De la contradiction

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

On me dit : « Vous avez annoncé la fin du capitalisme et la Bourse repart ! Et la récession est finie (selon 27 des 47 économistes consultés par le Wall Street Journal, onze autres disant que c’est pour le mois prochain) ! Et tous les penseurs qui avaient retourné leur veste en devenant marxistes l’année dernière, et qui la remettent aujourd’hui à l’endroit en redevenant ultralibéraux ! Qu’est-ce que vous en faites ? »

Je dis : « On n’a encore rien vu ». La raison, elle tient en un seul mot : « contradiction ». Il vient un moment où toute chose disparaît minée par ses contradictions. Ça se trouve chez Mao-Tsé-Toung (d’où le titre) et avant lui chez Marx bien entendu, mais ça se trouvait déjà avant eux chez Hegel, et avant Hegel, chez Aristote. Le capitalisme s’effondre sous le poids de ses contradictions. L’une des formes que prend en ce moment la contradiction, c’est la personne de Mr. Andrew Hall.

La presse parle beaucoup de lui. Voici pourquoi. Mr. Hall a fait gagner beaucoup d’argent l’année dernière à son employeur CitiGroup. Malgré l’argent gagné par Mr. Hall, CitiGroup a perdu tant d’argent l’année dernière que l’État américain a dû le tirer d’affaires avec l’argent du contribuable, pour la somme rondelette de près de 50 milliards de dollars. Le bonus auquel Mr. Hall a droit s’élève à 100 millions de dollars. Il les a gagnés en spéculant à la hausse du prix du pétrole.

La contradiction n’est pas très difficile à énoncer : le contribuable américain va verser 100 millions de dollars pour récompenser Andrew Hall de lui avoir fait payer l’essence plus cher l’année dernière.

On cherchera tant qu’on voudra, ce genre de problèmes n’a pas de solution à l’intérieur du système qui agonise depuis deux ans et demi : il n’a de solution qu’à l’intérieur d’un autre. Ça ne sert à rien de dire : il faut cesser de récompenser la prise de risque excessive, il faut cesser de rétribuer le profit à court terme, le gain immédiat. On le ferait, que Mr. Hall serait toujours là. Avec ses 100 millions versés par le contribuable pour avoir fait grimper le prix du pétrole et enrichi sa banque. Si la « main invisible » des marchés qui fait émerger l’intérêt général de l’ensemble des intérêts particuliers existe bien, ce n’est en tout cas pas là qu’on la trouve.

En principe, CitiGroup gagne de l’argent en faisant se rencontrer les épargnants et les entrepreneurs. C’est une belle et bonne chose, et grand bien lui fasse. Mais ce n’est pas en ayant fait cela que ses affaires s’arrangent un petit peu ces jours-ci : c’est au contraire en s’en abstenant soigneusement. Et de même pour les banques aux joues à nouveau bien roses : JP Morgan Chase et Goldman Sachs. Non : c’est en utilisant les fonds qu’on leur prête pour jouer à la roulette.

Quand Mr. Hall spécule à la hausse du prix du pétrole, il joue pour sa banque et ses actionnaires, pour ses dirigeants, pour son bonus à lui, un tout petit peu pour les employés du rang de CitiGroup, et massivement contre la collectivité toute entière. Quand c’est le contribuable qui le paie pour jouer contre la collectivité, la contradiction apparaît en pleine lumière. Ça ne veut pas dire qu’elle n’était pas là avant : le spéculateur a toujours joué contre la collectivité, le spéculateur joue toujours « perso » contre le reste du monde. Mais quand les choses vont mal comme maintenant – excusez-moi, « quand les choses vont pseudo-bien comme maintenant », la contradiction fait la une des journaux.

« Thank you Mr. Hall ! Made my day ! »

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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95 réflexions sur « De la contradiction »

    1. Effectivement c’est un modèle du genre, infecte… déjà la présentation qui souligne le mot « jaloux », infantilisant le débat, rendant infantile toute réclamation de justice.

