès?
      Je pense qu’il y a là des raisons d’espérer, même si rien n’est écrit à l’avance: la conscience doit travailler et c’est à nous de savoir saisir cette opportunité. N’est-ce pas, au fond, le sens du travail proposé par Mr Jorion et ses collaborateurs qu’on accuse trop souvent d’être catastrophistes?

      Bon vent à tous.

      1. Bonsoir cedlem.

        Merci pour vos réflexions. Je crois effectivement à la nécessité de réévaluer l’épisode dit de la “chute”. Pourquoi parler de chute, du reste ? Adam et Ève ont-ils eu seulement le loisir de s’élever dans leur enclos paradisiaque ? Éden, si l’on en croit l’étymologie, signifie “la steppe”, “la plaine”. Les théologiens se sont fait une montagne d’une faute qui a permis à l’humanité rendue à elle-même de s’élever par son propre effort. Chaque fois que cette élévation fut un décollage de l’orgueil, Dieu l’a ruinée (cf. le chantier interrompu de Babel ou la partition du royaume d’Israël). Il n’est pas indifférent, en revanche, que Moïse soit allé chercher les tables de la loi sur le mont Sinaï. Cette ascension-là, Dieu l’a autorisée, au risque de se laisser voir. C’est que l’exode, déplacement horizontal, dissimulait une ascèse, déplacement vertical (laquelle connut quelques ratés). L’hypothèse d’une intégration du mal dans le plan divin initial, aux seules fins de secouer la conscience amollie d’Adam et Ève et de lui représenter que le bien ne se livre pas, mais se mérite, cette hypothèse est précisément celle que je retiens en évoquant un “piège retors de pédagogue”. L’autre leçon de l’épisode biblique dont je parle, autre mais complémentaire, est, au vu de la perversité de Dieu lui-même (pervers au sens où il prend un détour pour animer l’intelligence de ses créatures), qu’il n’est pas de bien ou de mal qui ne soit mêlé. Le bien pur, le mal pur parlent peut-être aux idéalistes, qui quintessencient toute chose dans leurs alambics platoniciens, mais pas aux esprits pratiques. Le discernement m’aide à déterminer l’aloi d’un objet. Quant à le purifier… J’abandonne ce soin à Robespierre et à ses vertueurs. Si la nouvelle de Max-Pol Fouchet n’est pas téléchargeable, je veux bien que vous me la fassiez parvenir. Paul vous communiquera mon adresse Internet.

        Cordialement.

      2. “Le discernement m’aide à déterminer l’aloi d’un objet.”

        Superbe formule ! Quant à sa signification, je rumine.

      3. @cedlem: “La mission de Lucifer rappelle d’ailleurs celle d’un autre paria, Judas, à qui est demandé cet acte d’amour de trahir celui qu’il chérit, Jésus, afin que le sacrifice puisse avoir lieu et permettre aux hommes cette purification nécessaire pour ouvrir, là aussi, une nouvelle ère.”

        C’est là la thèse de l’Evangile de Judas. Cet Evangile viendrait de la secte gnostique des Caïnites (ils vénéraient Caïn et les sodomites et pour eux la perfection consistait à commettre le plus d’infâmies possibles!), elle-même étant une sous-branche de la secte des Ophites, les sectateurs du Serpent (celui de la Genèse, Satan).
        Inutile de préciser que le gnosticisme (et donc ces sectes) a très vite été déclaré hérétique par l’Eglise.
        Pour l’anecdote, les idées gnostiques imprègnent de toute évidence la philosophie de Hegel (voir par exemple le rôle qu’y tient la négativité dans le développement de l’Esprit Absolu).
        Par ailleurs, des théologiens catholiques extrêmistes (mais ces opinions sont largement diffusées dans le catholicisme pratiquant je le sais d’expérience) voient de fortes influences gnostiques dans “les lumières, l’idéalisme hégélien, certains courants existentialistes, le nazisme, la psychologie de Jung, la société théosophique et la franc-maçonnerie”. Tout ce qui est new-age est aussi qualifié de “gnostique”, y compris Harry Potter et Matrix. Voir ici, sur le site des Lefebvristes de la fraternité saint Pie X: http://www.byortek.com/index.php/Gnosticisme

      4. Pour l’anecdote, les idées gnostiques imprègnent de toute évidence la philosophie de Hegel

        Vieille rengaine. Anecotiques les condamnations en hérésie des pittoresques Caïnistes, satanistes et consorts, comme les excommunications souffreteuses tous azimuts venant de la FSPX. Comme la gnose baignait Platon, la gnose chrétienne imprègne en partie Hégel, au moins via Jakob Böhme. And so what ?
        http://books.google.fr/books?id=wXiDRznnYE8C&printsec=frontcover&dq=Hegel+et+l'id%C3%A9alisme+allemand&hl=fr&output=html_text&cd=1

        http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Eric_Voegelin

      5. @Schizosophie.
        Je considère tout objet comme un agrégat, un alliage d’éléments dont les parts respectives se modifient sous l’action de contraintes internes et de contraintes externes. La mesure morale doit tenir compte de l’interaction de ces deux niveaux de contrainte pour déterminer le titre de l’objet qu’elle traite. Suis-je plus clair ? Je ne pensais pas forcer l’analogie, puisque l’on parle au figuré du bon ou du mauvais aloi d’une chose ou d’une attitude.

      6. @ Schizosophie
        Thom a donné une définition de l’objet qui va, je crois, dans le sens de la conception que BRL en a.
        C’est dans Stabilité structurelle et morphogénèse pp. 10 et 11. Je crois que c’est aussi la conception de Paul Jorion et qu’il utilise les treillis galoisiens pour ça dans son logiciel Anella.

  8. Sauf que ce n’est pas l’arbre de la connaissance du bien et du mal au sens actuel du terme, mais au sens de détermination du bien et du mal: le péché originel est de vouloir une morale sur mesure, de ne pas accepter qu’il existe une exogéneïté…

  9. Bonjour Lien.

    Une morale “exogène” n’empêche nullement les hommes de s’en tailler une sur mesure et de se trouver des excuses quand il leur est reproché de nuire à l’intérêt commun. Les premiers à transgresser les lois prétendument divines, ce furent les prêtres. Leur statut d’intercesseurs leur permettait de tamiser la règle qu’ils avaient forgée (plus en liaison, d’ailleurs avec les princes qu’avec le dieu) pour en retenir les avantages mondains. Une morale “exogène” qu’elle soit religieuse ou laïque, ne prend tout son sens que si l’individu se l’approprie, se l’assimile. Cette appropriation peut prendre la forme d’un affadissement, accommodement négatif par floutage ou filoutage sémantique (je donne un exemple avec le mot spéculation), ou d’un affinement, accommodement positif par discernement (ce que vous appelez détermination). Quand saint Paul dit : “La lettre tue, l’esprit vivifie”, il décrit cette dernière opération, celle à laquelle, du reste, le Christ lui-même s’était livré en réformant l’ancienne Loi. J’ajouterai également ceci : vous partez du principe que la morale individuelle (endogène) cherche toujours à adultérer la morale collective (exogène), vous déniez à la conscience morale individuelle toute hauteur de vue. Il n’y a pas que l’affrontement de l’individu et du groupe ; il y a aussi un combat dans l’individu lui-même, une guerre entre son cerveau reptilien et son cerveau mammifère. Il ne peut y avoir, me semble-t-il, de morale collective bénéfique au plus grand nombre que si les individus ne suivent pas les règles aveuglément mais en conscience, parce qu’ils en ont pesé chaque injonction au trébuchet. Toute l’entreprise néotestamentaire ne peut se comprendre, à mon sens, que comme une repesée de lois que le psittacisme pharisaïque avait vidées de leur substance. Je crois – mais c’est mon interprétation – que Dieu, dans l’épisode que je commente, donne une chance à la conscience morale de l’homme de s’exercer dans la construction, pas dans la répétition de verbo ad verbum. L’homme s’y essaie depuis des millénaires, avec plus ou moins de bonheur. Ne désespérez pas.

