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Trends – Tendances, jeudi 20 mai 2010

L’entretien est maintenant disponible en format pdf ici.

« On ne règle pas tout en un week-end ! »

Robert van Apeldoorn : La mise en place des dispositifs de sauvetage européens entraîne une austérité assurée pour la Grèce, plus d’austérité pour l’Espagne et le Portugal. Ne craignez-vous pas que ce tour de vis sera également opéré dans toute la zone euro ?

Paul Jorion : C’est un problème idéologique. On aurait pu penser que la crise constituait une critique du programme sous-jacent du traité de Lisbonne, qui est nettement libéral. Mais on assiste à un raisonnement inverse : les difficultés encouragent plutôt les pays à tirer la conclusion qu’il faut réduire les avantages sociaux et faire progresser l’approche libérale. Les populations ne sont pas prêtes à embrayer, à faire ces sacrifices. Car, dans leur conscience, il y a l’idée que le problème est né dans le secteur bancaire, et pas chez elles. Il est donc difficile de vendre le raisonnement d’un sacrifice nécessaire, car on aurait vécu au-dessus de nos moyens. La population voit que c’est la finance qui est le problème. Cette crise est très pédagogique. A la différence des précédentes, il y a eu un grand travail d’explication, réalisé par les télévisions, les médias.

Vous y avez contribué avec vos livres…

Je ne suis pas le seul, mais les journalistes ont bien relayé les analyses. Mon blog attirait 40.000 visiteurs par mois en octobre 2008, au plus fort de la crise bancaire. Il arrive maintenant à 300.000 visiteurs. Les gens veulent comprendre.

Les mécanismes mis en place à l’échelle européenne pour aider les pays à se financer sont-ils une bonne solution ?

Disons qu’ils règlent un problème de liquidité. Comme l’a écrit récemment Paul Krugman, on confond un problème de liquidité avec un problème de solvabilité. Le premier est aisé à résoudre rapidement, mais pas celui de la solvabilité. Mais voilà : dans les sciences économiques, on utilise des tours particuliers. Lorsqu’un problème est trop compliqué, on le simplifie, en pensant ainsi l’avoir réglé. Cela me rappelle un jeu de mon enfance, où il fallait déplacer des cases de couleur. Ici, pour aider la Grèce, on demande à l’Irlande, Malte ou Chypre de prêter de l’argent, alors qu’ils n’en ont pas les moyens. Ce n’est pas en glissant les cases que l’on va trouver une solution.

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