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Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement…

Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La phrase suivante a été prononcée par François Pérol président de la Fédération des Banques Françaises (FBF), dans une entretien accordé hier au Figaro. à propos des nouvelles règles de provisionnement proposées par le Comité de Bâle, règles qui devraient être approuvées en novembre lors de la réunion du G20 à Séoul.

Toutes choses égales par ailleurs, avoir plus de fonds propres pour les mêmes activités, cela veut dire une pression plus forte sur les risques que nous prenons, donc sur le crédit, et sur la rentabilité de ces risques, donc sur les taux d’intérêt.

Dans un billet invité, sur ce blog, François Leclerc commente ce passage en écrivant :

Admirons la « pression plus forte sur les risques », c’est à dire sa diminution, qui par un étrange renversement de l’argumentation permet de justifier celle des taux d’intérêt, qui devraient au contraire baisser si l’on se considère en bonne orthodoxie que c’est le risque qui est rémunéré dans l’activité de prêt et qu’un risque réduit devrait logiquement impliquer un taux d’intérêt moins élevé. Relevons qu’il est discrètement fait référence à « la rentabilité de ces risques », pour ne pas dire celle du capital.

Il s’agit là d’un bon résumé mais la phrase me semble mériter une analyse plus approfondie sur un plan différent : celui de l’éthique. Traduisons-la d’abord en français avant d’essayer de la comprendre :

* Laissons tomber d’abord le « toutes choses égales par ailleurs » puisqu’on pourrait faire précéder n’importe quelle phrase par cet intéressant préambule.

* « Avoir plus de fonds propres pour les mêmes activités », signifie « devoir provisionner davantage les mêmes activités, devoir faire davantage de réserves en cas de pépin ».

* Proposition suivante : « cela veut dire une pression plus forte sur les risques que nous prenons », il ne s’agit pas des risques, mais des crédits accordés. Pourquoi dire « risque » au lieu de « crédit » ou de « prêt » ? Pour tirer parti d’une considération secondaire : le fait qu’accorder un prêt pour une banque, cela représente un « risque de crédit » : le risque de ne pas être remboursée. Mais ce n’est en réalité pas du tout du risque qu’il est question dans ce bout de phrase, c’est de rentabilité : augmenter les provisions n’augmente pas le risque (cela le réduit bien entendu !), mais faire davantage de réserves impacte la rentabilité, c’est donc la rentabilité, le profit des banques, qui subit « une pression plus forte », pas le risque qu’elles courent !

* Proposition suivante : « donc sur le crédit » = « donc sur l’activité d’accorder du crédit en général ».

* « … et [une pression plus forte] sur la rentabilité de ces risques », encore une fois, « risque » est utilisé ici au lieu de « crédit » ou de « prêt ». Le passage signifie donc « [une pression plus forte] sur la rentabilité des prêts que nous accordons ».

* « … et [une pression plus forte] sur les taux d’intérêt » = « il nous faut donc hausser les taux d’intérêt sur les crédits que nous accordons ».

Remettons tout cela ensemble :

Devoir provisionner davantage les mêmes activités, devoir faire davantage de réserves en cas de pépin, cela veut dire pour les banques une rentabilité plus faible, un profit plus faible, sur les prêts que nous accordons, donc sur l’activité d’accorder du crédit en général, et sur la rentabilité de ces prêts, et il nous faut donc hausser les taux d’intérêt sur le crédit que nous accordons ».

Une fois traduit en français, le passage cité plus haut de l’entretien accordé par François Pérol au Figaro veut donc tout simplement dire : « la perte de rentabilité que nous subissons du fait de ce provisionnement [imposé par le Comité de Bâle], nous la passerons entièrement au client ». Le prix qu’il a fallu payer pour dire cela sans l’avoir dit vraiment, c’est d’avoir utilisé le mot « risque » à la place du mot « crédit » ; c’est d’avoir suggéré que la banque allait hausser les taux d’intérêts exigés du client parce qu’elle courait un risque supplémentaire alors que son risque est en réalité réduit et que c’est uniquement son profit qui est atteint.

Maintenant sur le plan de l’éthique, puisqu’on parle dans la presse de « moraliser la finance », utiliser le mot « risque » dans le passage cité, alors que l’on veut dire « prêt » ou « crédit », est-ce honnête ? Allez, je me mouille : je ne le pense pas.

(*) Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

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