      « La France n’en finit pas d’entretenir des rapports embarrassés, équivoques, jaloux avec l’argent. »

      Oh mais surtout n’expliquez pas comment fonctionne votre argent de peur de faire comprendre quelque chose…

      « Enfin, on a tort de crier au scandale quand des banques enregistrent des profits et les redistribuent à leurs salariés, sous prétexte qu’elles sont aidées par l’État, donc les contribuables. Il faut rappeler que ce soutien n’est pas un don, mais un prêt qui doit même rapporter d’importants intérêts aux finances publiques. »

      Suite à ceci on pourrait se demander pourquoi ne pas rembourser l’Etat avec les bonus des traders.

      L

    2. Plus que l’avis du « journaliste » , moi c’est le forum des lecteurs qui me plais, je ne sais s’ils achètent le journal ou s’ils se contentent de lire les article sur le net; Mais le moins que l’on puisse dire c’est que l’article passe de travers.
      J’ai tout de même l’impression qu’il y a de plus en plus de gens qui comprennent très bien la situation.

  1. @Paul Jorion: « Il vient un moment où toute chose disparaît minée par ses contradictions. »

    Tout à fait. Et il faut bien insister sur le « toute chose » (seul un être parfait, incréé et éternel échappe à la contradiction).
    Mais ce qui m’intéresse c’est le moment. Pourquoi les contradictions du capitalisme, qui existaient depuis sa création, sont-elles maintenant insurmontables? C’est cela qu’il faut expliquer et auquel l’article ne s’attarde pas, ce qui fait que rien n’est prouvé.
    Est-ce le « principe vital » du système (qui permettait de surmonter ces contradictions) qui s’affaiblit ou est-ce l’environnement extérieur qui devient défavorable? Les problèmes écologiques, on les connait, mais ils ne peuvent expliquer la mort du capitalisme dans le court terme (les 5 prochaines années, disons). Je me demande donc à la lecture de l’article et si l’on annonce la mort du capitalisme: « le moteur du capitalisme » est-il cassé? Et quel est-il?

    1. C’est l’énergie abondante et peu chère. Pour simplifier : le pétrole. Le pic oil est déjà passé (cf Patrick Reymond sur un autre blog)

    2. Le moteur du capitalisme c’est la consommation.

      Celui qui ne peut pas acheter, ruine celui qui ne peut pas vendre.

      Regardez la crise de l’immobilier commercial qui se profile à l’horizon.
      Chaque semaine je vois des magasins à louer, mais pas de locataires, à ce rythme le centre ville va vite ressembler à une ville fantôme.

      Les autres crises, écologie, pic oil etc seraient surmontable avec une économie en bonne santé.

    3. Je rajoute : la chine qui quitte le dollar.
      Je rajoute (pas de stats la dessus) : changement de mentalité. Je crois que les gens souffrent en occident de trop s’ennuyer et donc, de trop « passer le temps » et comblent comme ils peuvent le vide existentiel. Mais il se pourrait qu’ils aient finalement compris que c’est un puits sans fin. C’est hypothétique bien sur.

  2. @Paul Jorion:

    citation :

    « Il vient un moment où toute chose disparaît minée par ses contradictions. »

    Juste une petite remarque, ceci est un énoncé idéaliste, puisque c’est bel et bien une idée, ou une hypothèse, qu’on suppose valoir dans tous les cas. La dialectique est un idéalisme, donc le « matérialisme dialectique » n’est pas possible.

    Ou bien on est matérialiste et on n’a pas d’hypothèse à priori, ou bien adepte de la dialectique qui court dans tout Hegel d’ailleurs comme une méthode jamais critiquée, disait mon prof Nebenzahl.

    Est-ce que toute chose doit disparaitre par ses contradictions ? ou par d’autres facteurs ?

