Archives par mot-clé : Audrey Richards

Cambridge University III. Servitude et grandeur de la vie étudiante

À cette époque, en 1975 et 1976, nous tenions, nous étudiants thésards en anthropologie, un séminaire hebdomadaire intitulé le « Writing up Seminar », le séminaire de rédaction. Nous nous réunissions le mercredi soir dans un des locaux de l’université, où nous informions nos condisciples des progrès que nous avions accomplis dans la rédaction de notre thèse depuis la réunion précédente ; nous proposions aussi à la discussion nos interrogations sur les obstacles contre lesquels nous butions.

L’expérience de terrain de certains d’entre nous était assez médiocre et les questions que cela leur posait et que nous tentions de résoudre collectivement, nous plongeaient souvent dans un abime de perplexité. Tel, dont je me souviens, ayant mené son terrain en Union Soviétique, avait été filé en permanence par un fonctionnaire et n’avait à proposer après un séjour de plusieurs années qu’une série d’anecdotes sans grand intérêt : rien qui puisse faire office du matériau à partir de quoi bâtir une thèse digne de ce nom. Telle autre, ayant séjourné en Indonésie en ces temps où le paysage politique là-bas était tendu, s’était retrouvée le pion dans la rivalité entre quelques grandes familles et adoptée comme chouchou par l’une d’entre elles. Se voyant proposer la vie de château, elle n’avait opposé aucune résistance et en avait pleinement joui. Elle n’avait eu accès, après plusieurs années de terrain, qu’à une vue unilatérale délibérément filtrée par ses hôtes, loin de la vision d’ensemble d’une société ; elle ne disposait que de données biaisées et fragmentaires qu’elle s’efforçait sans grand succès de monter en thèse.

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Cambridge University I. Le projet d’une histoire de l’anthropologie

Complétant en 1977 ma maigre pitance de « professeur » à Bruxelles, rémunéré en fait en vacataire, par une nouvelle bourse de la fondation Wiener-Anspach, j’étais cette fois doctorant de l’Université de Cambridge proprement dit, et non comme ç’avait été le cas de 1975 à 1976, doctorant de l’Université de Bruxelles en résidence à Cambridge. Ma thèse serait une histoire de l’anthropologie dans une perspective épistémologique inspirée de la philosophie des sciences qui connaissait alors un nouveau souffle sous l’influence de philosophes et d’historiens des sciences comme Thomas Kuhn (1922-1996), Paul Feyerabend (1924-1994), Joseph Sneed (1938-2020) et Wolfgang Stegmüller (1923-1991). Mon directeur de thèse était Sir Edmund Leach (1910-1989).

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