    1. Ne désespérez pas.
      Le tout c’est qu’on ne soit pas réduit à une ligne contre une autre, la faim c’est pas “top” pour la cognition (le nationalisme, le religieux, l’idéal, non plus). Faut deux trois bases pour que ça marche on peut taire quelques besoins primaires, quelques idéaux mal placés, quelques égos surdimensionnés, mais faut s’aider aussi.
      Au pire on peut gérer un approvisionnement, une diplomatie à l’arrache, une éducation version rapide (quelques vidéos quand on sera prêt à les voir), mais deux trois institutions qui réfléchissent (au cas où) et qui simplifient quelques problèmes ça ferait pas de mal.

    2. @BRL:
      /// Il n’y a pas que l’affrontement de l’individu et du groupe ; il y a aussi un combat dans l’individu lui-même ////
      mais l’ individu n’existe pas sans le groupe , il n’est donc qu ‘un des reflet du groupe .

      //// Il ne peut y avoir, me semble-t-il, de morale collective bénéfique au plus grand nombre que si les individus ne suivent pas les règles aveuglément mais en conscience, parce qu’ils en ont pesé chaque injonction au trébuchet. //////
      C’est l’éternel débat entre “Nature” et “Culture”…..ou Raison et Nature .
      Votre affirmation (privilègier la raison), signifierait a court terme , la fin de l’espece …du moins de la civilisation. C’est du moins , me semble t il l’avis de pas mal de philosophes .
      La “Raison” ne doit pas etre maitre de nos actes (du moins seule) , car elle privilègierait l’ interet immediat de l’ individu , au détriment :
      -du groupe actuel
      -du groupe historique (civilisation)
      -de l’ espèce .
      Cette tendance “logique” a privilègier nos interets immédiats, doit donc etre combattue par d’autres contraintes de meme force (je dirai meme de force supérieure ) , ….pour la survie du groupe , de la civilisation et de l’espece ….
      La meilleure façon d’examiner ces forces ou contraintes est d’examiner le comportemental des especes ou la raison est moindre (il n’ en manque ,parait il, pas ) …On tombe immanquablement , pour les especes sociales , sur les “RITES” ….de 2 sortes : Rites innés et Rites culturels …..Le caractere principal de ces Rites est leur extreme rigidité …caractere qui ne doit pas exister sans raison .
      Que, pour des raisons d’objectivation, nous ayons transformé ces rites en “morale” religieuse ou civile, ne provient que du fait que ces rites sont des zones de pouvoir ….mais celà ne doit pas occulter que ce “pouvoir” est un contre-pouvoir au danger du pouvoir de la “Raison” qui mets groupe et espece en danger .

      1. Bonjour Kerkoz.
        “Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas.” Cela vous rappelle quelque chose. Le Taj Mahal, tombeau mirifique construit en l’honneur d’une femme, a sans doute grevé le Trésor moghol et mis à contribution des milliers d’ouvriers dont tous n’étaient pas là de leur plein gré. Il faudrait parler de l’amour courtois, qui s’offre quelques hécatombes de méchants, de rivaux et de concurrents, dans un dessein de perfectionnement. Certaines disciplines que l’on s’impose réorientent ou réaffectent la sauvagerie, plutôt qu’elles ne l’étouffent. Il est des raisons que l’on se donne, pour justifier le pire, qui valent bien les motifs prétendument nobles que la foule invoque pour excuser ses crimes. Qu’elle vienne de l’intérieur ou de l’extérieur, la raison n’a pas toujours belle figure. Je suis un brin plus optimiste que vous : je crois que le sentiment du bénéfique et du nuisible à la collectivité et/ou à la planète s’élabore aux deux niveaux. Un instinct évolué, éclairé par une raison enrichie de lectures, d’échanges et d’expériences, verra un peu plus loin que son salut immédiat, ne pensez-vous pas ?

      2. @BRL:
        /// Je suis un brin plus optimiste que vous : ……. Un instinct évolué, éclairé par une raison enrichie de lectures, d’échanges et d’expériences, verra un peu plus loin que son salut immédiat, ne pensez-vous pas ? /////
        Ben non , …..il me suffit d’ouvrir un journal ou la fenètre pour penser le contraire …..Nous bousillons sciemment l’acces au “vital” de nos enfants pour nous vautrer dans du superflu …La “raison” ne dessert que l’ interet immédiat . et c’est logique ..malheureusement .
        De plus nous venons d’achever une période faste en terme culturel , grace a l’ énergie gratuite …faste aussi , pour l’ occident en terme d’ éducation , d’information d’acces a la doc , aux études , etc ….et cette manne que l’ on ne retrouvera pas …Le comble , en terme “démocratie ” que ce labo vivant a produit c’est …L’ AUDIMAT !
        Nous ne pouvons , donc plus utiliser l’argumentaire de l’ éducation du groupe , comme possibilité d’ outil humaniste ou démocratique .
        Je vous trouve effectivement Optimiste (et plus qu’ un brin !) .
        Nous ne pouvons que constater l’echec des constructivismes en tant qu’organisation , comme en terme d’optimisation de l’ individu .

      3. Vous savez Kercoz, je partage votre appréciation du bilan (provisoire) du long XXe siècle, où nous pataugeons encore, nous croyant à l’apogée de notre développement quand nous creusons notre hypogée. Conscient de cela, je ne renonce pas pour autant à travailler sur moi-même, sur mes petites et grandes lâchetés, sur mes tares et mes servitudes volontaires, pas plus que je ne renonce à construire par la discussion un cadre de vie qui n’ait pas les apparences du bunker sépulcral. Le fait même que vous interveniez sur ce blog et commentiez mon commentaire longtemps après que mon billet a été écrit montre que vous n’avez pas tout à fait muselé vos espoirs de voir l’humanité se réformer de fond en comble d’elle-même, avant que ses errements ne l’y aient contrainte. Cyrano sera mon guide jusqu’à la fin : “Je me bats, je me bats, je me bats.”