    On ne peut pas dire que la mort d’un être vivant résulte de ses contradictions, elle résulte d’une usure de l’adn..

    Un proton se détruit au bout de 10 EXP31 ans. en moyenne…

    On peut dire qu’il y a contradiction entre les forces qui maintiennent l’objet et celles qui le détruisent, en effet, mais concernant la mort par ex elle résulte de l’imperfection de la vie. Dans des systèmes où les parties sont remplacés comme dans le réveil ou la société, les contradictions ne sont pas celles de la mortalité, de l’usure, de l’entropie… dans un réveil on peut remplacer chaque pièce usée, ainsi le réveil est éternel. Ce ne sont pas SES contradictions qui le font mourir, mais des conditions générales de l’univers; la contradiction du réveil n’aura jamais raison de lui…

    Les contradiction d’une société humaines ne sont pas forcément mortelles, puisque du gravetien au magdalénien on a taillé régulièrement des silex, sur 20000 ans…

    L

    1. Vous confondez « très longtemps » et « éternité » il me semble. Un réveil ne sera jamais éternel et on ne taille plus le silex même si on l’a fait pendant 20000 ans.
      Que l’on parle d’usure ou de facteur extérieur, cela reste une contradiction au système (interne ou externe).
      Mais dans l’ensemble, je crois que je me suis posé la même question que vous: comment se fait-il que des contradictions sont surmontables à un moment et deviennent fatales plus tard? La contradiction n’explique donc pas à elle seule la mort du sujet.

  3. Aucun système ne changera tout seul malgré les contradictions,surtout quand une minorité a un intérêt évident à ce qu’il continue.
    C’est une majorité de gens qui peut changer un système si elle l’exige.

    1. C’est pourquoi je distille de temps en temps des idées insurrectionnelles… Qui me sont cher. En fin de compte il ne fait aucun doute que nous prendrons le pouvoir, tôt ou tard. De plus il me semble que le pouvoir ne demande qu’à être pris, je suis sûr qu’il n’y a personne pour défendre l’Elysée en ce moment, il n’y a personne au pouvoir moralement en fait, et les institutions n’ont plus de véritable sacralité. A la limite on pourrait remplacer le gouvernement par un blog, comme celui-ci… Nous sommes les véritables souverains de ce pays n’est-ce pas, sinon que signifie le mot démocratie ? Il ne signifie pas oligarchie. Le « Contrat social » dit bien que le peuple est souverain, et ne sommes nous pas le peuple ?

      C’est la question de la démocratie, représentative ou directe. On tente de la confisquer, car aucun débat n’est soumis au peuple, et l’on légifère contre lui, dans la totalité des cas. Ce n’est guère mieux qu’en Iran… On peut être fier de notre « démocratie », ou l’on écarte les gens de toutes participation. Déjà Voltaire se méfiait de la « populace » aux affaires, mais c’est mépriser les gens que de parler ainsi…

      Parler ou agir, c’était déjà la question de Marx, et il va falloir agir, il faut penser à agir…. bientôt

      L

    2. Sur le papier je suis d’accord avec toi vanham, cependant si l’on se fie à l’histoire rare sont les systèmes permettant à une majorité d’y trouver un intérêt évident. D’ailleurs cette notion même d’intérêt me semble abstraite car elle revêt une constellation de notions étant relatives à leur temps. Parfois l’intérêt est même un simple mimétisme, on peut donc aussi y établir une hiérarchisation en terme de nécessité et de besoin réel. Je finis cet aparté pour dire qu’un des intérêts évident de cette minorité et de faire croire à la majorité qu’elle y trouve aussi un intérêt évident. C’est la fameuse fable du système gagnant/gagnant.

