UNE QUESTION DE PATIENCE UNIQUEMENT, MONSIEUR LE PRÉSIDENT ?

Quand j’ai vu François Leclerc citer le président de la république française disant :

« La reprise va arriver, c’est une question de cycle »

j’ai bien sûr tenu à aller vérifier aussitôt. Mais non, c’est vrai : les choses vont finir par s’arranger toutes seules : tout ça n’est qu’une question de cycle.

Il y a presque un an, je participais à une table-ronde réunie par Jean-Pierre Chevènement. À un moment donné, Jean-Hervé Lorenzi a expliqué : « De toute façon, cela finira par s’arranger ! ». La salle a retenu son souffle. Mon voisin de panel était Christian de Boissieu, nous nous sommes tournés l’un vers l’autre, sans doute pour vérifier que nous étions bien éveillés. J’ignore si mon visage reflétait davantage de consternation que le sien ; ç’aurait en tout cas été bien difficile.

Mais voilà, nous vivons donc en France en plein cauchemar, avec un chef de l’État qui déclare que « La reprise va arriver, c’est une question de cycle » et qui, pire encore, le croit peut-être vraiment.

Ou bien ne faites-vous, M. le Président, que répéter ce que des « économistes » disent autour de vous ? Si c’est le cas, je tiens à vous rassurer : il y a quand même d’autres économistes que cela en France, qui pourraient vous expliquer que la crise dans laquelle nous sommes plongés n’est pas une phase de faiblesse dans un « cycle » mais que les systèmes financiers et économiques sont depuis cinq ans dans un processus avancé de liquéfaction, que rien jusqu’ici n’a pu endiguer.

Oui, il est possible, M. le Président, en faisant preuve de beaucoup d’imagination de voir dans la crise des années 1930, une crise « cyclique », mais savez-vous en quelle année nous sommes alors sortis de ce cycle ? Aux alentours de 1965. Et il a fallu pendant tout ce temps-là, une bonne guerre pour donner un coup de fouet salutaire à l’économie. La différence avec maintenant ? Avec une planète épuisée entre-temps par nos soins, une complexité qui nous dépasse désormais, le travail en voie de disparition, aujourd’hui, c’est beaucoup plus grave.

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151 réflexions sur « UNE QUESTION DE PATIENCE UNIQUEMENT, MONSIEUR LE PRÉSIDENT ? »

  1. September 1928, “There is no cause to worry. The high tide of prosperity will continue.” – Andrew W. Mellon, Secretary of the Treasury.

    October 14, 1929 – “Secretary Lamont and officials of the Commerce Department today denied rumors that a severe depression in business and industrial activity was impending, which had been based on a mistaken interpretation of a review of industrial and credit conditions issued earlier in the day by the Federal Reserve Board.” – New York Times

    December 5, 1929 – “The Government’s business is in sound condition.” – Andrew W. Mellon, Secretary of the Treasury

    December 28, 1929 –“Maintenance of a general high level of business in the United States during December was reviewed today by Robert P. Lamont, Secretary of Commerce, as an indication that American industry had reached a point where a break in New York stock prices does not necessarily mean a national depression.” – Associated Press dispatch.

    January 13, 1930 – “Reports to the Department of Commerce indicate that business is in a satisfactory condition, Secretary Lamont said today.” – News item.

    January 21, 1930 – “Definite signs that business and industry have turned the corner from the temporary period of emergency that followed deflation of the speculative market were seen today by President Hoover. The President said the reports to the Cabinet showed the tide of employment had changed in the right direction.” – News dispatch from Washington.

    January 24, 1930 – “Trade recovery now complete President told. Business survey conference reports industry has progressed by own power. No Stimulants Needed! Progress in all lines by the early spring forecast.” – New York Herald Tribune.

    March 8, 1930 – “President Hoover predicted today that the worst effect of the crash upon unemployment will have been passed during the next sixty days.” – Washington dispatch.

    May 1, 1930 – “While the crash only took place six months ago, I am convinced we have now passed the worst and with continued unity of effort we shall rapidly recover. There is one certainty of the future of a people of the resources, intelligence and character of the people of the United States – that is, prosperity.” – President Hoover

    August 29, 1930 – “American labor may now look to the future with confidence.” – James J. Davis, Secretary of Agriculture.

    20 septembre 2008 – “Le gros risque systémique est derrière nous.” – Christine Lagarde, Ministre de l’Economie.

    « La reprise va arriver, c’est une question de cycle. » Mais oui, M. le Président, tenez, reprenez encore un peu de tisane, voulez-vous ?

  2. Bon, c’est juste pour dire, mais c’est zébu qu’a fait la citation, pas François Leclerc.
    Evidemment, on va me citer à comparaître devant le tribunal de la propriété pour délit d’appropriation : rassurez-vous, je plaide ‘coupable’ d’avance !