  10. En rapport direct avec le sujet de ce billet, voici des extraits du livre Ishmael de Daniel Quinn, qui résument bien la vision de cet auteur :

    Ishmael réfléchit un moment : « Parmi les gens de votre culture, qui veut détruire le monde ?
    – Qui veut le détruire ? Pour autant que je le sache, personne en particulier ne veut détruire le monde.
    – Et pourtant, vous le détruisez. Chacun d’entre vous le détruit. Chacun d’entre vous contribue chaque jour à sa destruction.
    – C’est vrai.
    – Pourquoi n’arrêtez-vous pas ? »
    Je haussai les épaules : « A vrai dire, nous ne savons pas nous arrêter.
    – Vous êtes prisonniers d’un système de civilisation qui vous pousse plus ou moins à détruire le monde pour survivre.
    – Oui, cela me semble exact.
    – Ainsi, vous êtes prisonniers ; et vous avez pris le monde lui-même en otage. Là est l’enjeu, n’est-ce pas ? Votre captivité et la captivité du monde.
    – Oui, on peut dire cela, mais je n’y avais jamais réfléchi en ces termes.
    ______________

    « Hier vous m’avez confié que vous aviez l’impression d’être prisonnier en raison de l’énorme pression qui vous contraint à jouer un rôle dans le déroulement de l’histoire que votre culture met en scène – quel que soit, d’ailleurs, ce rôle. Cette contrainte s’exerce de diverses manières et dans toutes sortes de domaines, mais elle obéit généralement à la règle suivante : ceux qui refusent de jouer un rôle ne peuvent survivre.

    – Oui, c’est exact.

    – Un Allemand décidé à ne pas jouer de rôle dans l’histoire d’Hitler avait le choix : il pouvait quitter l’Allemagne. Vous, vous n’avez pas le même choix. Où que vous alliez dans le monde, vous verrez la même histoire se dérouler, et si vous n’y participez pas, vous en serez exclu.

    – En effet.

    Mère Culture vous enseigne qu’il doit en être ainsi. À l’exception de quelques milliers de sauvages disséminés çà et là, tous les peuples de la terre participent au déroulement de cette histoire. C’est à cela que l’homme est destiné, et vouloir s’en évader revient à s’exclure de l’espèce humaine et à sombrer dans l’oubli. Votre place est ici : participez à cette histoire, poussez à la roue et, en guise de récompense, vous serez reconnu. Il n’y a rien d’autre. Vouloir se dégager de cette histoire, c’est se mettre en marge du monde. Il n’y a aucun moyen d’y échapper, sinon par la mort.
    _________________

    – Bien. Aussi vais-je appeler les gens de votre culture Ceux-qui-prennent, et ceux des autres cultures Ceux-qui-laissent.

    – Cela me pose un problème, murmurai-je.

    – Lequel ?

    – Je ne vois pas comment vous pourriez regrouper toute une catégorie d’individus dans le monde et les classer ainsi.

    – C’est pourtant précisément ce que fait votre culture. Cependant, vous utilisez des termes beaucoup plus tendancieux – au contraire des miens, qui sont relativement neutres. Vous vous désignez comme civilisés et appelez tous les autres primitifs. Et tout le monde accepte ces dénominations. Je veux dire par là que les habitants de Londres et de Paris, de Bagdad et de Séoul, de Detroit et de Buenos-Aires ou de Toronto savent que – malgré leurs différences – ils font partie d’un même ensemble en tant que civilisés, et sont distincts des peuples de l’âge de pierre disséminés à travers le monde. Vous considérez que – malgré leurs différences – ces peuples de l’âge de pierre font partie d’un même ensemble en tant que primitifs.

    _____________________

    – … Un scénario mettant en scène les relations entre l’homme, le monde et les dieux.

    – OK. Vous voulez donc dire que les gens de ma culture jouent un rôle dans leur propre histoire concernant l’homme, le monde et les dieux.

    – Exactement.

    – D’accord, mais je ne connais toujours pas cette histoire !

    – Vous l’apprendrez, ne vous en faites pas. Pour le moment, tout ce que vous devez savoir, c’est que deux histoires fondamentalement différentes ont été jouées au cours de l’existence humaine. L’une a commencé à l’être il y a deux ou trois millions d’années, par les peuples que nous sommes convenus d’appeler Ceux-qui-laissent, et on la joue encore de nos jours avec tout autant de succès. L’autre, il y a quelque dix mille ou quinze mille ans, par les peuples que nous sommes convenus d’appeler Ceux-qui-prennent, et elle court visiblement à la catastrophe.
    __________________

    « Si Mère Culture devait rendre compte de l’histoire des hommes, cela donnerait à peu près ceci : ” Ceux-qui-laissent ont représenté le premier chapitre de l’histoire humaine – un long chapitre sans événements notables. Ce chapitre s’est terminé il y a environ dix mille ans avec l’invention de l’agriculture au Proche-Orient, un événement qui a marqué le début du chapitre II, celui de Ceux-qui-prennent. Il est vrai qu’il subsiste encore dans notre monde quelques membres de la première catégorie, mais ce sont des anachronismes, des fossiles, des gens qui vivent dans le passé et ne se rendent même pas compte que leur chapitre de l’histoire des hommes est clos. “

    – En effet.

    – C’est ainsi que votre culture perçoit le déroulement de l’histoire.

    – C’est bien mon avis.

    – Comme vous le verrez, la conception que je propose est totalement différente. Ceux-qui-laissent ne représentent pas le chapitre premier d’une histoire dans laquelle Ceux-qui-prennent constitueraient le chapitre II

    – Pourriez-vous répéter cela?

    – Je vais m’exprimer différemment. Ceux-qui-laissent et Ceux-qui-prennent jouent leur rôle dans deux histoires séparées, fondées sur des prémisses distinctes et même contradictoires. C’est là un point que nous devrons examiner plus tard. Il n’est donc pas nécessaire que vous le compreniez dès à présent.
    ______________

    La Genèse, qui commence avec la chute d’Adam et finit par le meurtre d’Abel n’est pas vraiment celle que les gens de votre culture interprètent de manière fort conventionnelle. Il s’agit en réalité de l’histoire de notre révolution agricole telle qu’elle est racontée par certaines des premières victimes de cette révolution.
    _____________________________

    Ce qui arriva le long de cette frontière, c’est que Caïn tua Abel. Les laboureurs irriguèrent leurs champs avec le sang des bergers sémites.

    – Oui. Ce qui s’est produit là n’a cessé de se reproduire tout le long des frontières de l’expansion de Ceux-qui-prennent. Ceux-qui-laissent ont toujours été tués afin que l’on puisse cultiver encore davantage de terres. » Ishmael reprit son bloc et le feuilleta jusqu’à ce qu’il trouve sa propre carte de cette période. « Comme vous le voyez, les hachures des agriculteurs ont envahi l’ensemble de la zone, à l’exception du territoire occupé par les Sémites. Voici la frontière qui séparait les cultivateurs et les pasteurs sémites, là où Caïn et Abel se sont affrontés. »

    J’étudiai un moment la carte puis secouai la tête. « Et les spécialistes de la Bible ne l’ont pas compris ?

    – Je ne puis naturellement prétendre qu’aucun d’entre eux ne l’ait compris. Mais beaucoup ont lu cette histoire comme si elle s’était déroulée dans une contrée imaginaire, telle une fable d’Ésope. Il ne leur serait guère venu à l’esprit de l’interpréter comme un élément de la propagande sémite.
    ________________________

    – Raisonnez de cette manière : les Sémites, comme la plupart des peuples non agricoles, se souciaient de maintenir un certain équilibre entre les sexes. Trop d’hommes ne menaçait pas la stabilité de la population. En revanche, trop de femmes la mettait définitivement en péril. Vous comprenez ?