      Du moment que cette illusion reste partiellement instaurée cette majorité ne voudra pas changer. De plus, nous sommes tous victimes du syndrome Kitty Genovese. En addition à cela il y a également des peurs dont nous devons nous affranchir telles que la riposte par la force, celle de l’inconnu, la perte d’un ordre social, se décloisonner de nos habitudes et de notre confort individuel…. Sans compter qu’il n’y a également,comme tu l’as souligné préalablement, aucun contre pouvoir en action digne de ce nom. Bref, sans vouloir être défaitiste, cela me semble mal barré. Sans raison évidente, sans possibilité de rassemblement et de structure adéquat, cette majorité pourra exiger ce qu’elle voudra elles resteront des voix épars ne criant pas à l’unisson.

  4. ybabel: le pic oil n’explique rien. Le capitalisme existait avant le pétrole et pourrait très bien subsister sans lui. Il n’a pas besoin d’énergie bon marché. C’est la société de consommation et l’industrie qui risquent d’y passer, mais ce n’est pas la même chose que le capitalisme.

  5. Monsieur,

    Je découvre aujourd’hui votre blog après avoir regardé avec beaucoup d’intérêt la vidéo de votre interview du 5 juin dernier sur le plateau de Parlons Net.

    Je partage votre vision du W lesté à droite, de même que votre idée selon laquelle la spéculation financière est à l’origine de la plupart de nos problèmes actuels et futurs.

    Toutefois, je crois que la solution ne réside pas tant dans le fait de remettre en question l’existence-même des marchés financiers que de débarasser les bourses des parasites (si vous me passez l’expression) qui ont fini par prendre le dessus, allant jusqu’à représenter plus de 80 ou 90% des volumes de transactions. Je veux parler ici de la « pure » spéculation, celle du profit immédiat et de la finance « casino », pour reprendre une de vos images.

    D’après moi, la solution la plus juste consisterait à 1/ limiter strictement l’usage des options à la couverture des risques des entreprises, et 2/ interdir l’utilisation d’effet de levier sur les actifs échangeables en bourse.

    En revanche, je suis persuadé que l’existence des bourses est une bonne chose. Elles ont jusqu’ici permis à bon nombre d’entreprises de financer leur croissance et à bon nombre d’entrepreneurs/fondateurs de trouver la liquidité qui a initialement pu les inciter à entreprendre. Supprimer les bourses reviendrait donc à se priver d’une croissance que je qualifierais de « réelle », en comparaison avec la croissance virtuelle de la finance « casino » dont nous sommes aujourd’hui en train de subir le contrecoup.

    Cordialement,

    Eric P.

    1. Et quand vous aurez chassé la « « pure » spéculation« , elle reviendra par la fenêtre… Les financiers se sont mis à inventer des tas de trucs et de machins, ils ne vont pas s’arrêter.

    2. Tout ceci ne suffira pas, et vous occultez le problème de la surproduction inhérent au capitalisme.

      L

  6. La politique actuelle n’a plus rien à voir avec les « vieilles » idéologies (communisme, libéralisme, socialisme, gaullisme, socialisme, capitalisme…) qui, par « facilité », ont été nommées ‘de droite’ ou ‘de gauche’.
    En effet, qu’est ce que le socialisme actuel a encore en commun avec la politique de Léon Blum et la Commune, ou le Gaullisme avec la politique de Sarkozy, ou Besancenot avec Lénine ?
    En effet, tous les partis actuels ont adopté la politique néolibérale sous une forme ou une autre. Ceci a été une véritable révolution et sans versement de sang….Le meilleur exemple est le Labour Party (un parti socialiste transformé du jour au lendemain en un parti néolibéral) en Grande-Bretagne.
    Les masses populaires actuelles ont, notamment par ou à cause de leur «éducation », abandonné toute forme de contestation violente. Il suffit de regarder les manifestations contre la guerre en Irak : alors que 80% des gens étaient contre la guerre, les gouvernements (Grande-Bretagne, Espagne Italie …) n’ont pas eu beaucoup de problèmes à imposer leur agenda. Seul exception : les manifestations en France par une population en majorité d’origine étrangère, qui n’a pas encore été formatée à notre système…
    Tout cela pour dire qu’il ne faut ne pas s’attendre à une ‘Révolution’ telle que dans le passé en Europe ou aux USA : les mentalités ont changé et ceci est, en quelque sorte, une bonne nouvelle.
    Ce qui ne veut pas du tout dire qu’il ne faut rien faire et continuer à se laisser dépouiller, exploiter et contrôler par une toute petite minorité …
    Une révolution non violente est possible : ou bien en transformant les partis politiques existants, ou bien en créant un nouveau parti. Si ce fut possible en très peu de temps en Grande-Bretagne (par Blair ou Thatcher) dans un sens, cela doit être possible dans l’autre sens !
    C’est pour cela qu’il est très important pour les intellectuels de tous bords d’essayer de convaincre le pouvoir en place de la nécessité du changement, et de connaître les aspirations et désirs des masses afin de se préparer aux prochaines élections …

