Archives par mot-clé : cycles économiques

UNE QUESTION DE PATIENCE UNIQUEMENT, MONSIEUR LE PRÉSIDENT ?

Quand j’ai vu François Leclerc citer le président de la république française disant :

« La reprise va arriver, c’est une question de cycle »

j’ai bien sûr tenu à aller vérifier aussitôt. Mais non, c’est vrai : les choses vont finir par s’arranger toutes seules : tout ça n’est qu’une question de cycle.

Il y a presque un an, je participais à une table-ronde réunie par Jean-Pierre Chevènement. À un moment donné, Jean-Hervé Lorenzi a expliqué : « De toute façon, cela finira par s’arranger ! ». La salle a retenu son souffle. Mon voisin de panel était Christian de Boissieu, nous nous sommes tournés l’un vers l’autre, sans doute pour vérifier que nous étions bien éveillés. J’ignore si mon visage reflétait davantage de consternation que le sien ; ç’aurait en tout cas été bien difficile.

Mais voilà, nous vivons donc en France en plein cauchemar, avec un chef de l’État qui déclare que « La reprise va arriver, c’est une question de cycle » et qui, pire encore, le croit peut-être vraiment.

Ou bien ne faites-vous, M. le Président, que répéter ce que des « économistes » disent autour de vous ? Si c’est le cas, je tiens à vous rassurer : il y a quand même d’autres économistes que cela en France, qui pourraient vous expliquer que la crise dans laquelle nous sommes plongés n’est pas une phase de faiblesse dans un « cycle » mais que les systèmes financiers et économiques sont depuis cinq ans dans un processus avancé de liquéfaction, que rien jusqu’ici n’a pu endiguer.

Oui, il est possible, M. le Président, en faisant preuve de beaucoup d’imagination de voir dans la crise des années 1930, une crise « cyclique », mais savez-vous en quelle année nous sommes alors sortis de ce cycle ? Aux alentours de 1965. Et il a fallu pendant tout ce temps-là, une bonne guerre pour donner un coup de fouet salutaire à l’économie. La différence avec maintenant ? Avec une planète épuisée entre-temps par nos soins, une complexité qui nous dépasse désormais, le travail en voie de disparition, aujourd’hui, c’est beaucoup plus grave.

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LE TEMPS QU’IL FAIT, LE 11 MAI 2012

Relier les pointillés
Envisager la partie plusieurs coups à l’avance
Gouvernements d’union nationale, comités de salut public
Construisons une Europe de la relance, Jacques Attali & Pascal Lamy
Comment rembourser une dette exorbitante ?, Cédric Mas

Sur YouTube, c’est ici.

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LE PÈRE NOËL N’EXISTE PAS !

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

Il y a des matins – j’ai déjà malheureusement eu l’occasion de le dire à plusieurs reprises – où j’aimerais me tromper un peu plus souvent. Je ne parle pas seulement de la Bourse bien entendu, je pense aussi à Londres et, depuis hier soir, à l’Angleterre en général.

On me pose bien évidemment la question ces jours-ci : « D’où vous vient cette capacité à prévoir juste ? »

La réponse, il me semble, c’est le « principe du Père Noël » dont parlait Lacan. Ou plutôt son inverse dans mon cas : le fait que je ne croie pas au Père Noël.

Plus spécifiquement, je ne crois ni à l’autorégulation en matière de finance : que tout s’arrange automatiquement, à condition qu’on empêche l’État de montrer son vilain nez, ni aux cycles économiques : que les vaches grasses sont déjà là à piaffer au fond du pré quand les vaches maigres se pressent au-devant de la clôture.

Il n’y a pas d’autorégulation en finance : bien au contraire, les processus ont une disposition à l’emballement, parce que la machine est trop compliquée et que les spéculateurs gagnent de l’argent en encourageant des tendances, à la baisse aussi bien qu’à la hausse.

Il n’y a pas non plus de cycles en économie : il y a des catastrophes, suivies de tentatives désespérées de rétablissement, qui réussissent souvent, mais pas nécessairement. Les articles qui tentent de vous prouver qu’il existe des cycles en économie sont tous fâchés avec l’arithmétique élémentaire.

C’est peut-être triste à dire, mais si on veut que les choses s’arrangent, il faut s’en occuper soi-même. Le Père Noël, c’est bon pour les enfants. Et encore, même là, c’est limite.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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