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LA DETTE PRODUIRAIT-ELLE DU LIEN SOCIAL ? La leçon de Maître Rabelais, par Bertrand Rouziès-Léonardi

Billet invité

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il convient de poser ceci : le Marché n’échappe pas à la morale. D’abord, démythifions à gros traits le Moloch. Le Marché est un ensemble d’opérations et d’opérateurs économiques. Certes, les ressorts de ces opérations sont cryptiques pour une large part du public et des économistes eux-mêmes. Celles-ci n’en reposent pas moins sur des hommes, faillibles et mortels, et des machines, complexes autant que fragiles, puisqu’une pression sur un bouton peut les arrêter à tout instant. Quant aux opérateurs, on peut les situer, voire, à l’occasion, les rencontrer. En tant que citoyens et justiciables, ils sont comptables et responsables de leurs actions. Même aveuglée, sa balance faussée et son glaive ébréché, Thémis saura toujours les retrouver, si besoin est.

Le Marché est un faux dieu, une idole pétrie dans la glaise de nos renoncements. La majuscule, qu’elle soit écrite ou à l’oreille, façonne une entité transcendantale, surplombante. Cette entité serait présente depuis que l’homme est homme. Le bel invariant anthropologique que voilà, dont nous serions condamnés à subir la tyrannique évidence jusqu’à la consommation des temps ! Fallacieuse majuscule ! La grandeur véritable se passe de ce genre de béquille. Elle n’est pas constamment préoccupée de se hausser. Le Marché cristallise le débat politique et nous obsède dans des proportions jamais vues (comme en témoignent les contributions à ce blog, y compris celle-ci). Sont-ce là les signes de sa toute-puissance ? Ce sont surtout les signes de sa puissance invasive, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. L’invasion est toujours le produit d’une double défaillance : défaillance de l’envahisseur qui, atteint d’un mal débilitant, méconnaît ses propres forces et va puiser, toutes griffes dehors et à pleines paumes, dans celles d’autrui, défaillance de l’envahi qui, par paresse ou égoïsme, a laissé trop longtemps son voisin sans secours et commence à raisonner quand la sauvagerie déferle. Bien souvent, ce sont les individus eux-mêmes, victimes et victimaires mêlés, qui s’offrent au Moloch, soit par empressement à lui ressembler, soit par effet d’entraînement, soit par ignorance de sa colossale fragilité. Or ce dieu-là devrait être facile à renverser, puisque nous l’avons fabriqué. Une fois dispersé le collège de vautours qui défend l’accès du saint des saints, une fois le verbe séparé du verbiage et le chiffre du chiffrage, la tâche sera plus aisée.

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