    – Oui.

    – Mais les Sémites avaient remarqué que cela n’avait pas une grande importance pour leurs frères du Nord. Si leur population dépassait les limites tolérables, ils ne s’en inquiétaient pas mais consacraient davantage de terres à la culture.

    – Oui, je vois.

    – Ou bien encore raisonnez comme ceci : Adam et Ève ont passé trois millions d’années dans le jardin vivant de la générosité des dieux et leur croissance demeurait modeste; conformément au mode de vie de Ceux-qui-laissent, c’est la manière de vivre qui doit être adoptée. Comme tous les peuples-qui-laissent dans le monde, ils n’ont pas à exercer les prérogatives des dieux en choisissant qui doit vivre et qui doit mourir. Mais lorsque Ève offrit à Adam cette connaissance, il dit : ” Oui, je vois ; ainsi, nous n’aurons plus à dépendre de la bonté des dieux. Ayant entre nos mains la possibilité de décider qui doit vivre et qui doit mourir, nous pourrons créer une abondance qui n’existera que pour nous seuls, et cela signifie que je pourrai dire oui à la vie et croître sans limites. ” Ce que vous devez comprendre, c’est que dire oui à la vie et recevoir la Connaissance du bien et du mal constituent deux aspects différents d’un seul et même acte, et c’est de cette manière que la Genèse raconte l’histoire.

    – Oui, c’est subtil, mais je crois comprendre. Quand Adam a accepté le fruit de cet arbre, il a succombé à la tentation de vivre sans limites ; et c’est pour cette raison que la personne qui lui a offert ce fruit est appelée Vie. »

    Ishmael approuva. « Chaque fois qu’un couple de Ceux-qui-prennent dit combien il est merveilleux d’avoir une grande famille, ils rejouent la scène qui s’est déroulée près de l’arbre de la Connaissance du – bien et du mal. Ils se disent : ” C’est évidemment notre droit d’apporter la vie sur cette planète comme nous l’entendons. Pourquoi nous arrêter à quatre ou six enfants ? Nous pouvons même en avoir quinze si nous le voulons. Tout ce qu’il nous reste à faire est de défricher et de labourer quelques hectares de forêt naturelle, et peu importe s’il en résulte la disparition d’une douzaine d’espèces. ” »
    ___________

    – Alors, en voici un : il faut inverser l’histoire de la Genèse. Tout d’abord, Caïn ne doit pas tuer Abel. Cela est essentiel pour vous permettre de survivre. Ceux-qui-laissent sont l’espèce la plus gravement exposée au monde. Non pas parce qu’ils sont des hommes, mais parce que eux seuls peuvent démontrer aux destructeurs du monde qu’il n’existe pas une seule manière de vivre. Et vous devez naturellement recracher le fruit de l’arbre défendu. Vous devez absolument et définitivement abandonner l’idée que vous savez qui doit vivre et qui doit mourir sur cette planète.

    Aussi longtemps que les gens de votre culture seront convaincus que le monde leur appartient et que leur destinée est de le conquérir et de le gouverner, alors ils continueront d’agir comme ils l’ont fait tout au long des dix derniers millénaires. Ils persisteront à se comporter avec le monde comme si c’était un territoire appartenant aux hommes, et ils le conquerront comme s’il s’agissait d’un ennemi. Vous ne pouvez changer ces choses par des lois. Vous devez changer l’esprit des hommes.

    1. Merci Danse du Soleil. Il y a une très belle phrase de Renan dans la Vie de Jésus qui définit l’idéalisme “pratique” de Jésus : “Pour posséder la terre, il faut y renoncer.” Pourquoi “pratique” ? Parce que ce rapport à la terre est le seul viable. Le paradis était une nature offerte à l’homme. Dépossédé de ce lieu, obligé par Dieu d’y renoncer, l’homme a dû apprendre à observer la nature pour l’apprivoiser et en tirer sa subsistance et ses arts. La nostalgie du paradis terrestre explique peut-être que nous soyons toujours tentés d’interrompre notre observation et de borner notre curiosité aux possessions dont nous entendons jouir à notre guise parce qu’un titre nous en donne le droit. La prochaine étape, pour une humanité propriétaire, serait de renoncer d’elle-même, et non sous la pression de la pichenette divine, à retrouver un paradis qui nous montre la voie de l’extinction massive.

      1. @ BRL
        “à retrouver un paradis qui nous montre la voie de l’extinction massive”

        Pouvez-vous préciser?

  11. @BasicRabbit

    Bonjour Basic.

    Adam et Ève sont les gardiens et les maîtres (sous tutelle divine) d’un Éden clos sur lui-même, où tout leur est servi sur un plateau, y compris la tentation. Cela ne vous rappelle rien ? La société de consommation, dont le fournisseur est un petit globe terraqué. A la fin des temps, tout est consommé… Mais le début commençait mal. Expulsés de l’enclos, forcés de se mettre à l’école de la nature, les hommes retrouvent peu à peu la maîtrise qui leur avait été retirée par Dieu et se prennent de nouveau à rêver d’être servis sur leur cul de singe amélioré. Le discernement a beau leur représenter, à travers la notion d’écosystème, que détruire quelques espèces met en danger leur espèce, ils y reviennent sans cesse, à ce rêve (la France des propriétaires). C’est ici que la phrase de Renan prend tout son relief.

    1. @ BRL
      Merci. Je m’attendais à ce genre de réponse. Il est grand temps d’enchaîner Prométhée!
      Zeus! Zeuus! Ouh! Ouh!

  12. reprenons le titre: L’ECONOMIE DU DISCERNEMENT
    leçon de choses:
    la plumpy doz est un sachet étanche de pate d’arachide sur-vitaminée enrichie au calcium qu’on mange à même le sac en suçant-aspirant le contenu.
    c’est le nouveau remède contre la malnutrition sévère, l’outil pour lutter contre la faim dans le monde déclinée en plumpy nut et plumpy doz selon le niveau de malnutrition (mort imminente de faim/souffrance chronique de malnutrition)

    qui produit la plumpy doz?
    une société française en plein procès avec les fabricants de beurre de cacahouète américain qui cherchent à mettre la main sur le marché juteux de la plumpy doz

    à qui est vendu la plumpy doz?
    aux ONG pour être distribué aux enfants qui meurent de faim
    majoritairement africains

    où est produite la plumpy doz?
    actuellement en Ethiopie et au Niger entre autre (relocalisation de la production qui est aussi une délocalisation de la production initiale en Normandie ( qui l’eut cru ?))

