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Europe : FAUT-IL ESPÉRER UN NOUVEAU SÉISME ? par François Leclerc

Billet invité.

Est-il besoin d’aligner les données les plus officielles pour mettre en évidence que l’Europe est engagée dans une lente mais irrésistible descente vers la récession et la déflation ? Et que tous les pays en donnent désormais les signes, même l’Allemagne (pour ne plus parler de l’Italie et de la France) ? « Notre reprise est modeste, faible, inégale et fragile mais ce n’est pas une récession », a déclaré hier Mario Draghi en parlant de la zone euro, mais que dira-t-il demain, après avoir mis si longtemps à reconnaître la pression déflationniste en se réfugiant derrière les prévisions favorables mais sujettes à caution du taux du swap d’inflation à 5 ans, avant de finalement l’admettre ?

L’institut allemand IFO laisse prévoir pour le troisième trimestre une croissance zéro pour le pays, ramenant celle-ci à 1,5% pour l’année en cours. « La plus importante économie de la zone euro se trouve dans une situation dangereuse, entre un atterrissage en douceur et une longue période de quasi-stagnation » constate pour sa part l’économiste en chef du groupe financier ING. Il commence à être perçu que ce que l’Allemagne a accompli – et dont son gouvernement fait aujourd’hui un modèle pour tous – a bénéficié d’un contexte international favorable qui a disparu et de l’existence d’une puissance industrielle sans équivalent.

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LA LOYAUTÉ, JE SAIS : C’ÉTAIT IL Y A LONGTEMPS, MAIS VOUS EN SOUVENEZ-VOUS ?

L’article de Der Spiegel révélant l’espionnage à grande échelle par les États-Unis des organes de décision des puissances européennes, leurs alliés les plus proches et les plus fidèles, rappelle étrangement l’attitude qui avait été celle de la banque d’investissement Goldman Sachs en 2008, tirant parti de la confiance que lui accordaient ses meilleurs clients pour leur vendre les produits financiers les plus avariés dont elle cherchait à se débarrasser.

La parole donnée, et la parole respectée, l’identification d’une personne – ou en l’occurrence, d’une nation – à ses engagements, la loyauté vis-à-vis de ses amis, et dans la mesure du possible vis-à-vis de chacun, sont indispensables à la vie en société : sans elles, c’est bien simple : le tissu social s’effrite, puis s’effondre sans espoir de retour.

Il est bien tard sans doute, mais il existe encore une chance ténue de restaurer la confiance trahie : interrompre immédiatement les pratiques condamnables, punir les responsables, et présenter des excuses sincères.

Lorsque Bradley Manning révéla le contenu des câbles du Département d’État expliquant aux diplomates américains que l’espionnage de la nation hôte faisait désormais partie de leurs attributions et de leurs devoirs, la traduction du soldat devant une cour martiale était loin de constituer la réponse appropriée. S’époumoner avec une véhémence allant toujours crescendo contre la traîtrise supposée du lanceur d’alerte Edward Snowden, constituerait une fois de plus une réponse parfaitement inappropriée et ferait, cette fois, désespérer de la capacité-même de cette nation à s’amender. Les pays européens trahis dans leur confiance devraient en tirer toutes les conséquences. Les justifications avancées seront bien entendu qu’il existe des ennemis pires encore que de tels amis, mais la capacité-même à vivre en société, dont la parole donnée et la loyauté sont les piliers, constitue le dernier bastion : celui qui ne peut à aucun prix tomber.

P. S. : Je me posais la question de savoir si la réponse américaine serait à la hauteur. Voici ce que nous rapportent les agences de presse aujourd’hui lundi 1er juillet à 14h47 :

« Chaque pays dans le monde engagé dans des relations internationales ayant des implication de sécurité nationale, met en oeuvre de nombreuses activités afin de protéger sa sécurité nationale et de nombreux types d’informations peuvent y contribuer. Pour autant que je sache, cela n’est pas inhabituel pour un grand nombre de pays » a déclaré John Kerry, Secrétaire d’État (ministre des affaires étrangères) américain.

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À QUOI JOUE DER SPIEGEL ?

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

C’était un article du Der Spiegel qui avait révélé le 8 février 2010 le swap trafiqué mis au point par Goldman Sachs pour maquiller la situation de la dette grecque et permettre à ce pays d’entrer dans la zone euro en 2002. À l’époque j’interprétais cette « fuite » comme une manière pour quelqu’un au ministère des finances ou à la Bundesbank d’alerter les Allemands sur le fait qu’un jour ou l’autre et au bout du compte ce serait l’Allemagne qui devrait régler l’ardoise de l’ensemble de la zone euro.

Il y a un mois, Der Spiegel titrait « Akropolis adieu ! », pourquoi la Grèce doit quitter la zone euro.

Tout cela allait dans le même sens. Alors pourquoi mentionner dans le numéro qui sort aujourd’hui, comme le signale François Leclerc dans son dernier billet, un rapport confidentiel du ministère des finances prévenant d’une catastrophe si la zone euro devait s’effondrer, la décroissance pouvant atteindre 10% à la fin de la première année de réintroduction du Deutsche Mark et le nombre de chômeurs pouvant atteindre 5 millions, soit presque un doublement par rapport au chiffre actuel ?

Veut-on simplement en Allemagne faire le tri entre les pays de la zone euro qui devraient avoir le chic de tirer leur révérence d’eux-mêmes (ceux qui auraient triché pour entrer dans la zone euro étant des candidats de choix pour le départ) et les « bons », qui devraient eux serrer les rangs ? Distinction subtile et numéro d’équilibriste car comment tracer maintenant une ligne de démarcation claire entre les uns et les autres, alors qu’on a laissé pourrir la situation pendant deux ans ?

Autre hypothèse envisageable : les journalistes de Der Spiegel font simplement leur métier de diffuser l’information.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction numérique en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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