Archives par mot-clé : aristocratie

« Nice chap! »

Le Monde : Mariage du prince Harry et de Meghan Markle.

… en l’absence de son père […] « Mlle Meghan Markle a demandé à Son Altesse royale le prince Charles de la conduire à l’autel » de la chapelle Saint-George au château de Windsor, a indiqué un communiqué. « Le prince de Galles est ravi de pouvoir accueillir Mlle Markle de cette façon dans la famille royale.

Mon mentor à Cambridge, et directeur de thèse à une époque, Sir Edmund Leach, était par ailleurs provost de King’s College, un poste prestigieux qui lui valut d’être le « professeur d’anthropologie » du prince Charles. Il m’expliqua un jour qu’être « le professeur » de quelqu’un d’aussi haut placé dans la succession au trône consistait essentiellement en quelques conversations en tête-à-tête et à bâtons rompus.

Malgré la très haute estime en laquelle le tenait l’establishment britannique, Leach était essentiellement un iconoclaste qui n’avait pas, en particulier, une très haute opinion de l’aristocratie et, me rapportant un jour les conversations qu’il avait eues avec le prince Charles, il me dit, comme s’il s’agissait là de quelque chose d’assez surprenant : « Il fait preuve d’un très grand bon sens ! « , et de conclure : « Nice chap! », un brave type !

Ce dont nous aurons donc, une fois de plus, la preuve demain.

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L’actualité de la crise : VOUS AVEZ DIT ARISTOCRATIE ?, par François Leclerc

Billet invité

Parmi les idéologues qui, en toute indépendance d’esprit, pilotent la Banque centrale européenne (BCE), il n’est plus besoin de présenter son président, Jean-Claude Trichet, ou celui qui devait lui succéder, Axel Weber. En revanche, Lorenzo Bini Smaghi, membre du directoire, gagne a être lu.

Dans une interview au Monde daté de vendredi, il vient de résumer en une seule phrase la principale conclusion qu’il tire de la crise financière, caractérisée par une hypertrophie de la dette privée : « les pays doivent être moins libres d’émettre de la dette ».

Pour y parvenir, sa vision de l’avenir s’appuie sur deux piliers : l’automaticité des sanctions affectant les pays abusant de la « flexibilité d’augmenter les déficits publics », et la création d’une « agence européenne de la dette indépendante » (sur le modèle de la BCE), « qui lèverait les fonds à la place des États ». Ceux-ci perdraient donc leur indépendance fiscale au profit d’un organisme inaccessible et probablement aussi opaque que ne l’est la BCE.

Il a été rarement explicité avec autant de clarté les rêves les plus fous des néo-libéraux.

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L’ULTRALIBERALISME TENTE DE RESSUSCITER UNE ARISTOCRATIE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

J’ai modifié le titre de ce billet qui était initialement : « Ressusciter une aristocratie » en « L’ultralibéralisme tente de ressusciter une aristocratie ». J’ai également explicité une phrase. La raison en est que certains lecteurs semblent se contenter de lire le titre et se font à partir de là une opinion de ce dont parle le billet. Ainsi sur le blog de Jacques Attali, JPJM écrit que « Paul Jorion appelle de ses vœux une nouvelle aristocratie au sens élevé du terme ». Rien n’est plus éloigné de mes vœux, ce que j’écris ci-dessous, c’est ceci : « Si le libéralisme est le moyen qui a permis historiquement à une bourgeoisie d’abattre une aristocratie, l’ultralibéralisme est alors le moyen qu’utilise une bourgeoisie – continuant de prôner les mêmes principes une fois sa victoire achevée –, de se reconstituer elle-même en cette aristocratie qu’elle a précédemment évincée. »

Autrement dit – et pour lever toute équivoque – je dénonce les visées de l’ultralibéralisme de reconstituer un système aristocratique. Aucun rapport avec le fait d’« appeler de mes vœux une nouvelle aristocratie au sens élevé du terme ».

L’ultralibéralisme tente de ressusciter une aristocratie

Si le libéralisme est le moyen qui a permis historiquement à une bourgeoisie d’abattre une aristocratie, l’ultralibéralisme est alors le moyen qu’utilise une bourgeoisie – continuant de prôner les mêmes principes une fois sa victoire achevée –, de se reconstituer elle-même en cette aristocratie qu’elle a précédemment évincée. La manière dont ceci est possible est la suivante : réclamer un plus grand progrès de la liberté dans un cadre aristocratique fondé sur les droits acquis initialement par la force, c’est offrir à l’argent le moyen de détrôner la force dans son rôle de vecteur de la puissance. Et ceci parce que l’argent, en permettant d’acheter un service, exerce un pouvoir de « commandement » identique à celui de la force (1). Une fois la bourgeoisie en charge des affaires, continuer de réclamer un plus grand progrès de la liberté dans le cadre d’une société bourgeoise, c’est offrir au nouvel ordre qui s’est constitué, le moyen de se renforcer, autrement dit de permettre à cette bourgeoise triomphante de recréer un système semblable à l’ancien mais où ce serait elle qui assumerait cette fois le rôle d’une aristocratie. L’exercice de la liberté est en effet différentiel : ce que la liberté autorise n’est pas le même dans le cas du riche et celui du pauvre. En effet, le riche utilise comme une chose qui va de soi le pouvoir de commandement qu’autorise sa richesse. La liberté du pauvre se limite aux rêves de grandeur qu’il peut entretenir en imaginant que l’on devient riche par un simple effet de la liberté, par le simple effet de le vouloir. Cette illusion est possible parce que du point de vue auquel on a accès quand on est pauvre, l’effet de levier nécessaire pour progresser dans l’ordre bourgeois est invisible.

On oublie que si Marx affirme qu’une dictature du prolétariat sera nécessaire pour créer une société sans classe, c’est parce que la bourgeoisie arrivant au pouvoir ne partage pas elle cette ambition : le pouvoir auquel elle accède, il lui semble qu’elle l’a mérité, et les privilèges de l’aristocratie qui la révoltaient autrefois n’étaient pas répréhensibles à ses yeux pour leur qualité en soi mais seulement parce qu’ils n’étaient pas les siens.

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(1) Sur ce qu’en a dit Adam Smith, voir « L’argent, mode d’emploi » (2009) : 70 et « Le prix » (2010) : 36.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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