    où fait -on pousser l’arachide?
    majoritairement en Afrique

    le marché de l’arachide se porte-t-il bien?
    oui pour faire des cacahouètes salées pour l’apéritif ( des gens qui mangent pour se donner envie de partager un repas !) ,des barres de céréales , du beurre de cacahouète pour le marché du p’tit- déj à l’américaine et de l’huile de friture.
    la culture de l’arachide pour l’exportation est une des raisons fondamentale de la malnutrition
    ainsi que les autres cultures destinées à l’exportation qui rendent moins rentables les cultures vivrières qui sont donc délaissées et auxquelles on consacre toujours moins de terres cultivables
    parce qu’avec l’arachide on a de l’argent ( même peu) avec les légumes de son jardin on n’a que « à manger » quand tout va bien, et tout ne va pas bien parce que justement quand on ne mange pas assez on n’a pas trop d’idée pour savoir comment faire mieux. L ‘argent c’est l’illusion que c’est mieux comme la pomme de l’arbre au serpent du jardin d’EDEN.

    donc on résume : on empêche les africains de cultiver et organiser un marché intérieur de denrées alimentaires locales favorisant la famine et la malnutrition , on rachète sur les marchés internationaux l’arachide produite en grosse quantité pour faire fabriquer sur place par ceux qui souffrent de la faim, la dose qui sauvera leurs enfants , les leurs ou ceux de leurs voisins.
    comment faire simple quand on peut faire compliqué?
    l’intérêt n’est ni la faim ni l’arachide mais le nombre de fois où l’on peut appliquer une plus-value sur l’arachide pour nourrir la finance internationale.

    reprenons avec Enrico macias
    la chanson “mendiant de l’amour” donnez do o o onnez , donnez do o o onnez , Dieu vous le rendra. le 15 novembre signe le retour des pub à l’intention des généreux donateurs pour les fêtes de fin d’année et parfaire sa feuille d’impôts de dons charitables. Plus vous donnez plus les ONG peuvent acheter de plumpy doz.
    ( à sa décharge la société détentrice de l’actuel brevet sur la plumpy doz ne réclame que peu de droits d’exploitation pour ne pas surenchérir ( farceurs va !) sur le coût de fabrication de la plumpy doz, charité bien ordonnée commencerait-elle par soi-même?)
    considérons à une autre échelle le marché de l’arachide et de la faim dans le monde.

    les bénéfices engrangés par la vente à l’export ( pour être réimportée sous la forme de plumpy doz) de l’arachide tombent dans la gueule béante du gouffre de la dette des états africains (gérée par le FMI)
    n’en voyant pas le fond ( du gouffre) l’organisation des états africains part en déliquescence sous forme de corruption endémique, source propre à entretenir les conflits.
    n’empêche que tout cela procure ( hors une assise à une domination dissimulée des pays tiers) des mouvements de fonds à l’échelle internationale de la grande finance et valorise les ONG comme des supports économiques créateurs de plus values.
    actuellement personne n’aurait idée de nommer ouvertement les actions de ce marché;
    il faudrait comptabiliser ouvertement par unité de 1000 les crèves-la-faim pour le valoriser, sous l’étiquette action de “médecin de la faim”, ça passe mieux
    à partir de 10 unités cela génère l’intervention d’une ONG donc le commerce des plumpys-doz et toute la filière en amont: ce qu’on appelle le charity buisness
    ( pas pour rien que les américains cherchent à acquérir les droits de brevet de la fabrication de la plumpy doz , à priori ils ont été débouté de la plainte, lorsque la société française a ouvert des succursales franchisées aux USA ( ben tiens !) pour recueillir les dons américains et alimenter le rapport don-ONG (américaine) ( ah ! c’était juste ça un partage entre médecin du monde et les ong US) –achat de plumpy doz, bénéfice moral et politique à l’intervention en cas de famine( ce n’est pas ce qui manque))
    depuis l’entreprise à trouvé encore plus mieux bien coté plus values financière
    faire fabriquer directement sur place les plumpy doz par les africains sous forme d’entreprise de production franchisées ( moins cher en cout salariaux qu’en Normandie, en plus on leur donne un boulot( redore le blason) frais de transport diminués
    par contre le mouvement des transactions financières reste le même en mieux : c’est toujours la société qui vend le produit aux ONG, les africains la fabrique ( on s’en fout la fabrication c’est lourd on le fait fabriquer sous franchise pour n’avoir le bénéfice que sur ce qui est le plus cher( et ce n’est pas l’arachide… mais l’emballage ( paradoxe ?) et les vitamines et le calcium produit technologique à haut rendement pour faible cout de maintenance et transport)
    GENIAL !

    si donc cela existe mais n’est pas affiché au tableau des valeurs cotées en bourses sous leur véritable étiquette , le modèle étant commercialement rentable pourquoi ne pas l’exporter ?
    où ça? hors d’Afrique…

    la crise en Europe génère chaque jour plus de chômeurs
    apparemment créer des emplois revient très cher puisque personne ne s’y colle
    même Attali n’écrit pas un livre sur le sujet , c’est dire!
    les décréer rapporte plus

    par contre transformer une partie de la masse de tous ces miséreux sans emploi- possible en grève la faim nourris à la plumpy doz… voila un marché prometteur… mais pas encore assez mûr. Il faudrait un petit 5% de pauvres européens miséreux et malnutris, et pour l’instant les resto du cœur occupent le terrain avec les invendus de la grande distribution, que tant qu’on n’a pas trouvé une autre solution de gestion( des invendus pas des miséreux) ben on attend.

    par ailleurs le rapprochement de la misère, en bas de la rue de chez soi, plutôt qu’en Afrique lointaine, devrait inciter encore plus les généreuses donations de la masse des non-chômeurs, particulièrement de ceux qui craindraient d’être rattrapé par la vague montante de la misère. Une petite donation leur donne ( à eux) le sentiment de ne pas en être ( des miséreux)

    pourquoi ne pas organiser directement un marché de la faim en Europe ?que dis-je? en France
    cela réduirait du même coup les couts de transports des ONG qui n’auraient plus besoin d’expatrier leurs employés

    vu la hausse significative et débordante des personnes affluant aux resto du coeur et autre soupe populaire, sans compter la croissance de l’interventionnisme d’état pour délimiter fermement (fermeture des sites refuges de sans papiers) ceux des pauvres pour lesquels il y a lieu d’organiser quelque chose ( on ne va pas tout de même partager notre marché des pauvres avec des pauvres d’importation (clandestins reconduits par avion) ni avec le marché des pauvres des autres pays!)
    tous les éléments sont presque en place pour organiser valablement un marché de la plumpy doz en France. Soyez rassuré : vous ne manquerez de rien, au cas où.
    MAIS SOUS UN AUTRE NOM parce qu’on ne va pas faire honte à nos pauvres tout de même
    Et puis on va rajouter un autre argument : lui trouver un nutriment porteur d’une valeur nutritive essentielle pour les mal-alimentés d’ici
    et hop les moulins tournent…

    et pour réguler le marché général des crèves la faim , faut pas qu’il y en ait trop : ça deviendrait ingérable coté approvisionnement. Pour ça, on a le choléra
    c’est facile c’est maitrisable ( cf Haiti suite au tremblement de terre, trop criant d’évidence , ils ont oublié la discrétion, ont dit que c’était une erreur et ont tout fait pour qu’on oublie vite (juste un test ?)) cela rentabilisera les recherches sur l’eugénisme par le choléra appliqué ,
    et accentuera la pression par la peur.
    ( allez vous renseigner sur le choléra maladie spécifique du pauvre associé aux carences en hygiène de base et alimentation et le niveau de recherche militaire dans ce domaine un virus du choléra qui s’autodétruit après utilisation ( pas de trace, action ciblée : le rêve de l’arme absolue !)

