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L’actualité de la crise: la nouvelle gouvernance financière et comment y échapper, par François Leclerc

Billet invité.

LA NOUVELLE GOUVERNANCE FINANCIERE ET COMMENT Y ECHAPPER

Deux crises mondiales simultanées connaissent actuellement le même sort : elles restent totalement irrésolues par ceux qui, de par le monde, ont en charge la tâche de gouverner, car ils se révèlent incapables d’y faire face, ce qu’ils parviennent difficilement à masquer. Celle qui résulte de l’effondrement de la finance moderne, cet avatar parasitaire du capitalisme qui le détruit, ainsi que celle qui provient d’une activité économique non contrôlée, induisant le réchauffement de l’atmosphère et l’exploitation irrationnelle des ressources de la planète. Nous verrons plus précisément ce qu’il en est de la seconde, à l’occasion de la prochaine conférence de Copenhague.

Mais, dans ces conditions, ne faut-il pas raisonnablement en convenir, la question est de moins en moins de savoir si ces mêmes gouvernants vont être capables de juguler ces crises, et de plus en plus de comprendre comment ils pourraient être remplacés, par qui et pour quoi faire ?

Ce que la situation actuelle a de particulier et nouveau, d’un point de vue historique, c’est qu’il n’y a pas de réelle échappatoire devant les échéances de ces deux crises. L’une et l’autre appellent des réponses radicales, qui en réalité semblent bien impliquer que le cercle du capitalisme soit brisé, puisqu’il y fait si résolument obstacle. Nous croyons en tout cas l’observer.

Ce qui n’est pas nouveau, par contre, en ces temps de célébration de la chute du mur de Berlin et d’écroulement du système se réclamant du communisme (la Chine ayant fait chambre à part, à peine sa révolution accomplie), c’est qu’il semble que les systèmes s’effondrent finalement d’eux-mêmes, sous le poids et l’effet de leurs propres contradictions. Non sans créer une certaine surprise, chez ceux qui font partie du spectacle comme ceux qui le contemplent. Après avoir été considérés comme intouchables, intangibles, indéboulonnables. Or, les idoles vacillent, les dévots se font tout petits, les croyances et les certitudes deviennent discrètes et sont en recul. Les appareils institutionnels, à la fin de l’envoi, s’écroulent brutalement. Nous en avons été témoins avec la chute de l’Empire soviétique, nous pourrions penser que nous vivons également un même processus, dans le cadre de la crise du capitalisme financier.

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Le tournant où l’on nous attend déjà, par Jean-Luce Morlie

Billet invité.

LE TOURNANT OÙ L’ON NOUS ATTEND DÉJÀ

Les anciens qui savaient pratiquer le Tao
n’allaient pas éclairer le peuple ;
mais ils voulaient le laisser dans l’ignorance.
Si le peuple est difficile à gouverner
c’est parce que ses connaissances
se sont accrues.

Gouverner un pays au moyen de la connaissance,
voilà sa ruine.
Gouverner un pays sans l’aide la connaissance,
voilà son bonheur

Lao-Tseu, LXV
Ed. la Pléiade, p.68

En France, à cette nation à vocation universelle, le parti socialiste n’offre pas d’alternative. Il est trop tard pour la renaissance d’une gauche capable de mener la barque et passer la barre de la double crise de l’économie et de l’environnement. La gauche sera donc suiveuse. Si la traversée des crises vient à produire de l’émancipation et de la justice, les socialistes n’y seront pour pas grand-chose ! Pendant ce temps, la croissance verte et solidaire « enfonce » les décroissants et les altermondialistes sur leur propre terrain : IBM sponsorise la diffusion des « Talks de John Gerzema: The post-crisis consumer » afin de nous vanter la sobriété éthique du consumériste d’après crise. Il ne nous resterait donc que l’extrême gauche pour « prendre l’argent des riches » et régler les problèmes.

