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Pires que des sangsues, par Jean-Pierre

Billet invité.

PIRE QUE DES SANGSUES

La politique monétaire pratiquée par le monde occidental depuis l’amorce de la crise bancaire en 2007 ne mène à rien. À peu près tout le monde sur ce blog l’admet. Les interventions de Paul Jorion et de François Leclerc sur ce sujet nous le démontrent. Les esquisses de solutions proposées sont souvent pleines de bon sens et généralement faciles à instaurer. À se demander pourquoi personne parmi les responsables ne s’y attèle.

S’il ne fait aucun doute que de nouvelles bulles spéculatives sont en gestation actuellement, alimentées par l’argent facile et abondant distribué par les banques centrales occidentales, il y a un danger bien plus grand qui pointe lentement à l’horizon. Car s’il est vrai que rien de ce qui a été entrepris jusqu’à présent ne résout la crise et ne consolide le système bancaire, force est de constater que ce système s’en accommode parfaitement, voire le préconise. Il y trouve, en effet, tout bénéfice. Considérons quelques faits.

Dès l’avènement de la crise en juillet 2007, les banques centrales ont rapidement compris l’ampleur du désastre et ont ouvert leurs divers robinets de liquidités. La plupart d’entre elles, pour ne pas dire toutes les banques centrales, avaient parfaitement conscience du danger. Depuis plusieurs années, peut-être même avant la publication du livre prémonitoire de Jorion, la BRI, la Banque des Règlements Internationaux, s’alarmait de la propension incontrôlée du crédit et des produits dérivés dans le monde (occidental). Elle a récemment réitéré ses craintes après avoir constaté que le volume des produits dérivés négociés de gré à gré était de nouveau en progression, alors que les contrats antérieurs posent encore toujours problème. Il est donc évident que la crise n’a dû surprendre personne en haut lieu.

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Petites et moyennes banques américaines : pourquoi ce sera pire cette fois-ci

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Je vais répondre brièvement à une question posée tout à l’heure par Olivier Béru.

Question : Vous avez vu qu’il y a eu la 115ème faillite de banque aux USA.

On a l’historique depuis 2008 ici ici.

Mais j’ai une question : quand on regarde l’historique depuis 1934, on voit que la crise 1988-1990 était bien plus destructrice.

Pourquoi la situation est-elle plus grave aujourd’hui qu’en 1988 ? Est ce parce que les faillites touchaient alors de petits établissements, et donc les pertes étaient plus faibles (je n’ai pas trouvé l’historique des pertes) ?

On a la liste ici.

Banques en faillite

Le pic constaté à la fin des années 1980 correspond aux faillites en masse des Savings & Loans, les caisses d’épargne américaines. Spécialisées dans le prêt hypothécaire, prêt étudiant, prêt automobile, elles utilisaient des fonds à court terme (provenant de dépôts et de Certificats de Dépôt essentiellement) pour financer des prêts qui étaient donc à moyen ou à long terme (trente ans pour un crédit hypothécaire aux États–Unis). La tactique ne marche bien entendu que si les taux courts sont moins élevés que les taux longs, permettant au prêteur d’empocher la différence. Les Savings & Loans re résistèrent pas à un aplanissement de la courbe des taux : la différence entre les taux longs auxquels elles prêtaient et les taux courts auxquels elles rétribuaient les dépôts devint trop mince pour que l’affaire reste rentable.

En 1989 le gouvernement américain finit par prendre le taureau par les cornes : il orchestra des faillites en bon ordre au sein d’un organisme étatique : la Resolution Trust Corporation. L’abcès fut crevé : il en coûta à l’époque pour sauver les caisses d’épargne près de 190 milliards de dollars au contribuable américain.

Aujourd’hui, il est question de petites et de moyennes banques commerciales. Elles se sont spécialisées dans les crédits hypothécaires commerciaux : bureaux, hôtels, centres commerciaux, nouveaux projets de stations touristiques, etc. Toutes les entreprises qui sont financées là ont besoin de clients qui les fassent vivre : si l’économie peut à la limite se satisfaire d’une reprise sans emplois, ce n’est pas le cas de crédits de ce type là : il faut pour que de tels emprunteurs puissent rembourser leur crédit, que les gens viennent et dépensent.

Jusqu’ici, comme l’on sait, le taureau n’a pas encore été pris par les cornes : on louvoie, on tergiverse, on modifie les règles comptables pour que les pertes n’apparaissent pas tout de suite mais plus tard (NB : on fit exactement la même chose au début de la crise des Savings & Loans). Mesure la plus récente qui situe parfaitement le climat actuel : on a appris samedi que « Les régulateurs fédéraux du secteur bancaire ont publié des directives permettant aux banques de mentionner des crédits au bilan comme « performants » même lorsque la valeur des propriétés sous-jacentes est inférieure au montant du prêt » (Wall Street Journal).

On est donc dans la phase ascendante où on laisse gagner la gangrène en disant : « Ça durera ce que ça durera ! ». Dans cinq ans, on amputera, et cela coûtera autrement plus cher que les misérables 190 milliards de dollars de 1989 !

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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