    j’oubliais
    la société fabriquant les plumpy doz recrute des commerciaux
    beaucoup de commerciaux…
    si vous cherchez un job d’avenir.

    http://www.science.gouv.fr/fr/version-mobile/bdd/id/3753
    http://fr.wfp.org/nouvelles/nouvelles-release/pam-met-en-place-ponts-aeriens-au-tchad
    rappel : le problème du TCHAD est l’état de conflit larvé entretenu par l’ensemble des investisseurs désireux de s’approprier ses ressources souterraines. Le Tchad ne peut que difficilement s’organiser pour pallier par des moyens des gestion simple aux sècheresses qui le frappent. On nous présente la sècheresse comme inéluctable( dans le désert !) et tout le monde y croit. Le lac Tchad a disparu ! où ça ? le plus grand lac africain, et ça n’émeut pas grand monde.
    http://www.edesiaglobal.org/index.php?option=com_content&view=category&layout=blog&id=81&Itemid=1&lang=en
    souligné société « non-profit producer » ahahah ! mais biensur! les bénéfices se jouent ailleurs sur le cours en bourse de l’arachide.
    Taper sur l’onglet « partners » lire attentivement le § sur Nutriset
    http://www.nutriset.fr/
    en français dans le texte
    entreprise très communicante qui sait qu’il faut occuper l’espace Internet au maximum en mettant en avant à son profit les mots comme «controverse , contestation, contesté » par exemple
    mot présents dans tous les fils d’infos sur l’entreprise et son produit à un détail près : l’entreprise ne souffre d’aucune controverse , le produit est incontestablement fantastique, tout est sans conteste. immensément utile et parfaitement adapté .On arrive à peine en fouillant bien à retrouver la parole des quelques personnes qui ont émis une objection

    LA CONTESTATION
    http://www.anneguion.ouvaton.org/spip.php?article98
    au fait combien de temps peut-on manger de la plumpy doz au lieu d’une nourriture normale sans que cela devienne dommageable ?
    http://controverses.sciences-po.fr/archive/plumpynut/episodebis.html
    http://www.nsae.fr/2012/05/25/la-faim-au-sahel-les-vraies-causes-et-les-solutions/

    N’oublions pas que lorsqu’une personne a vraiment faim, surtout un enfant, une plumpy doz dans l’estomac c’est mieux que le vide, tout de suite.
    Et que d’en avoir un carton sous la main à distribuer, l’immédiateté c’est de survivre, pas de savoir comment on en est arrivé là, et ça arrange beaucoup les spéculateurs de la faim d’avoir des clients et des serviteurs qui soient dans cette situation de non contestation.
    http://africanpress.me/?s=plumpy+doz
    dialectique du Bien et du Mal entremêlée, si on ne l’organisait pas ainsi peut-être il n’y aurait pas tant de gens qui ont faim mais pour ceux qui aurait vraiment faim on n’aurait rien à leur donner parce que ce ne serait pas rentable.
    Peut-on donner sans que cela soit conditionné par le fait d’être rentable ?
    Est-ce que donner est la solution ? partager peut-être ? est-ce qu’en partageant on donne ? ou on fait autre chose ?
    C’est parfois très compliqué de défaire un tricot surtout quand on l’a beaucoup porté parce que la laine feutre à l’usage( forme une masse compacte comme un kyste dans les tissus vivants). Le risque à vouloir changer le monde est d’avoir le courage de tailler dans le vif et de savoir que cela fera des victimes .
    ? autant qu’avec le système actuel ? personne pour le dire…
    Mais cela fera des victimes, le prix a payer du changement et de la responsabilité de l’entreprendre de manière radicale. Simplement parce que nous n’avons plus de délai avant qu’il ne soit trop tard sur un plan écologique qui ferait encore plus de victimes.

    l’arbre de la connaissance…
    qui veut croquer la pomme?

    1. Bonjour Rahane.

      Le travail de détricotage auquel vous vous livrez au sujet du charity business des plumpy doz est exactement dans le droit fil, si j’ose dire, de ce que je préconise. L’appréciation des parts du bénéfique et du nuisible, dans ce cas, est plurifactorielle et, telle que vous la menez, elle ne peut que conduire au rejet de pareille entourloupe morale. Comme des millions de vies ont été rendues tributaires d’une économie-monde qui les affame, il convient de combattre les marchands d’Orviétan sur les multiples fronts qu’ils ouvrent et, à chaque fois, de leur opposer une construction non-marchande de la redistribution. S’il n’est pas possible d’arrêter dans l’instant la livraison des plumpy doz, il est du moins possible d’en restreindre lentement mais sûrement la part dans l’aide alimentaire, pourvu que les produits de substitution ne soient pas de la même farine. Quant aux organisations humanitaires, elles devront bien un jour faire leur aggiornamento et frapper à la source du mal, plutôt qu’à son embouchure, quittes à envoyer au diantre les grosses fortunes qui les alimentent pour refarder leurs activités spéculatives avant de se présenter devant saint Pierre.

      Comment avez-vous deviné que j’étais au chômedu ? Les gens comme moi, dans le domaine qui est le mien, ne savent pas se vendre ni vendre, d’ailleurs, en eussent-ils eu le goût. Ce sont là des opérations hors de portée de mes capacités de discernement. Là-dessus, je suis aussi catégorique et intransigeant qu’Aristote : le commerce est une maladie, un mal tout sauf nécessaire, à l’exclusion du commerce amoureux (dans le sens non vénal de l’expression, aujourd’hui tombé en désuétude). Cela ne m’interdit pas, cependant, de chercher à comprendre. Une prévention n’est pas un empêchement.

      Cordialement.

      P.S. : Très intéressant entretien avec le neurologue Lionel Naccache sur France Culture, ce matin, entre 8h30 et 9h. Il y était question des activités cognitives.

      1. @ Rahane/BRL

        Le travail de détricotage auquel vous vous livrez au sujet du charity business des plumpy doz est exactement dans le droit fil, si j’ose dire, de ce que je préconise. L’appréciation des parts du bénéfique et du nuisible, dans ce cas, est plurifactorielle et, telle que vous la menez, elle ne peut que conduire au rejet de pareille entourloupe morale.

        Parfait comme exemple en effet.

        J’ajoute juste le fait que les entourloupes morales dupent aussi ceux qui participent à ce genre d’activité humanitaire. Pour en fréquenter de près qui s’impliquent avec sincérité, je pense qu’il y a là un enjeu de conscientisation majeur. Qui passe donc effectivement -je le répète comme pour mieux m’en pénétrer- par la distinction du registre du nuisible et du bénéfique par rapport à celui du bien et du mal…
        Donc par la connaissance, la démonstration des articulations entre les causes et les effets plus que par la culpabilisation a priori de son interlocuteur…
        Sauf à le culpabiliser de se complaire dans l’ignorance, gnark gnark gnark. Peut-être est-ce là le véritable comportement coupable ? Non celui de mordre La Pomme mais au contraire de vouloir rester dans l’incestueux jardin du Père ? Quel retournement des valeurs que d’avoir fait croire le contraire !