  7. Je ne suis pas certain que le spéculateur joue contre le reste du monde… Le spéculateur joue parce qu’il est attiré par l’appât du gain, quelle que soit sa mise, 100 euros ou 100 millions ! Evidemment, le bon sens voudrait que le perdant quitte le jeu ; c’est d’ailleurs comme cela que les choses se passent au casino, non ? Mais quand la banque, dans son infinie miséricorde, et avec la bénédiction du maire, autorise le perdant à continuer à jouer, comment blâmer le spéculateur d’obéir à sa nature joueuse ? Surtout lorsque la banque et le joueur ne font qu’un… (pardon pour mon cynisme !)
    Au fond, que le maire soit blanc ou noir, gaucher ou droitier, il semblerait que la banque soit toujours gagnante !

    1. Les vrais casinos à Las Végas vont très mal, en ce moment, plusieurs et pas des moindres sont en faillite.

      Au casino, on joue son argent et cash.
      A la bourse on peut jouer l’argent des autres et à crédit.
      La différence a son importance

    2. @ Bob,

      Très bien dit!
      Et je rajouterai qu’au Casino, le joueur gagne quelquefois et perd souvent.
      A la Bourse, le trader gagne tout le temps, seuls les autres perdent.
      A ce jeu, ils n’ont pas envie d’arrêter.

  8. Pour faire dans la contradiction, on pourrait envisager que l’effondrement du système actuel, ne commence pas à sa base, les salariés, travailleurs, mais par le haut, les « élites ». Nos dirigeants, qu’ils soient des financiers ou des hommes politiques, ils n’ont pas de réels contre pouvoirs, ils sont habitués à imposer leur lois, qui répondent toujours aux besoins qui sont les leurs et non pas ceux de la masse informe que nous (le petit peuple) sommes pour eux.
    Je doute fortement qu’ils soient sérieusement remis en causes.

    Cependant, les individus ont tous un désir d’autodestruction en eux. J’ai parfois l’impression que ceux qui nous dirigent vont sciemment vers l’abysse, par ennui, parce qu’ils ont déjà tout essayé, testé et ont fini par s’en lasser.
    « A quoi ressemblerait Rome dans les flammes ? »
    Une sorte de manque de challenge, d’ennui.

    De fait, tellement habitués a imposer leur volonté sans même plus y réfléchir et avec tant de facilité, puisque nulle opposition ne vient les contrarier, ils font … N’importe quoi. Alors pourquoi pas faire s’effondrer le système qui les nourris ? Pas mal de traders ou d’élites financières ont un discours assez nihiliste, c’est peut-être une conséquence de leur milieu très individualiste.

    J’espère me tromper.