  3. Remarquons qu’il est logique que ceux qui se présentent à des élections périodiques et qui prennent leur place dans la rotation aient foi dans le cycle, d’autant plus quand ils viennent d’attraper la queue du Mickey

  4. soit on résoud réellement le problème de fond
    surproduction de productions toxiques ( qu’elles soient financières ou marchandes)
    et on accepte de descendre sans rappel possible d’une très haute marche
    soit on n’accepte pas et on court vers l’écroulement , ce qui reviendra au même en pire( à cause des éboulis, c’est instable les éboulis)
    encore quelques tempêtes de ci delà et tout le monde prendra l’eau

    il a beaucoup beaucoup plu à buenos aires venise et en pas mal d’autres sites ces temps derniers occasionnant des inondations sur des territoires assez vastes qui contribuent à ralentir les échanges et endommager gravement les structures de production et communication

    si on décide de reconstruire et réparer tout sur les mêmes bases sans profiter de l’occasion pour investir dans une autre modernité alors ce sera foutu pour un changement de cycle qui tente d’éviter la case chaos

  5. Le crétinisme, la lâcheté et la corruption ont envahi la classe politique depuis longtemps.
    Un des anagrammes de ENA n’est-il pas ANE avec tout le respect que je porte à cet animal ?
    A ceux qui attendent le rebond économique pour demain matin, je dis qu’un ballon crevé de toutes parts ne saurait rebondir, à moins qu’il ne s’agisse d’un ballon de rugby dont on ne sait jamais à l’avance dans quelle direction il va rebondir.
    Il semblerait par ailleurs que changements climatiques et fin de civilisation coïncident à travers les âges.

      1. Ah non !

        Le massilia, ce n’est pas une fuite, bien au contraire !

        Un vilain traquenard (tendu par Darlan avec la complicité de Noguès) pour tenir éloignés de l’Assemblée les plus dangereux au moment du vote des pleins pouvoirs de juillet 1940.

        Révisez votre histoire et sortez des poncifs de la propagande vichyste.

        CM

  6. Bonsoir à tous

    Quand on pédale dans la semoule, mieux vaut, en effet, rester bien concentré sur le cycle!

    Cordialement.

  7. Hollande est vraiment intelligent (ne riez pas), seul problème c’est aussi vraiment un faible (ne riez pas bis), il vient encore de le demontrer en rappelant que son action est difficile et qu’il le savait mais qu’il fallait respecter son action etc…et patati et patata : il est simplement en état de souffrance, dépassé, fragile.
    Un tel profil a plus ou moins conscience de son état et essaie de compenser comme il peut : c’est la pauvre Aurore Martin, totalement inoffensive, qui vient d’en faire les frais, en étant sacrifiée.

  8. Il y a l’infiniment grand du cosmos.
    Il y a l’infiniment petit du monde des particules élémentaires.
    Il y a l’infiniment médiocre du monde politique, et l’infinie désolation qu’apportent leurs décisions aux problêmes qui se dressent devant nous.
    Je suis pessimiste…mais pas encore desespéré.

  9. C’est une réelle déception, que F. Hollande ait des compétences (et des lacunes) n’est pas l’unique question, il a le temps d’appendre. Le plus inquiétant, c’est que « derrière » le président il y a un gouvernement et un grand parti politique. C’est l’espèce de tétanisation, ou de léthargie, de l’ensemble qui m’inquiète le plus. Le PS semble vouloir uniquement corriger les dérives d’une droite extrêmement libérale, sans avoir une « idée » du sens politique.
    Car les réformes c’est maintenant, ou jamais. Si ce ne sont que des apparences et que les réformes se font en catimini, c’est aussi très maladroit.
    Vu le contexte economqiue, c’est difficile j’en conviens, mail Il y a au moins une décision à prendre : celle de gouverner, ou pas.

  10. Une question de patience M.Le Président……
    « ruines vrai refuge enfin vers lequel d’aussi loin par tant de faux . Lointains sans fin terre ciel confondus pas un bruit rien qui bouge . Face grise deux bleu pâle petit corps coeur battant seul debout . Eteint ouvert quatre pans à la renverse vrai refuge sans issue .
    « ruines répandues confondues avec le sable gris cendre vrai refuge…… »
    extrait de SANS de s.beckett 1969 in « Têtes -Mortes « 

  11. il me semble que l’action ne peut se faire qu’au niveau de la microéconomie car les politiques qu’elles soient de gauche ou de droite restent empêtrés dans leur doctrine respective. Pour sortir du cadre, il faut inventer autres choses que l’actionnariat et le fonctionnariat. Un autre modèle économique, comme par exemple celui de l’entreprenariat social dont Jean Marc Borello est l’un des principaux acteurs
    http://youtu.be/FD9cTILZYe0

    1. la gestion des transitions ne peut pas se passer de l’action. Celle ci se trouve dans l’esprit d’entreprise. Or les politiques n’agissent pas. Elles débattent et prennent des décisions qui peuvent ou non influer sur les leviers de l’économie mais la force d’inertie est immense d’autant que les réponses à la crise s’inscrivent dans des systèmes de représentations obsolètes et d’ intérêts conflictuels (croissance – austérité)
      J’ai donc l’intime conviction que le changement macroéconomique ne peut se faire qu’à l’échelle de la microéconomie par la mise en place de modèles entrepreneuriaux basés sur des valeurs humanistes
      http://vimeo.com/20431660

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