        Une idée de levier en passant: développer la capacité à penser à plusieurs échelles, d’espace et effectivement, de temps ou bien être attentif à intégrer ces dimensions d’espace et de temps à la démonstration des tenants et aboutissants de telles ou telles pratiques ou principe à l’œuvre. Histoire d’installer dans les esprits l’idée qu’il peut exister un rapport entre les faits, fussent-ils très éloignés dans le temps ou dans l’espace.

      2. Bonjour Muche.
        Vous avez parfaitement compris mon propos. Je vous renvoie à ma réponse à Danse du Soleil pour ce qui touche à la nécessité de se déprendre de la nostalgie du paradis terrestre. J’ai conscience que l’analyse que je soumets aux sagaces lecteurs et lectrices du blog prend à rebrousse-poil plusieurs siècles d’exégèse officielle univoque. Je ne le fais pas par goût de la provocation, mais parce que je ne veux pas déléguer à quelques hongres tonsurés le soin de discerner en matière de morale. Ma référence à Gide, dont la liaison avec le thème du billet n’est pas évidente, n’était pas innocente, sachant que Gide, en délicatesse, du fait de son homosexualité, avec la morale protestante, ne s’en est pas laissé conter par le monopole religieux du discours prescriptif et s’est efforcé, en remplaçant le thème de la tache originelle par celui de la coresponsabilité, de refonder l’axiologie sur l’observation continue et le tri méticuleux des comportements, des actions humaines, considérés non individuellement mais en réseau, quitte à ce que leur intrication conduise provisoirement à une suspension du jugement (la complexité étourdit, dans un premier temps).

        Cordialement.

      3. @ BRL

        Très intéressante référence à Renan sur notre rapport à la propriété. Je viens de comprendre quelque chose qui fait son chemin dans mon esprit…

        Merci aussi d’avoir étayé votre référence à Gide.
        Je ressens parfaitement cet état de suspension du jugement que je vis pour ma part comme un moment de décantation, souvent -ou toujours- vécu comme très très pénible, mon esprit étant chargé comme une outre attendant d’être piquée par un angle ou par un autre, afin que le fluide de la pensée trouve à se frayer un chemin de manière à organiser la foultitude d’éléments a priori disparates en une composition -une parmi d’autres- porteuse de sens. Délivrance !

        Et merci beaucoup pour cette liberté que vous vous êtes autorisé à prendre vis-à-vis de l’exégèse officielle car à mon oreille, il en résulte beaucoup de sens.
        Ce genre d’étourdissement me convient parfaitement ^^.

  13. Donc je tire le fil de ce que m’inspire ce billet, et pense tout haut bon an mal an, je l’espère, sans trop me planter.

    (Mais j’accepte qu’on souligne les imprécisions, les erreurs, voire qu’on dévoile les connaissances implicites que je convoque sans les présenter de manière plus savante, parce que je ne les maîtrise pas).

    – Croquer la pomme à deux… c’est donc partager la connaissance.

    Question 0: pourquoi associer la connaissance au partage ? Quelle serait ici la leçon ? Y a-t-il un rapport entre connaissance et partage de la connaissance ? Est-il possible que la connaissance ne vaille que partagée ? Qu’est-ce que la connaissance ? La connaissance est-elle le fruit d’une relation ? D’une relation de partage ?

    – Adam et Ève croquent La Pomme. Voilà un partage de connaissance, entre un homme et une femme…

    Observation: les hommes sont souvent jaloux de leurs savoirs, du moins est-ce ce le comportement qui m’insupporte le plus chez-les-hommes.

    Faux: les-hommes aiment dispenser leur savoir. Et gnagnagni et blablabla. Ce qui m’énerve encore plus 😉 Mais je reconnais que ça représente un intérêt. Du point de vue de ce que j’apprends, moi, femme et donc brebis innocente et ignorante des choses de la vie. Et je reconnais que j’en joue, voire que je suis dupe du fait de jouer ce rôle-là. Ouh là, attention!

    Vrai: les hommes aiment se tricoter d’ostentatoires mystères. Par exemple en écrivant des livres impraticables 😉

    Question 1: pourquoi ? Oui pourquoi font-ils cela ? Précision: je distingue le livre impraticable de l’exposé de choses complexes induisant des tours et détours complexes dans l’analyse. Il faudrait définir “impraticable”.

    Question 2: pourquoi ça m’énerve ?

    Réponse 1 à la question 1: pour mieux te manger mon enfant… ‘sight’ Oh loup que grandes dents tu as et beaucoup beaucoup de connaissances et/ou beaucoup beaucoup de mystère.

    Réponse 2 à la question 1: parce qu’ils sont jaloux du pouvoir créateur des femmes à l’endroit de la maternité, lieu du mystère de la création par excellence. Et/ou parce qu’ils sont terrifiés, comme les femmes, du pouvoir de leur mère sur eux puisqu’elles les ont en quelque sorte créés. En fait, pas toute seule, mais c’est bien de ce ventre que nous sommes sortis, de ce ventre, de ce corps-là que nous sommes sortis et dont nous avons à nous séparer.

    Questions subsidiaires à cette réponse 2 de la question 1 et spéculation : comment ? Comment nous en séparer ? La donne diffère-t-elle entre hommes et femmes à cette intersection-là ? S’en sépare-t-on de la même manière quand on naît homme et quand on naît femme ? Dans les grandes différences entre hommes et femmes, paraît-il que les femmes sont plus intelligente que les hommes. Comme cela m’a été présenté, ce serait parce que, parce que les femmes se sauraient castrées, contrairement aux hommes qui par leur sexe interposé ignoreraient qu’ils le sont aussi, malgré les apparences. Parce qu’ils le sont aussi. En quoi ? Comme ça, dans un discours non savant mais intuitif, je dirais qu’hommes et femmes en naissant sont castrés du corps de leur mère. Nous sommes sortis de la complétude du liquide amniotique, jardin d’Eden ?, et nous découvrons le Monde, le vaste Monde, avec toute ses dimensions, notamment de manque et de frustration. Mais si en naissant nous sortons d’un ventre nous ne sortons pas de l’auberge pour autant (de l’auberge du père ?) Non non. Nous devons intégrer cette dimension de séparation, en même temps que ce processus nous permet de trouver notre propre consistance, indépendamment du corps originel. Mais alors, si les femmes se savent castrées, elles ont un temps d’avance ? Pas sûr. Elles sortent d’un ventre; ou plutôt d’un sexe qui est en quelque sorte “le même” que le leur. Comment se différencier ? A ce stade, j’avoue que tout en touchant du doigt le schmilimilimiliblick, je ne le touche pas tout à fait. Ce qui en dit long. Arf. Il paraîtrait que le père jouerait là un rôle important en tant dynamique de séparation, autour du désir qu’il inspire à la mère, laquelle se détourne de l’enfant, qui éprouve le manque et donc à son tour le désir. Mais. Le garçon désire alors sa mère et la fille son père. D’ailleurs ça n’est même pas sûr, peut-être désire-t-elle elle-aussi sa mère, par le truchement du père. Auquel cas il y a compétition entre frères et sœurs. (Par extension, entre hommes et femmes ?) Autour de quoi ? De l’objet du désir, la mère. Que c’est incestueux, ô mon dieu. Comment s’en départir ? En déplaçant le désir sur un autre objet. Le savoir, par exemple. (Je passe sur le comment du comment). Qui contient au moins autant de mystère que le sexe originel, non (question qui convient aussi à la parenthèse précédente)?