  9. Marx est un penseur décomplexé :

    il prend le millénarisme chrétien :

    « …tous ceux qui refusèrent d’adorer la Bête…reprirent vie et régnèrent avec le Christ mille ans » (Apocalypse)

    met le peuple à la place du Christ sauveur

    (pourquoi le peuple ? parce que dans un conte, il y a les bons et les méchants)

    l’affuble d’un pouvoir dictatoriel

    puis, pour se donner une assise objective, se sert des idées d’ Hégel, après les avoir mis à l’envers

    on a vu ce que cela a donné

    qui en reprend ?

    quand à la contradiction : contra-dictio, elle tient au discours (in voce) et non pas aux choses (in res)

    dans les choses, il y a opposition

    mais même, le fait seulement que les riches et les pauvres sont deux catégories opposées
    n’implique nullement, par un soi-disant ordre des choses, que cette distribution sociale doive disparaitre

    il est connu que le pauvre souhaite devenir riche

    1. @Sylvie : » la contradiction tient au discours et non pas aux choses »

      En effet… Hegel et les hégéliens confondent la logique et l’existence…
      Hypostase, réalisme nominal, réalisme conceptuel… c’est le travers méthodologique habituel des intellectuels et des idéologues.
      La confusion des deux ordres, ordre du discours et ordre des faits.
      C’est la preuve ontologique continuée… faire exister les concepts…
      D’où toutes ces considérations intempérantes sur le prétendu « système » capitaliste…

      Occam avançait la nécessité d’apprendre la logique avant de s’engager dans des débats sans objet…

      Divertissement.

      1. Contradiction, quand tu nous tiens…

      A l’Ubuniversité.

      Un Docte, lointain disciple de Kojève et hégélien valeureux, s’agite devant une assistance clairsemée d’escholiers.

      -savez-vous quel est le Moteur de la Pensée et du Réel, le levain du progrès de la Conscience universelle ? demande-t-il lyrique et exalté aux étudiants.

      Lesquels, interpellés et se sentant soudainement agressés se taisent obstinément.

      -la Contradiction !

      -ça alors ! s’esclaffe l’un d’ entre-eux. Je n’aurais jamais pensé que le fait d’ affirmer et de nier en même temps une même chose pût à lui seul transformer le réel.

      -cet esprit là manifestement déraille, s’étonne discrètement son compagnon. Il faudra donc accepter que l’ existence soit ventriloque et que le réel soit habité par la logique.

      -et tu crois qu’ il nous faudra reproduire ces extravagances dans nos copies ?!

      -bah! s’il s’ agit de faire le singe … reprend l’autre d’un air entendu…

      Le concours ne vaut-il pas une messe ?

      2. Le Mouvement de l’Histoire….

      Autre classe, autre prêcheur.

      Un clerc en fonction ne cesse d’ invoquer devant ses élèves lassés, le Mouvement de l’ Histoire.

      -mouvement absolu ou relatif ? susurre insolemment un élève incrédule.

      3. La différence.

      Dans une salle voisine un troisième Docte, Deleuzien fanatique celui-ci, se gausse de ses collègues hégéliens.

      Il ne cesse d’ invoquer l’autre Principe explicatif et grand fétiche logico-métaphysique : la Différence.

      -différence, peut-être, ricane un étudiant, mais identité d’objectif et d’attitude, très certainement !

      Cordialement.

  10. @ Monsieur Jorion

    Vous nous parlez des 38 économistes sur 47 qui voient la fin de la crise.
    Que disent les 9 qui ne sont pas de cet avis, et qui sont-ils ?

  11. Finalement, ce qui semble faire problème, (et contradiction), c’est la spéculation érigée comme moyen de « pilotage » de « l’économie ». Les guillemets s’imposent parce que ce « pilotage » ne semble guère judicieux, et parce qu’on ne sait pas très bien ce qui est effectivement « piloté » (les libéraux diraient « optimisé »). Le couple finances/économie ressemble à ces ménages où le mari claque dans des jeux d’argent tout son salaire et celui de son épouse, ne laissant à celle-ci que des miettes et des dettes. La différence entre les deux tient à la nature de la dette, (on en revient toujours là) : pour un ménage réel, l’argent perdu au jeu est réellement perdu, donc il y a dette pure et dure; mais les financiers, eux, n’ont jamais l’impression de perdre bêtement du fric parce qu’ils achètent (ou prêtent à) des titres divers et variés dont la valeur est censée se maintenir et même augmenter.
    Bref, pour moi, l’analyse du trio monnaie/dette/titre/chose-réelle reste à faire.

