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Auto-domestication et transhumanisme

Johann Friedrich Blumenbach (1752 – 1840) est un anatomiste allemand fameux. Il est aussi le premier à avoir tenté une classification scientifique des êtres humains à partir de leur squelette, il est à ce titre l’un des fondateurs de ce que l’on appelle aujourd’hui l’anthropologie physique. Auteur d’une classification des peuples selon cinq races, c’est lui qui inventa le terme d’ethnologie : la science des peuples. C’est également à lui que l’on doit le terme de « Caucasiens » pour désigner les humains à peau blanche, un terme que les Américains utilisent d’ailleurs toujours sans connaître son origine ; la raison anecdotique en était que le crâne dans sa collection qui lui semblait le plus représentatif des blancs était celui d’une femme caucasienne.

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QUESTIONS QUI RESTENT À RÉSOUDRE – INTRODUCTION RÉTROSPECTIVE

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Les institutions humaines combinent arrangements spontanés et éléments d’organisation délibérée. Le fait que nous vivions ensemble dans des unités de vie de plus en plus vastes à mesure que des avancées technologiques nous ont permis de le faire, a imposé à notre vivre-ensemble des contraintes qui s’assimilent à une auto-domestication de l’espèce.

Pour bien des aspects de la vie en société, nous nous satisfaisons des arrangements spontanés tels que la « nature humaine » sous ses multiples manifestations souvent contradictoires, ainsi que le simple aboutissement des interactions humaines, nous les ont offerts. Pour d’autres aspects, ce donné brut nous est intolérable et nous choisissons de mettre en place délibérément à l’aide de règles une organisation de la forme que nous souhaitons. Pour construire celle-ci, nous devons formuler des principes et les mettre en vigueur, ce qui nécessite un échafaudage de lois, un processus législatif, l’édifice de la justice et l’appareil répressif d’application des règles et des réglementations.

Pour ce qui touche aux institutions anciennes, il nous est devenu impossible, avec le recul, de les distinguer des arrangements spontanés. D’où le danger d’attribuer à la « nature humaine » ce qui ne sont en réalité que de malencontreuses erreurs d’aiguillage dans nos tentatives pavées de bonnes intentions d’améliorer notre condition. Pour des cas comme ceux-là, le conservatisme n’est donc pas – contrairement à ce que l’on imagine souvent a priori – la stratégie la plus sûre.

Chaque construction « civilisationnelle », aussi diverses soient-elles dans leur variété, révèle dans sa constitution l’articulation insatisfaisante de ce qui est venu spontanément et de ce que l’on a mis ensuite. Les défauts flagrants encouragent à vouloir, soit retirer des règles, soit en rajouter, selon que le diagnostic est trop d’organisation ou aux mauvais endroits, ou bien trop peu d’organisation ou manquant aux bons endroits. La différence dans l’attitude à cet égard ne reflète peut-être pas autre chose que la diversité des tempéraments, l’éventail de ceux-ci devant être englobé bien sûr dans l’insaisissable « nature humaine ».

L’effondrement actuel d’un système victime non seulement de ses excès mais aussi désormais de sa complexité, incite certains à intervenir d’intention délibérée de telle ou telle manière, tandis que d’autres préfèrent assister passivement au spectacle de la chute, convaincus qu’il y a aura bien à l’arrivée « quelque chose », de l’ordre à nouveau de l’arrangement spontané. Ici aussi, le choix entre la posture active ou passive s’assimile peut-être simplement à des différences de tempérament.

Le confort très limité en termes de durée de vie, de sécurité, etc. que garantissent les arrangements spontanés dans les sociétés humaines par rapport à ce que nous connaissons aujourd’hui – bien que la chute ait été amorcée il y a quelques années déjà – constitue cependant un aiguillon puissant à l’intervention délibérée. Mais celle-ci a besoin de principes directeurs. Ce sont ceux-ci que je tente de faire venir à la lumière avec votre aide dans ma série des « Questions qui restent à résoudre ».

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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