    Réponse 1 à la question 2 compte-tenu des spéculations de la réponse 2 à la question 1: le manque, la privation, la castration font naître le désir. Chez l’homme comme chez la femme. Le désir de savoir ? Le savoir, le ça à voir compris comme l’expression en creux d’un manque, d’un vide, d’un trou, noir, celui du mystère. Mais comme la femme par son sexe, par son ventre “possèderait” déjà une part du mystère, voire, tout le mystère, l’homme se sentirait d’autant plus floué qu’il chercherait non seulement à maintenir la femme à distance du ça à voir, mais qu’il lui en laisserait quand même en entrevoir un bout, de façon à prendre ainsi la place de celui-qui-sait, de celui qui est, lui aussi, le lieu du mystère. Le danger pour la femme résidant dans le fait de se retrouver là reléguée au seul rang de ventre. Pire, de ventre de chair à canon. Et ça, non et non. Les femmes à la maison, tout entière tendue vers la maternité qui serait là leur seule dimension ?

    Je n’ai pas parlé du langage. Il faudrait. Femmes, taisez-vous ! Si la parole est libérée, alors les femmes risquent de l’être aussi, et là… ‘signt’
    D’où le fait qu’en plus de ce poser en détenteur du savoir, il faut aussi se poser en détenteur du bâton de parole. Et discréditer leur parole au besoin (c’est-à-dire souligner plutôt ce qui ne va pas, ou faire mine de n’avoir pas entendu, quoiqu’il en soit, donner le sentiment que c’est sans appel).

    Je reviens à la dimension de partage de la connaissance. La connaissance nous apprend que les bébés se font à deux, grâce à la rencontre sexuelle entre un homme et une femme. Que les hommes font donc aussi partie du mystère. Excellente nouvelle pour les hommes !

    Peut-être alors, peut-on envisager d’accepter qu’au fond, on ne sait pas, on s’est trompé, et que pour surmonter cette difficulté, il faut partager les connaissances. Mais surtout, faire œuvre de connaissance. (Peut-être est-ce la même chose ? Ou pas. Retour à la question 0 )

    Ce qui n’est pas une mince affaire car à cette intersection-là, on peut se tromper d’objet. L’intention de faire œuvre de connaissance peut-être gravement mise à mal par celle de se présenter en détenteur de celle-ci, non ?

    C’est pourquoi l’intention de donner des outils pour penser, ou de justifier ses pensées en montrant comment l’on pense me paraît plus important en matière d’éducation, d’émancipation populaire que la pédagogie elle-même. Plutôt que de dire ce qu’il faut penser, serait-ce par de grandes capacités pédagogiques, dire comment l’on pense, ou dire ce que l’on pense en éclairant le cheminement de la pensée me paraît plus prometteur, du point de vue de la connaissance elle-même. Parce qu’ainsi l’autre n’est pas privé du propre mouvement de sa pensée, mieux, il sait s’y repérer. Et mieux, sa propre intelligence est aussi impliquée dans le processus de connaissance (une partie de la réponse à la question 0? ).

    C’est une bonne nouvelle parce que, n’est-ce pas, comme nous avons tout à (ré)-inventer pour assurer notre survie, on ne sera pas trop de plusieurs.

    PS: “ça m’énerve”. Parce que c’est frustrant de ne pas savoir. CQFD

  14. Anecdote paroissiale:

    une aïeule m’avait raconté qu’enfant, lors d’un cours de catéchisme, elle avait demandé à son curé quelle était la raison pour laquelle les femmes ne pouvaient pas être prêtre.

    Réponse du curé: “parce que les femmes ne savent pas garder un secret”.

    1. Il est vrai que le secret le mieux gardé de l’Église est que ce sont les femmes qui ont veillé le Christ jusqu’au bout. Les soi-disant disciples s’étaient tous lâchement égaillés dans la nature. Les hommes ont largement démérité, sans parler du tour clérical qu’ils ont donné à un message qui flétrissait toute cléricature. L’Église fut la seconde crucifixion de Jésus. Des siècles de réformes successives n’y ont rien changé. Cela dit, la condition féminine a connu une nette amélioration à l’avènement du christianisme. L’instauration du mariage par consentement mutuel au début du XIIIe siècle retentit comme un coup de tonnerre dans une société essentiellement guidée par l’intérêt. Toutefois, cette ouverture, qui coïncidait avec le développement du culte marial, fut de courte durée. La faute au retour en force du droit romain, qui considère la femme comme une mineure. Les clercs se rendirent complices de ce retour, les papes ayant besoin de se déclarer les héritiers des Césars face aux visées impériales sur l’Italie. Résultat : les Églises ne participèrent pas aux combats féministes du XXe siècle, alors qu’il y eut un socialisme chrétien (désolé pour la contraction temporelle). Les choses bougent un peu de nos jours. Un collectif de femmes catholiques s’est récemment constitué en France, qui n’hésite pas à reprendre des prélats coutumiers des sorties misogynes.

      1. @ BRL

        D’accord.

        Et si on s’arrête un instant sur la question du culte marial.

        Puisque Marie est celle qui a fait un enfant avec le Père, dans le cadre de l’Immaculée conception certes (1854), qu’est-ce que cela peut induire sur le plan social compte-tenu du fait que c’est l’interdit d’inceste qui permet en principe de faire société ?

        Remarquons que le culte marial a connu un essor certain au XIXème siècle, du moins en France. N’y a-t-il pas là un rapport entre cet essor et le fait que les femmes à cette époque sont renvoyées à la sphère du privé ? Avec la suppression du divorce (1816), qui cantonne donc la femme dans la famille pour qui le mariage devient une fin en soi, le Code civil faisant de la femme mariée une mineur dépendante de son mari.

        Bien plus que de reprendre les prêtres sur leurs sorties misogynes, il me semble qu’il y a à considérer le message biblique lui-même dans ce qu’il dit des rapports sociaux.

        Le caractère incestuel ou non de nos rapports sociaux, c’est aussi cela que je vois dans la genèse.

        Ainsi, le repli actuel, dans la société marchande, sur la sphère ménagère n’est-il peut-être pas articulé par hasard à un rejet du politique (en tant que préoccupation pour les affaires de la Cité) et à un engouement pour les activités décérébrantes, qui fonctionneraient comme l’envers d’un désir de connaissance ?

        Sur fond d’exacerbation des valeurs familiales par le champ médiatique (Par exemple dans les téléfilms que propose la programmation de TF1 ce thème récurrent de l’enfant en danger, d’une famille en danger, avec un père, une mère, qui sauve sa famille tout(e) seule avec ses petits bras musclés) et par le champ politique (Protéger sa famille du dangereux schizophrène, des étrangers…)

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