Archives par mot-clé : concurrence

Saint-Etienne, Conférence de l’hôtel de ville : « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie » (VII) Concurrence vs. entraide

Je publie en feuilleton la retranscription (merci à Éric Muller !) de ma très longue conférence le 29 novembre 2018. Ouvert aux commentaires.

Question de la salle : L’Union européenne s’est construite autour du dogme de la concurrence libre et non faussée. Est-ce vraiment une vérité incontournable, ou est-ce qu’on peut remplacer « concurrence » par « coopération » ?

PJ : Oui, c’est tout à fait ça. En fait, on nous vend ça essentiellement depuis les années soixante-dix. C’est Mme Thatcher en Grande-Bretagne, c’est M. Reagan aux États-Unis qui ont été les grands chantres de l’ultralibéralisme tel qu’il avait été conçu. Il est né… cette pensée ultralibérale est née au colloque Lippmann à la fin des années trente [1938]. Ça s’est passé à Paris, si j’ai bon souvenir c’était au Trocadéro. Ensuite, il y a eu création, c’était en 1947 si j’ai bon souvenir, de la Société du Mont-Pèlerin . Continuer la lecture de Saint-Etienne, Conférence de l’hôtel de ville : « Se débarrasser du capitalisme est une question de survie » (VII) Concurrence vs. entraide

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Dopage au Tour de France : le microcosme toxique de la concurrence libre et non faussée, par Vincent Rey

Billet invité. Ouvert aux commentaires.

Le dopage des coureurs cyclistes perdure. Dernières avancée dans le domaine, le dopage génétique, consistant à envoyer des virus pour modifier directement le gène favorisant la production des globules rouges. On est donc passé de l’alcool, dans les premiers temps de la course, au « pot-belge » dans les années 1970 (1), à l’EPO dans les années Festina, puis à l’EPO « améliorée » par auto-transfusion dans les années « Armstrong ». On en arrive aujourd’hui à l’homme amélioré, grâce aux nouvelles méthodes issues de la thérapie génique.

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L’Écho – La finance est-elle réglée par des principes qu’on ne peut qu’enfreindre ?, le 14 juillet 2015

Mes chroniques pour Le Monde paraissent simultanément en Belgique dans L’Écho. Celle-ci n’a pas paru dans Le Monde, le cahier Économie ayant été supprimé pour faire de la place à un débat sur la Grèce… auquel, à ma connaissance, je n’ai pas été convié non plus 😉 .

Lorsque les marchés financiers s’effondrèrent en 2008, le mot d’ordre « moralisons la finance » s’imposa quelque temps, avant de rejoindre à nouveau rapidement le magasin des accessoires.

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La concurrence et l’au-delà de l’individualisme, par Baptiste Carré

Billet invité. Comme l’auteur du billet espère bénéficier d’un dialogue avec ses lecteurs, les commentaires sont ouverts.

Pour l’obtention du Master de Science politique spécialité Théorie politique de Sciences Po Paris, j’ai travaillé sur la concurrence et rédigé un mémoire consacré à la théorie concurrentielle de la démocratie qui conçoit la démocratie d’abord sous l’angle de la compétition politique, là où d’autres théories de la démocratie mettent l’accent sur le bien commun et la délibération.

Ce mémoire se veut plus large et cherche à relier cette théorie politique à la théorie économique de la concurrence, mais surtout s’efforce de poser la question de l’individu en concurrence, du point de vue de l’anthropologie sociale de Louis Dumont : si nos sociétés sont d’idéologie individualiste, dans le sens où elles ont pour valeur fondamentale l’individu, comment acceptent-elles que l’individu puisse être si malmené par la concurrence, par exemple lorsque son emploi est délocalisé ou que la sécurité sociale doit être « réformée » pour éviter d’autres délocalisations ?

En cherchant une « idéologie de la concurrence », il m’est apparu qu’elle était double, que se distinguaient deux théories de la concurrence, une théorie « néo-classique », issue de Léon Walras et perpétuée par les auteurs marginalistes, et une théorie « néo-libérale », que j’appelle aussi « théorie diffuse » de la concurrence, née des critiques schumpétérienne et néo-libérales de la théorie néo-classique. Je détaille cette opposition et montre comment elle se retrouve dans la théorie concurrentielle de la démocratie, qui est, de ce fait, elle aussi double.

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LE « MARCHÉ » ET L’ALTRUISME

L’autre jour, lors d’un dîner, mon voisin de droite se trouvait être le directeur d’un gros port européen et cette personne expliquait à ma voisine de gauche et à moi que le port dont il a l’autorité se trouve en concurrence avec deux autres ports européens, situés eux à l’étranger, quant à la desserte de la troisième ville du pays.

Comment faire pour l’emporter ?

La réponse est en réalité simple : relever le défi de la « compétitivité douanière ». Fait correctement, le contrôle douanier d’un container prend en moyenne six minutes ; il s’agit donc d’être plus rapide que la concurrence. Je m’enquis alors de la manière dont ces deux autres ports situés eux à l’étranger relèvent ce défi de la « compétitivité douanière », mon voisin me répondit qu’ils sont sur ce plan, « de véritables passoires ».

La réponse à la question de savoir comment assurer la compétitivité avec « de véritables passoires » m’apparaissait tout spécialement simple. Je n’importunai donc pas davantage mon voisin de table, mais la manière dont la logique commerciale sape nécessairement toute notion d’état de droit m’apparaissait néanmoins en pleine lumière.

Cette conversation m’est revenue à l’esprit hier au forum du Havre, lorsqu’un orateur, après avoir chaleureusement loué l’appel de Jacques Attali à l’exercice désormais de l’altruisme et de la solidarité dans le fonctionnement de la société civile, ajouta sur sa lancée « sauf pour ce qui est de la concurrence [commerciale], bien entendu ».

Ce « bien entendu », me laissa – bien entendu – songeur. C’est donc, pensai-je, l’altruisme qui présidera demain à l’« économie positive » mais en épargnant le sacrosaint « marché », qui lui continuera de fonctionner « bien entendu » selon le principe opposé et inconciliable de la concurrence ?

Passons sur le fait que l’invocation du principe lui aussi sacrosaint de la concurrence se trouve en général là pour masquer soit un monopole de fait (par le biais des filiales et du contrôle financier et donc décisionnel), soit une entente de fait (par le biais d’un cartel ou par accord tacite sur les prix), n’est-il pas vrai cependant que la révérence manifestée par l’« économie positive » pour le marché « tel qu’il est », s’apprête à reproduire la fameuse « extraterritorialité de la finance par rapport à l’éthique » sous la forme jeune et moderne de l’« extraterritorialité du marché par rapport à l’altruisme » ?

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CONCURRENCE FISCALE, par Michel Leis

Billet invité

Le départ de M. Depardieu en Belgique est l’occasion d’un nouveau débat sur la fiscalité. La Belgique serait donc l’un de ces paradis fiscaux où l’on peut se rendre en toute légalité, au nom de la libre circulation des biens et des personnes. Pourtant, la plupart des salariés de ce petit pays n’ont pas cette impression. Les revenus du travail sont lourdement taxés, en particulier pour les revenus les plus bas et les revenus moyens. Avec son barème à 5 tranches, l’absence d’un système de part et ses déductions limitées, le montant total des taxes payées est bien plus élevé à salaire équivalent qu’en France.

Michel Leis 1

Impôt sur le revenu et charges payés sur les salaires (célibataire sans enfants gagnant 167 % du revenu moyen)

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