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Les passantes

Un extrait de mon roman (inédit) Dix-sept portraits de femmes :

Quand on est assis dans un restaurant, à moins qu’on n’ait le regard fixé sur la porte, ce sont les gens qui entrent qui vous aperçoivent avant que vous ne les voyiez vous–même. Ce sont donc eux qui ont le loisir de poser le regard sur vous. La scène se passe à l’heure du déjeuner à « House of Nanking » sur Kearny à San Francisco et donc cette femme entre, et en fait elles sont deux, mais c’est la première qui me regarde. Je commence du coup par la seconde, une Chinoise américaine, trente ans, très américanisée ; c’est au maquillage et aux cheveux bouclés qu’on peut mesurer l’américanisation des Chinoises. Et l’autre, à mon avis, c’est une Iranienne, pas une trace d’accent, donc probablement née ici, grande, la cinquantaine blue-jeans. Et là, paf ! Dieu sait, c’est peut-être moi qui l’ai regardée le premier ? Continuer la lecture de Les passantes

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« Les merveilleux nuages »

Quand on est enfant, on passe beaucoup de temps à deviner les vagues qui s’ébauchent dans le lointain, puis à les regarder gonfler, culminer jusqu’à ce que leur crête se dessine, avant qu’elles ne s’effondrent. Ou bien à tenter de déchiffrer l’eau qui s’écoule dans un ruisseau, incapable semble-t-il de le faire deux fois exactement de la même manière – aussi nombreuses que soient les heures que l’on consacre au spectacle.

On passe aussi un temps infini à fixer les nuages, à tenter d’interpréter la manière imprévisible dont leur forme évolue.

Un jour enfin on prend l’avion et l’on voit, fasciné, s’approcher le nuage que celui-ci s’apprête à percer et l’on retient son souffle au moment où il y pénètre, et l’on écarquille alors les yeux par le hublot pour s’efforcer de découvrir ce que l’on peut y voir !

Las ! la déception est immense : l’intérieur d’un nuage n’est pas la caverne d’Ali-Baba que l’on avait espérée ! Au centre d’un nuage, comme dans le mystère enfin révélé des religions antiques, il n’y a hélas absolument rien à voir !

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