Ce renversement quasi instantané de l’idéologie mérite un peu d’attention, la droite mène le train, cette guerre-ci est déjà perdue, préparons la suivante. Ce spectaculaire (au sens de Guy Debord) retournement de veste fait oublier que nous sommes aujourd’hui devant l’alternative changer ou périr parce que la pensée écologique a été piétinée pendant plus d’un demi-siècle autant par le capital que par les sociaux-démocrates. Nous voici pourtant, presque cominatoirement mis dans l’obligation de changer du tout au tout, et il n’est plus question de réfléchir sur le processus historique ayant conduit à cette bifurcation. La nécessité de ce « scénario d’oubli » est aisée à comprendre, mais il faut d’abord réexaminer la bifurcation précédente. Il restera – mais c’est un autre sujet – à expliquer l’aisance avec laquelle le capitalisme phagocyte les 6 R de la décroissance !

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De la contradiction

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On me dit : « Vous avez annoncé la fin du capitalisme et la Bourse repart ! Et la récession est finie (selon 27 des 47 économistes consultés par le Wall Street Journal, onze autres disant que c’est pour le mois prochain) ! Et tous les penseurs qui avaient retourné leur veste en devenant marxistes l’année dernière, et qui la remettent aujourd’hui à l’endroit en redevenant ultralibéraux ! Qu’est-ce que vous en faites ? »

Je dis : « On n’a encore rien vu ». La raison, elle tient en un seul mot : « contradiction ». Il vient un moment où toute chose disparaît minée par ses contradictions. Ça se trouve chez Mao-Tsé-Toung (d’où le titre) et avant lui chez Marx bien entendu, mais ça se trouvait déjà avant eux chez Hegel, et avant Hegel, chez Aristote. Le capitalisme s’effondre sous le poids de ses contradictions. L’une des formes que prend en ce moment la contradiction, c’est la personne de Mr. Andrew Hall.

La presse parle beaucoup de lui. Voici pourquoi. Mr. Hall a fait gagner beaucoup d’argent l’année dernière à son employeur CitiGroup. Malgré l’argent gagné par Mr. Hall, CitiGroup a perdu tant d’argent l’année dernière que l’État américain a dû le tirer d’affaires avec l’argent du contribuable, pour la somme rondelette de près de 50 milliards de dollars. Le bonus auquel Mr. Hall a droit s’élève à 100 millions de dollars. Il les a gagnés en spéculant à la hausse du prix du pétrole.

La contradiction n’est pas très difficile à énoncer : le contribuable américain va verser 100 millions de dollars pour récompenser Andrew Hall de lui avoir fait payer l’essence plus cher l’année dernière.

On cherchera tant qu’on voudra, ce genre de problèmes n’a pas de solution à l’intérieur du système qui agonise depuis deux ans et demi : il n’a de solution qu’à l’intérieur d’un autre. Ça ne sert à rien de dire : il faut cesser de récompenser la prise de risque excessive, il faut cesser de rétribuer le profit à court terme, le gain immédiat. On le ferait, que Mr. Hall serait toujours là. Avec ses 100 millions versés par le contribuable pour avoir fait grimper le prix du pétrole et enrichi sa banque. Si la « main invisible » des marchés qui fait émerger l’intérêt général de l’ensemble des intérêts particuliers existe bien, ce n’est en tout cas pas là qu’on la trouve.

En principe, CitiGroup gagne de l’argent en faisant se rencontrer les épargnants et les entrepreneurs. C’est une belle et bonne chose, et grand bien lui fasse. Mais ce n’est pas en ayant fait cela que ses affaires s’arrangent un petit peu ces jours-ci : c’est au contraire en s’en abstenant soigneusement. Et de même pour les banques aux joues à nouveau bien roses : JP Morgan Chase et Goldman Sachs. Non : c’est en utilisant les fonds qu’on leur prête pour jouer à la roulette.

Quand Mr. Hall spécule à la hausse du prix du pétrole, il joue pour sa banque et ses actionnaires, pour ses dirigeants, pour son bonus à lui, un tout petit peu pour les employés du rang de CitiGroup, et massivement contre la collectivité toute entière. Quand c’est le contribuable qui le paie pour jouer contre la collectivité, la contradiction apparaît en pleine lumière. Ça ne veut pas dire qu’elle n’était pas là avant : le spéculateur a toujours joué contre la collectivité, le spéculateur joue toujours « perso » contre le reste du monde. Mais quand les choses vont mal comme maintenant – excusez-moi, « quand les choses vont pseudo-bien comme maintenant », la contradiction fait la une des journaux.

« Thank you Mr. Hall ! Made my day ! »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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