  12. Chanté par Jhonny Cash, votre billet donne cela

    Well, my name it is Sam Hall, Sam Hall.
    Yes, my name it is Sam Hall; it is Sam Hall.
    My name it is Sam Hall an’ I hate you, one and all.
    An’ I hate you, one and all:
    Damn your eyes.

    ;-)))

  13. « L’économiste en chef de la BCE estime que la croissance pourrait revenir plus vite que prévu »

    Si c’est alors l’économiste en chef de la BCE qui le dit ! Seule la croissance est bonne … Seule la croissance me soutient, m’éclaire, m’anime de la tête aux pieds … Seule la croissance nous apporte le bonheur – la richesse – la vertu – la sagesse – la prudence – la raison sans cesse les premiers … Ou est le salut dans la croissance ? Ou est l’étique ? Ou est le bien ? Ou est la prudence ? Ou est la liberté ? La réponse toujours dans la croissance et dans l’usage répété de ce seul mot magique dans l’esprit des gens, c’est aussi un grand lavage de cerveau, croissance, croissance, et nous réglerons toujours les problèmes de la sorte, croissance, croissance, quelle grande folie illusoire des grands de ce monde …

    C’est bien la terre qui ne va pas du tout être contente d’entendre cela …

  14. Pouvons nous envisager une société sans croissance ? sans pollution ? sans spéculation sur d’autres matières premières ? Sans non plus retomber de nouveau dans la guerre économique ? Pouvons nous imaginer une vie, dans laquelle on ne nous rabâche pas continuellement les mêmes choses pour nous endormir, croissance, croissance, la crise est finie, etc, vous savez comme autrefois. Imaginons une vie dans laquelle le seul usage supplémentaire de ce mot là ne puisse plus faire rêver les foules, pour y trouver la consolation, la sécurité, qu’on ne puisse pas toujours dépendre de la croissance pour mieux rester en vie. Une société sans croissance dans laquelle personne ne pourrait davantage trouver le pouvoir et les moyens d’asservir son monde, celui de nous rendre économiquement plus heureux ou pas. Une société dans laquelle vous refuseriez que l’on vous mène davantage en bateau, croissance, croissance et si nous parlions de temps en temps de la perte de croissance du végétal, des plantes, pour changer un peu. Une société sans lavage de cerveau, une société dans laquelle vous n’auriez besoin d’aucune autre grande firme pour nous sentir mieux, ne plus vouloir être mouton envers quiconque, aucune marque, aucun parti, et non pour la seule tutelle de quelqu’uns sur tous ce n’est jamais assez de vendre davantage son monde pour en obtenir croissance.

  15. Ouais-ouais…

    Ce genre d’article est fait pour les supporters d’un camp. Means : pendant ce temps-là, celui d’en face prépare sa réponse. Elle sera de mauvaise foi, aura certainement quelques couplets soufflés par un foie sale, mais elle satisfera à son tour ses propres supporters. Bref, pendant que les galères bravent leur tempête, leur sillons s’affrontent.

    « Allez Leonardo, à la proue !
    Le soleil est là ?
    Ohhh, que c’est joli… »

    Cher monsieur Jorion, il n’y a qu’une phrase qui me semble intéressante dans votre article : « ce genre de problème n’a de solution qu’à l’intérieur d’un autre système. »

    Pour ma part, c’est celui de Yunus et de ses Bourses Sociales.
    Et vous ?

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